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14 mars 2011

Fondements éthiques pour une alimentation végétarienne, d'Helmut Kaplan

Fondements éthiques
pour une alimentation végétarienne

d'Helmut Kaplan

préface d'André Méry

traduction de Cyril Taffin de Tilques


L'œuvre de Peter Singer, La Libération animale (1975), a fait date, et elle marque l'avènement d'un mouvement international en faveur des droits de l'animal. Par rapport à la protection animale traditionnelle, ce mouvement a ceci de novateur qu'il repose sur des fondements rationnels et qu'il appelle à adopter une alimentation végétarienne. Dans Fondements éthiques pour une alimentation végétarienne, l'auteur traite la question des droits de l'animal et celle du végétarisme sous différents angles comme le principe d'égalité, l'empathie et la dignité humaine, et il répond aux principales objections faites aux (néo-) végétariens.

Fondements éthiques pour une alimentation végétarienne, Helmut Kaplan, Préface : André Méry, Traduction : Cyril Taffin de Tilques, Editions L'Harmattan, 2008, 186 pages

A propos de l'auteur

Helmut F. Kaplan est né à Salzbourg en 1952 ; il est philosophe et écrivain. Végétarien depuis l'âge de 11 ans, il compte aujourd'hui parmi les pionniers du mouvement pour les droits de l'animal. Il a publié de nombreux livres, entre autres Droits de l'animal, philosophie d'un mouvement de libération.

Pour en savoir plus

- Cette page où vous pourrez feuilleter le livre
- L'article du blog Alter Société
- Cette analyse du livre
- Les végétariens, raisons et sentiments, d'André Méry
- La boutique L214

L'avis de la Fondation Brigitte Bardot
Source

Après avoir défini très précisément le principe d'égalité, l'auteur démontre comment racisme, sexisme et spécisme sont de la même veine. Il montre ensuite tout ce que les humains et les autres animaux ont en commun, analyse les zones de friction et d'entente entre protecteurs des animaux, et s'interroge sur le sens à donner au concept de "dignité humaine". Pour les défenseurs des animaux, cette oeuvre est une mine d'informations, d'arguments percutants, ce qui s'avère toujours bien utile lorsque nous faisons face à des réactions hostiles, hautaines ou bien tout simplement sceptiques.

Au sommaire

- Sommaire
- Préface
- Avant-propos
- Introduction à la version française
. Tout retour en arrière est impossible
1 - Aspects philosophiques de la relation humain / animal
Philosophie végétarienne
- Le tournant historique
- Principe d'égalité
- Racisme et sexisme
- Spécisme
- Végétarisme
Est-il légitime de faire tout ce qu'on a le pouvoir de faire ?
Les animaux ont-ils une âme ?
- Douleur physique
- Souffrance psychique
- Intelligence animale
- Vie sociale
- Comportement éthique analogue
- Trois objections
Les défenseurs des animaux ont-ils un discours trop passionné ?
Empathie et morale : Solidarité avec les êtres sensibles à la douleur
- L'empathie : Fondement de notre existence
- L'empathie : Fondement de nos devoirs moraux
- L'empathie : Phénomène qui transcende les espèces
- Le nécessaire élargissement de la sphère morale : Dépassement du spécisme
- Extension suffisante de la sphère morale : Solidarité avec les êtres sensibles à la douleur
Protection de l'environnement et protection des animaux - concorde ou discorde ?
La consommation de viande est-elle une nécessité ou bien une folie criminelle ?
- De l'absurdité de la mise à mort des animaux
Les conséquences de la consommation de viande pour les animaux
Les conséquences de la consommation de viande pour les êtres humains
Faim
Destruction de l'environnement
La maladie
Bilan
- La fiction d'une mise à mort "humaine" et sans souffrance
Aspects techniques
Aspects psychologiques
La motivation du personnel
Bilan intermédiaire
- Le lien entre racisme, sexisme et spécisme
Explication théorique
Exemple pratique
Dignité humaine et droits de l'animal
- Altruisme et progressisme de la dignité humaine et des droits de l'homme
- La dignité humaine et les droits de l'homme ne sont-ils qu'altruistes ?
- Caractère complaisant de la dignité humaine et des droits de l'homme
- Nécessité de fonder la dignité humaine
- Les droits de l'homme sont inséparables des droits de l'animal
- Pas de dignité humaine sans le respect des droits de l'animal
Les fondements du mouvement pour les droits de l'animal
Réalisme ou bien radicalité ?
- Réflexions stratégiques pour la libération des animaux
- Première question préliminaire : Dans le cadre du combat pour les animaux, quels objectifs existe-t-il ?
Mouvement pour les droits de l'animal
Mouvement pour la protection des animaux
- Seconde question préliminaire : Dans le cadre du combat pour les animaux, quel est l'objectif que nous poursuivons ?
- Question centrale : Atteindrons-nous nos objectifs plus vite au moyen de méthodes modérées ou bien radicales ?
- Reformulation de la question centrale : Dans le cadre de la lutte pour les animaux, le réformisme est-il efficace, inopérant ou bien même néfaste ?
- Dernière reformulation de la question centrale : Dans quelles circonstances le réformisme est-il approprié pour en finir avec l'exploitation des animaux ?
Est-il exagéré et incohérent de s'opposer à l'expérimentation animale ?
Bassesse et violence humaine
La fourrure : Une industrie inattaquable !
Nourriture, violence et guerre
Nés pour mourir
Est-il bon pour la santé d'avoir un comportement éthique ?
Autres pays, autres moeurs ?
Les limites de la lucidité
L'impératif moral
Sophisme ou bien inhibition intellectuelle ?
- La position de Meyer-Abich
- Conclusions de Meyer-Abich
- Critique des conclusions de Meyer-Abich
- Quelques pistes pour interpréter les conclusions de Meyer-Abich
A quoi bon protéger les animaux si la fin du monde est imminente ?
Bonheur et éthique
2 - Objections au végétarisme et mises au point
"Les humains d'abord !"
"Du point de vue biologique, l'homme n'est pas végétarien"
"L'homme a besoin de viande"
"Comment savons-nous que les animaux souffrent ?"
"Comment savons-nous que les plantes ne souffrent pas ?"
"On pourrait élever et tuer les animaux sans les faire souffrir"
"Les animaux se mangent bien entre eux"
"Tout seul, je ne peux pas changer le cours des choses"
Bibliographie

13 août 2010

La raison des plus forts, de Pierre Jouventin, David Chauvet et Enrique Utria

La raison des plus forts :
La conscience déniée aux animaux

Sous la direction de Pierre Jouventin,

David Chauvet, et Enrique Utria


Les avancées de la science contredisent radicalement la conception cartésienne de "l'animal-machine" ou le statut actuel de "res nullius" ou de "bien meuble". Mais tandis que les preuves d'une continuité cognitive entre l'humain et l'animal s'accumulent, le sens commun continue de tenir les animaux pour des êtres sans conscience. Il est vrai que ce négationnisme sert de nombreux intérêts économiques (viande, fourrure...), technoscientifiques (expérimentation) ou même récréatifs (chasse, corrida...). Sommes-nous prêts à élargir notre considération aux animaux ? Tel était le sujet du colloque organisé le 14 novembre 2009 à l'université Paris V René Descartes par les associations Droits des Animaux et Tribune animale (Science-Po Paris) auquel cet ouvrage fait suite. Il regroupe le point de vue d'universitaires (philosophes, éthologues, historiens, juristes, économistes) et d'antispécistes, français et étrangers.

Sous un titre emprunté à La Fontaine et souvent repris depuis, les onze essais réunis dans ce volume abordent principalement la notion de conscience animale, objet d’une controverse ininterrompue depuis l’Antiquité : à partir de quand peut-on parler de conscience ? Quels ajustements la reconnaissance de facultés mentales aux animaux rendrait-elle nécessaires ? Autant de questions auxquelles les auteurs ont cherch à répondre, offrant une réflexion particulièrement riche et poussée sur la conscience animale.

La raison des plus forts : La conscience déniée aux animaux, Pierre Jouventin, David Chauvet, Enrique Utria, Editions IMHO, 2010, 240 pages

Au sommaire

Pierre Jouventin : Le propre de l’homme sous le microscope
David Chauvet : Les animaux, ces êtres de raison
Estiva Reus : Sentience et viande
Yves Bonnardel : Idée de nature, humanisme et négation de la pensée animale
Maxine Sheets-Johnstone : Espèces en voie de disparition
Elisabeth Hardouin-Fugier : Le verbe qui voile la violence
Fabienne Delfour : Conscience, souffrance et bien-être de l’animal-objet
Marc Bekoff : Prendre en considération les animaux et non uniquement les primates "supérieurs"
Irene Pepperberg : Pouvons-nous dénier la conscience aux animaux non-humains ?
Jean-Claude Wolf : Une éthique de la sympathie naturelle
Olivier Le Bot : La qualification juridique de l’animal

Pour en savoir plus

- La volonté des animaux, de David Chauvet
- Droits des animaux - Théories d'un mouvement, d'Enrique Utria
- Les confessions d'un primate, de Pierre Jouventin
- Kamala, une louve dans ma famille, de Pierre Jouventin
- Les émotions des animaux, de Marc Bekoff

12 août 2010

Homme et animal : de la douleur à la cruauté, de Thierry Auffret Van der Kemp et Jean-Claude Nouët

Homme et animal : de la douleur à la cruauté
Sous la direction de

Thierry Auffret Van der Kemp
et Jean-Claude Nouët


Lors de l'exposition "Bêtes et Hommes" à la Grande Halle de la Villette en octobre 2007, la Fondation Ligue française des droits de l'animal a organisé un colloque sur le thème "Homme et animal : de la douleur à la cruauté ".

D'éminents spécialistes des sciences biologiques et des sciences humaines ont accepté d'y apporter leur savoir dans les domaines divers de la neurobiologie, de l'éthologie, de la sociologie, de la philosophie, de l'histoire et du droit. Ils ont apporté leurs réponses à des questions essentielles concernant la douleur des animaux, et les réactions de l'homme à son égard.

Du point de vue du neurobiologiste, tous les animaux peuvent-ils éprouver la douleur physique et la souffrance psychique ? Comment, selon l'éthologue, peut-on reconnaître et interpréter les signes extérieurs de la souffrance des animaux ? Comment l'homme perçoit la souffrance d'autrui ? Sous l'angle de la médecine pédopsychiatrique, un enfant cruel envers un animal devient-il un adulte cruel envers l'homme ? Comment, au regard des philosophes comme des artistes plasticiens au cours des trois derniers siècles et jusqu'à aujourd'hui, la douleur et la souffrance subies par les animaux ont-elles été prises en compte par les hommes ? Selon la sociologie, des pratiques culturelles ou professionnelles sont-elles capables, en écrasant la sensibilité d'enfants ou d'adultes pour la souffrance des animaux, d'engendrer des séquelles psychologiques ? Comment le droit a-t-il pris, ou prendra-t-il en compte la douleur des animaux et la cruauté envers eux ?

L'ouvrage, réalisé par la Fondation Ligue française des droits de l'animal, présente les interventions et les débats ; il est accessible à tous les publics.

Homme et animal : de la douleur à la cruauté, Thierry Auffret Van der Kemp, Jean-Claude Nouët, Editions L'Harmattan, 2008, 180 pages

Ce livre peut-être feuilleté sur cette page.

Sommaire

Thierry Auffret Van der Kemp
Avant-propos et remerciements

Jean-Claude Nouët
Introduction

Georges Chapouthier
La douleur : des animaux à l'homme

Dalila Bovet
Comment reconnaissons-nous et interprétons-nous les signes extérieurs de la douleur ou de la souffrance des animaux ?

Marie-France Le Heuzey
L'enfant cruel; cruauté envers l'animal, cruauté envers l'homme : continuité ou rupture ?

Jean-Luc Guichet
La perception de la cruauté envers l'animal au cours de l'histoire : le XVIIIe siècle, siècle charnière

Elisabeth Hardouin-Fugier
Images de la cruauté humaine envers l'animal

Jocelyne Porcher
L'écrasement de la sensibilité des travailleurs dans les systèmes industriels de productions animales

Jean Decety
Comment notre cerveau perçoit-il la souffrance d'autrui ?

Suzanne Antoine
La prise en compte par le droit de la douleur de l'animal et de la cruauté envers lui

Jean-Claude Nouët
Conclusion

Penser l'animal autrement, de Philippe Devienne

Penser l'animal autrement
de Philippe Devienne


Alors que le débat autour des droits de l'animal fait l'objet d'âpres discussions quant aux critères retenus pour affirmer que les animaux souffrent, sont conscients, désirent..., il est frappant de constater que le sceptique récuse aisément de tels arguments fondés sur la connaissance. Un chemin de la philosophie n'a cependant pas été exploré : la philosophie du langage ordinaire, en dépassant la sphère de la connaissance, donne une nouvelle ouverture à ces concepts et nous invite alors à (re)découvrir cet animal qui est là devant nous lorsque nous disons de lui : il souffre, il est conscient, il a faim, etc. Tout en combattant les thèses relativistes et en dénonçant les idées réductionnistes qui foisonnent sitôt que l'animal est l'enjeu d'un désaccord, l'auteur propose de nouveaux développements politiques et éthiques dans notre société, complexe et paradoxale à bien des égards dans sa relation aux animaux.

Penser l'animal autrement, Philippe Devienne, Editions L'Harmattan, 2010, 317 pages

A propos de l'auteur

Vétérinaire, Philippe Devienne est également titulaire d’un doctorat de philosophie.

Ce livre peut être feuilleté sur cette page.

Voir aussi, du même auteur : Les animaux souffrent-ils ?

Sommaire

Remerciements
Introduction
Chapitre I - Principes fondateurs et nouvelles perspectives
I - Querelles et réconciliations autour de l'animal
. À la recherche de critères fondateurs
. Des critères de capacité
. Des conflits de critères entre écocentristes et libérationnistes
. Conflits entre éthiques individualistes et principes humanistes
. Consensus ou constructions mal faites
II - Parler au nom de l'Animal ?
1 - Parler pour l'animal
Prétendre à des droits qui ont été bafoués
Prétendre à des droits à faire valoir
2 - Parler de l'animal ?
3 - Ils parlent tous de l'animal
4 - Envisager un relativisme des valeurs ?
Contre le relativisme : refuser une méta-éthique
La stratégie relativiste fait abstraction de la Déclaration des Droits de l'Homme
III - Ils parlent (Tous) pour Moi !
Chapitre II - Raconter l'Animal
I - Des critères ad hominem
1 - Entre la perception et l'interprétation : l'animal est là, devant moi
La dimension conceptuelle du voir
Le voir de l'analogie
La référence du "comme" dans le comportement
2 - Entre lui et moi, ou l'association corps-esprit
L'apparence de l'intérieur et de l'extérieur
L'animai-machine
Le dualisme du corps et de l'âme remanié par les neuroscientifiques
L'animal-chose de la doctrine juridique
L'animal-outil de production
3 - Comment dans ces conditions, peut-on parler de critères de bien-être ou critères de douleur ?
La question des critères du bien-être
La question des critères de la douleur
II - Ce que nous cherchons est de savoir "quel effet cela fait d'être..."
Vers une subjectivité animale
Les qualia
III - Concepts empiriques et concepts grammaticaux
I - La grammaire de l'intérieur et de l'extérieur
Plutôt que de savoir "Quel effet cela fait ?", posons-nous plutôt la question ; "Quand utilisons-nous des mots comme 'se représenter ', 'souffrir '. 'être conscient ' ?"
La relation entre l'intérieur et l'extérieur
L'intérieur, l'extérieur et la grammaire
2 - Mon attitude envers ranimai et les critères grammaticaux
La question des symptômes et des critères de la douleur
Les critères : existence ou identification ?
3 - La grammaire des autres
La grammaire dépasse la barrière d'espèces
La grammaire à la première et à la troisième personne
Raconter l'animal
Chapitre III - Accords et désaccords
I - Aveugles envers l'Animal
Première cécité : je ne vois pas un aspect de l'animal
Seconde cécité : je deviens aveugle aux autres aspects
Cette deuxième cécité survient quand nos mots nous échappent
Le déni de l'animal
II - Retrouver l'usage ordinaire
1 - Ce que nous révèle la grammaire du langage ordinaire
Quand nous parlons nous nous rapprochons du réel
Mes mots m'engagent
2 - La norme émerge de notre façon de parler
L'homme, la seule mesure des choses ?
Convention, tradition ou relativisme ?
Vers un naturalisme des normes
3 - L'accord dans la forme de vie définit mon rapport à ma communauté
Les critères dépendent de l'accord dans les Jugements
L'accord ne se limite pas à un héritage
La justification des cas-limites n 'est pas un accord
Le dernier mot de la Justice, le premier mot du langage ordinaire
III - Sur les chemins de l'ordinaire
A la croisée des chemins
Le chemin du pragmatisme
Le chemin de la revendication
Chapitre IV - Un chemin pragmatique
I - L'élevage en crise
Caractéristiques de l'élevage
Les risques dans l'élevage
Les crises de l élevage
Les difficultés des éleveurs
Des tensions intenables chez les scientifiques
Les changements de vue des consommateurs et leur perplexité
II - Des hypothèses et leurs capacités à résoudre la crise
Vers un végétarisme ?
Vers une amélioration des postes de l'intensif ?
De l'usage des labels ?
Des élevages industriels
Un développement durable
III - Envisager un élevage pragmatiste
1) Les 4+2 thèses du pragmatisme dans un contexte de crise
1° Pas de dichotomie fondamentale entre faits et valeurs
2° La primauté de la pratique
3° Un anti-scepticisme
4° Un faillibilisme
4+1° Ne pas oublier le cri des blessés
4+2° Ne pas espérer fonder une hypothèse sur un changement de ma société
2) Des contraintes de qualité
Les contraintes pour une qualité sociale
Les contraintes pour une qualité environnementale
Des contraintes de production
Des contraintes pour le bien-être des animaux
3) L'élevage : une coopération interdisciplinaire
Un collectif étendu
La formation des chercheurs
IV - Le pragmatisme et mon désenchantement
Chapitre V - Des chemins revendicateurs
I - Mon consentement ou mon silence, et la perte de la voix
Prendre son parti
Le déni de l'animal
Il y a un moment ou cette société dépasse tes bornes, mes bornes
II - Une situation démocratique du desaccord
1. Manifester son désaccord
2. Quelle démocratie serait plus favorable dans la considération de l'animal ?
La version du contractualîsme démocratique
Qu'en est-il cependant de l'animal dans la théorie rawlsienne ?
L'utilitarisme
Le perfectionnisme
III - Je suis le lien entre ma société et l'animal
Encore la question de l'accord entre le Je et le Nous
Une revendication
Vers une démocratie du désaccord
Comment revendiquer ?
Mon errance dans la reconnaissance de l'animal
IV - "En-visager" l'animal dans une dimension éthique
Au-delà de la compassion
Une ouverture à l'altérité
Le "Je" de l'action
Conclusion
Bibliographie

Les animaux souffrent-ils ? de Philippe Devienne

Les animaux souffrent-ils ?
de Philippe Devienne


Philippe Devienne, vétérinaire, offre un regard neuf sur l'épineuse question de la souffrance animale, à l'heure où justement la souffrance humaine est de mieux en mieux prise en charge grâce aux progrès techniques. Un petit ouvrage scientifique qui nous ouvre sur le monde et sa réalité.

Comment juger de la souffrance animale ? Qui est à même de le faire ? Le vétérinaire, l’éleveur, l’employé des abattoirs, le chercheur… tout un chacun ? Et sur quels critères, puisque, à l’inverse de l’être humain, l’animal ne peut en parler ?

Les animaux souffrent-ils ? Pourquoi cette question, qui suscita de houleux débats au XVIIe siècle, mérite-t-elle à nouveau d'être posée ? Nous sommes à peu près tous convaincus qu'un chien souffre... mais une mouche a-t-elle mal ? Science et philosophie ont-elles définitivement clos le sujet de la douleur animale ? Et si la réponse était à chercher hors de leurs sentiers battus ?

Les animaux souffrent-ils ?, Philippe Devienne, Editions Le Pommier, 2008, 64 pages

A propos de l'auteur

Vétérinaire, Philippe Devienne est également titulaire d’un doctorat de philosophie.

Voir aussi, du même auteur : Penser l'animal autrement.

Au sommaire

- Introduction
- Une question de définitions ?
- Comment sait-on qu’ils souffrent ?
- Peut-on croire qu’ils souffrent ?
- Conclusion
- Références
- Bibliographie

L'analyse du livre
par la LFDA, La Fondation Droit Animal

Un nouvel ouvrage à mettre au crédit de cette remarquable collection. Docteur vétérinaire et philosophe, l’auteur montre combien est dépassée la conception postcartésienne, développée par Nicolas de Malebranche, qui voulait voir dans les animaux des objets dépourvus de douleur, comme les automates ou les horloges. Mais il affirme que l’analyse physiologique, qui montre l’existence chez les animaux de processus identiques à ce qu’on trouve chez les humains, ne peut permettre d’affirmer, puisque les animaux ne parlent pas, que leur vécu de la douleur ou de la souffrance est vraiment identique au nôtre. Et à l’opposé de cette analyse «objective» des mécanismes physiologiques, l’interprétation «anthropomorphique» subjective des douleurs des animaux, comme identiques aux nôtres, se heurte à la critique que ce peut être une fiction de notre imagination. En d’autre termes, l’analyse des mécanismes physiologiques donne une idée objective de ces mécanismes, mais sans conclusion possible quant la «totalité sentante» et quant à ce qu’elle ressent effectivement, alors que l’approche subjective donne certes une idée de la totalité, mais sans preuve objective de sa véracité, puisque l’animal ne peut témoigner de son ressenti. «Même chez un être humain, je ne peux pas ressentir la sensation d’autrui» (p52).

Face à ce qui apparaît comme une question définitivement sans réponse, l’auteur conclut, de manière relativement empirique, en s’appuyant sur la théorie du langage du philosophe Wittgenstein, que nous pouvons concevoir la douleur de l’animal puisqu’elle est ainsi inscrite dans nos catégories langagières : «C’est un animal ou un humain qui a mal, et cela ne découle pas d’une réalité empirique mais réside dans notre façon de parler» (p57). Ainsi s’offre, pratiquement, la possibilité de sonder empiriquement la douleur, et de la soulager par diverses techniques, des méthodes pratiques dont l’auteur, fort de sa pratique vétérinaire, nous donne, pour les animaux les plus familiers, des «recettes» nombreuses (et utiles). Notamment, face au relatif «silence» de l’animal qui souffre : «quel vétérinaire n’a jamais été surpris de découvrir des lésions tissulaires étendues (…) en complet décalage avec la discrétion du comportement douloureux de l’animal» (p25). Finalement, sans pouvoir répondre à la question métaphysique de la douleur animale et de son vécu réel, «occupons nous d’être vigilants et attentifs à propos de nos animaux… pour détecter chez eux les premiers signes de leur souffrance» (p60). Une souffrance qui nous apparaît spontanément à travers notre univers langagier usuel. Nous avouons ne pas être tout à fait d’accord avec l’auteur. Certes nous le suivons parfaitement dans sa démarche pratique visant à limiter au mieux la douleur des animaux.

Mais nous pensons aussi qu’on peut aller plus loin dans l’affirmation philosophique des capacités de animaux à ressentir la douleur, en s’appuyant sur les mécanismes physiologiques (objectifs) et en inférant, dans le même temps, à leur propos un ressemblance (subjective, mais assez plausible) avec leurs conséquences ressenties chez l’homme. Cela donne une «probabilité de ressenti de la douleur» assez comparable, pour les mêmes mécanismes, entre eux et nous. A défaut, quand on s’éloigne trop des comparaisons possibles avec les humains (adultes), il faut donner aux animaux (et aussi aux jeunes enfants dépourvus, eux-aussi, du langage) le «bénéfice du doute» et supposer qu’ils souffrent, plutôt que de supposer qu’ils ne souffrent pas. Ainsi pourra-t-on progresser vers davantage de morale dans un monde qui en a bien besoin. En attendant sans doute des progrès ultérieurs de l’imagerie cérébrale, qui pourront peut-être permettre d’aborder, plus directement, dans le futur, le vécu de l’expérience douloureuse.

25 février 2010

Sales bêtes ? Respectons-les, d'Allain Bougrain Dubourg

Sales bêtes ?
Respectons-les
d'Allain Bougrain Dubourg

Trafics de chiots, braconnages qui se pérennisent, poules confinées en batteries, abeilles menacées par des produits chimiques... Jusqu'à quand les animaux paieront-ils un aussi lourd tribut à nos exigences de production et à nos habitudes de prédateurs ? A la demande du Président de la République, le Ministère de l'Agriculture a engagé un travail de réflexion sur la protection animale. Cette initiative, baptisée "Rencontres animal et société", a fait renaître l'espoir de voir nos "voisins de planète" enfin respectés. Dans cette remarquable enquête, Allain Bougrain Dubourg fait le bilan des avancées et des échecs de la cause animale. Les actions entreprises sont d'importance : enquêtes multiples, procès engagés par les associations de protection animale, soins à la faune sauvage en détresse, opérations commando ou encore demande de modification du code civil... Mais les résultats sont-ils à la hauteur des espérances ?

Sales bêtes ? Respectons-les, Allain Bougrain Dubourg, Editions Arthaud, 2008, 203 pages

A propos de l'auteur

Allain Bougrain Dubourg est un homme de combat. Vingt ans après son émission Animalia, le journaliste milite toujours pour la protection de la nature. Président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux, il compte parmi les personnalités marquantes dans le domaine de la protection des espèces animales. Il a été l'un des acteurs du "Grenelle de l'environnement" et des "Rencontres animal et société".

Pour en savoir plus

- L'analyse du livre, par la LFDA, La Fondation Droit Animal
- D'autres livres du même auteur
- Un éternel Treblinka, de Charles Patterson
- A nos frères les animaux, de Geneviève Coupeau
- Les rubriques Exploitations et Droits - Ethique

Sommaire

- Introduction
- Tous des bêtes ?
- Le poids des mots
- Opérations commando
- Théodore Monod et autres "savanturiers"
- Dog connection
- L'arène et l'Hémicycle
- Une batterie de misères
- Les pseudo-Raboliot
- Le renard, ce mal-aimé
- Le droit à l'observation
- L'affaire Cannelle
- L'agonie des bébés phoques
- Les abeilles en otage
- Le prix du vivant
- Rencontres improbables


Sales Bêtes ?
par jeromelescure

Quelques extraits du livre

Chapitre - Tous des bêtes ?

p27 ./. En droit français, le 'Code civil' juge que l'animal n'étant pas une personne, il ne peut être qu'un bien. Or, comme les biens en question sont "meubles ou immeubles", l'animal se voit relégué à ce médiocre statut. ./.

Chapitre - Le poids des mots

p39 ./. Dans un autre genre, chacun s'est félicité de "la cravache d'or", récompensant les mérites d'un valeureux jockey. A-t-on seulement réfléchi au sens de l'hommage : une cravache ! Où est la prétendue compassion entre le cavalier et sa monture ? Retenir un objet coercitif pour valoriser l'homme prouve le peu de cas que l'on fait de l'animal. Pourquoi ne pas avoir choisi "le sabot d'or", "la crinière d'or", que sais-je encore ?

"L'éperon", qui gratifiait l'initiation à l'équitation, n'est guère plus satisfaisant. Comment les responsables équestres ont-ils pu choisir un tel objet qui laboure les flancs de l'animal pour "diplômer" les jeunes cavaliers ? A l'évidence, la communion qui doit théoriquement constituer la base des relations entre le cavalier et le cheval reste bien méprisée au regard de "l'éperon", générant une domination brutale sur l'animal. Si le terme apparaît encore ici ou là, il a fort heureusement été remplacé par le "galop" qui correspond davantage à une distinction acceptable. ./.

Chapitre - Opérations commando

p46-p51 Prescription oblige, je peux désormais avouer m'être engagé dans des opérations peu (ou pas !) conformes au droit. Il ne s'agissait pourtant pas d'erreurs de jeunesse, mais simplement de révoltes qui me semblaient autoriser une réaction légitime et nécessaire. Depuis, je suis devenu un légaliste... frustré.
Revenons à la fin des années 1970, alors que le tir aux pigeons vivants fait recette dans le bois de Boulogne.
Un club permet à ses membres triés sur le volet de se soulager périodiquement en abattant des volatiles lâchés face à eux par de jeunes petites mains. Les mêmes récupéreront les cadavres ou les blessés après chaque salve.
La démarche n'est pas sans rappeler les ramasseurs de balles officiant non loin, à Roland Garros. Paule, qui signe à l'époque "Le billet d'une emmerdeuse" chaque semaine dans Charlie Hebdo, me signale ce club très particulier dont j'ignorais complètement l'existence. "Nous ne pouvons pas laisser faire ces salauds ", ajoute Paule avec une détermination qui ne souffre aucune discussion. Nous décidons alors "l'opération commando".
Deux complices acceptent de se joindre à nous. Après quelques jours de repérage, permettant d'apprécier les habitudes du club et la situation précise des lieux, nous décidons d'agir lors d'une belle nuit de printemps. Passant les clôtures, nous atteignons rapidement les volières qui emprisonnent plusieurs centaines de futures victimes, tandis qu'une soirée avec orchestre couvre les bruits de notre avancée. Chacun d'entre nous découpe méthodiquement les grillages. Chaque coup de pince réveille davantage les pigeons qui ne tardent pas à s'agiter. Un trou béant leur permet déjà de gagner la liberté, mais trop peu d'entre eux approchent de l'issue. Ils sont au moins aussi terrorisés que nous. En pénétrant à l'intérieur de la volière, je parviens pourtant à en pousser le maximum vers l'extérieur. Les envols désordonnés provoquent un tintamarre qui me paraît assourdissant... les réjouissances musicales d'à-côté parviendront pourtant à étouffer les bruits de notre opération.
Le lendemain, avec une équipe d'Antenne 2, je "couvrais" l'événement en accompagnant le directeur du club sur les lieux du délit. Ce dernier, sûr de son bon droit, condamnera "l'acte inqualifiable", tandis que j'apercevais la pince coupante que j'avais perdue la veille après notre départ précipité...
L'affaire aura le mérite de révéler au grand public cette pratique d'un autre temps, grâce à une presse plutôt acquise à notre action.
Quelques semaines plus tard, les élus et la préfecture condamneront cette pratique.
Le tir aux pigeons vivants se perpétuera pourtant dans le Nord. Des manifestations réunissant de nombreuses associations de protection animale viendront finalement à bout de l'abattage sommaire des colombidés. Et, l'interdiction sur l'ensemble du territoire suivra sans tarder ces premières dispositions.
Ainsi donc, alors que le "devoir d'ingérence" ou "l'incivilité de circonstance" n'avaient pas encore secoué les consciences, je constatai que la fin pouvait parfois justifier les moyens.

Fort de ce passe-droit moral, je poursuivais sans état d'âme (ou presque) sur les chemins ambigus de l'illégalité, au nom de la bonne cause.
Le souvenir du lieu et de l'époque reste vague, mais je conserve l'image de ces bâtiments isolés en pleine campagne. A l'intérieur des dizaines de chiens, autant de chats, quelques singes et autres animaux de laboratoire. En fait, aucun d'entre nous ne connaissait précisément la densité et la nature des animaux, pas plus que l'organisation et l'aménagement des cages. Nous savions seulement que le site conservait de futures victimes. Et il n'en fallait pas davantage pour nous motiver.
Une partie du groupe avait pour mission de se positionner en sentinelle, en périphérie du site, tandis que nous devions intervenir dans les plus brefs délais en kidnappant les animaux. Un vétérinaire, chargé d'administrer des calmants aux chiens, multipliait les piqûres, nous n'avions plus qu'à porter les animaux endormis vers des camionnettes prêtes à partir.
Je revois ces pauvres bêtes terrorisées derrière leurs barreaux. Je ressens cette odeur improbable : le "propre" panaché de crasse. La crasse n'apparaissait pas, elle était insidieuse et transpirait seulement par l'enfermement, la misère, la promiscuité des bêtes. Je me rappelle notre révolte. Je n'ai pas oublié notre silence pesant, les mots justes pour une efficacité maximale... En moins d'une heure, le sinistre lieu sera vidé de ses occupants.
Le lendemain, une fois encore, la presse révélera notre opération en rouvrant le dossier de l'expérimentation animale.
Certes, l'illégalité de la démarche sera condamnée, mais l'indispensable réflexion sur l'utilisation des animaux de laboratoire s'imposera aux Autorités. Et les méthodes évolueront... lentement, trop lentement. Mais elles évolueront !

Bien plus tard, c'est l'abattoir de Nice qui me conduira à enfreindre le droit.
On m'avise qu'une jument en provenance de Pologne a mis bas une superbe pouliche dans le wagon qui la conduit à la mort. Mon informateur est écoeuré. Je le suis tout autant.
Croyant en mon influence, on me demande d'intervenir auprès du cabinet du ministre de l'Agriculture pour tenter l'ultime grâce. Le règlement interdit, en effet, à tout animal vivant entré dans un abattoir d'en ressortir autrement que sous forme de... carcasse.
Sensible à cette douloureuse mais si belle aventure, le cabinet de Michel Rocard, alors ministre de l'Agriculture, m'affirme qu'il fera exception. La jument et sa pouliche seront graciées, m'assure-t-on.
J'avise immédiatement mon informateur (qui souhaite conserver l'anonymat), en me réjouissant d'un épilogue aussi heureux. En réalité, la direction de l'abattoir de Nice refusera de changer le règlement sans une lettre écrite du Ministère. Or, ce dernier préfère s'en tenir à des interventions téléphoniques... Je plaiderai à nouveau en haut lieu sans qu'aucune des parties ne veuille soit formuler l'ordre par écrit, soit l'admette par téléphone.
Trois mois plus tard, alors que j'étais auprès de Brigitte Bardot qui suivait attentivement l'affaire, j'apprends par mon informateur que la jument doit "passer au couteau" le lundi matin, à la première heure. Il me reste 48 heures pour agir. Une seule solution s'impose : il faut enlever la jument.
Avec un ami restaurateur, nous partons, flanqués d'un van en attelage, direction l'abattoir de Nice. J'en ai les plans et je retrouve sans difficulté la jument et sa pouliche que nous baptisons Polka.
Alors que nous scions la lourde chaîne qui ferme un lointain portail de l'abattoir, un employé, fourche en main, nous découvre en plein casse. Nous nous retrouverons conduits manu militari à la gendarmerie de Nice, tandis que l'affaire fera le tour des rédactions. Michel Rocard finira par gracier la jument et Polka ! Une première qui n'a malheureusement guère fait jurisprudence... ./.

Chapitre - Une batterie de misères

p90-p91 ./. On se satisfait de 550cm² par poule, soit moins que la surface d'une feuille A4 (21cm x 29.7cm). Et rentabilité oblige, 4 à 5 volailles doivent coexister sans pouvoir ni marcher, ni ouvrir leurs ailes. Tout juste peuvent-elles se retourner.

Est-il admissible de tolérer un pareil supplice ? J'ai vu les doigts de ces volailles coincés dans les grillages, leurs griffes ayant poussé démesurément faute de pouvoir gratter le sol. J'ai constaté la promiscuité entraînant l'agressivité. C'est si vrai que les éleveurs coupent les becs (sans anesthésie) pour limiter les effets secondaires. J'ai observé ces bêtes tétanisées par des conditions de vie ne respectant pas les plus élémentaires besoins physiologiques et psychologiques. Les poules pondeuses paient sûrement le plus lourd tribut à cette industrie surréaliste. En France, sur les 50 millions de poules destinées à la ponte, 80% sont détenues dans ces misérables cages en batterie. ./.

p92 ./. En 2001, près de 90% des 300 millions de poules pondeuses de l'Union européenne subissaient l'odieux quotidien des élevages en batterie. ./.

Chapitre - L'agonie des bébés phoques

p154-p155 ./. Le gouvernement [canadien] a interdit de survoler la zone de chasse à moins de 600 mètres d'altitude et d'approcher un phoque à moins de 800 mètres afin de... ne pas perturber les naissances. En d'autres termes, il est interdit d'observer les phoques mais le massacre reste autorisé ! ./.

Chapitre - Rencontres improbables

p197-p198 ./. Quelques jours plus tard, les "Rencontres animal et société" reprennent leur routine sans impulsion nouvelle. Brigitte Bardot, avec qui je fais le point en lui signifiant - malgré tout - l'espoir de progrès me rappelle à la lucidité : "Tu n'obtiendras rien ! Les rencontres sont une mascarade...". Difficile de lui faire valoir le contraire. Pourtant, je veux croire, espérer la lucidité, la rupture.
Nous voilà fin juin. Le ministère a prévu de rendre ses conclusions le 8 juillet. Il faut tenter de renégocier en urgence, d'obtenir à l'arraché quelques mesures indispensables. Les Rencontres "off" se dessinent. Lors d'un déjeuner au ministère de l'Agriculture, on me communique les 10 "propositions phares" et les 35 mesures qui pourraient être retenues. Je suis d'autant plus effondré que je me sens complice. Mon investissement a donc conduit à des dispositions aussi médiocres qu'une circulaire rappelant l'obligation de disposer d'équipement de contention pour l'abattage ? Que la réédition d'un livret de responsabilisation à destination des nouveaux acquéreurs d'animaux de compagnie ? Qu'un programme de formation pour les sacrificateurs rituels ? Que l'inventaire des cirques présentant des animaux ? La liste pathétique n'est pas close. Mais certaines mesures "révolutionnaires" méritent qu'on s'y attarde.
La tauromachie, par exemple. Nous espérions naïvement qu'elle pourrait être interdite aux mineurs (voir chapitre "L'arène et l'Hémicycle"). Ce voeu improbable se traduit par l'article 26 intitulé : "Promouvoir les bonnes pratiques (sic) dans la corrida et les jeux taurins." En clair, il s'agit de rédiger un guide des bonnes pratiques (re-sic) et un guide d'inspection... Pathétique. Victor Hugo, qui fut l'un des premiers parlementaires à plaider pour la cause animale dans l'Hémicycle, doit se retourner dans sa tombe. II me manque. Je le souhaiterais porteur des valeurs qui m'animent. Lui qui a su défendre Cosette de manière si bouleversante, saurait insuffler l'élémentaire dignité capable de faire évoluer la société. Faute de cet humanisme, on accepte l'utilisation des animaux sauvages dans les cirques, on se satisfait des méthodes d'élevage surréalistes, on pérennise les combats de coqs... Quelle conscience nous anime en ce début de XXIe siècle ? ./.

p200-p201 ./. L'abattage rituel refuse toujours l'étourdissement des animaux avant leur saignée. C'est ainsi qu'un boeuf peut agoniser durant sept minutes avant d'en finir avec la vie. Brigitte Bardot et l'OABA, qui demandent depuis plus de deux décennies l'étourdissement préalable, avaient pourtant obtenu le soutien du président du Conseil français du culte musulman.
En son temps, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur (et des Cultes) avait également promis de réviser le dossier. L'affaire est à nouveau reportée. ./.

Quelques citations relevées au fil des pages

"On ne vous demande pas de les aimer, on vous demande de leur foutre la paix." - Paule Drouault

"Tant que les hommes massacreront les bêtes, ils s'entretueront." - Pythagore

"Le jour viendra où le fait de tuer un animal sera condamné au même titre que celui de tuer un être humain." - Léonard de Vinci

"Les bêtes ne sont pas si bêtes que l'on pense." - Molière

Blaise Pascal s'insurge contre la misère de la condition humaine sans oublier celle de l'animal : "Nos amis les chiens ne nous font de la peine que lorsqu'ils meurent".

"Un seul oiseau est en cage et la liberté est en deuil". - Jacques Prévert

"Torturer un taureau pour le plaisir, pour l'amusement, c'est beaucoup plus que torturer un animal. C'est torturer une conscience." - Victor Hugo

19 février 2010

Défense des animaux : L'exemple de Fernand Méry, de Francis Lescure

Défense des animaux
L'exemple de Fernand Méry,

vétérinaire humaniste

de Francis Lescure


Fernand Méry, initiateur du combat qui donnera à la protection animale une base juridique efficace, fut, sa vie durant, animé par deux passions : soulager l'animal qui souffre, et valoriser une profession qu'il jugeait sous-estimée. Clinicien habile, orateur né, conférencier disert, organisateur efficace, homme de communication, Méry joua sur tous les registres pour défendre "ses amies les bêtes". Journaliste et écrivain, il usa fort habilement des medias, et de ses relations, pour promouvoir son action.

Francis Lescure retrace le parcours victorieux de ce vétérinaire humaniste. À travers le récit des espoirs, des difficultés, et des succès qui ont jalonné l'itinéraire de Fernand Méry, l'auteur rend hommage à celui qui, s'agissant des animaux, avait pour devise : "Les connaître pour les comprendre, les comprendre pour les aimer, les aimer pour les défendre."

Défense des animaux : L'exemple de Fernand Méry, Francis Lescure, Ouest Editions, 1995, 140 pages

Voir aussi, du même auteur : Avec l'amour en prime

31 décembre 2009

Un éternel Treblinka, de Charles Patterson

Un éternel Treblinka
de Charles Patterson

traduit par Dominique Letellier


Un livre exceptionnel,
à lire absolument.


La souffrance des animaux, leur sensibilité d’êtres vivants, est un des plus vieux tabous de l’homme. Dans ce livre iconoclaste – que certains considéreront même comme scandaleux –, mais courageux et novateur, l’historien américain Charles Patterson s’intéresse au douloureux rapport entre l’homme et l’animal depuis la création du monde.

Il soutient la thèse selon laquelle l’oppression des animaux sert de modèle à toute forme d’oppression, et la « bestialisation » de l’opprimé est une étape obligée sur le chemin de son anéantissement. Après avoir décrit l’adoption du travail à la chaîne dans les abattoirs de Chicago, il note que Henry Ford s’en inspira pour la fabrication de ses automobiles. Ce dernier, antisémite virulent et gros contributeur au parti nazi dans les années 30, fut même remercié par Hitler dans Mein Kampf. Quelques années plus tard, on devait retrouver cette organisation du « travail » dans les camps d’extermination nazis, où des méthodes étrangement similaires furent mises en œuvre pour tétaniser les victimes, leur faire perdre leurs repères et découper en tâches simples et répétitives le meurtre de masse de façon à banaliser le geste des assassins.

Un tel rapprochement est lui-même tabou, étant entendu une fois pour toutes que la Shoah est unique. Pourtant, l’auteur yiddish et prix Nobel de littérature Isaac Bashevis Singer (qui a écrit, dans une nouvelle dont le titre de ce livre est tiré, « pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ») fut le premier à oser la comparaison entre le sort réservé aux animaux d’élevage et celui que les hommes ont fait subir à leurs semblables pendant la Shoah.

S’inspirant de son combat, Patterson dénonce la façon dont l’homme s’est imposé comme « l’espèce des seigneurs », s’arrogeant le droit d’exterminer ou de réduire à l’esclavage les autres espèces, et conclut son essai par un hommage aux défenseurs de la cause animale, y compris Isaac Bashevis Singer lui-même.

« Le livre de Charles Patterson pèsera lourd pour redresser les torts terribles que les hommes, au fil de l’histoire, ont infligés aux animaux. Je vous incite vivement à le lire et à réfléchir à son important message. » Jane Goodall, primatologue

« Le défi moral posé par Un éternel Treblinka en fait un livre indispensable pour celui qui cherche à explorer la leçon universelle de la Shoah. »
Maariv, journal israélien

Pour en savoir plus

- Le site du livre
- Un entretien avec l’historien Charles Patterson
- Le résumé des "Cahiers Antispécistes"
- L'avis d'une lectrice
- L'avis de "Sciences Humaines" : Un crime contre l'animalité
- La boutique L214

Sommaire

I Une débâcle fondamentale
1 La grande division
Suprématie humaine et exploitation des animaux
- Le grand bond en avant
- La domestication des animaux
- Impitoyable et indifférent
- Esclavage humain
- Des esclaves comme animaux domestiques
- La domination de l'homme sur les animaux
- La grande chaîne des êtres
- La division entre l'humain et l'animal
- Moins qu'humains
2 Loups, singes, cochons, rats, vermine
Humilier les autres en les traitant d'animaux
- Africains
- Peuples premiers américains
- La "guerre indienne" dans les Philippines
- Singes jaunes
- Cochons chinois
- Termites vietnamiens, cafards irakiens
- Rabaissement des Juifs
- Affronter la Shoah
II Espèces supérieures, race supérieure
3 L'industrialisation de l'abattage
Le chemin qui mène à Auschwitz passe par l'Amérique
- Massacre dans les colonies
- La ville du porc
- Union Stock Yards
- La mort à une échelle monumentale
- Pas si différent
- Ca reste en famille
- Massacre high-tech
- Evolution récente
- Henry Ford : de l'abattoir au camp de la mort
4 Améliorer le troupeau
De la reproduction animale au génocide
- L'émergence de l'eugénisme
- Association des éleveurs américains
- Le mouvement eugéniste américain
- Etudes de familles
- Stérilisation obligatoire
- L'eugénisme en Allemagne
- Le partenariat américano-allemand
- Le soutien américain à l'eugénisme nazi
- Américains en visite
- Himmler, Darré, Höss
- Le programme T4 de l'Allemagne et l'invention de la chambre à gaz
- De l'exploitation animale aux meurtres de masse
5 Sans l'hommage d'une larme
Centres de tuerie en Amérique et en Allemagne
- Rationaliser le processus
- Rampe / entonnoir / tube / boyau
- Régler le sort du malade, du faible et du blessé
- Tuer les jeunes
- Les animaux dans les camps
- Hitler et les animaux
- Nous vivons comme des princes
- Massacre humain
III Echos de la Shoah
6 Nous étions comme ça, nous aussi
Les avocats de la cause animale liés à la Shoah
- Combattre une aberration mentale
- La voix des survivants
- Quelque chose de terrible
- Trois commandements
- Vision aux rayons X
- Images de la Shoah
- Savon et chaussures
- Une rencontre fatidique
- Troisième génération de militants
- Un couple étrange
- Ce qui a rendu ça possible
- Nous n'avons rien appris
7 Cet abattoir sans limites
Le regard compatissant d'Isaac Bashevis Singer
- Le 11ème commandement
- Vers l'Amérique
- Une forme d'amusement ignoble
- Satan et sauvagerie
- Une débauche de chair
- Viande et folie
- Créature sacrée
- Protestation végétarienne
- Treblinka était partout
- Eux aussi sont des enfants de Dieu
- Affection pour les animaux
- L'ombre d'une destruction imminente
- Une manière de vivre
8 L'autre face de la shoah
Voix allemandes pour les "sans-voix"
- De la Wehrmacht aux droits des animaux
- Révolté et consterné
- Le bébé de Hitler
- Les mangeurs de viande pourraient bien remettre ça
- Frères animaux
- Le mensonge d'Auschwitz
- L'holocauste des animaux
Postface
Bibliographie
Répertoire des associations citées
Remerciements
Table des matières

Un extrait du livre

Choisir un extrait ne fut pas simple tant cet ouvrage est exceptionnel mais puisqu'il me fallait faire un choix, j'ai opté pour le chapitre décrivant le rapport particulier d'Hitler aux animaux, en espérant ainsi mettre un terme à cette malsaine légende d'un Hitler végétarien.

Ci-dessous, une retranscription du texte où je n'ai conservé, pour une facilité de lecture, qu'une partie des références, puis en images, ce même texte dans son intégralité.

HITLER ET LES ANIMAUX
P185-P192


Comme beaucoup de ses frères humains, Adolf Hitler utilisait des noms d'animaux pour avilir les autres. Il traitait souvent ses adversaires de «gorets» et de «sales chiens». Les bolcheviks étaient des «animaux» et les Russes, ce «peuple bestial», «une famille lapin» slave, que Staline avait transformée en Etat totalitaire. Après la conquête de la Russie, Hitler voulut que «la centaine de millions de Slaves ridicules» vive «dans des porcheries». Il traitait les diplomates britanniques de «vers de terre», et quant au peuple d'Amérique «mi-judaïsé, mi-négrifié», il avait «le cerveau d'une poule». Hitler n'avait que mépris pour son propre peuple, auquel il faisait référence en disant «le grand troupeau stupide de notre peuple moutonnier», et tandis que les défaites s'accumulaient à la fin de la guerre, il rejetait sur eux la faute de n'avoir pas été à la hauteur du défi. Hitler traitait ses propres sœurs de «petites dindes».

Quelles qu'aient pu être les déficiences dont souffrait le Volk germanique, Hitler considérait pourtant que la race aryenne-nordique était infiniment supérieure à la mer de sous-hommes qui l'entourait, «ces monstruosités, entre homme et singe», comme il le dit clairement dans un discours à Munich en 1927 :

"Nous avons devant nous la race aryenne, qui est manifestement porteuse de toute culture, la véritable représentante de toute l'humanité. Notre science industrielle est sans exception le travail des Nordiques. Tous les grands compositeurs, de Beethoven à Richard Wagner, sont aryens. L'homme doit tout ce qui a quelque importance au principe de lutte et à une race qui a porté en elle le succès. Retirez les Allemands nordiques et il ne reste rien que la danse des singes [1]."

Hitler aimait les chiens, en particulier les bergers allemands (il considérait que les boxers étaient «dégénérés»), qu'il aimait contrôler et dominer. Au front, pendant la Première Guerre mondiale, il s'était lié à un terrier blanc, Fuchsl, qui avait traversé les lignes ennemies. Plus tard, quand son unité avança et qu'on ne retrouva pas Fuchsl, Hitler en fut bouleversé. «Je l'aimais tant, se souvint-il. Lui seul m'obéissait.» Hitler tenait souvent un fouet et l'utilisait parfois pour frapper son chien, à la manière cruelle dont son père frappait son propre chien [2]. Au quartier général du Führer pendant la Seconde Guerre mondiale, le berger allemand de Hitler, Blondi, lui offrit ce qu'il connut de plus proche de l'amitié [3]. «Mais avec ses chiens, comme avec tout être avec qui il entrait en contact, écrit Ian Kershaw, toute relation était fondée sur la subordination au maître qu'il était.»

Si Hitler consommait des produits animaux comme le fromage, le beurre et le lait, il tentait d'éviter la viande pour calmer son «estomac nerveux». Il souffrait d'indigestions et de douleurs épisodiques depuis l'adolescence, ainsi que de flatulences et d'une sudation incontrôlable [4]. La première preuve de ses tentatives pour soigner ses problèmes d'estomac en veillant à son régime figure dans une lettre écrite en 1911, quand il vivait à Vienne : «Je suis heureux de pouvoir vous informer que je me sens déjà beaucoup mieux [...]. Ce n'était rien qu'un petit dérangement de l'estomac, et je tente de me soigner par un régime de fruits et de légumes.» Il découvrit que lorsqu'il réduisait sa consommation de viande, il ne transpirait pas autant et qu'il y avait moins de taches sur ses sous-vêtements. Hitler fut aussi bientôt convaincu que manger des légumes améliorait l'odeur de ses flatulences, un problème qui l'ennuyait terriblement et lui causait bien de l'embarras. Il avait très peur du cancer, qui avait tué sa mère, et croyait que la consommation de viande et la pollution causaient le cancer.

Néanmoins, jamais Hitler ne renonça complètement à ses plats préférés de viande, surtout pas aux saucisses bavaroises, aux boulettes de foie et au gibier farci. La cuisinière Dione Lucas, qui travaillait comme chef dans un hôtel de Hambourg avant la guerre, se souvient qu'on l'appelait souvent pour qu'elle prépare le plat préféré de Hitler. «Je ne veux pas vous gâcher l'appétit pour les pigeonneaux farcis, écrivit-elle dans son livre de cuisine, mais cela vous intéressera peut-être de savoir que c'était un grand favori de M. Hitler, qui dînait souvent à l'hôtel. Mais n'en tenons pas rigueur à cette belle recette !» Un de ses biographes prétend que Hitler, en matière de viande, s'en tenait presque uniquement aux saucisses [5].

Quelles qu'aient été ses préférences culinaires, Hitler montra peu de sympathie pour la cause végétarienne en Allemagne. Quand il arriva au pouvoir, en 1933, il interdit les sociétés végétariennes, arrêta leurs chefs et fit fermer la rédaction du principal magazine végétarien publié à Francfort. Les persécutions nazies contraignirent même les végétariens allemands, petite minorité dans une nation de carnivores, soit à fuir le pays, soit à se cacher. Pacifiste et végétarien allemand, Edgar Kupfer-Koberwitz s'enfuit à Paris, puis en Italie, où la Gestapo l'arrêta et l'envoya au camp de concentration de Dachau. Pendant la guerre, l'Allemagne nazie interdit toutes les organisations végétariennes dans les territoires occupés, alors même qu'elles auraient aidé à soulager la pénurie de nourriture en temps de guerre.

Selon l'historien Robert Payne, le mythe qui veut que Hitler ait été strictement végétarien fut principalement l'œuvre du ministre de la Propagande de l'Allemagne nazie, Joseph Goebbels :

"L'ascétisme de Hitler joua un rôle important dans l'image qu'il projetait sur l'Allemagne. Selon une légende à laquelle beaucoup croyaient, il ne fumait ni ne buvait, il ne mangeait pas non plus de viande et n'avait aucune liaison. La première affirmation seule était vraie. Il buvait de la bière et souvent du vin coupé d'eau, il aimait tout particulièrement les saucisses bavaroises et il avait une maîtresse, Eva Braun, qui vivait avec lui discrètement au Berghof - entre autres aventures discrètes avec des femmes. Son ascétisme était une fiction inventée par Goebbels pour faire croire au don total de sa personne, au contrôle qu'il exerçait sur lui, à la distance qui le séparait des autres hommes. En faisant publiquement étalage de son ascétisme, il pouvait prétendre être tout dévoué au service de son peuple [6]."

En fait, Hitler était «remarquablement complaisant envers lui-même et n'avait pas le moindre instinct ascétique», écrit Payne. Son cuisinier, un homme incroyablement gros appelé Willi Kannenberg, confectionnait des repas délicieux et jouait les fous du roi. «Si Hitler n'avait pas de goût pour la viande, sauf sous forme de saucisses, s'il ne mangeait jamais de poisson, il adorait le caviar [7]. C'était un connaisseur en bonbons, fruits confits et gâteaux à la crème, qu'il consommait en quantités impressionnantes. Il buvait du thé et du café qu'il noyait de crème et de sucre. Aucun dictateur n'a autant aimé les sucreries.»

Quant à la compassion et la gentillesse, c'étaient des anathèmes pour Hitler, qui considérait que la force prime sur le droit et que les puissants méritent d'hériter de la terre. Il n'avait que mépris pour la philosophie végétarienne non violente et se moquait de Gandhi. Intimement convaincu que la nature était gouvernée par la loi de la jungle, il voulait que les jeunes Allemands soient brutaux, autoritaires, sans peur et cruels («La jeunesse qui va grandir dans ma forteresse effraiera le monde»). Ils ne devaient être ni faibles ni gentils. «La lumière de la merveilleuse bête de proie libre doit à nouveau éclairer leurs yeux. Je veux que ma jeunesse soit forte et belle [8].» Hitler a un jour résumé sa vision du monde en une courte phrase : «Qui ne possède pas la force perd le droit de vivre.»

La prétendue affection de Hitler et d'autres grosses huiles nazies pour les animaux, en particulier leurs chiens, a été replacée dans sa bonne perspective par Max Horkheimer et Theodor Adorno. Pour certaines personnalités autoritaires, écrivent-ils, «l'amour des animaux» fait partie de la manière dont ils intimident les autres. Quand les magnats de l'industrie et les dirigeants fascistes veulent un animal de compagnie, leur choix se porte sur des animaux intimidants comme les dogues allemands et les bébés lions, qui doivent ajouter à leur puissance par la terreur qu'ils inspirent. «Le colosse fasciste meurtrier se dresse de manière si aveugle devant la nature qu'il ne considère les animaux que comme un moyen d'humilier les hommes. L'intérêt passionné des fascistes pour les animaux, la nature et les enfants s'enracine dans le besoin de persécuter.» En présence du pouvoir, aucune créature n'est un être de plein droit. «Une créature n'est qu'un matériau pour assouvir les buts sanglants du maître.»

Notes :

[1] Ici, Hitler se faisait l'écho des opinions de son idole, Richard Wagner, qui a écrit que les "races inférieures" peuvent retracer leurs origines "depuis les singes", alors que les aryens retracent les leurs "depuis les dieux".

[2] En 1926, Hitler frappa son chien férocement en présence de Mimi Reiter, seize ans, qui avait attiré son attention et qu'il voulait apparemment impressionner. "Il fouetta son chien comme un fou [Irrsinniger] de sa cravache en le tenant par sa laisse courte. Il s'excita à l'extrême [...]. Je n'aurais jamais cru que cet homme pouvait frapper un animal avec tant de cruauté - un animal dont il avait dit un instant auparavant qu'il ne pourrait vivre sans lui. Et voilà qu'il fouettait son compagnon le plus fidèle !" Devant une autre jeune fille, à une autre occasion, quand son chien ne lui obéit pas, "il fit une démonstration de son idée de la virilité, de la maîtrise et du pouvoir en fouettant brutalement l'animal".

[3] Le 29 avril 1945, la veille du jour où il se suicida, Hitler empoisonna Blondi pour s'assurer que les capsules de cyanure que Himmler lui avait données étaient efficaces.

[4] Un jour, selon un intime, pendant la campagne électorale de 1932, Hitler, désolé de ne manger qu'une soupe de légumes, "demanda d'un air plaintif si on pouvait l'assurer que ce régime végétarien pourrait guérir ses crampes d'estomac, sa sudation excessive et sa mélancolie".

[5] Vers la fin de la guerre, le médecin personnel de Hitler, le docteur Theodor Morell, le mit à un régime strict, qui comportait une petite quantité de lard et de beurre, du blanc d'oeuf, du babeurre et de la crème.

[6] Ralph Meyer écrit que ce portrait de Hitler en paisible végétarien brossé par Goebbels trompa même les hommes d'Etat et les biographes. "Ce canular est répété ad nauseum aux végétariens et avocats des droits des animaux. Combien de gens ont été découragés de même envisager le problème tant ils abhorrent tout ce qui peut être associé à Hitler ?"

[7] Dans ses mémoires, Albert Speer écrivit que, dès que Hitler découvrit le goût du caviar, il en mangea "d'un bel appétit [...] à pleines cuillères", jusqu'à ce qu'il apprenne par Kannenberg combien c'était cher. Bien que la dépense ait été insignifiante comparée au train de vie de la chancellerie, Hitler rejeta le caviar, une extravagance car "l'idée d'un Führer mangeant du caviar lui était insupportable".

[8] Pour éliminer tout ce qui pouvait en eux être faible ou gentil, certains membres des SS devaient élever un berger allemand pendant douze semaines, puis étrangler le chiot devant un officier.

Le même extrait, en images
Cliquez pour les agrandir


30 décembre 2009

Le droit des animaux, de Céline Halpern et Benjamin Pitcho

Le droit des animaux
de Céline Halpern et Benjamin Pitcho


Animal vient de anima, âme, principe de la vie. On définit généralement l'animal comme étant un être vivant, un être animé, doué de sensibilité et capable de se mouvoir. Pourtant, il n'existe pas à proprement dit de Code du Droit des animaux. Aussi incroyable et malheureux que cela puisse paraître, l'animal reste une chose pour le droit français... Comment cela est-il possible et quelles sont les implications de cette qualification sur l'animal ? Quel est le statut juridique de l'animal ? Quels sont les droits et obligations de son propriétaire ? Quels sont les enjeux juridiques et les conséquences d'un accident survenu par le biais d'un animal ? Qui est responsable ? Comment l'animal est-il protégé ?

Dans cet ouvrage pratique, Céline Halpern et Benjamin Pitcho nous éclairent sur de nombreux aspects de ce droit en pleine évolution. Ils nous expliquent, avec un vocabulaire clair et précis les enjeux juridiques des relations entre l'animal et l'humain, tout en nous éclairant au cours de la lecture de l'ouvrage, par les textes nécessaires à la compréhension des informations pratiques apportées. Ce guide est destiné aux amis et propriétaires d'animaux, aux médecins vétérinaires, à leurs auxiliaires, aux étudiants, mais aussi à tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin au monde des bêtes et à ceux qui les soignent.

Le droit des animaux, Céline Halpern, Benjamin Pitcho, Editions Eska, 2007, 104 pages

Pour en savoir plus

- L'article "Les animaux ont-ils des droits ?"
- La retranscription d'un tchat avec les auteurs (extraits ci-dessous)

A propos des auteurs

Passionnée par la nature et les animaux, Maître Céline Halpern, avocate au Barreau de Paris, est également chargée de cours à l'université. Diplômée en droit de la santé, elle oriente son activité vers le droit de la santé, le droit vétérinaire et le droit des animaux. Elle est également l'auteur de nombreux ouvrages sur la santé humaine et animale.

Benjamin Pitcho est maître de conférences à l'université Paris VIII, en particulier dans le domaine animal, et donne de nombreux colloques spécialisés à ce sujet. Il poursuit également ses recherches sur la nature de l'animal et son statut, ainsi que sur les obligations et les droits de leurs propriétaires.

Sommaire

- Le statut de l'animal
- Les droits et obligations du propriétaire de l'animal
- La responsabilité du fait des animaux
- La protection de l'animal

Extraits d'un entretien avec les auteurs
"L'Animal devrait avoir les mêmes droits que l'Homme"


Entretien intégral sur cette page.

Le droit des animaux a-t-il évolué depuis quelques années ?

Oui, c'est indéniable, surtout dans les décisions de justice. Cependant les sanctions ne sont pas encore assez sévères, surtout en matière de maltraitance.

Quelle place accorde-t-on aujourd'hui à l'animal sur le plan juridique ? Quels sont ses droits ?

Les animaux ne sont pas titulaires de droits. Ils font simplement aujourd'hui l'objet d'une protection. Mais leur place grandit tous les jours du fait qu'ils sont considérés comme "êtres sensibles" et non pas comme des choses.

A quand des peines plus lourdes contre les sévices ou mauvais traitements infligés aux animaux ?

Récemment un homme qui avait tué son chien dans des conditions atroces et volontaires a été condamné à 13 mois de prison ferme. Il est regrettable que ce soit une décision isolée. Mais on peut espérer que la jurisprudence évolue.

Que pensez-vous de la vivisection ?

C'est une catastrophe, il existe tout de même une convention internationale qui interdit les expériences trop douloureuses ou inutiles sur les animaux mais l'application reste théorique. L'Homme se considère supérieur à l'animal, mais là, on rentre sur le terrain philosophique.

Y'a t-il actuellement une loi qui impose aux fabricants d'apposer sur leurs produits une mention précisant s'ils ont ou non été testés sur les animaux, ou n'est-ce pas obligatoire ?

A ce jour, l'absence de tests sur les animaux relève du marketing afin de sensibiliser le public. Divers projets devaient permettre de signaler - obligatoirement - la réalisation de tests sur les animaux. Ils n'ont pas été promulgués.

A quand une interdiction de cosmétiques d'origine animale ?

On y vient doucement mais il existe encore sur le marché beaucoup trop de cosmétiques issus de graisses animales et autres. Cela relève d'intérêts financiers conséquents et de multiples paramètres interfèrent pour interdire l'évolution vers le quasi-végétal du cosmétique. C'est dommage car actuellement, on arrive à concevoir des produits cosmétiques sans origine animale et tout aussi efficaces.

Etes-vous personnellement pour un statut juridique spécifique à l'animal ou pour leur accorder le même droit qu'aux humains ?

Céline Halpern : Personnellement, je prône les mêmes droits pour tous les êtres sensibles. Les humains sont loin de la vraie compréhension et de la connaissance véritable de l'animal. Je suis sûre que dans 300 ans, on aura découvert que l'animal est bien plus élaboré et plus proche de l'homme que ce dernier ne le croit aujourd'hui. L'Homme ne s'intéresse pas à l'animal pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il représente par rapport à l'Homme.

Benjamin Pitcho : Je pense que le Droit est utilisé pour régler les rapports entre les hommes seulement. Aussi, il est impératif que les animaux fassent l'objet d'une protection stricte, car comme Céline l'a rappelé, il s'agit d'êtres vivants et sensibles. Toutefois, il m'apparaît dangereux de leur accorder des droits au même titre que les êtres humains. De toute façon, seuls les êtres humains peuvent sanctionner les atteintes qu'ils subissent.

Que pensez-vous des abattoirs ?

Il existe un problème majeur de traitement dégradant des animaux, surtout dans les abattoirs, dans lesquels l'animal subit des douleurs atroces. Il existe des règles protectrices qui sont malheureusement peu respectées. Le plus important pour les abattoirs reste le rendement.

Comment en êtes-vous arrivés à faire une spécialisation sur les animaux ?

Nous avons commencé par nous spécialiser en droit de la santé humaine puis notre amour pour les bêtes nous a conduit à vouloir combler les lacunes du droit en la matière.

Les droits de l'animal, de Jean-Marie Coulon et Jean-Claude Nouët

Les droits de l'animal
de Jean-Marie Coulon
et Jean-Claude Nouët
préface de Raymond Depardon

L’animal est incapable de se protéger contre l'arbitraire et la violence de l'être humain et cette incapacité le rend impuissant et vulnérable. Et puisqu’il ne sait se défendre par lui-même, il a besoin d’être protégé. Il a besoin que les êtres humains plaident en faveur de la reconnaissance et du respect de ses droits.

La Déclaration universelle des droits de l’animal, proclamée le 15 octobre 1978, constitue une première prise de position philosophique sur les rapports qui doivent désormais s’instaurer entre l’espèce humaine et les autres espèces animales. Mais, cela est encore bien insuffisant. Pour s’interroger sur les droits des animaux et nos devoirs envers eux, il faut sans doute déjà considérer et accepter que le respect des animaux par l’homme est inséparable du respect des hommes entre eux. Vaste programme…

Bon nombre d’associations et de fondations combattent activement pour la défense des animaux et leur action ne concerne pas que les animaux domestiques. La reconnaissance des droits de l’animal, c’est accorder aussi le droit, pour toute espèce, de ne pas disparaître par la faute de l’homme ; c’est encore le droit, pour tous les animaux vertébrés, déjà reconnus comme sensibles à la douleur, et pour les animaux invertébrés qui pourraient l’être aussi, de ne pas souffrir par la faute de l’homme ; enfin, c’est pour tous les animaux tenus sous la dépendance de l’homme, le droit à un bien-être conforme à leurs impératifs biologiques et comportementaux.

Sous la forme d'un dialogue vivant, accessible à un large public et construit autour de quelque 70 questions, Jean-Marie Coulon et Jean-Claude Nouët nourrissent une réflexion rationnelle et très moderne, fondée sur une triple argumentation : éthique, juridique et scientifique, à distance de toute forme de sensiblerie anthropomorphique et compassionnelle. L'ouvrage se veut être aussi, en filigrane, un hymne à la vie sous toutes ses formes et un appel à son respect pour la survie et le bien-être des hommes comme de toutes les autres espèces animales.

Les animaux sont les seuls êtres au monde à ne pouvoir être traités ni comme sujets ni comme objets. Alors, reconnaître "les droits de l’animal" est une conquête éthique et juridique légitime et indispensable.

Les droits de l'animal, Jean-Marie Coulon, Jean-Claude Nouët, Editions Dalloz-Sirey, 2009, 146 pages

A propos des auteurs

Jean-Marie Coulon, magistrat, est représentant de la France à l'Agence de l'Union européenne des droits fondamentaux. Jean-Claude Nouët, professeur des universités, est membre du comité consultatif de la santé et de la protection animales.

Sommaire

- Des droits pour l'animal ? Lesquels et pourquoi ?
- Comment passe-t-on du concept de droits de l'animal aux prescriptions du droit ?
- Quelles relations entre droits de l'animal et droits de l'homme ?
- Comment l'animal est-il appréhendé par le droit positif français ?
- Quelles perspectives juridiques d'avenir pour les droits de l'animal ?

28 décembre 2009

La protection de l'animal, de Florence Burgat

Présentation

L’essor actuel de la protection animale s’inscrit, socialement et politiquement, dans le cadre des mouvements de protection des "groupes vulnérables", selon l’expression de l’Unesco, ainsi que dans le cadre des perspectives écologiques au sens large. Si le caractère fondamentalement disponible de l’animal, et l’absence de toute dimension transgressive de sa mise à mort sont patentes dans les pratiques, elles ne vont pas de soi pour l’éthique.

Cet ouvrage retrace l'histoire de la législation française sur la protection de l'animal ainsi que la réglementation sur l'utilisation des animaux sauvages et domestiques. Les réseaux et les objectifs des différentes associations sont présentés, ainsi que les problèmes auxquels peuvent être confrontés les propriétaires d'animaux.

La protection de l'animal, Florence Burgat, Editions PUF, 1997, 127 pages

Pour en savoir plus

- Un compte-rendu du livre, signé Yves Bonnardel
- Autres livres de Florence Burgat

A propos de l'auteur

Florence Burgat, philosophe, chargée de recherche à l'INRA, consacre ses travaux à la condition animale dans les sociétés industrielles. Tout en poursuivant ses recherches sur le statut ontologique de l'animalité, elle entreprend actuellement une étude sur l'animal dans la pensée de Gandhi et les mouvements de protection des animaux en Inde, où elle a effectué une mission sur ce thème.

"S'agissant des souffrances endurées par les animaux,
il ne tient qu'à nous d'y mettre fin."


Un texte de Florence Burgat,
publié le 4 octobre, à l'occasion de la "Journée mondiale de l'animal"


Nous sommes le 04 octobre 2009.

Parce que c'est le jour de la Saint François d'Assise, le 04 octobre est déclaré "journée mondiale des animaux". Une journée par an. Non pas pour nous souvenir de la manière dont l'humanité a, durant des siècles, traité les animaux, et se demander comment cela a pu être possible. Mais une journée par an pour parler de ce qu'ils subissent tous les jours, sans répit, partout dans le monde et depuis toujours. Quand les choses vont-elles enfin changer ?

Deux choses ont changé dans l'histoire sombre des animaux.

La première chose, c'est qu'on n'a jamais autant tué d'animaux qu'aujourd'hui, on n'en a jamais autant exploités. Jamais la condition des animaux n'a été aussi dure. Ce sont par milliards qu'ils sont enfermés dans les bâtiments d'élevage, abattus à la chaîne, tués par balle, par poison ou par piège à la chasse, pêchés, capturés pour leur fourrure ou leur "exotisme", utilisés dans les laboratoires, dressés et mutilés dans les cirques, abrutis de solitude dans les zoos…

L'urgence grandit. Car nous avons désormais les moyens scientifiques et techniques d'obtenir d'eux toujours plus : plus de viande, plus de lait, plus de connaissances scientifiques, plus de tout… Le monde animal est exténué. L'homme est en passe d'éradiquer les derniers animaux libres, au profit d'un stock à gérer apte à répondre à tous nos besoins, y compris les plus futiles. Le fait est là.

La seconde chose, c'est qu'un mouvement mondial de protection et de défense des droits des animaux s'est levé, structuré, amplifié. Il veille, informe, dépense toute l'énergie possible pour dissiper l'indifférence ou l'inconscience de gens qui, pour la plupart, n'ont aucune idée de ce à quoi ils participent par des achats qui semblent bien anodins : du jambon, un yaourt, une paire de chaussures, un rouge à lèvres.

Quand les choses vont-elles enfin changer ? Souvent, nous déplorons notre impuissance en apprenant que se passent dans le monde des tortures d'humains, des crimes, des enfermements…

S'agissant des souffrances endurées par les animaux, il ne tient qu'à nous d'y mettre fin : en nous informant et en nous abstenant d'acheter les produits issus de l'exploitation animale. Nous avons pratiquement chaque fois le choix. L'alternative nous est quasiment toujours offerte. Cessons de marcher tête baissée, aveugles et sourds à ce qui – il est vrai – est caché, afin que nul ne voie ni n'entende.

L'animal dans les pratiques de consommation, de Florence Burgat

Présentation
(Extrait de l'introduction)

Cet ouvrage est la refonte du "Que sais-je?", n°374, écrit par l'ingénieur agronome Henry Rouy, édité en 1950 et réédité en 1967. Il était alors intitulé "La viande". Le nouveau titre, "L'animal dans les pratiques de consommation", implique que nous ne limitions pas cette étude au seul produit "viande", mais que nous exposions la totalité du processus par lequel l'animal destiné à la boucherie est préparé et transformé à cette fin. Il ne sera question que des animaux dits de boucherie (bovins, ovins, caprins, équidés), de charcuterie (porcins), de basse-cour (cailles, faisans, gros gibier). Nous ne parlerons ni de la chasse qui induit d'autres pratiques, ni de la pêche. Par ailleurs, le sujet était traité dans l'ouvrage précédent, comme on a coutume de le faire, dans la seule perspective économique; sans négliger cet aspect, nous avons réservé une partie de cette étude aux représentations sociales qui affectent l'alimentation carnée.

Notre plan suivra les trois moments de cette logique :

1 / L'animal vivant (élevage, transport):
2 / La mise à mort (boucherie, abattoirs et techniques d'abattage);
3 / La viande (d'une part l'évolution de la production et de la consommation, d'autre part le déguisement de la présentation d'un produit de plus en plus éloigné de son processus d'engendrement).

L'animal dans les pratiques de consommation, Florence Burgat, Editions PUF, 1995, 127 pages

Pour en savoir plus

- Un compte-rendu du livre, signé Estiva Reus
- Autres livres de Florence Burgat

A propos de l'auteur

Florence Burgat, philosophe, chargée de recherche à l'INRA, consacre ses travaux à la condition animale dans les sociétés industrielles. Tout en poursuivant ses recherches sur le statut ontologique de l'animalité, elle entreprend actuellement une étude sur l'animal dans la pensée de Gandhi et les mouvements de protection des animaux en Inde, où elle a effectué une mission sur ce thème.

Sommaire
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Folie des vaches, folie des hommes.
L'oubli de l'animal


Un texte de Florence Burgat
publié par Le Monde diplomatique en mai 1996

Si, malgré l'absence de preuves absolument irréfutables, la transmission de la maladie de la « vache folle » à l'espèce humaine semble probable et engendre, à ce titre, une légitime inquiétude chez les consommateurs et les responsables politiques, ce mouvement de recul devant la viande ne pourrait-il être l'occasion de penser la nature particulière de ce produit ? De penser l'animal dans la viande, de s'arrêter un instant sur la logique qui rend possible la transformation des bêtes en nourriture, de traiter autrement que par la dérision ceux qui, fidèles à une question qui date de Pythagore, refusent l'alimentation carnée ? Une alimentation d'ailleurs devenue à la fois pléthorique et abstraite grâce aux méthodes de l'élevage et de l'abattage industriels. Élisabeth de Fontenay, qui ouvre l'analyse des Traités sur les animaux de Plutarque (1) par le symptôme de la « démence des bovins » rendus carnivores, montre en quel sens ces textes nous invitent à une méditation sur notre modernité technicienne.

Plutarque s'interroge sur l'horreur du geste fondateur de la boucherie : « Quelles affections, quel courage ou quels motifs firent autrefois agir l'homme qui, le premier, approcha de sa bouche une chair meurtrie (...), servit à sa table des corps morts, et pour ainsi dire des idoles, et fit sa nourriture de la viande de membres d'animaux qui, peu auparavant, bêlaient, mugissaient, marchaient et voyaient ? Comment ses yeux purent-ils souffrir de voir un meurtre ? (...) Comment son goût ne fut-il pas dégoûté d'horreur, quand il en vint à manier l'ordure des blessures (2) ? » Nul aujourd'hui n'ose venir troubler la volupté de la fête carnivore. Collision entre deux ordres étrangers, la distance qui sépare l'univers chatoyant de la bonne chère de celui des bêtes chaudes et douces qui, traitées à la chaîne, sortent de l'abattoir sous forme de carcasses rigides et décapitées, est difficilement pensable. Attachées aux seuls aspects sanitaires, les discussions autour de la « vache folle » occultent le sort et la condition des animaux d'abattoirs, désignés comme des coupables, en aucun cas des victimes. C'est ainsi qu'Alain Finkielkraut constate, en réclamant un peu de « pitié pour les vaches », que, « comme les victimes sont des bêtes, c'est à elles de payer (3) ».

Les bêtes malades ou seulement suspectes, celles dont le sang est impur, seront exterminées : la caméra est braquée sur une vache qui vacille et s'effondre sur le ciment ; le plan suivant vient rassurer le téléspectateur en montrant les fours crématoires dans lesquels on pousse les gros cadavres aux pattes raides tendues vers le haut, sous un ciel obscurci par une épaisse fumée. La lourdeur administrative et le temps nécessaire à cette tâche ont conduit les autorités anglaises à envisager d'utiliser les carcasses comme combustible pour produire de l'énergie (4). Le sobriquet de « vache folle » lui-même est presque amusant, un peu enfantin : il rappelle celui de Bison futé et n'induit en rien l'idée d'un corps mortellement atteint, qui souffre, et que nul ne songe à soigner. Pour illustrer la transparence des circuits de la viande bovine en France, les images documentaires passent du veau tétant sa mère à sa carcasse, dont un boucher vante les qualités. Ce raccourci, où l'assimilation de l'animal à la viande est présentée comme allant de soi, montre combien nous avons manqué la rencontre avec le monde animal. Qui, d'ailleurs, oserait parler de la viande autrement que dans les termes de la gastronomie ? Ou dans ceux, plus austères, mais plus utiles encore à sa banalisation, de la diététique ?

Un carnivore en tenue de soirée « Dans la viande tendre de l'étal, une rose rouge de papier hurle à la mort » et « un carnivore en tenue de soirée passe devant la fleur sans la voir ni l'entendre (5) ». Substance abstraite, continuum, matière sans origine. La décision des éleveurs d'identifier la viande française ne porte aucunement atteinte à cet anonymat-là. La viande doit rester gaie, le plaisir de manger dégagé de toute inquiétude empathique, comme la publicité ne cesse de nous le rappeler par des images festives. Que personne ne s'avise de coller son oreille à la chair inerte, au risque d'y entendre le souffle rauque de la bête qui s'affale. La pitié pour l'opaque misère des animaux de rente s'estompe vite, dès lors que le spectacle de leur souffrance est caché, et leur exploitation justifiée par la force des arguments économiques. Du calvaire de l'animal, le consommateur ne sait rien et ne veut rien savoir : les lieux de mise à mort sont d'ailleurs distincts des lieux de vente, et celui qui tue n'est plus celui qui vend. En soustrayant à la perception la présence effective de la mort, c'est la possibilité même de l'alimentation carnée qui devient peu à peu impensable, parce qu'inimaginable, hors représentation. La séparation des tâches a contribué à consolider une scission entre l'animal et la viande, épargnant ainsi notre réflexion.

Divers relais et médiations achèvent de lever l'interdit et d'abolir tout sentiment de culpabilité et de responsabilité. On ne peut déplorer les conditions de vie et de mort des animaux de boucherie et, en même temps, cautionner ces conditions par une consommation quotidienne de viande. Ceux qui s'en abstiennent pour des raisons éthiques font preuve de sens critique à l'égard d'un très fort suivisme social et manifestent ainsi une réelle volonté de voir émerger une réflexion sur ce qu'est véritablement la viande. L'histoire de la découpe et de la décoration des viandes met en évidence une mutation des représentations affectant les produits carnés ; les morceaux présentés dans des barquettes sous cellophane ont, comme l'écrit Pierre Gascar, peu à peu acquis « une autonomie, une réalité indépendante de l'ensemble dans lesquels ils étaient inclus (...). La boucherie est un lieu d'innocence (6) ». Pour la plupart, les enfants n'établissent aucune relation entre la viande que, avec leurs parents, ils achètent au supermarché, et les animaux hyperhumanisés de leurs dessins animés. Lorsqu'ils en prennent conscience, nombre d'entre eux sont choqués, dégoûtés. Par ailleurs, le recours à la tradition, aux arguments nutritifs, tout comme le procédé publicitaire utilisé depuis le début du siècle qui consiste à mettre en scène l'assentiment de l'animal à devenir une carcasse, et donc à traiter avec humour sa mise à mort, sont autant de biais qui libèrent la consommation carnée de tout souci éthique. Bref, il s'agit de faire de cette trajectoire une évidence et de présenter du même coup toute compassion comme l'émanation d'une sensiblerie incongrue. L'indifférence à la condition des animaux de boucherie pourrait étonner dans des pays où les animaux de compagnie sont présents dans de nombreux foyers. La confrontation avec un être qui manifeste des besoins et des désirs, donne et reçoit de la tendresse, partage des émotions avec les humains pourrait être la voie royale vers le refus de voir l'animal réduit à une machine à produire. Mais, à l'évidence, la connexion ne se fait pas. La distribution des rôles se dessine à l'intérieur du monde animal : il y a les nobles et les bâtards, les compagnons et les consommables... Il ne faudrait d'ailleurs pas croire que les animaux de compagnie sont à ce point l'objet de toutes les sollicitudes : le nombre d'abandons va croissant, comme le montrent les chiffres du ministère de l'agriculture.

Le chien lâché sur l'autoroute est tout de même une sérieuse entorse à cette prétendue « zoophilie », voire « zoolâtrie », affection réelle ou supposée que l'on doit radicalement distinguer d'un souci éthique pour la condition animale en général. Les propos amusés que suscitent le spectacle ou l'évocation de la souffrance animale ne font-ils pas, à l'inverse, s'interroger sur l'humanité de ceux qui les tiennent ? On ne saurait non plus passer sous silence le sophisme des boîtes pour chats ou chiens, dépense scandaleuse entre toutes. Remarquons que c'est le nourrissage des animaux qui est insupportable à ceux qui disent prendre fait et cause pour les populations affamées, et non le fait que nous, les humains, fassions des repas pantagruéliques. C'est la bouillie faite à partir du cinquième quartier, c'est-à-dire des restes d'animaux d'abattoirs impropres à la consommation humaine, qui focalise tous les sarcasmes. Et, puisqu'il est question de la distribution des richesses alimentaires, plus personne n'ignore que les protéines végétales sont enlevées, pour une bonne partie d'entre elles, aux pays souffrant de la faim pour engraisser les animaux que nous mangeons (7).

Le débat sur la « vache folle » est monopolisé par la préoccupation hygiéniste, c'est-à-dire ici phobique et patriotique, que l'on peut résumer, en France, par l'injonction « mangeons français ! ». Rien sur la souffrance des bêtes que notre « agriculture contre nature (8) » a rendues mortellement malades ; rien sur la destination, présentée comme « naturelle », de milliards d'animaux pour la boucherie. Si la prédation et l'entre-dévoration des espèces entre elles à des fins vitales constitue, dans la plupart des cas, une « loi naturelle », la démesure à laquelle nous nous livrons au moyen des modes de production industriels engendre une différence de nature, et non de degré, avec des pratiques de chasse de survie qui comportaient, et comportent encore, pour les populations démunies de ressources alimentaires, un principe de limite.

Le fait de tuer l'animal pour s'en nourrir devait conserver un caractère exceptionnel et transgressif, demeurer un acte grave. Ce que, précisément, l'élevage et l'abattage industriels ont balayé comme une superstition, une attitude poétique ou prélogique, non rationnelle, en somme. En pensant que des herbivores pourraient s'accommoder d'une alimentation carnée, on est allé un cran plus loin dans la réduction de l'animal à une machine. N'y a-t-il pas là de quoi méditer sur une agriculture qui a proprement quitté le sol, dérobant aux bêtes l'air et la terre, les rivant au seul temps de l'engraissement dans des bâtiments clos, le corps entravé ?

C'est un fait que notre monde est devenu, pour l'animal, « un immense camp de concentration, avec ses salles de torture que l'on nomme gavage, élevage en batterie, éclairage continu en lumière artificielle (9) », misérable séjour qui précède un transport, parfois très long, avant d'arriver à l'abattoir, et dont l'association Protection mondiale des animaux de ferme (PMAF) a révélé en images les conditions atroces (10). La finalité est un rendement accru et, pour l'éleveur, une libération qui consiste à ne plus avoir à s'occuper personnellement des bêtes. Le vocabulaire vient seconder une technicisation qui va de pair avec l'oubli croissant de l'animal, avec sa désindividualisation : « viande sur pied », « viande vivante », telles sont les expressions par lesquelles les professionnels désignent cette matière en devenir qui ne peut décemment plus porter le beau nom d'animal, car on n'y entend plus rien de l'anima, l'âme (11).

(1) Elisabeth de Fontenay, « La raison du plus fort », préface aux Trois traités pour les animaux, de Plutarque, POL, Paris, 1992.
(2) Plutarque, « S'il est loisible de manger chair », cité par Elisabeth de Fontenay, op. cit.
(3) Le Monde, 2 avril 1996.
(4) Le Monde, 4 avril 1996.
(5) Jacques Prévert, « Au pavillon de la boucherie », Histoires, Gallimard, Paris, 1963.
(6) Pierre Gascar, Les Bouchers, Delpire, Paris, 1973.
(7) Lire Joni Seager, « Bilan sur la consommation de viande et ses conséquences », Atlas de la Terre. Le coût écologique de nos modes de vie, Autrement, Paris, 1995.
(8) Eric Fottorino, « Une agriculture contre nature », Le Monde, 28 mars 1996. A signaler l'ouvrage pionnier de Robert Dantzer et Pierre Mormède, Le Stress en élevage intensif, Masson, Paris, 1979.
(9) Jacques Julliard, Le Nouvel Observateur, 4 avril 1996.
(10) PMAF, 4, rue Maurice-Barrès, 57000 Metz.
(11) Lire, à ce sujet, l'ouvrage d'Eric Baratay, L'Eglise et l'Animal, Editions du Cerf, Paris, 1996, 382 pages.