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04 mai 2012

Histoires de chiens, de James Herriot

Histoires de chiens
Souvenirs d'un grand vétérinaire
de James Herriot

Ce merveilleux livre rassemble toutes les histoires qui, dans les ouvrages du célèbre vétérinaire anglais, mettent en scène des chiens - de Tricki Woo le pékinois à Jake le lévrier bâtard. Toutes sont délicieusement illustrées par Victor Ambrus.

Outre sa longue et passionnante introduction, James Herriot (de son vrai nom Alfred Wight) a écrit une note d'accompagnement pour chacune des histoires, dans laquelle il développe un détail particulier ou bien raconte ce qui est arrivé ensuite au chien et à son maître.

Ce livre du grand vétérinaire enchantera tous les amis des chiens, de toute taille et de toute race.

Histoires de chiens, James Herriot, Editions Albin Michel, 1987, 410 pages

A propos de l'auteur

James Herriot est le plus connu des vétérinaires-conteurs anglais. Il est né et a grandi en Ecosse, et c'est à l'Ecole vétérinaire de Glasgow qu'il a fait ses études. Après avoir obtenu son diplôme, il a trouvé dans les Dales du Yorkshire, auprès de Siegfried Farnon, le personnage si attachant de ses livres, un emploi qu'il n'a jamais quitté. Tous ses livres - il en a écrit plus de dix - sont des best-sellers et ont inspiré des séries télévisées à succès. En dehors de son métier, ses principaux intérêts sont la musique, le football et les chiens. James Herriot est marié et père d'un fils vétérinaire et d'une fille médecin.

Du même auteur

- Le petit monde du Docteur Herriot (1994)
- Pour l'amour des bêtes (1982)
- Toute la sagesse du monde (1979)
- Des clients de tout poil (1976)
- Toutes les créatures du Bon Dieu (1975)

Le sommaire

Introduction
1. Tricki Woo
2. Un triomphe de la chirurgie
3. L'instinct maternel
4. Clancy
5. Mme Donovan
6. Une naissance de marque
7. Jock
8. Outrage aux moeurs
9. Abandonné
10. Penny
11. Cindy
12. Gyp le taciturne
13. Les Dimmock
14. Magnus et compagnie
15. Cédric
16. Wesley
17. Le doigt bandé
18. Shep s'amuse
19. Mick
20. La strychnine
21. Le problème de M. Pinkerton
22. Gentillesse oblige
23. Jingo et Skipper
24. Monsieur Je-Sais-Tout
25. Le petit mendiant
26. Théo, "terrier de bar"
27. La grande évasion
28. Roddy Travers et Jake
29. Judy, chienne infirmière
30. Vénus
31. Ambre
32. L'amateur de poubelles

02 mai 2012

Un éléphant dans ma salle d'attente, de Florence Ollivet-Courtois

Un éléphant dans ma salle d'attente
Aventures d'une vétérinaire

de Florence Ollivet-Courtois

et Sylvie Overnoy


(Petit up de cette note)

Le récit captivant d'une vétérinaire au chevet des animaux sauvages.

L’éléphant n’arrive pas à se relever ? Les lionnes se sont échappées ? L’aigle des steppes s’est mis à boiter ? Le guépard a l’air bizarre ? C’est Florence Ollivet-Courtois qu’on appelle. Seule vétérinaire libérale en France à exercer exclusivement sur la faune sauvage et les animaux de parcs zoologiques, elle a entre autres imaginé une technique insolite pour faire une prise de sang à un mâle otarie de quatre cents kilos, convaincu une femelle chimpanzé diabétique de prendre chaque jour son insuline et fait faire ses premiers pas à un éléphanteau nouveau-né. D’une robustesse de Daktari quand il faut déménager un rhinocéros, Florence joue aussi les Dr House quand il s’agit d’élucider le mystère du panda roux aux mains enflées, ou autre énigme médicale dont la faune sauvage a le secret. Cette femme de science et d’action est mue par le désir de faire avancer la médecine vétérinaire autant que par un profond amour des animaux. A l’heure où les parcs zoologiques et animaliers se rapprochent de plus en plus des conditions naturelles, son témoignage est une plongée passionnante dans les rapports entre l’humain et le sauvage.

Un éléphant dans ma salle d'attente, Florence Ollivet-Courtois, Sylvie Overnoy, Editions Belin, 2012, 240 pages

A propos des auteurs

A six ans, Florence Ollivet-Courtois assure la réanimation des chiots nés par césarienne, à sept, elle se retrouve dans les bras d’un chimpanzé : née dans une famille de vétérinaires, elle sait très tôt qu’elle représentera la quatrième génération. Passionnée par la faune sauvage, elle entreprend d’y consacrer sa carrière dès le début de ses études à l’Ecole Vétérinaire de Maisons-Alfort. Plusieurs stages aux Etats-Unis, en particulier au Zoo de Washington lui permettront d’exercer pendant dix ans au zoo de Vincennes, puis en libéral.

Le livre a été écrit avec Sylvie Overnoy, directrice de la rédaction du magazine Cosmopolitan, et auteur de plusieurs romans, dont "Bienvenue au club" et "Surprises au club, journal intime du cheval Crac" aux Editions Belin.

Sur le même thème

- Les livres de Marie-Claude Bomsel
- Les livres de Philippe de Wailly
- D'autres récits de vétérinaires

10 décembre 2011

L'arche de Noa, de Noa Bercovitch

L'arche de Noa
de Noa Bercovitch


Des animaux qui nous aiment,
qui nous aident,
et qui parfois même nous sauvent…

Mise à jour : Ajout du sommaire et des extraits

Décembre 1984. Alors qu’elle est alitée depuis de nombreuses semaines à l’hôpital après l’accident qui lui a coûté ses deux jambes - elle a tout juste 17 ans -, Noa Bercovitch est en pleine rébellion et n’exprime que sa rage. Sa seule distraction, dans sa chambre blanche et vide, est la visite d’un rouge-gorge qui vient non pas picorer des miettes sur le rebord de la fenêtre mais simplement la regarder, elle, de derrière la vitre givrée. Et sept jours durant, il reviendra…

Bien des années plus tard, Robert Laffont, ému par la lecture de "Oline, le dauphin du miracle", propose à Noa Bercovitch de réfléchir à un sujet, pour sa collection "Aider la Vie". Un livre sur les animaux, les rapports d’amitié et d’amour qu’ils entretiennent avec l’homme et l’aide qu’ils peuvent apporter à celui-ci. Ce jour-là, le rouge-gorge est réapparu dans sa mémoire et avec ce souvenir ont coulé toutes les larmes qu’elle avait ravalées à l’époque. Une porte s’est ouverte et aussi l’envie de découvrir une autre dimension d’elle-même.

Au long de cette promenade, qui lui a fait parcourir la planète à la recherche d’histoires d’animaux, à la recherche de "notre" histoire avec les animaux, depuis l’époque où les magdaléniens les ont dessinés au fond des grottes jusqu’à aujourd’hui, Noa Bercovitch a non seulement rencontré des animaux au destin étonnant, mais elle a aussi pu faire le point sur nos connaissances et nos lacunes scientifiques. Que sait-on en effet de l’intelligence pratique ou émotionnelle de telle ou telle espèce, comment aborder, si ce n’est expliquer, tous leurs mystères ? Mais surtout, ces rencontres étonnantes nous démontrent que, entre l’animal et nous, c’est avant tout une histoire d’amour.

A travers 60 récits palpitants, un voyage aux quatre coins de la planète et au cœur de notre Histoire, pour découvrir les relations énigmatiques qui nous unissent, hommes et bêtes.

L'arche de Noa, Noa Bercovitch, Editions Pocket, 2003, 320 pages

Un mot de l'auteur
Extrait du premier chapitre

P15-P17 ../.. A la recherche de notre histoire avec l'animal - depuis l'époque où les Magdaléniens les dessinaient au fond des grottes jusqu'à nos jours - j'ai cherché à comprendre en quoi il peut aider l'homme et comment notre relation s'articule autour de cet échange, empreint d'hésitation et de fougue.
Si la science s'intéresse à présent de plus près aux comportements animaliers, elle se heurte toutefois à de fascinantes énigmes. Quelle faculté permet à des chats, des chiens, des oiseaux, des tortues entre autres, de parcourir d'incroyables distances pour revenir chez eux ? Pourquoi certains chiens peuvent-ils prévoir les crises d'épilepsie de leur maître ? Comment expliquer qu'ils puissent détecter chez les hommes des maladies graves ? Comment savent-ils, à distance, ce que les autres font ? Comment pressentent-ils les catastrophes et les accidents ? Pourquoi cherchent-ils si souvent à protéger les hommes à tout prix ? Les scientifiques se posent encore ces questions.
Animal complice, lien privilégié au monde sauvage, modèle, miroir, tuteur, protecteur, sauveur, martyr, professeur et guide... son visage tourné vers l'homme est multiple.
J'ai rencontré au cours de ce voyage des héros, des martyrs, des guerriers, des amitiés fondatrices et le grand amour. J'en rapporte des fables du quotidien et des témoignages extraordinaires : un cochon qui appelle au secours, des caribous qui jouent au toboggan sur la glace, un âne qui sauve tous les enfants d'un village, un chien qui se sacrifie pour ceux qui l'ont sauvé, des dauphins qui font battre en retraite des requins affamés, un ours qui nourrit un chaton... Vous apprendrez que les chats et les tortues sont attachés à leur propriétaire autant que les chiens qui, avec les dauphins, sont les champions des détections de maladies mortelles. Vous verrez comment les chevaux aident des handicapés, un écureuil guérit un malade, un adolescent égaré trouve son équilibre grâce à un aigle, un rescapé du ghetto de Varsovie s'est transformé en rat pour survivre et comment une autiste célèbre comprend le bétail mieux que personne...
Le peuple de l'Arche est loin d'avoir livré tous ses secrets...

A propos de l'auteur

Pascale Noa Bercovitch est née à Angers en 1967. En décembre 1984, elle perd ses deux jambes dans un accident de train. Six mois plus tard, elle passe son bac en candidat libre et part en Israël s'engager dans l'armée pour un an et demi. Elle y sera chargée d'instruire les troupes francophones et anglophones dans l'armée régulière. Elle intègre l'équipe nationale de natation et devient championne dans sa catégorie de handicap, tout en poursuivant des études d'histoire du Proche-Orient, de psychologie et d'arabe à Haïfa. Puis elle se tourne vers le journalisme de radio et de presse écrite. Durant la guerre du Golfe, elle est interprète et rencontre Hervé Chabalier et Christine Ockrent, qui lui proposent un poste à Paris. Elle exerce le métier de grand reporter pendant huit ans avant de devenir réalisatrice indépendante et de tourner de nombreux documentaires. En 1997, elle consacre un film à l'étrange amitié qui unit Oline, un dauphin femelle, à Abid'allah, un jeune Bédouin sourd-muet vivant au bord de la mer Rouge. Elle raconte ce conte de fée dans Oline, le dauphin du miracle (1999), avant d'exprimer la fascination qu'elle éprouve pour les dauphins dans Le sourire du dauphin (1999), traduit en dix langues.

Pour en savoir plus

- Du même auteur : Oline, le dauphin du miracle
- Un extrait du livre concernant le gorille Koko sur ce lien
- Un extrait du livre concernant le chat Célestin sur ce lien
- La rubrique Histoires vraies

Au sommaire

1. Le rouge-gorge
2. Le lion végétarien
Dans le coeur ou dans l'assiette
3. L'aigle complice
Ils sont devenus nos amis
4. Dans la peau d'une vache
Notre lien privilégié avec la nature
5. Face à face avec la gorille
Des êtres doués d'émotion
6.Traitement de cheval
Des médecins pas comme les autres
7. Un cochon d'ange gardien
Quand ils nous sauvent la vie
8. Le diagnostic du caniche
S'ils étaient l'avenir de l'homme
Epilogue
Remerciements
Bibliographie

Quelques extraits du livre

P29
../.. J'avais, petite fille, les mêmes réticences que celles de Lamartine sans avoir jamais mis les pieds dans un abattoir ni même aperçu les coulisses d'une boucherie, mais, comme beaucoup d'enfants, je m'identifiais si facilement à un animal - à un Justin ou à un autre - que l'obligation de finir ma part de steak saignant s'avérait impossible. Ma gourmandise s'arrêtait là où commençait la viande rouge, la plus proche de notre chair, et ma soeur se dévouait pour m'aider à finir ces maudites assiettes. Aujourd'hui encore, ce souvenir est un véritable cauchemar ! Je me revois, me demandant toujours de quel animal il s'agissait. La vue et l'odeur du sang me donnaient l'impression d'avaler ce "quelque chose" qui pouvait ressentir, bouger et crier, tout ce qui constituait l'existence même. Mon sentiment d'enfant me disait donc déjà que l'homme peut difficilement séparer les différents aspects de l'animal : bon plat et ami fidèle, frère et proie. ../..

P147
../.. Une expérience a été effectuée avec des rats, après qu'elle a donné des résultats surprenants auprès de cobayes humains, à l'université de Yale, aux Etats-Unis. Un professeur en blouse blanche demandait aux étudiants d'envoyer un choc électrique douloureux à un jeune homme attaché, pour stimuler prétendument son apprentissage. Il s'agissait, bien évidemment, d'une simulation : les décharges étaient factices et l'étudiant, bon comédien. La plupart des volontaires ont obéi à la requête de celui qui faisait autorité. Ils ne risquaient pourtant aucune sanction s'ils refusaient, et rien ne pouvait les faire douter de la réelle puissance du courant.
Les rats, par contre, ont refusé d'actionner un levier leur délivrant leur ration quotidienne de nourriture si cela devait envoyer, simultanément, un choc électrique à un congénère. Et ce, quitte à jeûner. Voilà qui expliquerait la bonne réputation du Rattus norvegicus dont on conseille la compagnie aux enfants. ../..

P152-P153
../.. On peut penser que certains animaux développent, en tout cas, un certain sens du beau. Les scientifiques qui étudient les éléphants et les dauphins, par exemple, n'ont pas manqué de remarquer leur intérêt pour la musique. Si vous jouez de la guitare ou de l'harmonica autour d'un feu de camp dans la brousse ou sur le pont d'un bateau en pleine mer, vous avez toutes les chances de ne pas rester seul très longtemps. Je l'ai expérimenté moi-même avec Oline et les dauphins du Dolphin Reef à Eilat - quitte à provoquer la stupeur de spectateurs non avertis qui m'ont prise pour une médium !
Jim Nollman, lui, l'a constaté en particulier chez les baleines et les orques. Il parcourt la planète en donnant des concerts de guitare à des singes, des loups et des dauphins ! En 1977, il décide de jouer dans une baie, pour un nouveau public insolite : des orques... Bientôt, les chants des cétacés répondent à ses accords et, à sa stupeur, en totale harmonie. Leurs phrases musicales sont structurées. Les animaux se lancent dans d'incroyables improvisations. En réponse, Nollman tente de les reproduire à son tour sur sa guitare électrique... Un véritable dialogue musical s'instaure. Le musicien n'a jamais entendu une telle créativité. Cela dure des heures et déclenche chez lui un "accès d'amour fou pour la création toute entière". ../..

P276
../.. Aussi surprenant que cela puisse paraître, nombreuses sont les tortues de jardin qui développent cette même sensibilité exacerbée envers les personnes qui leur sont proches. Il en existe qui savent pertinemment le moment où l'on va leur préparer à manger, quelles que soient l'heure et les conditions, comme les trois tortues de la danseuse de flamenco Soli Carrera, près de Madrid. Dès l'instant où leur maîtresse pense à les nourrir, et seulement à ce moment-là, les trois tortues - même si elles sont éloignées les unes des autres de plusieurs centaines de mètres - arrivent à l'endroit du repas. Elles n'approchent qu'à cet instant précis, qui diffère chaque jour. Durant les tournées de leur maîtresse, quand une voisine vient les nourrir, elles attendent par contre autour de la maison. Elles semblent ne plus rien percevoir, à croire qu'elles ne peuvent lire que dans les pensées de Soli et non dans celles des autres. ../..

P296-P297
../.. Un matin, alors que Raphaël [un jeune garçon de 17 ans, épileptique] se trouve à l'école et que Mme R. s'occupe de sa maison, Dor [un golden retriever, premier chien destiné à la détection des crises d'épilepsie en Israël], qui gambade dans le jardin, commence à montrer des signes d'impatience inhabituelle. Il se dirige sans arrêt vers le portail, gratte la poignée comme s'il attendait déjà le retour de son ami, puis entre dans la maison, aboie, tourne en rond. Mme R. ne sait que faire : son fils est à cinq kilomètres de là. Elle décide d'aller le chercher en voiture. Six heures plus tard, Raphaël a une grosse crise d'épilepsie, Dor l'avait prévue... à distance.
Tout le monde est sous le choc. Les éleveurs avaient parlé de l'odorat du chien, pas de magnétisme ou de télépathie... Personne ne sait comment Dor ressent les crises, mais l'évènement se produit régulièrement.
Raphaël ne l'enferme plus dans sa salle de classe, ni à la gym, ni chez le kinésithérapeute : il le laisse tranquillement à la maison d'où il travaille à sa façon. Le "télétravail mode canin". La thérapie à distance est-elle un miracle ? Le dresseur Uri Beckman précise que "quand l'enfant est loin, le chien ne pense à rien d'autre qu'à lui. La distance ne fait qu'accroître sa vigilance".
Le lien qui unit Dor et Raphaël est rare. Que se passe-t-il entre le jeune homme et son animal pour qu'il perçoive, de loin, l'état de santé de son maître et ce, plusieurs heures avant que lui-même ne se doute de quoi que ce soit ? ../..

P302
../.. Dor et son frère Doubi, lui-même chien d'alerte d'un autre enfant épileptique, viennent simultanément de subir une grande transformation qui pourrait nous mettre sur une piste sérieuse.
A l'âge d'un an, Dor et Doubi ont été placés en stage durant un mois chez leur entraîneur Uri Beckman, en vue d'un dressage classique censé améliorer toutes leurs performances. A l'aide d'un bâton qui envoie de faibles décharges électriques d'environ 6 volts (j'ai testé une décharge sur mon bras, elle donne une sensation de picotements désagréables, de "fourmis"), on apprend à Dor et à Doubi à obéir. Désormais, celui qui donne les ordres détient le contrôle, il devient le dominant de la famille, l'alpha.
Le résultat obtenu est contraire à celui que l'on escomptait. Après un mois au chenil, de retour à la maison, ni Dor ni Doubi ne décèlent les crises des enfants. Ils vont très bien mais semblent avoir perdu leur don, momentanément ou définitivement. De l'avis des dresseurs et des neurologues consultés, il est possible qu'ils retrouvent bientôt leurs facultés, mais rien n'est sûr.
Nous avons longuement discuté, Uri Beckman, Jan Nijboer et moi, de cette régression. Les chiens se sont trouvés désinvestis du rôle qu'ils s'étaient assigné. Ils ont perdu en quelque sorte leur sens de la responsabilité. De l'avis de Beckman, la raison principale est physiologique. Les chocs électriques, mêmes minimes, infligés aux chiens auraient "brouillé" leurs sens. Il semblerait donc que Dor et Doubi, particulièrement attachés et attentifs à leur maître, réagissent aux perturbations bioélectriques liées à leurs crises. ../..

Autre extrait
Source : Site Naguilah

Un écureuil dans mon café…


M. Arwell, ancien pilote de ligne australien, était atteint d’une forme rarissime de cancer. Il subissait régulièrement de lourdes opérations chirurgicales qui lui laissaient de terribles cicatrices et le faisaient moralement souffrir.
«Il te faut un écureuil!» lui ordonna le docteur Adamson qui n’était pas cancérologue mais vétérinaire. La veille, un client lui avait apporté, tombé d’un nid, un minuscule bébé écureuil et il était persuadé que ce petit bout de fourrure à ressort pourrait doper le moral de n’importe quel désespéré.
Kadour arriva chez les Arwell dans une boîte d’allumettes remplie de coton. Une boule de poils grosse comme une noix, à la fourrure un peu grasse, qui buvait du sérum physiologique dans un biberon de poupée! Rapidement, il a appris à se lécher et a commencé à «voler» dans toute la maison, inspectant les lieux du sol au plafond, à la vitesse de la lumière.
Arwell, lui, récupérait à vue d’œil, et les cancérologues ne comprenaient pas comment ses lésions cicatrisaient si bien malgré son âge… Arwell expliqua alors aux médecins sceptiques que ses fous-rires quotidiens, provoqués par les exercices de voltige de Kadour, devaient y être pour quelque chose.
Le matin même, Arwell lisait son journal sur sa terrasse en buvant son café; Kadour, perché comme souvent sur le haut de son crâne, inspectait les environs. Arwell a éternué et quand il a relevé le nez, des yeux effrayants le fixaient. Kadour venait de plonger tête la première dans son café et de prendre un bon «shoot» de caféine. L’animal le regardait maintenant, assis au fond de la tasse, effaré.
Arwell posa son journal et entrepris de sécher son tout petit ami. Il se dit qu’il vivait un moment unique, absolument unique: personne d’autre, aucun homme ce matin-là ne pouvait se vanter d’avoir un écureuil volant dans son café! Kadour se lova sous le col de sa chemise, dans le creux d’une de ses douloureuses cicatrices, à la base du cou, et s’endormit. Ce nouveau présent imposé par Kadour a fait oublier à Arwell les opérations passées et futures. La maladie et la peur passaient au second plan, derrière les petits bonheurs précieux d’un quotidien à ressort…

03 octobre 2011

Histoires insolites des animaux de Paris, de Rodolphe Trouilleux

Histoires insolites
des animaux de Paris

de Rodolphe Trouilleux

Ils courent, ils rampent, ils volent, mais on ne les voit pas toujours : ce sont les animaux peuplant la capitale. Certains sont domestiques, d'autres sauvages, mais leur monde est si éloigné du nôtre que souvent nous les ignorons. Et pourtant, les moineaux picorent les pare-brise des TGV arrivés en gare pour se nourrir d'insectes, les renards fouillent les poubelles des portes de Paris, les chouettes hulottes colonisent le jardin du Luxembourg et les silures fraient dans les eaux troubles du bois de Boulogne.

Pour la première fois, un livre réunit les histoires les plus insolites sur la faune parisienne d'autrefois et d'aujourd'hui. Des rats équilibristes, qui dansent à la foire Saint-Germain un ballet au son des violons, à la girafe de Charles X, véritable phénomène qui provoque l'engouement des foules, en passant par l'ours échappé de sa cage qui se réfugie dans un arbre de l'avenue Victoria, les anecdotes sont nombreuses et variées. Racontées sur un ton souvent humoristique, elles surprendront le lecteur.

A côté des hommes ou avec eux, la vie passée ou présente des animaux de Paris vaut d'être découverte.

Histoires insolites des animaux de Paris, Rodolphe Trouilleux, Editions Bernard Giovanangeli, 2004, 207 pages, 110 illustrations couleurs

Au sommaire

- Dans le ciel de Paris
- Sur le sol de Paris
- Dans l'eau, sur l'eau
- Dans le sous-sol de Paris

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Bernard Giovanangeli
- Paris animal, d'Hélène Hatte et Valérie Rialland-Haddach
- Guide des curieux de nature en ville, de Vincent Albouy
- Safari urbain, de Laurent Geslin
- La France sauvage, une série diffusée sur Arte (10x45min)
- La France sauvage, de Marc Giraud

Un aperçu du livre






20 septembre 2011

Histoires vraies d'animaux exceptionnels, de Joëlle Dutillet

Histoires vraies
d'animaux exceptionnels

de Joëlle Dutillet


Racontées par une journaliste

de 30 Millions d'Amis


On oublie souvent que les actes d'héroïsme et de bravoure ne sont pas toujours l'apanage des humains. Le dévouement de certains animaux, au péril de leur vie, peut être exemplaire.

Toutes les histoires de ce livre sont vraies. Et pourtant, certaines sont à peine croyables !

. Maui, une femelle terre-neuve, formée au sauvetage en mer, sauve 3 personnes de la noyade avant de mourir d'épuisement

. Umnak, le husky, prend si bien soin d'un enfant tétraplégique qu'il réussit l'exploit de le faire marcher

. Chipie, la chartreuse, mal adaptée au déménagement de ses maîtres, parcourt 200 km pour retrouver son ancienne maison

. Vaillant, le pigeon voyageur, traverse les lignes allemandes pendant la guerre, sans y laisser de plumes, pour porter un message de son maître assiégé...

Ces récits drôles, émouvants, ou parfois tragiques, mettent en scène des humains et des bêtes. Des histoires extraordinaires vécues par des animaux et des gens ordinaires... mais exceptionnels.

Histoires vraies d'animaux exceptionnels, Joëlle Dutillet, Editions Le Courrier du Livre / Trédaniel, 2011, 267 pages

A propos de l'auteur

Joëlle Dutillet, journaliste, a travaillé pour plusieurs rédactions dont 13 ans pour le magazine 30 Millions d'Amis. Certains de ses reportages, repris par la télévision, ont fait l'objet d'interviews sur France Inter et RTL. Avec son ouvrage Nos animaux familiers ont-ils une âme ?, elle a obtenu, en 2010, le prix Fernand Méry de l'essai, attribué par un jury composé de vétérinaires et d'écrivains médecins.

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Trédaniel
- Du même auteur : Nos animaux familiers ont-ils une âme ?
- A l'écoute, Les Grosses Têtes reçoivent Joëlle Dutillet
- Les rubriques Histoires vraies et 6ème sens

L'avis d'une lectrice
Source

Des histoires d'animaux convaincantes

Je remercie personnellement Joëlle Dutillet de m'avoir fait cadeau de ses "Histoires vraies d'animaux exceptionnels". J'avais tellement aimé son ouvrage "Nos animaux familiers ont-ils une âme ?", que je ne pouvais qu'apprécier celui-ci... Nos animaux familiers méritent bien qu'on leur consacre à nouveau un beau livre, écrit pour nous conter des récits de leurs exploits d'héroïsme, de dévouement et de bravoure : des chiens sauveteurs, des chiens d'aide, des chats peintres, musiciens, danseurs, des chats thérapeutes...
J'ai été particulièrement émue par l'histoire d'amour des cygnes du parc de Versailles sauvés in extremis de la maltraitance... Vous avez raison, Joëlle, c'est en effet une magistrale leçon d'amour sur laquelle bien des humains pourraient méditer !...
Un livre bien ficelé et bien illustré, que je recommande à tous ceux qui aiment sans états d'âme les animaux...
A découvrir !

18 septembre 2011

Aimez-vous les animaux ? d'Alexandre Sausset

Aimez-vous les animaux ?
Histoires vraies

d'Alexandre Sausset

préface de Brigitte Bardot


Ce livre-là ne vous proposera pas de visiter un zoo ni de visionner pour la énième fois un documentaire sur la vie sauvage des gnous, de la panthère des neiges ou des gazelles dorcas. Ce livre-là est tout simplement une belle histoire d'amour qui possède tous les ingrédients de l'amour : la passion, la tendresse mais aussi la haine et la rancune. La rancune ? Elle est tenace chez ce cheval qui est sur le point de faire un mauvais sort au militaire qui l'a maltraité. La tendresse ? Elle est époustouflante chez ce pur sang qui protège un bébé entre ses jambes. Chez les animaux, l'amour est inscrit au fond de leur mémoire. C'est un lion qui attend de revoir son maître avant de mourir ; c'est un chat qui traverse la France pour retrouver ceux qu'il aime ; c'est un corbeau qui revient à tire d'aile pour se poser sur l'épaule de son maître ; c'est une chouette qui ne peut vivre sans celui qui l'a apprivoisée...

Humour, aussi, avec ce chien désopilant qui n'hésite pas à prendre le train pour la gare Saint-Lazare et qui revient de Paris comme si de rien n'était. La vache sauvée de l'abattoir, le cheval qui échappe à sa condamnation à mort, le canard pittoresque ou la vieille ourse qui confie ses bébés à un chasseur. Ce sont là une vingtaine d'histoires, plus étonnantes les unes que les autres, une vingtaine d'histoires vraies qui vous feront vivre un moment de pur bonheur.

Aimez-vous les animaux ?, Auteur : Alexandre Sausset, Préface : Brigitte Bardot, OREP Editions, 2010, 154 pages

A propos de l'auteur

Tout jeune déjà, Alexandre Sausset aimait s'entourer d'animaux : des chiens et des chats, bien sûr, mais aussi des oies, des poules, des chèvres, des vaches, des chevaux et même des hannetons et des scarabées ! Avec l'âge, cette passion n'a cessé de croître. Le cheval a sans doute été son meilleur complice puisque, en sa qualité d'enseignant diplômé, il a pratiqué toutes les disciplines équestres, au point même de devenir cascadeur pour le cinéma et la télévision. Il a également beaucoup lutté contre la maltraitance de nos amies les bêtes. Auteur de : "Le travail équestre, un art et beaucoup d'amour", "Le cheval d'obstacle, ses problèmes, les solutions", et de "Le hasard de la nature" aux éditions Crépin-Leblond, il a aussi écrit de nombreux articles pour la défense des animaux maltraités. Ancien élève des Beaux-Arts, il quitte parfois la plume pour le pinceau et il peint alors… des animaux !

Pour en savoir plus

- Le site OREP Editions (avec des articles de presse)
- La rubrique Histoires vraies

22 août 2011

Mythes et histoires vraies d'un vétérinaire rural, de Paul Malet

Mythes et histoires vraies
d'un vétérinaire rural

de Paul Malet


Cet ouvrage comporte 19 récits pittoresques, variés, allant du binôme homme-cheval des chevauchées mythiques aux comportements des adulateurs d'animaux de compagnie, tous reliés par une réflexion commune : le bon sens que confère la pratique des choses de la nature... perceptible à ceux qui acceptent de lire selon la recommandation de Jules Renard : "Comme les poules boivent... en levant souvent la tête, pour faire couler".

L'auteur, vétérinaire à la retraite, nous transmet ici des souvenirs marquants en témoin de l'évolution de notre société depuis plus d'un demi-siècle. Il nous permet de prendre conscience du chemin parcouru et du bien-fondé de cette affirmation du philosophe Michel Serre : "La perte de nos racines rurales demeure le phénomène le plus remarquable de notre siècle".

Mythes et histoires vraies d'un vétérinaire rural, Paul Malet, Editions du Petit Pavé, 2005, 191 pages

A propos de l'auteur

L'auteur de "Médecins d'vaches", "Des choucas et des hommes" et "Les voiles de la misère" traite dans ses récits des relations animales avec humour, tendresse, nostalgie, philosophie, et parfois... indignation et révolte.

Pour en savoir plus

- Du même auteur : Médecins d'vaches
- Allo, véto ? Bobos..., de Jean-Louis Patin
- Avec l'amour en prime, de Francis Lescure
- Doctorinaire, de Jean Blanchon

21 mars 2011

Mambo chien martyr, de Dany Goizé-Niell

Mambo chien martyr
De l'enfer

au paradis

de Dany Goizé-Niell


Tirée d’un fait réel, la tragédie d’un petit chien abandonné qui ne voulait rien d’autre que des caresses et qui a croisé le chemin de ses deux tortionnaires dans la nuit du 10 août 2009 à Espira de l’Agly, village près de Perpignan.

Après avoir été aspergé d’essence, il a été brûlé vif. Ce petit pinscher, baptisé Mambo, a survécu à ses graves brûlures grâce à sa soif de vivre, aux soins constants qui lui ont été prodigués et aux nombreux dons reçus.

L’émotion engendrée par cet acte a franchi les frontières du pays et une forte mobilisation s’est mise en place. Mambo, tiré d’affaire, coule à présent des jours heureux chez ses nouveaux maîtres.

Mambo chien martyr, Dany Goizé-Niell, Editions Les Presses littéraires, 2010, 240 pages

Voir aussi

- Trafiquants de chiens, d'Henri Barbe
- Hurler avec les chiens, de Brigitte Piquetpellorce
- Le scandale de l'animal-business, de Caroline Lanty



28 janvier 2011

Des animaux presque humains, Collectif

Des animaux presque humains
Histoires vraies

Collectif


Ce recueil d'histoires vraies, où se mêlent la tendresse, l'humour et l'émotion, nous démontre combien les rapports entre l'homme et l'animal peuvent être variés et enrichissants.

Un beau livre destiné aux petits comme aux grands, pour nous permettre de mieux observer, comprendre et respecter le monde vivant qui nous entoure.

Des animaux presque humains, Collectif, Editions Sélection du Reader's Digest, 1983, 416 pages, livre illustré, grand format

Au sommaire

Adieu, Voyageur ! - Gerald Movius
Un chien nommé Jus de Pomme - Corey Ford
Une dernière fois, amigo - William J. Buchanan
Kola, l'ours du Caucase - George et Helen Papashvily
Groin-Groin l'original - F.G. Turnbull
La petite guenon et ses ours en peluche - Gerald Durrell
Les poulpes et leurs astuces - Ronald Rood
Spike, chien de traîneau - Jack O'Brien
Un poisson-chat qui marche - June Mellies Reno
Paddy, mon bébé castor - R.D. Lawrence
Des grands ducs dans la maison - Farley Mowat
Petit taureau deviendra grand - James Herriot
Le chien qui venait du froid - William Iversen
Mon maître le chat - Paul Gallico
Sandy, la grue cendrée - Dayton O. Hyde
Les visiteurs de l'hiver - Louise de Kiriline
L'été du petit veau - Dorothy Rood Stewart
Pauvre petit Irving - Herbert Tanzer et Nick Lyons
Madame Sans-Gêne - Miriam Pope Cimino
Un rescapé de la marée noire - Marie Philip
Mes amies fantasques - Elma M. Williams
Un chat bon éducateur - Monte Bourjaily Jr.
Un cheval en congé payé - Frederic Sondern Jr.
Connaissez-vous les ratons laveurs ? - Sterling North
Une invasion de rats - C. Brooke Worth
Désillusions d'un hocco - Gerald Durrell
Tchit ou les malheurs d'un kangourou - Dorothy Cottrel
Un chien qui rapporte - Estelle Mendelsohn
Bonne chance, Canard - Virginia Bennett Moore
Un ours dans la baignoire - Irving Petite
Un loup chez les hommes - Richard Tomkies
Un bébé phoque très sociable - Harry Goodridge et Lew Dietz
Opération rhinocéros - John Gordon Davis
Sad Sam, l'irréductible - Fred Gipson
La chienne qui soignait les enfants - Elizabeth Yates
L'appel du koala - Ambrose Pratt
Une étonnante expérience de télépathie - Esse Campbell
Nos voisins, quels ours ! - Eileen Lambert
Robert la caille - Margaret A. Stanger
Qui s'y frotte s'y pique - Ronald Rood
Un cerf altier - A. Kulik
J'aime les éléphants - Frank Whitbeck
La laie du docteur Schweitzer - Albert Schweitzer
Les espiègleries d'Edal, la loutre - Gavin Maxwell
Monsieur le Maire - Willie Morris
M. Tweedy, merle tutélaire - Anne Marie Schilling
L'escapade d'une mouffette - Constance Taber Colby
Le testament d'un chien de qualité - Eugene O'Neill
Un lion dans la vitrine - Anthony Bourke et John Rendall
Les 400 coups du hibou - William Service
Les chèvres des neiges - Barbara Curtis Horton
Le chien de Mme Donovan - James Herriot
Etincelle, cheval sibérien - Nicholas Kalashnikoff
Les aventures d'une mangouste - Cherry Kearton
Il gazouillait sous les bombes - Clare Kipps
Un commando de singes - Henry Trefflich, Baynard Kendrick
Les épreuves d'un zoologiste - Konrad Z. Lorenz
Ce n'était qu'un chien perdu - Jerome Brondfield
Une perruche déconcertante - Marguerite Courtney
Comment élever une marmotte - Faith McNulty
Un dauphin facétieux - Horace E. Dobbs
Lulu, l'antilope - Isak Dinesen
L'incroyable voyage - Sheila Burnford
Un cri de joie - Loren Eisley
Le chat mystérieux - Ronald Rood
Histoire d'une petite souris - Faith McNulty
La vie tribale des hyènes - Hugo et Jane van Lawick-Goodall
Le cheval de trait devenu champion de saut - Guido Artom et Robert Littell
Bastet, l'Egyptienne - Arthur Weigall
Des gorilles plein les bras - David Taylor
Le temps presse, l'eau monte ! - John Walsh, Robert Gannon
Il y a des chiens fugueurs - James Thurber
La danse nuptiale du manakin - M.D. England
La vie de chien d'un pékinois - James Herriot
Un oiseau-lyre, charmeur et facétieux - Ambrose Pratt
Un fameux petit lapin - R.M. Lockley
Portrait d'un gros chat - Maurice Wiggin
Lora, mon amie phoque - Rowena Farre
Le pêcheur de requins - Lester C. Gunther Jr.
Walter et les oies - H. Gordon Green
Les caprices d'un âne - Frank P. Jay
Un triste et merveilleux Noël - Lincoln Steffens
Sources

Quelques extraits

Les épreuves d'un zoologiste
Pour bien connaître les animaux, il faut les laisser libres.

Le grand zoologiste K. Lorenz raconte ses mésaventures et ses joies.

Par Konrad Z. Lorenz

P279-P282



Pourquoi parler d'abord des inconvénients de la cohabitation avec les animaux ? Parce que c'est dans la mesure où l'on est disposé à subir ces inconvénients qu'on les aime véritablement. Je dois une reconnaissance infinie à mes parents, qui se contentaient de hocher la tête ou de pousser un soupir résigné lorsque, lycéen ou étudiant, je ramenais à la maison un nouvel animal plus ou moins familier et sans doute plus dévastateur encore que les précédents.
Et ma femme ! Que n'a-t-elle pas enduré au cours de toutes ces années ! Qui d'autre que moi aurait pu oser demander à son épouse d'accepter de laisser courir dans la maison une rate apprivoisée, qui grignotait de jolis petits trous ronds dans les draps pour tapisser ses nids - qu'elle installait en outre dans les endroits les plus incongrus, mon chapeau melon, par exemple.
Qui d'autre eût toléré qu'un cacatoès arrachât tous les boutons du linge qu'on avait mis à sécher sur une corde dans le jardin, ou qu'une oie cendrée passât la nuit dans notre chambre, pour s'envoler au petit matin par la fenêtre ? (Il est impossible d'apprendre la propreté aux oies cendrées.) Et j'imagine la réaction de toute autre épouse en s'apercevant que les taches bleues dont les oiseaux chanteurs décorent les meubles et les rideaux après un festin de myrtilles résistent à tous les nettoyages ! Que dirait une maîtresse de maison, si... Je pourrais continuer ainsi pendant une bonne vingtaine de pages.
Tout cela est-il bien nécessaire ? Eh bien, oui ! Absolument. Certes, on peut mettre des animaux en cage et les laisser dans un salon, mais il est impossible de connaître le haut degré d'activité mentale que peuvent avoir les animaux sans les laisser libres de leurs mouvements.
Si vous saviez comme un singe ou un perroquet en cage est triste et borné, et à quel point il est vif, drôle et attachant quand il est en liberté ! De tels pensionnaires vous causeront sans doute des dégâts et des contrariétés, et il faut s'y préparer, mais c'est le prix à payer si l'on veut observer des sujets en pleine possession de leurs facultés. C'est pourquoi, en tant que spécialiste du comportement des animaux supérieurs, ma règle a toujours été de ne leur infliger aucune contrainte.
Chez moi, en Autriche, à Altenberg, la cage a toujours joué un rôle paradoxal : en effet, elle défendait la maison et le jardin d'agrément contre les intrusions des animaux. Il leur était aussi strictement interdit de franchir les grillages qui protégeaient nos plates-bandes de fleurs ; mais les choses interdites exercent une attraction irrésistible sur les animaux supérieurs, comme sur les jeunes enfants. De plus, l'oie cendrée, d'un naturel affectueux, recherche assidûment la compagnie des humains. Il arrivait constamment qu'à notre insu vingt ou trente oies paissent dans nos parterres ou, pire encore, qu'elles envahissent notre véranda vitrée, en trompetant de joie.
Il est extrêmement difficile de chasser un oiseau qui peut voler et qui n'a aucune crainte de l'homme. Les cris les plus perçants, les moulinets de bras les plus farouches ne font aucun effet. Notre épouvantail le plus efficace était un grand parasol de jardin rouge vif. Tel un chevalier, la lance en arrêt, ma femme s'approchait, le parasol roulé sous le bras, et fonçait sur les oies qui, une fois de plus, se régalaient de ses jeunes plants. Poussant un féroce cri de guerre, elle déployait brusquement le parasol. C'en était trop, même pour nos oies, qui s'envolaient dans un tonnerre de claquements d'ailes.
Malheureusement, l'attitude de mon père annulait en grande partie les efforts d'éducation de mon épouse. Il avait un faible pour les oies et il admirait en particulier le courage chevaleresque des jars. Aussi, rien ne pouvait le détourner d'inviter chaque jour les oies à venir prendre le thé avec lui, dans son bureau contigu à la véranda vitrée.
Un jour, en sortant dans le jardin, je fus étonné de n'y trouver presque aucune oie cendrée. Craignant le pire, je courus au bureau de mon père, et que vis-je ? Sur le magnifique tapis persan, deux douzaines d'oies se pressaient autour du vieux monsieur, qui buvait son thé et lisait tranquillement le journal, sans cesser d'offrir aux oies de petits morceaux de pain.
Les palmipèdes se sentaient un peu intimidés dans ce cadre insolite, ce qui avait un effet déplorable sur leurs fonctions intestinales. Les années ont passé depuis, et les taches vert foncé du tapis ont viré au jaune pâle.
Les animaux vivaient donc en totale liberté chez nous, tout en restant très familiers. Ils s'efforçaient constamment non de nous fuir, mais de nous approcher.
Dans les autres maisons, en cas d'alerte, on entend : "Fermez les fenêtres, vite, l'oiseau vient de s'échapper de sa cage !". Chez nous, on criait : "Pour l'amour du ciel, fermez les fenêtres, le cacatoès (ou le corbeau, ou le singe, etc.) essaie d'entrer !"
L'application la plus paradoxale du système de la "cage inversée", ce fut ma femme qui l'inventa, dans la toute première enfance de notre fils aîné. A l'époque, nous possédions plusieurs animaux, assez grands et potentiellement dangereux : quelques corbeaux, deux grands cacatoès à huppe jaune, deux makis et deux singes capucins - qu'il eût été imprudent de laisser seuls avec un bébé. C'est pourquoi ma femme improvisa une vaste cage dans le jardin et y enferma... la voiture d'enfant.
Chez les animaux supérieurs, la propension à détruire et la capacité d'y parvenir sont malheureusement directement proportionnelles à leur degré d'intelligence. C'est pour cette raison qu'il est impossible de laisser constamment certains animaux, en particulier les singes, livrés à eux-mêmes sans surveillance, ce qu'il est possible de faire avec les lémuriens. En effet, ceux-ci sont moins à redouter, car les meubles et les objets d'une maison n'éveillent guère leur intérêt. Les simiens, en revanche, sont d'une curiosité insatiable en présence de tout ce qui leur est inconnu et ils pratiquent sans merci la méthode expérimentale. Cette attitude, fort intéressante pour le spécialiste du comportement animal, devient rapidement ruineuse pour le budget domestique. Je vais vous en donner un exemple.
Dans l'appartement de mes parents, à Vienne, étant étudiant, j'élevais un magnifique spécimen de singe capucin, une guenon nommée Gloria. Elle occupait dans mon bureau une cage spacieuse. Quand j'étais à la maison et en mesure de la surveiller, je la laissais aller et venir à son gré dans la pièce. Mais, quand je m'absentais, je l'enfermais dans sa cage ; elle s'y ennuyait à mourir et cherchait par tous les moyens à en sortir le plus vite possible. Un soir, en rentrant après une absence prolongée, j'ouvris la porte et tournai le commutateur. La pièce resta plongée dans l'obscurité, mais le ricanement de Gloria, provenant non de sa cage, mais de la tringle à rideaux, ne me laissa pas de doute quant à l'origine de la panne de lumière.
Quand je revins avec une bougie allumée, un spectacle désolant s'offrit à mes yeux : Gloria s'était emparée de ma lourde lampe de chevet en bronze, l'avait traînée à travers la pièce (malheureusement, sans débrancher la prise murale), puis hissée jusqu'au plus haut de mes aquariums et, s'en servant comme d'une masse, elle en avait assené un coup sur le couvercle de verre, de sorte que la lampe avait sombré dans l'eau. De là, le court-circuit.
Ensuite, ou peut-être auparavant, Gloria avait ouvert ma bibliothèque fermée à clef, véritable tour d'adresse, étant donné la petitesse de la clef ; elle en avait extrait les tomes II et IV du manuel de médecine de Strumpel, qu'elle avait transportés jusqu'à l'aquarium.
Là, elle les avait méthodiquement déchirés en lambeaux, lesquels se trouvaient entassés dans l'aquarium. Sur le plancher gisaient, vides, les deux couvertures des volumes, et, dans le bac, des anémones de mer très éprouvées étouffaient, les tentacules pleins de papiers.
Quelles sont donc les valeurs positives qui compensent ces désagréments, ces incessantes pertes de temps et d'argent ? J'ai déjà parlé de la nécessité qui s'impose, pour l'intérêt de certaines observations, de ne pas garder un animal prisonnier. En outre, le fait qu'un animal, libre de s'échapper, préfère rester près de moi me procure un plaisir indéfinissable, surtout si ce choix semble résulter d'un attachement à ma personne.
Un jour que je me promenais sur la rive du Danube, j'entendis le croassement sonore d'un corbeau. Je lui répondis en lançant le même cri. Alors, du plus haut du ciel, le grand oiseau, repliant ses ailes, piqua sur moi à toute vitesse, puis, les déployant dans un puissant souffle d'air pour amortir sa chute, se posa sur mon épaule avec une impondérable aisance. Je me sentis largement dédommagé de tous les livres déchirés, de tous les nids de canards pillés que ce corbeau, élevé par mes soins, avait sur la conscience. Pour moi, le renouvellement de ce miracle n'en émousse pas le bonheur. L'émerveillement demeure, bien que cela se produise quotidiennement et que l'oiseau d'Odin me paraisse un animal aussi naturellement familier qu'un chien ou un chat.
Des relations d'amitié sincère entre les animaux sauvages et moi me semblent si normales qu'il faut parfois des circonstances spéciales pour que je prenne conscience de leur caractère exceptionnel. Par une brumeuse matinée de printemps, je descendais vers le Danube. Le fleuve était encore réduit à sa largeur hivernale, et des oiseaux migrateurs - morillons, harles, piettes et, de temps en temps, une bande d'oies rieuses - venaient en vol frôler les eaux sombres. Parmi ces migrateurs, et ne s'en distinguant en rien, une escadrille d'oies cendrées passait dans le ciel.
Je remarquai que l'oie volant à la deuxième place, à gauche, de la formation triangulaire avait perdu une rémige primaire. A ce moment, mon esprit fut traversé par des souvenirs très précis de cette oie à la rémige primaire manquante et de tout ce qui était arrivé le jour où elle l'avait cassée. Car, bien entendu, ces oies étaient mes oies cendrées : il n'y en a pas d'autres sur le Danube, même pendant la période de migration.
Le deuxième oiseau sur la gauche du triangle était le jars Martin. Il venait de se fiancer à ma préférée, Martina, et c'est d'elle qu'il tenait son nom. (Auparavant, il n'était qu'un numéro, car seules les oies que j'élevais moi-même recevaient des noms ; celles qui étaient élevées par leurs parents était numérotées.) Chez les oies cendrées, le jeune mâle suit littéralement sa femelle à la trace. Mais Martina se promenait, libre et effrontée, à travers toutes les pièces de la maison, sans demander l'avis de son galant, qui, lui, avait grandi dans le jardin et devait, par conséquent, s'aventurer en territoire inconnu.
Si l'on considère que l'oie cendrée est, par nature, un oiseau des vastes espaces libres, qui doit surmonter de puissantes réticences instinctives pour se hasarder même entre les buissons ou sous les arbres, Martin, il faut le reconnaître, eut l'étoffe d'un héros lorsque, le cou tendu, à la suite de sa belle, il franchit la porte d'entrée, traversa le vestibule, gravit l'escalier et pénétra dans notre chambre.
Je le revois encore arrivant dans la pièce, le plumage tout aplati de terreur, tremblant d'appréhension, mais droit et fier, lançant à cet univers insolite de puissants sifflements de défi. Puis, tout à coup, derrière lui la porte se referma en claquant. Rester imperturbable en de telles circonstances était trop demander, même d'un héros de l'espèce Anser cinereus. Il déploya ses ailes et monta comme une fusée vers le lustre. Ce dernier perdit quelques pendeloques dans l'aventure, mais Martin perdit, lui, une rémige primaire.
C'est ainsi que je connais toute l'histoire de la plume qui manque à l'aile de l'oiseau volant en deuxième position sur le côté gauche du triangle. Mais je sais aussi quelque chose de profondément réconfortant : quand je reviendrai de promenade, ces oies cendrées, qui volent maintenant en compagnie de migrateurs sauvages, se seront posées sur les marches du perron de la véranda, et elles viendront à ma rencontre, le cou tendu en avant, dans cette attitude qui a, chez les oies, la même signification que le frétillement de la queue chez les chiens.
Et, tandis que je suis du regard les oies, qui rasent la surface de l'eau et vont disparaître derrière la courbe du fleuve, je me sens brusquement en proie à cet étonnement émerveillé qui est la source et l'origine de toute philosophie. Et, soudain, je me mets à interroger ce qui m'est le plus familier.
Tandis que je surveille les oies, je me prends à penser que c'est presque un miracle pour un homme de science, à l'esprit rationnel et positif, d'avoir pu établir des liens de véritable amitié avec des animaux libres et sauvages. Cette constatation m'emplit d'un étrange bonheur. J'éprouve soudain le sentiment que l'expulsion de l'homme du paradis terrestre n'est plus tout à fait aussi irrévocable.

Un cri de joie
Le souvenir obsédant d'un oiseau capturé,

puis relâché dans l'immensité lumineuse.

Par Loren Eisley

P334-P335



Nous arrivâmes dans cette vallée à travers les nappes de brume d'une nuit de printemps. Le lieu semblait inexploré, mais nous avions envoyé des éclaireurs et nous savions qu'il y avait une cabane abandonnée là-haut, à flanc de coteau.
J'atteignais la cabane le premier. Au-dessous de moi, je pouvais voir notre caravane, marquée par le miroitement des phares des camions sur le métal des coffres dans lesquels reposaient nos trouvailles. La colonne serpentait, s'enfonçait dans la brume, puis en émergeait un moment plus tard.
Debout sur un rocher, contemplant ce spectacle, je restai un moment songeur en pensant à tout l'argent et à tout le matériel qu'il fallait pour remonter dans le temps et retrouver le passé.
On nous avait demandé, en outre, de mettre la main sur des témoignages du présent. Nous devions rapporter des animaux vivants : oiseaux, reptiles, ou autres. Un zoo avait besoin d'être repeuplé, j'allais aider à capturer des oiseaux, aussi me fallait-il parvenir à la cabane avant les camions.
La cabane était inoccupée depuis des années. Son toit était défoncé, et des oiseaux nichaient sûrement dans la charpente. Une cabane qui tombe en ruine dans un endroit sauvage attire toujours les oiseaux. Ils découvrent un trou, entrent, et tout à coup l'endroit leur appartient. Les hommes n'existent plus.
J'ouvris doucement la porte, une lampe de poche à la main pour les éblouir et les empêcher de voir les ouvertures du toit. Je m'étais muni d'une petite échelle que je comptais appuyer contre le mur du fond près d'une étagère où je pensais faire les plus belles prises. En entrant, j'avais entendu un bruissement, mais il n'y avait pas eu d'envol.
Je traversai la pièce à pas feutrés et grimpai à l'échelle jusqu'à ce que mes coudes soient au niveau de l'étagère. Tout était plongé dans l'obscurité ; seule une faible clarté venant des étoiles filtrait par un petit trou situé au-dessus de moi dans le toit. Je tendis le bras avec précaution, prêt à saisir tout ce que je trouverais, puis je plaçai ma lampe sur le bord de l'étagère. De cette manière, j'allais pouvoir me servir de mes deux mains.
J'allumai prestement ma lampe, ce qui provoqua aussitôt un tumulte de battements d'ailes, mais c'est moi qui me fis prendre. J'entendis l'oiseau pousser un petit cri métallique lorsque la lumière éclaira la cabane et que ma main s'abattit sur sa compagne, à côté de lui. Le mâle me planta alors rageusement le bec dans le pouce, tandis que ses serres me lacéraient la main. En me débattant, je renversai la lampe ; et la femelle, recouvrant soudain l'usage de la vue, fila tout droit vers l'ouverture du toit. Le tout avait duré quinze secondes.
L'oiseau ne lâchait pas prise, mais je finis par l'attraper. C'était un épervier dans sa prime jeunesse. Il avait sauvé sa compagne en créant une diversion et ne protestait plus maintenant. Résigné, il me fixait d'un regard farouche et presque indifférent. Il était sans pitié et ne s'attendait pas à ce qu'on lui fit grâce. J'eus alors l'étrange sentiment que nous nous comprenions, et je me sentis soudain mal à l'aise.
Je mis l'oiseau dans une boîte un peu exiguë pour qu'il ne se blesse pas en se débattant, et je sortis à la rencontre des camions qui arrivaient. Le lendemain, cet oiseau commencerait une vie nouvelle. On allait l'emmener dans une grande ville et il passerait dans une cage le reste de son existence. Ce sera d'ailleurs une bonne chose, pensai-je en contemplant mon pouce ensanglanté.
Le lendemain matin, la brume s'était dissipée. Le ciel était d'un bleu intense et la vue s'étendait sur des kilomètres au-dessus des grands affleurements de pierre. Je m'étais levé de bonne heure et, avec la boîte contenant mon petit épervier, je m'étais installé dans le pré, devant la cabane, pour construire une cage. Une brise fraîche comme la rosée du matin caressait l'herbe et jouait dans mes cheveux. C'était un de ces jours où il fait bon vivre. Je regardai le ciel autour de moi et mon regard s'arrêta sur l'ouverture du toit par laquelle la femelle s'était échappée. Elle doit être bien loin maintenant, pensai-je. Mais avant de reprendre le travail j'eus envie de voir de plus près ma capture de la veille.
Je pris l'oiseau, les ailes bien repliées, en faisant attention de ne pas l'effaroucher. Il était tout palpitant dans ma main et je sentais son cœur battre très fort sous son plumage. Il ne se souciait pas de moi. Tourné vers les hauteurs, son regard allait bien au-delà : c'était un dernier regard sur un point du ciel si lumineux que mes yeux, éblouis, ne pouvaient le voir.
Le geste que je fis alors n'était peut-être pas purement impulsif mais, sans être vraiment conscient de ce qui me poussait à agir ainsi, j'étendis soudain le bras, ouvris la main et déposai le petit épervier sur l'herbe.
Il resta ainsi une longue minute, immobile et sans le moindre espoir, les yeux toujours fixés sur la voûte azurée.
Il devait se sentir déjà si loin de tout cela qu'il ne s'était pas rendu compte que je l'avais relâché. Il était là, simplement, le ventre dans l'herbe.
L'instant d'après, il était parti. Comme un éclair, il disparut sous mes yeux. Il s'était envolé tout droit dans l'immensité si lumineuse que mes yeux pouvaient à peine en supporter l'intensité. Pendant un moment il y eut un silence. Puis un cri venu de très haut se fit entendre.
J'étais jeune alors et n'avais pas encore vu grand-chose, mais ce cri me bouleversa. Ce n'était pas celui de l'épervier que j'avais capturé. Changeant ma position par rapport au soleil, je pouvais maintenant voir plus loin. De là-haut, où elle devait tournoyer sans relâche depuis des heures, la femelle s'était élancée vers son petit compagnon retrouvé. Et, retentissant de sommet en sommet, son cri exprimait une joie si indicible et si délirante que je l'entends encore résonner à mes oreilles après tant d'années.
Je les voyais tous deux maintenant. Le mâle s'élevait rapidement dans les airs et les deux oiseaux se rencontrèrent dans une grande spirale ascendante qui devint bientôt comme un tourbillon, puis un véritable ballet d'ailes. Une fois encore, mais une seule, leurs voix se joignirent en un étrange duo de questions et de réponses qui se répercutèrent sur les hauteurs dominant la vallée. Puis ils disparurent à jamais, dans ces régions élevées où les yeux des humains ne peuvent les suivre.

17 janvier 2011

Drôles de bêtes et drôles d'histoires, de Philippe Ragueneau

Drôles de bêtes
et drôles d'histoires

De l'humour à l'émotion

de Philippe Ragueneau

illustrations de Martine Fontayne


Quel rapport peut-il bien exister entre un sanglier, un chat, un mainate, un cheval, un loup, un chevreuil, un canard ou un chien ?

Aucun, je vous l'accorde, si l'on excepte une extrême sensibilité, un instinct sans faille, une bonté que l'on aimerait trouver, parfois, chez nos semblables, voire une intelligence aiguë - il n'y a pas d'autre qualificatif.

Le narrateur qui a recueilli ces histoires, toutes authentiques, c'est Philippe Ragueneau - l'auteur bien connu pour les histoires véridiques du chat Moune. On navigue de l'humour à l'émotion ; ici, on essuie une larme ; là, on arbore un sourire ravi.

Mais la conclusion que l'on peut tirer après la lecture de ces récits drôles ou émouvants, c'est qu'il ne faudra plus jamais appeler "frères inférieurs" ceux qui enrichissent notre vie par ce qu'ils nous offrent de leurs propres vies.

Drôles de bêtes et drôles d'histoires, Philippe Ragueneau, Illustrations de Martine Fontayne au début de chaque chapitre, Editions Grancher, 2002, 236 pages

Pour en savoir plus

- Une biographie de l'auteur
D'autres livres de Philippe Ragueneau
- L'excellente série du chat Moune (en 5 volumes)
- Médecins des bêtes sauvages
- Ulysse, le chat qui traversa la France
- L'autre côté de la vie
Ou encore
- Le sixième sens des animaux, de Philippe de Wailly

Au sommaire

- Avant-propos
- Le guépard amoureux
- C'est malin, les oiseaux
- Frères loups
- Jalna, une chienne bien utile...
- Le chat qui berna le savant
- ... Et celui qui mystifia Angela Sayer
- Sultan, le cheval au grand coeur
- Loustic, le bien nommé
- Noblesse des sangliers
- Le mainate et le chasseur
- Victor règle ses comptes
- Diabolicus
- La souris belliqueuse
- Elles n'en font parfois qu'à leur tête...
- Roustan, le démineur
- Les sangliers n'aiment pas la voiture
- L'écureuil qui voulait jouer
- Les petits spectacles de la rue
- L'imprudence est fille de la curiosité
- ... Et en voici un autre bon exemple
- Jalousie d'un hippopotame
- Milord, le trop aimé
- Le pigeon infidèle
- Le mulot courageux
- Les visiteurs du soir
- La force d'un regard
- La souris et le prisonnier
- Amitiés singulières
- S'entendre comme chien et chat
- ... Et, parfois, elles nous sauvent la vie
- Le chevreuil miraculé
- Les bêtes et l'outil
- Une bonne surprise
- Le chat qui venait de nulle part
- Méprises
- On n'apprend pas ça, à l'Ecole...
- L'odyssée de Cornélius
- Pas si sauvages que ça...
- Tobby a des visions
- Filiu, un bon père de famille
- Mystérieuses communications...
- Un gardien vigilant
- Comment Sheila se fit piéger
- La corneille qui ne voulait pas voler
- Le spectacle était dans la salle
- Quand vient l'heure de la séparation...

L'avant-propos

Toutes les histoires de bêtes ne sont pas tristes, heureusement, et toutes ne finissent pas tragiquement. Les bêtes ne passent pas tout leur temps à s'entre-tuer. Elles ne sont pas toutes la cible des chasseurs. On ne met pas en cage tous les oiseaux, ni à l'attache tous les chiens. Les chats ne sont pas tous abandonnés quand sonne l'heure des vacances, et ceux qui traversent la route étourdiment ne se font pas tous écraser. Le renard n'attrape pas toujours le lapin et, neuf fois sur dix, l'épervier loupe la fauvette. Alors, bonnes gens, rentrez vos mouchoirs ! A leur manière, les bêtes savent aussi rire et nous faire rire, s'amuser et nous amuser, inventer des tours pendables, nous étonner et nous divertir.
Et puis il y a les histoires émouvantes, celles qui nous tirent une larmichette au coin de l'œil quand on les raconte ou qu'on les écoute. Il y a, avec les bêtes, les moments d'émotion.
Alors je vous propose un florilège d'histoires drôles et émouvantes.

Quelques extraits

Un extrait du chapitre "C'est malin, les oiseaux"

P14


./. Le pain avait été liquidé, mais il restait les biscottes. J'en cassai un petit morceau, à tout hasard. Le piaf s'en saisit et s'envola. Et alors il se passa quelque chose d'extraordinaire : avec son morceau de biscotte au bout du bec, il piqua droit sur la piscine, la frôla sur toute sa longueur en n'y trempant que le bec, et il remonta dans les arbres.
L'eau avait ramolli la biscotte : il pouvait désormais la manger.
Je refis l'expérience le jour suivant. Cette fois, ce furent trois oiseaux qui trempèrent leur biscotte dans l'eau de la piscine, en volant au ras de la surface ! ./.

Des extraits du chapitre "... Et, parfois, elles nous sauvent la vie"
P138-P143

Je revenais de Genève par avion. Un prêtre du canton de Vaud occupait le siège voisin du mien. Nous nous étions civilement salués et, peu après le décollage, nous avons engagé la conversation. Je ne sais plus par quels méandres elle en vint à dériver vers la superstition dont le bon abbé, bien entendu, se gaussait :
- ... Et pourtant, avouait-il, il doit nous rester, dans le cerveau, des bribes de ces fables, héritées peut-être d'une grand'mère, car un jour, Dieu me pardonne, j'y ai succombé.
- Racontez...
- Je roulais sur une petite route de montagne en corniche qui surplombait un précipice. Soudain, assis sur le parapet à ma gauche, je vis un grand chat noir qui me regardait venir. Instinctivement je serrai au maximum sur ma droite, à toucher la muraille, et bien m'en a pris ! Au détour d'un virage une voiture fonçait vers moi. Elle mordait la ligne médiane au point qu'en passant elle arracha mon rétroviseur. Et le chauffard disparut sans s'arrêter. Je l'avais échappé belle ! Si, dans mon esprit, la vue de ce chat noir ne s'était pas associée au mot "malheur", nous étions morts tous les deux.
- Vous voyez, mon père, que les chats noirs ne sont pas maléfiques, en dépit de ce que prétend une légende imbécile. Au contraire ! Car tout paraît donner à penser que celui-là vous a prévenu d'un danger et vous a sauvé la vie.
- J'en conviens. ./.

./. Maela et Dan avaient ramené du Brésil un magnifique ara, une espèce qui reproduit à la perfection notre vocabulaire. Hélas, l'аrа, baptisé Casta, se refusait à proférer le moindre mot. On avait beau lui répéter cinq cents fois la même phrase, il ne répondait que par "Kwakk"...
Deux mois plus tard, en rentrant chez eux, ils eurent la surprise de l'entendre lancer des "au secours ! au secours !" stridents. Or, ni Maela ni Dan ne le lui avaient enseigné. Entre deux cris de l'oiseau, ils entendirent, dans le lointain, une voix très faible qui appelait "au secours ! au secours !". Dan sortit précipitamment de la maison et tendit l'oreille. Les supplications provenaient de l'autre coté de la route. Dan y découvrit Ann John, une vieille dame solitaire, blessée et quasi-mourante. Depuis des heures, Casta l'entendait crier sa détresse et l'ara s'était décidé à parler pour relayer ses appels. ./.

./. A Meidrim, au pays de Galles, Donald Mottram descendit de son tracteur pour soigner l'un de ses veaux qui s'était blessé. Avant tout, il s'assura que son taureau, un impressionnant et irascible Charolais, se tenait loin de lui, au bout du champ. Alors qu'il pratiquait une injection, il sentit sur sa nuque le souffle de la bête qui, aussitôt, le chargea. Atteint de plusieurs coups de corne, Donald perdit connaissance. Une heure et demie plus tard, il revint à lui. Le taureau était toujours dans les parages mais, rangées devant lui, flanc contre flanc, toutes les vaches faisaient barrage et le maintenaient à distance. Quand il se releva, son bouclier vivant l'accompagna jusqu'à la barrière.

Pour les vacances de Noël, Valentin, six ans, accompagnait ses parents dans leur chalet de montagne, en Transylvanie. Parti se promener seul, en forêt, Valentin se perdit. Une battue fut aussitôt organisée, avec l'aide des voisins. Il urgeait de retrouver l'enfant avant la tombée du jour car, en cette saison, les nuits sont mortellement froides...
On ne le découvrit qu'à l'aube. Couché au pied d'un arbre, il dormait profondément. Trois castors à l'épaisse fourrure étaient couchés sur lui. Ils l'avaient protégé de cette nuit glaciale.
L'affaire fit "la une" de la presse locale car il y avait dix témoins.
L'étonnant de cette histoire tient au fait que le castor est une bête farouche qui fuit l'homme du plus loin qu'il le sent. ./.

Un extrait du chapitre "On n'apprend pas ça, à l'Ecole..."
P176


./. Le même jeune vétérinaire se présente chez un certain Dupont pour vacciner ses vaches. Le Dupont en question est un petit vieux de 85 ans. Il accueille le praticien, assis sur la margelle du puits. A côté de lui, un panier plein d'épis de maïs. Les deux hommes sympathisent, parlent de la pluie et du beau temps, mais le vétérinaire regarde sa montre :
- Bon, il est temps d'aller piquer vos vaches !
- Oh doucement, petit ! Mes trois génisses ne sont pas encore attrapées !
- Elles sont loin ?
- Va savoir ! Elles vont où elles veulent...
- Il vaut mieux que je revienne demain, quand vous aurez mis la main dessus.
- Mais non, tu vas voir !
Le petit vieux se lève, égrène un peu de maïs et appelle :
- Hector ! Hector !...
Et, dans la minute, un corbeau apparaît. Il se pose sur la margelle et picore le maïs. Quand il a fini, le petit vieux lui dit :
- Allez, Hector, va voir où sont les vaches.
Le corbeau s'envole et disparaît.
Cinq minutes plus tard il est de retour.
Le petit vieux se lève :
- Viens, petit. Prends ton attirail. Il a trouvé et on n'a plus qu'à le suivre.
Derrière le corbeau, qui vole de branche en branche, ils entrent dans le bois. Et cinq cents mètres plus loin, ils découvrent les génisses en train de paître.
Pas plus difficile que ça. ./.

Un extrait du chapitre "Tobby a des visions"
P190-P194


- Voilà, je suis prêt, annonça Bertrand V. à Mathilde, son épouse. Je n'ai plus qu'à l'attendre.
Ce matin, à dix heures, se tiendrait à Epernay la réunion annuelle des membres du réseau de résistance auquel Bertrand, de 1941 à 1945, avait appartenu. Lors de la création de l'association, il avait été décidé que ces amicales rencontres seraient itinérantes, de façon à ne pas privilégier uniquement les Parisiens : tantôt dans une ville et tantôt dans une autre.
Bertrand avouait qu'il n'avait guère la fibre amicaliste. Certes, il était content de revoir de temps en temps ses camarades de l'armée des ombres, mais le seul plaisir de remuer des souvenirs de plus en plus brumeux ne le motivait pas suffisamment pour qu'il eût envie de courir à Marseille ou à Lille, toutes affaires cessantes.
Cependant, cette fois-ci, c'est Epernay qui accueillait les vaillants survivants de l'épopée, dont Robert S. qui, lui aussi, résidait à Reims et avait, la veille, téléphoné à son ami :
- C'est idiot de prendre deux voitures. Je passerai te chercher à neuf heures trente, ça te va ?
Et c'est donc lui que Bertrand attendait.
Depuis le début de la matinée, Tobby, un fox-terrier à poil ras, affichait une nervosité inhabituelle. On le savait, comme tous les chiens de sa race, passablement agité et remuant, mais là, il envoyait le bouchon un peu loin, aboyant sans raison et tournicotant dans les jambes de Bertrand que son manège agaçait :
- Je ne sais pas ce qu'il a, ce matin ! Il n'a pas arrêté de m'embêter pendant que je m'habillais. Il a emmené ma chemise dans la salle de bains, puis ça a été la cravate...
- Il n'aime pas te voir partir, c'est tout, avançait Mathilde.
- Mais il me voit partir tous les jours, et il ne dit rien !
- Alors je ne comprends pas...
- Je vais attendre Robert sur le pas de la porte. Il n'y a plus une seule place dans la rue Buirette pour se garer.
Il embrassa Mathilde et se dirigea vers la sortie. Mais Tobby l'agrippa par le bas de son pantalon et le tira sauvagement en arrière.
- Mais tu es fou, Tobby ! Qu'est-ce qui te prend ? Il est possédé ce chien, ma parole !... Lâche mon pantalon, s'il te plaît !
- Je n'aime pas ça, dit Mathilde toute songeuse. Tobby ne veut pas que tu partes, c'est clair.
- Je crois plutôt qu'il veut jouer, seulement ce n'est pas le moment.
- Non, Bertrand, je ne suis pas d'accord. Tu sais bien que les bêtes sentent des choses qui nous échappent...
Pour calmer le chien, Bertrand prit le parti de s'asseoir :
- Tu rêves, ma chérie ! Je ne vois pas ce qu'il pourrait sentir ou pressentir, il ne sait même pas où je vais !
- Veux-tu me faire plaisir ?... Ne va pas à cette réunion.
- Mais c'est ridicule ! Pour une fois qu'elle se tient à vingt-six kilomètres de chez moi ! Les camarades ne vont pas comprendre !... Et Robert qui se dérange pour me prendre, qu'est-ce que je lui dis ? Que le chien ne veut pas que je sorte de la maison ? Ils n'ont pas fini de rigoler, les copains !
Il se leva, se dirigea vers la porte et, de nouveau, Tobby le retint par le bas de son pantalon.
- Cette fois, dit Mathilde, je te supplie de ne pas y aller.
Elle semblait soucieuse, grave même.
Bertrand jeta son manteau et son chapeau sur un fauteuil :
- Bon. Je ne veux pas te contrarier à ce point-là. Mais je te laisse le soin d'expliquer à Robert que, dans la maison, c'est maintenant Tobby qui fait la loi !
Quinze minutes plus tard, Robert sonnait à la porte. Mathilde s'acquitta de sa mission du mieux qu'elle le put. Robert commença par s'esclaffer, puis chercha à raisonner le couple. Il se heurta à un mur : Mathilde.
Dix minutes plus tard, il réitéra ses regrets, prit congé du couple, monta dans sa voiture et mit le moteur en route.
Quarante minutes plus tard, sur la N51, le chauffeur d'un camion perdit le contrôle de ses dix tonnes et emboutit de plein fouet la Peugeot de Robert. Il fut tué sur le coup.
S'il avait été à ses côtés, Bertrand aurait subi le même sort.
Merci, Tobby.
Biologistes, vétérinaires et psychologues sont d'accord : les bêtes sont capables d'étonnantes prémonitions et les exemples sont innombrables. Le docteur Philippe de Wailly, dont le livre fourmille de cas vérifiés et d'observations objectives, en cite de saisissants...
A Fribourg, on peut admirer la statue d'un canard, au centre d'une place fréquentée. Pendant la guerre de 40-45, il a sauvé la vie à des milliers d'habitants en les prévenant, bien avant les sirènes, qu'une vague de bombardiers alliés approchait de la ville.
En juin 1972, le chien Voyou, un bâtard noir et blanc, a tout tenté pour empêcher son maître de prendre, gare de l'Est, le train qui devait le conduire à Lens. Il tournait autour de lui en aboyant, l'empêchait d'avancer et, comme Tobby, il l'agrippa par le pantalon quand il monta dans son wagon. Voyant qu'il ne parvenait pas à le retenir, Voyou courut en tête du train et se jeta entre les rails, devant la locomotive, pour tenter d'arrêter le convoi. Et le vétérinaire parisien, qui a vécu cette malheureuse histoire, conclut :
- Je n'ai eu que plus tard l'explication de ce geste insensé : Voyou savait que j'étais en danger et a sacrifié sa vie pour essayer de sauver la mienne. Le train que j'avais pris a déraillé dans le tunnel de Vïerzy, et je n'ai échappé à la mort que par miracle. Voyou "savait", et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour tenter de m'avertir ! ./.

Un extrait du chapitre "Mystérieuses communications..."
P206-P207


./. Ce lien télépathique m'a toujours fasciné. Encore faut-il préciser qu'il ne s'établit pas entre n'importe quel homme et n'importe quelle bête. Il faut, pour cela, qu'une très profonde connivence rapproche l'un et l'autre, une connivence faite d'amour mutuel, de confiance et de complicité.
Ce lien, je l'avais avec Moune, ce beau chat noir dont j'ai conté, en cinq volumes, les malices et les exploits. Du temps que je dirigeais les programmes de la télévision française, la plus grande fantaisie gouvernait mes heures de retour au logis. Elles dépendaient de l'imprévisible et du fortuit : tantôt un visionnage de dernière minute, tantôt un rendez-vous qui se prolongeait. Mais, quelle que soit l'heure à laquelle ma voiture quittait la rue de Turenne pour s'engager dans la rue Villehardouin, Moune, à l'instant même, abandonnait le fauteuil où il roupillait pour se poster devant la porte d'entrée de mon appartement. J'étais pourtant encore loin ! Mais lui savait que, dans dix minutes, ma clé tournerait dans la serrure.
Ce type de communication peut jouer en sens inverse : de la bête vers l'homme. Lorsqu'il habitait dans la vallée de Saint-Amarin, au cœur des Vosges, Hervé Grosjean eut l'occasion de constater qu'entre son chien Lucky et lui, ce lien télépathique existait bel et bien et, mieux encore, qu'il fonctionnait à la perfection...
Il était neuf heures du soir. Hervé, son dîner achevé, lisait tranquillement au coin de la cheminée où crépitait un joyeux feu de bois. Tout semblait calme. La nuit, dehors, imposait le poids de son silence aux bruits de la vie. Lucky, lui, vadrouillait dans les parages. Rituellement, à la tombée du jour, il se payait une promenade vespérale et digestive, levant ici un campagnol à la recherche d'insectes, effarouchant là un lapin sorti du terrier. Et, soudain, Hervé perçut, mentalement mais distinctement, les appels de désespoir de son chien. Aucun son, pourtant, ne passait les murs épais de la maison...
- Bon, j'ai rêvé, se dit-il. Et il reprit sa lecture.
Mais les appels se renouvelaient, devenaient pressants... Il se leva, enfila son manteau et sortit. Sans se poser l'ombre d'une question, il se dirigea droit vers le bois qui, à deux cents mètres, profilait sur le ciel la masse plus sombre de ses arbres.
- J'étais, me dit-il, comme guidé par un fil invisible et je marchais sans hésitation dans une direction qui m'était imposée.
Il pénétra profondément dans le bois et, dix minutes plus tard, les aboiements plaintifs de Lucky lui parvinrent pour la première fois. Il le trouva enfin. Le chien avait posé la patte sur un piège à mâchoire et, ne pouvant s'en dégager, il appelait son ami à son secours...
Hervé réussit à le libérer et les blessures que le piège avait occasionnées cicatrisèrent vite. Mais un fait s'imposait : c'est bien par la télépathie que Lucky avait alerté Hervé Grosjean.
Le Docteur Philippe de Wailly cite, dans "Le sixième sens des animaux" des cas similaires, notamment celui-ci :
"En 1952, le Docteur Karlis Osio a testé les phénomènes extrasensoriels chez les chats en leur commandant par la pensée de choisir entre deux coupes de nourriture placées aux extrémités d'une boîte en forme de T. L'humain, par la seule force de sa pensée, demandait au chat de tourner à droite ou à gauche sans que le chat puisse voir l'observateur." Et le chat s'exécutait.
De nombreuses hypothèses ont été avancées pour tenter d'expliquer ce phénomène. Aucune, à ce jour, n'emporte une totale adhésion.

Le chapitre (intégral) "Quand vient l'heure de la séparation..."
P228-P233

D'aucuns jugeront peut-être que ce triste aspect des choses n'a pas sa place dans un recueil "d'histoires drôles".
Si je m'y décide, néanmoins, c'est que la relation des bêtes avec la mort est fort différente de la nôtre. Ce sentiment de rupture irrémédiable et définitive, qui nous habite quand vient l'heure de la séparation, leur est totalement étranger. Tout donne à penser, au contraire, que nos animaux familiers ont foi en une continuité qui, au-delà de la mort, maintient d'indestructibles liens, comme s'ils savaient qu'un jour les vivants que nous sommes aujourd'hui retrouveront les disparus d'hier dans un au-delà sans chagrin.
Du même coup, la mort, telle que la vivent les bêtes, n'est pas désespérante. Elle est une chose naturelle et programmée, comme l'est la vie elle-même. Elle n'est qu'un passage que nous emprunterons nous-mêmes un jour.
Cette familiarité avec ce qui, pour nous, est "le pire de ce qui peut arriver" a, chez les bêtes, deux conséquences. La première est qu'ils la sentent venir de très loin, qu'il s'agisse de leur propre mort ou de celle de ceux qu'ils aiment. L'autre conséquence est qu'elles accompagnent, mentalement et physiquement, l'ami qui s'en va puisque cet adieu à la vie terrestre n'interrompt qu'un souffle mais en aucun cas un sentiment, et elles l'accompagnent parfois au point de se laisser elles-mêmes mourir pour rejoindre l'ami plus tôt que ne le prévoyait leur propre destin.
Nous avons beaucoup d'exemples de ces deux comportements parfaitement cohérents et complémentaires. Ceux de la fidélité, d'abord.
J'ai rapporté, dans un livre publié en 1991 mais que tout le monde n'a pas lu (hélas) cette belle histoire que m'a narrée Françoise Sallé.
Cela se passe à Thouars, dans les Deux-Sèvres. Vivaient là, en parfaite harmonie, un vieux monsieur à la retraite et sa fille Françoise qui escortait son crépuscule avec amour et dévouement. Vivait là aussi un chat, Doudou, un Européen noir comme l'ébène, qui vouait à Monsieur Sallé une véritable passion. Et le bonheur habitait la maison.
Et puis, un matin, Monsieur Sallé se réveilla très mal en point. La Faculté diagnostiqua une maladie très grave. Il déclina rapidement et, une nuit, il s'éteignit doucement, comme la flamme d'une bougie à bout de course.
Françoise pleura toutes les larmes de son corps et, deux jours plus tard, elle enferma Doudou dans la maison et s'en fut conduire son père dans le cimetière de Thouars, à l'autre bout de la ville.
Deux semaines passèrent.
C'est en refermant une fenêtre malencontreusement ouverte qu'elle s'aperçut que Doudou en avait profité pour s'évader. Elle le chercha dans le voisinage, car il lui arrivait de fuguer, mobilisa médias et gendarmerie et dut se rendre à l'évidence : Doudou demeurait introuvable.
Le dimanche suivant, elle se rendit au cimetière pour déposer des fleurs sur la tombe de son papa et là, que vit-elle ? Doudou assis sur le marbre, immobile et squelettique...
Et cela, déjà, est stupéfiant ! Ce cimetière, il n'y était jamais allé, Doudou... Et à l'autre bout de la ville, en plus ! Cette tombe, rien ni personne ne lui avait indiqué que c'était la bonne !... Et pourtant, il ne s'était pas trompé...
Françoise voulut le ramener chez elle. Le chat s'y refusa énergiquement. Alors elle rentra seule et, un peu plus tard, elle lui ramena de quoi manger et boire. Elle tenta encore de le convaincre de la suivre, elle le caressa, le prit dans ses bras... Peine perdue. Doudou sauta sur le marbre froid du tombeau et s'y allongea, décidé à ne jamais quitter son grand ami.
Des témoins alertèrent un journaliste de Thouars et la presse locale s'empara de l'affaire. J'ai lu les articles qui furent alors publiés et Françoise me confia une superbe photo de Doudou, assis sur la tombe de Monsieur Sallé.
Et bien, croyez-le ou pas, pendant deux ans, Françoise vint tous les jours au cimetière nourrir le chat. Et, une nuit d'hiver où il gelait à pierre fendre, Doudou mourut de froid, seul dans ce grand cimetière enneigé. Il avait enfin rejoint celui qu'il aimait jusqu'à en mourir.
Bien d'autres cas de ce genre sont dans les mémoires. Les mélomanes se souviennent que lorsque Mozart fut enterré, une tornade dispersa le cortège qui suivait le convoi. Au cimetière, à l'heure d'inhumer le grand musicien, devant le trou encore béant, il n'y avait personne. Personne sauf son chien qui, lui, l'avait suivi jusqu'au bout...
Mais les bêtes, ai-je dit, sentent aussi, de très loin, la mort frapper. Le docteur Philippe de Wailly rappelle un fait troublant qui défraya, à l'époque, la chronique. Un acteur très connu, William Ferris, fut assassiné par un fou alors qu'il s'apprêtait à entrer en scène. Il était 7h20. Exactement à la même heure et à des kilomètres de là, Davie, son chien entra en transes, aboyant et mordant dans le vide, désespéré de ne rien pouvoir faire pour sauver son maître...
Mon ami, Michel Bokanowski, ancien ministre du Général de Gaulle et Compagnon de la libération, m'a raconté, il y a fort longtemps, que lorsque son père, Maurice Bokanowski, lui aussi ministre, se tua en avion, sa chatte, à 400 kilomètres de là, devint comme folle à l'heure exacte de l'accident.
Les bêtes sentent aussi venir leur propre mort...
C'était l'été dernier. Nous séjournions à la campagne avec nos deux chats. Quelques jours plus tôt, Gros-Mimi nous avait fait une belle frayeur : une crise d'épilepsie spectaculaire dont il semblait s'être bien remis mais qui avait nécessité une hospitalisation de vingt-quatre heures chez le bon docteur Philippe de Smet. "Quel âge a-t-il ?" m'avait demandé le vétérinaire en nous accueillant. "Plus de vingt ans..." Le toubib avait hoché la tête et fait la grimace. "Bon. Je vais le garder en observation jusqu'à demain..."
Tout le temps que dura ce séjour en clinique, Petit-Lulu le chercha partout, fouillant chaque recoin des trois hectares du domaine, miaulant désespérément pour appeler "son" chat, son inséparable et tendre compagnon. Et, quand il le revit enfin, ce fut la fête !
Juillet passa, sans alertes ni problèmes, et le mois d'août se glissa en douceur au coeur d'une nature épanouie. Nous étions tous ensemble, ce soir-là, dans le fumoir où une chatière permet aux bêtes d'aller et venir en toute liberté. Les "parents" regardaient la télé. Les "enfants" se prélassaient sur un canapé. Dix heures venaient de sonner. Soudain Mimi sauta sur le sol, nous lança un bref miaulement et sortit.
On ne l'a plus jamais revu...
Sa mort l'avait appelé. Et, sans hésiter, sans gémir, sans protester, il s'était rendu tout droit au rendez-vous ultime. Discrètement, pudiquement. "Ne vous dérangez pas. Je sais ce qui m'attend et ce que j'ai à faire."
Nous l'avons cherché partout, pendant huit jours, et même au-delà du domaine. Il s'en était allé très loin, mourir tout seul, courageusement, lucidement, sans molester personne.
Le plus étonnant de l'histoire est que Petit-Lulu qui, d'habitude, le suit où qu'il aille comme son ombre, n'avait pas bougé lorsque "son" chat était sorti. Et dans les heures et les jours qui suivirent, il fut le seul à ne pas le chercher. Il savait, lui aussi !
Quelle mystérieuse communication entre Gros-Mimi et lui l'avait informé ? Ou bien son sixième sens était-il entré en jeu ?
Personne ne pourra jamais nous le dire.
Guy Sabatier, ancien député-maire de Laon, m'a relaté, sur le même sujet, un phénomène curieux...
Retraité depuis bon nombre d'années il réside à présent, avec son épouse, dans une belle maison de bord de mer, au Brusc, à deux pas de Six Fours les Plages. Si près de l'eau, il est naturel que les oiseaux de mer les visitent. Madame Sabatier qui, toute sa vie durant, a entretenu avec les oiseaux une relation affectueuse et confiante, se fait un devoir de parsemer le gravier de son jardin de petits morceaux de pain, de graines et de fruits. Et, tout aussi rituellement, les tourterelles, qui abondent dans ce coin de la côte, viennent picorer les gâteries qu'elle leur dispense.
Un bel après-midi d'été, alors qu'une tribu d'oiseaux faisait bombance, elle remarqua qu'une tourterelle chancelait, battait de l'aile, semblait malade. Elle piqua cependant une miette et remonta vers le ciel d'un vol lourd. Elle revint le lendemain, et aussi le surlendemain. Elle paraissait de plus en plus faible... Alors, d'un pas hésitant, elle s'approcha de l'amie des oiseaux, comme pour lui demander son aide, puis, à la surprise générale, elle entra dans la maison, ce qu'aucun oiseau ne faisait jamais.
"Je l'ai prise", m'a dit l'amie des oiseaux, "très doucement. Je l'ai caressée un grand moment, et elle est morte dans mes mains".
L'explication de cet étrange comportement, le vétérinaire de Six Fours les Plages l'a fournie :
"Les tourterelles savent, depuis longtemps, qu'ici c'est la maison du bon Dieu. On y trouve à manger tous les jours, et personne n'effarouche les oiseaux. Les gens qui l'habitent ne peuvent être que de braves gens, bons et généreux, auxquels on peut faire confiance. Alors c'est ici que, le moment venu, on peut trouver de l'aide et, peut-être même, mourir. Paisiblement."
Et c'est sur cette note qu'il faut clore ce chapitre : paisiblement.