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23 février 2013

Violences sur les animaux et les humains : Le lien, sous la direction d'Andrew Linzey

Violences sur les animaux et les humains :
Le lien
sous la direction d'Andrew Linzey
traduction de Marc Rozenbaum

Mise à jour : Ajout du sommaire et des extraits

Sous la direction du célèbre Andrew Linzey, c’est une approche inédite de la violence qui nous est livrée, au travers d’une série de publications qui confirment le lien entre maltraitance animale et violence envers les personnes. Une approche aussi avant-gardiste que prometteuse !

Enthousiasmée par les conclusions de la conférence internationale organisée en 2007 à Oxford sous l’égide d’Andrew Linzey, One Voice a choisi de publier la traduction française du livre : "Violences sur les animaux et les humains : Le lien" qui regroupe notamment les différents articles préparés pour l’occasion.

Pour la première fois, c’est un collectif de professionnels d’horizons multiples (droit, sciences humaines, psychologie…) qui s’est penché, ensemble, sur la problématique du cycle de la violence au sein des familles et sur le lien existant entre maltraitance des animaux et violence envers les personnes.

A travers cet ouvrage, on découvre ainsi que les animaux sont souvent chronologiquement les premières victimes d’actes violents, et que la violence s’apprend et se développe sur le modèle familial. Le cycle de la violence s’accélère conjointement à une banalisation de la souffrance et à une perte grandissante de la capacité d’empathie. Mais ce modèle, qui illustre sans condescendance les cas de violence extrême et illégale, reste valide et pertinent lorsqu’il décrit la violence banalisée et légale cette fois qui fait partie du quotidien de nos sociétés. Il ouvre ainsi des pistes de réflexion quant à une évolution de nos modes de vie et de notre rapport à l’animal, et plébiscite en particulier la collaboration des organismes de lutte contre la maltraitance des personnes avec ceux de protection animale.

Muriel Arnal déclare : "Enfin un groupe d’experts démontre qu’il n’y a pas de justification valable à distinguer la violence qui s’exerce sur les animaux de celle qui est perpétrée contre des personnes ! Cet ouvrage a le potentiel pour bouleverser notre regard sur la société. C’est un fabuleux outil pour tous les professionnels concernés par ce débat. Le choix de le publier en français était une évidence tant sa thématique est en résonnance avec notre positionnement. Il est temps de déconditionner les esprits pour tendre vers une éthique globale au bénéfice de chacun !"

Violences sur les animaux et les humains : Le lien, Collectif sous la direction d'Andrew Linzey, Traduction de Marc Rozenbaum, Editions One Voice, 2012, 440 pages

A propos de l'auteur

Andrew Linzey est un prêtre anglican, membre de la faculté de théologie de l’université d’Oxford et directeur fondateur du Oxford Center for Animal Ethics. Il est également professeur honoraire à l’université de Manchester. Il a occupé à Oxford le premier poste académique au monde en théologie et bien-être animal. Entre autres fonctions, il a aussi occupé le poste de professeur honoraire à l’université de Birmingham de 1996 à 2007. Il est l’auteur d’un grand nombre d’articles et d’ouvrages sur la théologie et l’éthique, traduits pour la plupart dans de nombreuses langues. En 2006, il figurait sur la liste des 50 personnes oeuvrant pour un monde meilleur, établie par le journal The Independent.

A propos de One Voice

One Voice est une association Loi 1908 qui cultive son indépendance politique, religieuse et financière comme garantie de sa liberté de parole et d’action. Elle mène, depuis 1995, une lutte non violente pour les droits des animaux et le respect de toute vie perpétuant ainsi la vision du Tout et de l’unité des combats chère à son célèbre parrain, Théodore Monod. L’association est le représentant pour la France de la Coalition européenne pour la fin de l’expérimentation animale.

Pour en savoir plus

- Le site One Voice
- Sa boutique où vous pourrez acheter le livre
- La note de lecture d'Estiva Reus
- Théologie animale, d'Andrew Linzey
- Un éternel Treblinka, de Charles Patterson

La présentation du livre
Source

Mai 2012. Maltraitance des animaux et violence à l’égard des personnes sont liées. Le doute n’est plus permis à l’issue de la lecture de ce passionnant ouvrage collectif, qui met en commun le travail de professionnels du monde entier… Une initiative saluée par One Voice qui a décidé de le publier en français.

Une conférence internationale à l’origine du projet


En 2007, sous les auspices de l’Oxford Centre for Animal Ethics à Keble College de l’université d’Oxford, se tenait la première conférence internationale sur les liens entre maltraitance animale et violence envers les personnes. Ce projet a enthousiasmé One Voice qui a placé depuis longtemps l’unicité des combats au coeur de sa ligne d’actions. Enfin ! Il existe un collectif de professionnels ayant compris l’importance de lier problématiques humaines et animales dans le cadre de la lutte contre les maltraitances. Ce projet avant-gardiste a permis la réalisation de nombres d’articles passionnants, regroupés dans "Les animaux et les humains - Le lien". Leurs auteurs sont des spécialistes du monde entier, dans des disciplines aussi variées que la philosophie, la psychologie, la criminologie, les sciences politiques, la littérature, l’éthique, le droit, l’anthropologie, la sociologie et d’autres encore… La direction de l’ouvrage a été confiée à Andrew Linzey, directeur de l’Oxford Centre for Animal Ethics et membre de la faculté de théologie de l’université d’Oxford, auteur de nombreux ouvrages dont Théologie animale (paru aux éditions One Voice en 2010).

Une seule violence

Le lien qui est mis en évidence est fondamental et de nature à bouleverser bien des pratiques. Il n’y a pas des "violences" mais "une" violence, celle qui est perpétrée contre les individus - humains ou animaux - en état de faiblesse, physique ou psychologique. Et la fameuse formule qui énonce que la violence engendre la violence, prend tout son sens. Car les victimes de violence sont plus enclines à en devenir elles-mêmes auteurs… Le lien entre maltraitance animale et cruauté des enfants, violence domestique, maltraitance des enfants et maltraitance des personnes âgées devient tangible. La nécessité de s’affranchir d’une distinction légale de la nature - humaine ou animale - de la victime devient une évidence.

La violence est sans discernement

Plusieurs études s’accordent ainsi à dire que lorsqu’il y a maltraitance animale au sein d’un foyer, les personnes sont également exposées à un risque. Les chercheurs considèrent en effet que la violence s’exerce le plus souvent d’abord envers les animaux, ce qui contribue à insensibiliser son auteur à la souffrance. Puis les victimes deviennent bourreaux comme l’illustrent trop d’exemples d’enfants et d’adolescents ayant pris part à des tueries. C’était le cas par exemple de Mary Bell, cette fillette de 11 ans qui a tué deux garçons de 3 et 4 ans. Elle était particulièrement violente et étranglait des chats et des oiseaux… Sa mère abusait d’elle, avait essayé de la tuer à 4 reprises et l’avait prostituée dans un contexte sadomasochiste.

Une collaboration pertinente

Preuve sans doute de la pertinence et du potentiel de la mise en évidence de ce lien, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, les services de protection de l’enfance et de protection animale commencent enfin à travailler ensemble. Le Links Group, à l’origine de la conférence, est une organisation qui, depuis 2001, oeuvre à mieux faire comprendre les liens entre maltraitance d’enfant, maltraitance animale et violence familiale et gère le soutien d’organisations caritatives dans les domaines de l’humanitaire et de la protection des animaux. Mais la mise en commun des objectifs de ce type d’organisations est encore trop souvent inaccessible, comme s’il fallait établir une graduation de la violence qui dès lors qu’elle concernerait des humains imposerait de se désintéresser de la cause animale. Or c’est précisément l’inverse car résoudre la problématique animale est susceptible d’apporter de multiples réponses à la problématique humaine… On ne résoudra pas les problèmes de maltraitances en distinguant des types de violence en fonction de la victime.

Réhabiliter la capacité d’empathie

Au fil des pages on perçoit qu’au-delà de la violence avérée et réputée illégale voire criminelle, c’est la violence devenue habitude, voire entrée dans les moeurs qui serait à l’origine de bien des déviances. Une étude réalisée aux Etats-Unis sur un échantillon de coupables de maltraitances participant à un programme thérapeutique, "plus de 50% des hommes interrogés ont déclaré qu’ils étaient chasseurs et qu’ils possédaient des armes à feu". De même, le contexte familial de nombreux homicides apparaît ancré dans la banalisation d’actes violents et en particulier de la mise à mort d’animaux. C’est le cas en particulier d’un nombre significatif d’adolescents devenus tueurs et dont le contexte familiale valorise la chasse comme loisir… L’éducation des enfants, qui leur apprend l’empathie comme une faiblesse à surmonter, a un impact fort sur l’évolution de notre société. Au contraire, il faudrait cultiver cette empathie naturelle et la mettre au coeur de nos modes de vie pour "réapprendre" l’humanité à l’humain…

Perspectives pratiques

Ce livre s’adresse à un public averti et plus particulièrement à toute personne concernée par ce débat, en particulier dans un cadre professionnel (chercheurs ou personnes en contact avec les victimes ou les auteurs de maltraitances). L’objectif, à terme, serait bien sûr de favoriser la collaboration entre les divers intervenants à l’échelle nationale et internationale, en fédérant l’ensemble des acteurs de la lutte contre la maltraitance, que leur intérêt premier les ait portés vers l’humain ou l’animal. Une telle collaboration serait porteuse de beaucoup d’espoir !

Ce livre traite du lien
entre la maltraitance animale et la violence envers les personnes

Vous y trouverez :

- Une synthèse critique des travaux de recherche déjà réalisés
- Un examen des données les plus récentes
- Une réflexion sur les enjeux éthiques et moraux
- Une présentation des travaux de jeunes universitaires prometteurs
et de chercheurs expérimentés
- Une étude des implications en matière légale
et des travaux des principaux professionnels
- Une réfléxion sur la maltraitance des animaux sauvages
- Des travaux de spécialistes américains et britanniques mais aussi
australiens, danois, allemands, italiens, néo-zélandais

Le sommaire

- A propos des auteurs
- Introduction : Tirons-nous vraiment profit de la maltraitance des animaux ?
Andrew Linzey
Partie I
Aperçu des études existantes

1. La mesure de la cruauté envers les animaux et quelques études de cas.
Marie Louise Petersen et David P. Farrington
2. Typologie de la cruauté : cruauté envers les animaux chez l'enfant, violence domestique et maltraitance des enfants et des personnes âgées.
Marie Louise Petersen et David P. Farrington
3. Un point de vue à l'échelle de l'existence sur l'agression des personnes et la maltraitance des animaux.
Eleonora Gullone
Partie II
Développement émotionnel et violence psychologique

4. L'empathie comme indicateur du développement émotionnel.
Andrea M. Beetz
5. La maltraitance émotionnelle des enfants et des animaux.
Franklin D. McMillan
Partie III
Les enfants, la violence familiale et les animaux

6. La cruauté, les enfants et les animaux : d'un point de vue historique, une seule et même cause.
Sabrina Tonutti
7. Etude de l'exposition des enfants à la violence dans le contexte de la maltraitance animale.
Frank R. Ascione
8. Femmes battues, maltraitance des animaux de compagnie et relations entre humains et animaux.
Clifton P. Flynn
9. Le rôle des animaux dans la protection de l'enfance.
Christina Risley-Curtiss
Partie IV
Maltraitance animale et meurtres en série

10. La cruauté envers les animaux au cours de la croissance et ses corrélats chez les auteurs d'homicides sexuels et chez les délinquants sexuels.
Llian Alys, J. Clare Wilson, John Clarke et Peter Toman
11. Résoudre le problème de faux positif du lien.
Jack Levin et Arnold Arluke
Partie V
Points de vue moraux sur les relations entre humains et animaux

12. Les droits de l'homme sont-ils spécistes ?
Conor Gearty
13. Une réponse morale à la maltraitance animale.
Mark H. Bernstein
14. Les nouveaux canaris dans la mine : la priorité au bien-être humain dans la sanction de la maltraitance animale.
Elizabeth Clawson
15. La structure du mal.
Mark Rowlands
16. Les "ignobles intentions" : aux limites de l'imagination sympathique.
Daniel B. Williams
Partie VI
L'application de la loi, les contrevenants et la politique pénale

17. Le point de vue du FBI sur la cruauté envers les animaux.
Alan C. Brantley, interviewé par Randall Lockwood et Ann W. Church
18. Les lois et les mesures pour résoudre le problème du lien avec la violence familiale.
Joan E. Schaffner
19. Face aux bourreaux d'animaux.
Angus Nurse
20. Les implications en matière de droit pénal et de politique pénale et en pratique.
Martin Wasik
Partie VII
La prévention et les obligations professionnelles

21. Les vétérinaires sont-ils prêts à se soumettre à une obligation légale de signaler les cas de suspicion de maltraitance animale ?
Ian Robertson
22. Le rôle des vétérinaires et autres prestataires de soins aux animaux dans le signalement des cas de suspicion de maltraitance d'enfant.
Corey C. Montoya et Catherine A. Miller
23. Cruauté envers les animaux et protection de l'enfance : le point de vue des intervenants paramédicaux.
Dawn Hawksworth et Rachel Balen
Partie VIII
La maltraitance des animaux sauvages

24. Aperçu des études existantes.
Nicola Taylor et Tania Signal
25. La chasse, une sous-culture abusive.
John Cooper
26. La chasse, une activité moralement douteuse.
Priscilla N. Cohn et Andrew Linzey
27. La chasse au rabattage des dauphins et la maxime de Socrate "le vice nuit à celui qui s'y adonne".
Thomas I. White
- Index

Quelques extraits

La présentation du livre par Andrew Linzey
(un passage de l'introduction)

(p30-p31) ../.. Le problème de la violence et de la maltraitance a pris de plus en plus d'importance à mesure que nous avons commencé à nous attaquer à la complexité des relations de maltraitance et à approfondir leurs nombreux aspects jusqu'alors mal connus. Il n'est sans doute pas exagéré d'affirmer qu'il existe aujourd'hui une plus grande sensibilisation à la maltraitance et que notre conscience est plus profondément et plus rapidement sollicitée que jamais auparavant.
L'intérêt de cet ouvrage est de mettre en lumière un aspect de cette complexité souvent mal compris et insuffisamment reconnu. Personne ne prétend que cet aspect est déterminant ni qu'il recèle la clé de tous les problèmes, mais il est certain qu'il mérite une attention bien plus grande que celle qui lui a été accordée jusqu'à présent.
Ce livre s'adresse à toute personne concernée par ce débat, soit parce que ses travaux de recherche ont un rapport avec les questions soulevées, soit parce que ses activités professionnelles la mettent en contact avec les victimes ou avec les auteurs de maltraitance, humains ou animaux. Il s'agit, entre autres, mais pas uniquement, des personnels de garde d'enfants, des bénévoles d'organisations humanitaires, des représentants de la loi, des professions de santé, des vétérinaires, des enquêteurs et responsables d'équipes et d'associations de protection animale, des chercheurs en sciences sociales, des juristes, des psychologues et des criminologues. Ce livre comprend un ensemble remarquable de contributions : on y trouve divers examens critiques des études existantes dans ce domaine, une analyse des observations les plus récentes et des réflexions sur les implications en matière de politique légale et sur le rôle des principaux acteurs concernés. Une importante partie de ce livre est également consacrée aux questions philosophiques et éthiques sous-jacentes.
Les chapitres qui suivent présentent aussi un intérêt particulier pour les étudiants qui sont de plus en plus nombreux à suivre les cours universitaires consacrés à l'éthique animale, aux droits des animaux et aux animaux dans la philosophie ainsi que les divers cours plus classiquement consacrés aux liens entre l'homme et l'animal. Après des années d'apparente indifférence, il est réjouissant de constater l'émergence de ce genre de discipline universitaire qui incite les étudiants à se poser des questions normatives sur les aspects éthiques de la manière dont nous traitons les animaux.
Les huit sections que comporte ce livre sont organisées en fonction des problèmes les plus importants dans ce débat. A chaque fois, l'auteur livre une courte introduction pour recenser les arguments essentiels contenus dans chaque chapitre. Comme on pourrait s'y attendre, presque toutes les contributions portent sur les formes de maltraitance et de cruauté envers les animaux qui sont illégales dans la plupart des pays concernés et qui s'exercent sur des animaux domestiques et de compagnie. Or, il reste bien sûr l'importante question des formes de maltraitance et de cruauté qui sont parfaitement légales. La maltraitance légale des animaux dans les élevages industriels, les élevages de chiots, les spectacles, la recherche, l'enseignement et l'industrie de la fourrure, ce sont là autant d'exemples de maltraitance institutionnalisée qui, souvent, ne sont pas considérés comme de la maltraitance. Même dans cet ouvrage volumineux, nous n'avons pas pu traiter de façon adéquate de tous les divers problèmes que pose la maltraitance légale des animaux. Nous avons cependant tenté, dans la partie VIII, d'aborder le problème de la maltraitance des animaux sauvages, qui reste légale sous bien des formes, en particulier la chasse, dans le monde entier. Ces quatre chapitres ont au moins le mérite de soulever l'importante question de savoir si, dans ce seul domaine, la maltraitance socialement et légalement sanctionnée peut nuire aux êtres humains qui en sont responsables autant qu'aux animaux concernés. ../..

Introduction

(p27) ../.. Nous accordons un tel prix aux avantages pour les humains que de façon automatique, nous supposons que pratiquement tout ce qui nous est "profitable" est moralement juste. Or, il convient au moins de remettre en question ce calcul moral, et nous devrions aller plus loin et nous poser la question la plus fondamentale entre toutes ;: une pratique impliquant de la cruauté ou de la maltraitance envers un animal peut-elle être profitable aux humains ? Car il est certainement vrai que dans pratiquement tous les débats sur les animaux, il est tacitement admis que les avantages que la maltraitance peut apporter la justifient, ce qui nécessite que nous sachions quels sont ces avantages et qu'ils militent pratiquement tous en faveur de la maltraitance. Nous admettons des justifications de la maltraitance des animaux que nous n'accepterions jamais (ou rarement) s'il s'agissait d'êtres humains et surtout d'enfants, et ce faisant, nous nous référons à des spéculations utilitaristes et anthropocentriques dans lesquelles nous nous attribuons une importance extrême et nous n'attribuons aux animaux aucune valeur. ../.. On suppose que les avantages pour l'être humain - peu importe qu'ils soient indirects, indéfinis, hypothétiques et qu'ils soient escomptés de façon incohérente - l'emportent toujours sur la souffrance animale, aussi sévère soit-elle. ../..

Ch2.Typologie de la cruauté : cruauté envers les animaux chez l'enfant,
violence domestique et maltraitance des enfants et des personnes âgées.
Marie Louise Petersen et David P. Farrington

(p54) "Les études, de plus en plus nombreuses, montrant que les adultes qui maltraitent les animaux risquent aussi de maltraiter leurs enfants et que les enfants qui maltraitent des animaux ont aussi une plus forte probabilité d'être des enfants victimes de maltraitance, indiquent que la cruauté envers les animaux au sein d'une famille peut être un important facteur de risque. C'est pourquoi il convient d'alerter les praticiens de la possibilité que la cruauté envers les animaux dans une famille soit un indicateur de maltraitance des enfants et aussi un indicateur de violence domestique."

L. Bell, "Abusing children - Abusing animals", Journal of Social Work, 2001

Ch8. Femmes battues, maltraitance des animaux de compagnie
et relations entre humains et animaux.
Clifton P. Flynn

(p172-p173) Les implications pour les professionnels et pour les décideurs
Il convient que ceux qui s'occupent des femmes battues prennent au sérieux les liens que ces femmes (et leurs enfants) entretiennent avec leurs animaux. Le personnel des centres d'accueil, par exemple, devrait non seulement demander aux femmes si elles ont des animaux, mais aussi respecter ces liens. Quand une femme a fui son conjoint violent pour se rendre dans un centre d'accueil, surtout si elle n'a pas d'enfant et si son animal ou ses animaux ont été maltraités, voir que l'on ignore ou que l'on prend à la légère ses réactions émotionnelles (inquiétude, sentiment de culpabilité, peur, angoisse ou chagrin) n'est vraiment pas ce dont elle a besoin. Tout centre d'accueil devrait comprendre l'importance de ces liens, surtout si l'on sait qu'une minorité significative de ces femmes retardent leur départ par souci pour leurs animaux, et tout centre d'accueil devrait en conséquence assurer des services pour les animaux de compagnie. Rares sont les centres d'accueil pour femmes battues qui peuvent héberger les animaux, mais ils sont de plus en plus nombreux à prévoir des programmes pour les animaux de leurs pensionnaires. ../..

Ch12. Les droits de l'homme sont-ils spécistes ?
Conor Gearty

(p246-p247, les dernières lignes du chapitre) ../.. Et les droits des animaux, dans tout cela ? L'effondrement de la certitude des intellectuels concernant la spécificité de l'être humain et l'affaiblissement des arguments en faveur du caractère unique de l'être humain par rapport au reste du règne du vivant ouvrent aujourd'hui une opportunité pour les autres espèces animales, ou plutôt une possibilité pour leurs protagonistes humains de pouvoir affirmer, de façon bien plus convaincante que par le passé, que certains animaux méritent eux aussi de faire partie de la sphère des bons comportements et ont droit au traitement correct qui était jusqu'à présent réservé aux seuls humains. Les réponses habituelles à la question de savoir pourquoi il devrait en être autrement (l'âme humaine, l'autonomie de la personne humaine) ne sont plus aussi évidentes qu'auparavant, et les argumentations actuelles en faveur d'un fondement des droits de l'homme (le besoin de protéger les plus vulnérables contre les abus de pouvoir, l'importance de la compassion) ne se limitent pas nécessairement à l'espèce humaine, loin de là. Elles peuvent même être particulièrement pertinentes dans le cas des animaux non humains dont les chances de survie sont totalement entre les mains de leurs maîtres humains. La force du langage des droits de l'homme a toujours résidé dans son pouvoir d'étendre la sphère de sa sollicitude aux catégories humaines jusqu'alors invisibles aux puissants : les femmes, les esclaves, les prisonniers de guerre, ainsi que les enfants, les détenus, les handicapés mentaux et physiques, et bien d'autres. En principe, il n'y a aucune raison pour que cette dynamique d'ouverture reste bloquée en permanence au niveau d'une barrière d'espèces qui n'est finalement qu'une construction humaine. Les réflexions sur la nature, qui produisent un comportement observable pouvant être considéré comme reflétant une conception des "droits de l'homme", peuvent se retrouver dans des observations similaires inspirant un langage plus général, celui des droits des animaux. Il conviendrait d'étudier les implications exactes en matière de droits. Les droits qui pourraient être reconnus à chaque sorte d'animal (l'être humain compris) dépendent de la nature de l'espèce à considérer, de sa capacité à éprouver la douleur et à échanger avec le monde qui l'entoure, de son degré de conscience vis-à-vis du monde extérieur et de bien d'autres facteurs. Cependant, au soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, ceux qui se consacrent véritablement aux droits de l'homme ne devraient pas craindre de caractériser leur sujet comme un sous-ensemble d'un domaine plus vaste, celui des droits des animaux, même s'il s'agit d'un sous-ensemble sans lequel ce domaine plus vaste n'aurait jamais été défini comme tel. Cela ne diminue en rien l'importance des droits de l'homme, qui resteront inévitablement plus compliqués et plus complets que ceux des autres animaux, mais à long terme il n'y aurait pas d'inconvénient à leur donner un fondement intellectuel plus solide.

Ch26. La chasse, une activité moralement douteuse.
Priscilla N. Cohn et Andrew Linzey

(p412) ../.. La question initiale reste posée : est-il possible et est-il probable que seule la violence illégale soit liée à un comportement antisocial, contrairement à la violence socialement acceptée ou légale ? Si la violence illégale n'est pas totalement différente de la violence légale, alors, logiquement, des activités impliquant une violence légale comme la chasse devraient aussi être liées à un comportement antisocial. Naturellement, cette idée repose sur une supposition concernant la similarité entre violence légale et violence illégale, mais cette conclusion n'est-elle pas vraisemblable, et même probable ?

(p418, les dernières lignes du chapitre) Comme nous l'avons dit au début, il n'existe pas de preuve absolue que la chasse serait liée à un comportement antisocial, mais nous estimons qu'il y a suffisamment matière à réfléchir. Il est difficile de demander à des chercheurs d'étudier une activité que tant de gens considèrent comme un passe-temps anodin ou même comme une tradition importante, mais c'est précisément ce qu'il nous faut si nous nous préoccupons vraiment de ce qui pourrait bien être une source de cruauté et de violence dirigées aussi bien contre les humains que contre les non-humains. Nos soupçons seront-ils confirmés par les faits, seul l'avenir le dira. Mais nous ne serons jamais fixés sur cette question si elle n'est pas étudiée avec détermination. Ce que nous savons des liens entre la maltraitance des animaux (domestiques surtout) et la violence à l'égard des personnes commence seulement à occuper le devant de la scène, grâce à des recherches opiniâtres (et souvent coûteuses), et même à l'heure actuelle nous sommes encore loin d'avoir une réponse complète à un certain nombre de questions, notamment à propos de la nature précise de ces liens. Il faut maintenant une nouvelle génération de chercheurs qui soient disposés à servir la cause des animaux sauvages, car jusqu'ici les chercheurs se sont limités à servir la cause des animaux domestiques.

Pour terminer ces extraits, deux citations :

(p21)

"Il est absolument évident qu'en maltraitant les animaux, nous maltraitons notre relation avec les animaux et nous nous maltraitons nous-mêmes. Nous nous déshumanisons lorsque nous traitons des êtres vivants comme des choses."

R. D. Laing

(p275)

"La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l'humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu'il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c'est ici que s'est produite la plus grande faillite de l'homme, débâcle fondamentale dont toutes les autres découlent."

Milan Kundera
L'insoutenable légèreté de l'être, Gallimard, 1984

16 janvier 2013

Les émotions des animaux, de Marc Bekoff

Les émotions des animaux
de Marc Bekoff
préface de Jane Goodall

Petit up de cette note pour signaler une bonne nouvelle : la sortie de ce livre en format poche !

Un scientifique de renom étudie la joie, la peine et l'empathie animales en expliquant leur importance.

Les animaux éprouvent-ils des sentiments ? C'est une question à laquelle on acquiesce largement aujourd'hui. Notre perception de ces êtres n'est plus celle de Descartes, qui ne voyait en eux que des automates. Mais quelles sont ces émotions, comment naissent-elles, comment se manifestent-elles, comment les comprendre pour communiquer avec les animaux ? C'est ce à quoi répond ici Marc Bekoff, professeur émérite de biologie à l'Université du Colorado.

Dans la lignée de Darwin et de son ouvrage sur "L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux" (traduit dans cette même collection), il étaye son propos par quantité d'exemples, d'anecdotes, de comptes-rendus d'expériences éthologiques, pour nous amener à voir que tous ces sentiments ne sont pas des réactions instinctives et isolées, mais la manifestation d'une véritable vie affective, aussi riche que profonde.

Privilégiant l'étude sur le terrain, l'observation des animaux au sein de leur environnement (comme Jane Goodall, qui présente cet ouvrage), l'auteur dialogue constamment avec les théories et les conclusions des autres chercheurs. Cela lui permet de ne pas se cantonner dans l'étude des canidés (dont il est spécialiste), d'élargir son propos à l'ensemble de la gent animale, pour montrer que les animaux ne sont pas seulement doués de sentiments, mais aussi d'une certaine forme de pensée rationnelle et d'une véritable moralité.

Accepter et comprendre cette vie émotionnelle, c'est prendre conscience de la manière dont les humains, aujourd'hui, traitent souvent les animaux de façon inhumaine, c'est appeler à changer de point de vue et de comportement, pour vivre à l'avenir en meilleure intelligence avec ces êtres qui partagent notre vie.

Les émotions des animaux, Marc Bekoff, Préface de Jane Goodall, Traduit de l'anglais par Nicolas Waquet, Editions Payot, 2009, 320 pages

A propos de l'auteur

Spécialiste de renommée mondiale du comportement animal, Marc Bekoff est professeur de biologie à l'Université du Colorado. Il est cofondateur avec Jane Goodall de Ethnologists for the Ethical Treatment of Animals.

Aucune frontière nette ne sépare l'espèce humaine du reste du règne animal.

"Avec 'Les Emotions des animaux', une voix puissante vient s'ajouter au choeur toujours plus vaste de ceux qui tentent de transformer nos comportements vis-à-vis des animaux, ces êtres avec lesquels nous partageons cette planète.

Joignant l'intuition et le bon sens à une méthodologie scientifique scrupuleuse, ce livre sera un outil formidable pour tous ceux qui se battent afin d'améliorer la vie des animaux, dans des environnements où l'on fait preuve si souvent d'une incompréhension presque totale. J'espère simplement qu'il amènera les gens à reconsidérer la manière dont les animaux seront traités demain."

Jane Goodall, éthologue

Au sommaire

- Arguments en faveur des émotions animales ; raisons de leur importance
- Ethologie cognitive : intelligence et affectivité animales
- Les passions animales : ce qu'éprouvent les animaux
- Justice, empathie et fair-play : l'honneur chez les animaux
- Questions délicates : réponse aux sceptiques ; science et incertitude
- Choix éthiques : de l'usage de nos connaissances

Pour en savoir plus

- Les Editions Payot et Rivages
- L'avis de Végane aujourd'hui
- Emotions animales, de Karine Lou Matignon
- Le cochon qui chantait à la lune, de Jeffrey Moussaieff Masson
- Quand les éléphants pleurent, de Jeffrey Moussaieff Masson et Susan McCarthy
- Nous sommes ce que nous mangeons, de Jane Goodall
- Le cri de l'espoir, de Jane Goodall
- Ma vie avec les chimpanzés, de Jane Goodall
- La boutique L214

La couverture du livre en format poche

Les émotions des animaux, Marc Bekoff, Préface de Jane Goodall,
Traduit de l'anglais par Nicolas Waquet, Editions Rivages Poche, 2013, 288 pages


Un entretien avec Marc Bekoff
(sous-titré en français)


12 janvier 2013

Un animal et la vie est plus belle, de Jean-Luc Vuillemenot

Un animal et la vie est plus belle
Ces animaux qui nous font du bien !
de Jean-Luc Vuillemenot
préface de Boris Cyrulnik

Vous vous sentez joyeux et en forme lorsque vous promenez votre chien ? Le ronron de votre chat a tendance à vous apaiser ? Votre enfant est plus sociable maintenant qu'il a un animal de compagnie ? L'affection circule dans votre famille depuis que vous avez adopté Félix ?

C’est indéniable, la présence d’un animal familier est bonne pour le moral, le bien-être, la santé et l’épanouissement personnel.

Si de tout temps l'animal a accompagné l'homme dans ses activités, il est aujourd'hui, plus que jamais, son complice, son confident et son partenaire. Vie stressante, isolement, maladie... les animaux de compagnie aident à construire ou retrouver une vie équilibrée et à surmonter les difficultés.

Comment expliquer ce bien-être que nous ressentons au contact de notre compagnon ?

Dans son livre, Jean-Luc Vuillemenot, expert en relations Homme-Animal, nous livre ici les secrets de cet attachement puissant et étonnant. A l’aide de témoignages touchants et de belles histoires issues de la vie de tous les jours, mais aussi d’études scientifiques et d’interviews de spécialistes (psychologues, pédopsychiatres, médecins, etc.), l’auteur explique en quoi l’animal est facteur d’équilibre et de qualité de vie, quelle place il occupe, quel(s) rôles il joue :

- L’animal miroir : il me veut du bien.
- L’animal dans la famille : l’ami qui rassemble les générations.
- L’animal et l’enfant : il aide à grandir.
- L’animal et notre épanouissement : il nous équilibre.
- L’animal en ville : avec lui, la cité est vivante.
- L’animal thérapeute : il nous protège et nous soigne.

Ce livre passionnera ceux d'entre nous qui ont un animal de compagnie et trouveront là un prolongement à leur propre réflexion, comme ceux qui n'en ont pas, désireux d'en savoir plus sur les bienfaits de cette relation extraordinaire.

Un animal et la vie est plus belle, Jean-Luc Vuillemenot, Préface : Boris Cyrulnik, Ixelles Editions, 2011, 320 pages

A propos de l'auteur

Lauréat de la Fondation de France, Jean-Luc Vuillemenot est responsable de l’agence conseil "Animal, Faits et Société". Secrétaire général de l’AFIRAC (Association française d’Information et de Recherche sur l’Animal de compagnie) pendant 20 ans, il a animé de nombreux champs de réflexion et conférences internationales soutenues par l’OMS. Il est également journaliste de presse écrite et audiovisuelle, ainsi qu’auteur spécialisé dans le domaine animalier.

Pour en savoir plus

- Ce lien pour feuilleter le livre
- Le site Ixelles Editions
- Les effets bénéfiques des animaux sur notre santé, de Caroline Bouchard et Christine Delbourg
- Entre l'humain et l'animal, de Maryse de Palma
- Les animaux dans la vie des enfants, de Gail Melson
- Enfants et animaux : des liens en partage, de Karine Lou Matignon
- L'enfant et l'animal, d'Hubert Montagner

Avec les animaux, la vie est belle !
Un entretien avec l'auteur, par la Fondation 30 Millions d'Amis

La présence d’un animal est bénéfique pour chacun d’entre nous. Un constat - partagé par la Fondation 30 Millions d’Amis depuis de nombreuses années - que démontre avec force Jean-Luc Vuillemenot, spécialiste des relations homme/animal, dans son dernier ouvrage.

Fondation 30 Millions d’Amis : En France, la médiation animale est encore marginale. Pensez-vous qu’elle peut se développer, à l’exemple des pays anglo-saxons ?


Jean-Luc Vuillemenot : Aux Etats-Unis et au Canada - où est née cette pratique - la médiation animale fait l’objet de nombreuses expérimentations. En France, nous avons encore trop peu d’études validées scientifiquement, et cela explique en partie le retard que nous accusons. Si la machine est indéniablement en marche et que les thérapies assistées par l'animal gagnent progressivement du terrain, il reste encore beaucoup de progrès à faire, notamment en termes de formation des intervenants, bénévoles ou professionnels. Il doit y avoir davantage de maisons de retraites qui acceptent les animaux, les animaux dits visiteurs doivent être plus nombreux, notamment en milieu hospitalier. Comme le dit très justement l’un de mes amis, "si le chien déclenche ne serait-ce que le sourire d’une personne, nous avons gagné".

F30MA : Pour votre livre, vous avez recueilli un grand nombre de témoignages qui illustrent les bienfaits de la relation homme/animal, dont certains ont une vraie valeur thérapeutique. Quel est celui qui vous a le plus touché ?

J-L. V. : J’ai rencontré un jeune homme très introverti du fait des conséquences d’une maladie rare : obésité, perte d’équilibre, incontinence… Nous avons fait le pari qu’un chien, préalablement formé, pourrait s’adapter à la pathologie du jeune homme. Les résultats ont été très impressionnants : ce jeune est aujourd’hui plus sociable et n’hésite plus à évoquer sa maladie. L’animal l’aide à communiquer, et la relation qu’ils entretiennent ensemble lui renvoie une image positive de lui-même. Cette expérience témoigne des innombrables qualités et facultés dont sont dotés nos compagnons, et dont j’ai pu me rendre compte depuis mon plus jeune âge : leur patience, leur compréhension, leur faculté d’adaptation, leur capacité de deviner nos intentions, leur vigilance...

F30MA : Quelle est la place de l’animal de compagnie dans notre société aujourd’hui ?

J-L. V. : Elle a suivi l’évolution de notre mode de vie. Il y a une quarantaine d’années, le chien était attaché dans la cour de la ferme, et le chat n’était toléré que parce qu’il chassait les rongeurs. Depuis, la France rurale a laissé la place à la France urbaine, où "l’utilité" des animaux s’est effacée au profit de l’attachement affectif qu’ils nous procurent. Nos contemporains ne craignent plus d’être démonstratifs avec leur animal. Plus d’hésitation à dire que l’on aime son chien ou à lui témoigner de l’affection. Nous manifestons notre empathie sans la moindre gêne, ce qui n’était pas le cas des générations précédentes. On amène son animal dans les transports en commun, en voyage... Certaines entreprises vont même jusqu’à octroyer une journée de congé à leur employé à la mort de leur animal.

F30MA : Est-il pour autant totalement reconnu ?

J-L. V. : La société n’a pas évolué aussi rapidement que les individus, et ne lui donne pas encore toute la place qu’il mérite. Notre code civil considère toujours les animaux comme des "biens meubles" et ils ne sont dotés par conséquent d’aucun statut juridique ! Mais paradoxalement, on voit que les élus commencent à prendre des mesures pour que l’animal de compagnie trouve sa place en milieu urbain. Les recherches pour comprendre les effets que sa présence exerce sur nous se multiplient et cela constitue une véritable avancée.

22 décembre 2012

Les larmes du bodhisattva, de Shabkar

Les larmes du bodhisattva
Enseignements bouddhistes
sur la consommation de chair animale
de Shabkar

Ce livre, fondé sur les enseignements du Bouddha, offre la plus offensive et la plus passionnée des accusations contre la consommation de chair animale que l’on puisse trouver dans la littérature tibétaine. Les arguments exposés ici mettent en évidence les méfaits pour soi et pour autrui, à court et à long terme, d’une telle consommation, et ses conséquences directes sur notre progrès spirituel. Quiconque défend le végétarisme s’y référera profitablement.

Deux textes sont ici traduits. Le premier, "Merveilleux Ecrits émanés", extrait d’un ouvrage de Shabkar, se compose de citations tirées du canon bouddhiste et de divers ouvrages de maîtres tibétains, assortis de commentaires de l’auteur. Le second, "Ambroisie d’immortalité", est un enseignement sur la nécessité de développer la compassion authentique pour le monde animal.

On comprendra ainsi que, selon les enseignements du Bouddha, il n'est pas nécessaire de réprimer par la volonté son attirance pour la viande, mais au contraire de retourner à la bonté naturelle du coeur pour qu'y renaisse une juste sensibilité à la souffrance des autres, telle que l'idée même de nuire aux bêtes en les exploitant et en s'en nourrissant disparaîtra spontanément.

Shabkar (1781-1851) était un pratiquant et un maître des traditions de l’entraînement de l’esprit et de la Grande Perfection du bouddhisme tibétain. Cet esprit libre vécut en ermite et en pèlerin, sans foyer ni biens, loin de toute institution monastique. Ses enseignements nous sont parvenus grâce aux nombreux ouvrages qu’il a laissés, dont une autobiographie détaillée, très populaire et particulièrement inspirante. Shabkar est célèbre pour le combat qu’il mena, sa vie durant, contre le mal fait aux animaux.

Les larmes du bodhisattva, Shabkar, Editions Padmakara, 2006, 190 pages

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Padmakara
- Défense bouddhiste des droits et de la vie des animaux, de Michel Banassat

20 décembre 2012

Défense bouddhiste des droits et de la vie des animaux, de Michel Banassat

Défense bouddhiste
des droits et de la vie des animaux
de Michel Banassat
préface de Jean-Claude Nouët

Cet ouvrage est destiné non seulement aux bouddhistes, mais également aux non bouddhistes aimant les animaux et participant activement à leur défense et à leur protection : afin que les premiers militent, et que les seconds prennent connaissance, en dehors de toute considération religieuse, de la position bouddhiste par rapport à cette condition.

Défense bouddhiste des droits et de la vie des animaux, Michel Banassat, Préface : Jean-Claude Nouët, Librairie You-Feng, 2012, 425 pages

A propos de l'auteur

Michel Banassat, ancien bibliothécaire, est guide-conférencier et l'auteur de plusieurs ouvrages sur le bouddhisme, dont notamment "Introduction à l'étude du bouddhisme" et "Le livre bouddhiste de la grande compassion". Il a également écrit le best-seller concernant le Chinatown parisien du 13e arrondissement. Fervent défenseur des droits de l'homme et des droits des animaux, ces droits étant indissociables les uns des autres étant donné que tous les êtres vivent en interdépendance, Michel Banassat nous dévoile aujourd'hui son ouvrage consacré à la "Défense bouddhiste des droits et de la vie des animaux".

Pour en savoir plus

- Le site de la Librairie You-Feng
- Les larmes du bodhisattva, de Shabkar
- Humanité, animalité : quelles frontières ? de Jean-Claude Nouët et Georges Chapouthier
- Homme et animal : de la douleur à la cruauté, de Thierry Auffret Van der Kemp et Jean-Claude Nouët
- Le grand massacre, d'Alfred Kastler, Michel Damien et Jean-Claude Nouët
- Les droits de l'animal, de Jean-Marie Coulon et Jean-Claude Nouët

Un extrait de la note de lecture d'ADADA
Cliquez sur le lien pour découvrir le site de
l'Association Nationale Des Amis Des Ânes
qui milite pour le respect et la protection de l'âne, cet animal méconnu

../.. L'auteur, tout au long des 420 pages de son livre, défend "un être particulièrement vulnérable et sensible : l'animal". Tous nos élus devraient le lire, cela les inciterait à enfin donner dans les textes législatifs la place que l'animal mérite : non, il n'est pas un objet "meuble".

Chaque fin de chapitre résume la pensée Bouddhiste et universelle, sur la place de l'animal sur notre planète, parmi tous les êtres vivants.

Citons, mieux que commenter :

Page 249 : "La pratique de l'amour universel étendue aux animaux, à toutes les espèces, des plus grandes aux plus petites, des plus nobles aux plus humbles parmi les humbles, changerait bien des choses et nous permettrait même de reconsidérer le regard que nous portons habituellement sur les êtres humains, et notamment sur les autres races humaines. Reconnaissant dès lors qu'il n'existe aucune différence entre tous les êtres sensibles, notamment dans le domaine de la souffrance inhérente à l'existence samsârique, nous nous sentirions entièrement responsables et solidaires de tous ces êtres. Car il est avant tout primordial d'aimer les animaux, de les chérir et de les porter éternellement dans son coeur !"

Page 257 : "Il n'existe en vérité rien de plus beau ni de plus magique que la joie s'exprimant sur le visage rayonnant d'un être humain, et surtout d'un enfant, ou encore sur celui de l'animal. Oui, et nous osons l'affirmer haut et fort, le bonheur transparaît également sur le visage d'un animal et les animaux possèdent aussi, à l'instar donc des êtres humains, un visage reflétant toute la magnificence de la nature et toutes les merveilles de ce monde ! C'est un fait certain, qui ne saurait nullement être mis en doute, mais à condition bien sûr de s'intéresser aux animaux, de prendre le temps de les observer attentivement et de les écouter, voire de leur parler."

Page 258 : "Il est pourtant nécessaire d'avoir à l'esprit que le bonheur que nous saurons apporter judicieusement à autrui nous rendra immédiatement encore plus heureux. Ceci est d'ailleurs une évidence, une loi fondamentale, indiscutable et indéniable que celle selon laquelle notre bonheur et celui des autres ne peuvent être que complémentaires, ne peuvent être qu'inévitablement partagés et que tout bonheur que nous sommes à même de ressentir ne peut être par conséquent séparé en aucune façon de celui des autres. Nous vivons tous, en effet, en interdépendance et le bonheur est quelque chose de particulièrement communicatif et de particulièrement savoureux à déguster avec autrui. Il s'avère, qu'à l'inverse, personne ne peut effectivement être heureux s'il vit perpétuellement replié sur lui-même en parfait égoïste, même s'il dispose par ailleurs de tout ce dont nous pouvons rêver de posséder. Alors qu'attendons-nous pour nous ouvrir davantage, pour nous ouvrir définitivement et complètement aux autres, pour enfin concevoir du bonheur, même si nous vivons par ailleurs dans un univers de souffrance, et pour finalement partager cet état de bien-être, presque de béatitude, cette joie qui peut même devenir infinie, en toute franchise et en toute liberté avec autrui ?

Bien entendu, ici, lorsque nous parlons d'autrui ou des autres, d'individus ou de personnes, il ne s'agit pas uniquement des êtres humains avec lesquels un tel langage est bien évidemment familier, est plus que concevable, mais également des animaux considérés comme des êtres à part entière, même si nous devons pour cette raison en choquer plus d'un. Mais, peu importe."

Merci, Michel Banassat, de nous avoir fait découvrir la pensée Bouddhiste, d'où découle cet amour pour les animaux.

Que des amis Bouddhistes viennent apporter aide et savoir à l'ADADA.

19 décembre 2012

Les Saints et les Animaux, d'Henri Bourgeois

Les Saints et les Animaux
d'Henri Bourgeois

Les belles histoires, souvent oubliées, du secours providentiel et miraculeux des animaux dans la vie des saints : La perdrix de Saint Jean l’évangéliste. Saint Patrice, son faon et sa biche apprivoisés. Saint Benoît nourrissant un corbeau. Le petit poisson de Saint Corentin. Le chien de Saint Roch…

Un ouvrage qui nous rappelle combien il est nécessaire de respecter toute la création. Une invitation à la douceur et à l'amour bienveillant envers tous ces animaux qui vivent autour de nous. Que serait la vie sur terre sans eux ?

Environ 120 histoires qui émerveilleront les petits comme les grands.

Les Saints et les Animaux, Henri Bourgeois, Editions Bénédictines, 2008, 228 pages

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Bénédictines
- Des Saints et des bêtes, de Françoise Bouchard
- L'église et l'animal, d'Eric Baratay
- Les animaux, nos humbles frères, de Jean Gaillard
- Horizon de lumière, du Père Jean Martin
- L'âme des animaux, de Jean Prieur
- Requiem pour un nouveau monde, de Maud Fauvel

Un extrait du livre
La perdrix apprivoisée de Saint Jean l’évangéliste
par Henri Bourgeois, prêtre


La première des légendes sur les animaux que nous offre l’ère chrétienne, est celle de Saint Jean l’évangéliste, et il va sans dire qu’elle est tout en faveur de la bonté et des égards que nous devons à nos frères inférieurs. Le disciple bien-aimé, demeuré le modèle par excellence de la douceur, était tout naturellement désigné pour être le premier protecteur des créatures du bon Dieu.

Un jour que le saint rentrait d’une de ses longues courses apostoliques, il rencontra sur son chemin une perdrix blessée. La pauvre petite bête, à moitié morte de froid, traînait péniblement l’aile et semblait implorer la pitié de l’apôtre. Un indifférent eût passé sans prendre garde à l’infortunée. Combien même, plus cruels encore, se fussent empressés de profiter de cette aubaine pour achever l’oiseau et lui faire prendre le chemin de la cuisine ! Saint Jean, lui, n’était ni indifférent, ni cruel : touché de compassion, il prit doucement la petite blessée, la mit dans son sein, la réchauffa et l’emporta chez lui, où, après avoir pansé de son mieux ses blessures, il lui donna à manger.

La perdrix, bientôt guérie, devint tout de suite apprivoisée et se prit d’une grande affection pour son sauveur. Saint Jean, de son côté, aimait beaucoup sa petite compagne. Lorsqu’il rentrait de ses courses, la perdrix s’empressait de venir au-devant de lui et le comblait de caresses, que le saint lui rendait à son tour. C’était avec sa perdrix que le doux apôtre, lorsqu’il avait bien travaillé, bien prié, aimait à prendre ses récréations, lui donnant à manger dans sa main et prenant plaisir à la voir voleter autour de lui. Lorsqu’elle mourut, il la pleura, et ce fut pendant longtemps un grand chagrin pour lui de ne plus trouver à ses côtés la mignonne petite bête à laquelle il s’était attaché.

La tradition ne nous a point conservé d’autre souvenir des relations entre Saint Jean l’évangéliste et les animaux, mais ce touchant exemple nous permet de supposer que, s’il avait sa petite préférée, le disciple bien-aimé devait être également bon et affectueux pour tous les autres animaux. On aime à se le figurer, de longs siècles avant François d’Assise, apprivoisant, caressant et réunissant autour de lui les petites bêtes de la création, et mettant en pratique les paroles de son divin Maître, auquel il avait entendu dire que le bon Dieu a soin de pourvoir lui-même à la nourriture des petits oiseaux !

Quoi qu’il en soit, sachons tirer un enseignement pratique de l’histoire de la petite perdrix du bon Saint Jean. Au lieu d’imiter ces orgueilleux et ces cruels, qui traitent de fausse sensiblerie l’affection pour les bêtes et accablent ces dernières de mauvais traitements, apprenons, à l’exemple du grand apôtre, qu’on peut parfaitement allier la charité envers le prochain, laquelle passe avant tout, bien entendu, avec certains égards pour les animaux, qui sont des créatures du bon Dieu, destinées par lui à être nos auxiliaires, mais nullement nos victimes. Certes, personne ne serait tenté d’accuser Saint Jean d’avoir manqué aux devoirs de la charité envers ses semblables, lui qui fut l’apôtre de la charité par excellence ! Et cependant cet apôtre de la charité aimait et caressait sa petite perdrix ! Bien avant la Société protectrice des animaux et M. de Grammont, il avait compris que les habitudes de cruauté envers les bêtes sont une mauvaise préparation aux devoirs de charité envers le prochain, et il avait proclamé et mis en pratique à l’avance ce beau précepte de Montaigne "que nous debvons la justice aux hommes et la grâce et la bénignité aux aultres créatures"

Un extrait de la note du Département Fonds ancien
Relations entre les saints et les animaux

L’ouvrage d’Henri Bourgeois intitulé "Les saints et les animaux" (Editions de la Taillanderie, 1987) montre bien, dans sa préface, comment les relations des saints avec les animaux sont liés au merveilleux chrétien. Celui-ci a été mis en place au Moyen-Age à travers des hagiographies ou des légendes populaires dont on trouvera un bon exemple dans la "Légende dorée" de Jacques de Voragine.

On ne peut citer tous les saints, mais en voici quelques exemples :
- la perdrix apprivoisée par Saint Jean l’évangéliste
- Saint Paul, nourri par un corbeau dans le désert
- Saint Antoine, guérissant une truie
- Saint Blaise, soignant et guérissant les bêtes féroces
- Saint Gérasime et son fidèle lion Jourdain
- Saint Martin et les oiseaux (le martin-pêcheur)
- Saint Benoit, nourrissant un corbeau
- Saint Isidore et les oiseaux
- Saint Gilles, protégeant une biche
- les saints "bergers" et leurs moutons (Solange, Thorette et Germaine)
- Saint Hubert et Saint Eustache, convertis par l’apparition d’un cerf
- Saint Antoine de Padoue, prêchant aux poissons
- Saint Norbert, protecteur des loups
- l’âne obéissant de Saint François de Paule
- Saint François de Sales, demandant la grâce d’un chevreuil
- Saint Roch et son chien qui le soigne et lui apporte du pain
- le lièvre servant de guide à la bienheureuse Oringa
- Saint Joseph de Copertino, protégeant et sauvant les lièvres
- Benoit Cottolengo et ses serins
etc.

Il s’agit souvent de protection mutuelle, soit les saints protègent, soignent, ou guérissent des animaux (divers), soit les animaux se mettent au service des saints (aide, nourriture et… conversion). Vous trouverez bien d’autres cas de relations de saints avec les animaux, ainsi que les légendes ou anecdotes, qui s'y rattachent dans l'ouvrage ci-dessus (qui est en fait la réédition d’un ouvrage paru en 1898 chez Desclée de Brouwer) consultable à la Bibliothèque municipale de Lyon sous la cote [K18396]. ../..

18 décembre 2012

Des Saints et des bêtes, de Françoise Bouchard

Des Saints et des bêtes
Merveilleuses histoires vraies d'animaux
de Françoise Bouchard
illustrations de Catherine Carré

La chatte de Sainte Claire avait des talents de couturière : qu'un morceau d'étoffe traîne à terre et elle le rapportait délicatement à sa maîtresse. François-Xavier pleurait son précieux crucifix emporté par les flots tumultueux de la mer : un crabe-sauveteur le lui ramène, serré entre ses pinces. Au désert, deux lions croque-morts accourent tout rugissants et crinière au vent... mais les fauves se font caressants comme des agneaux auprès de Saint Antoine... Et ce n'est pas tout ! Venez voir encore le loup laboureur attelé à la charrue de Saint Hervé, et l'ours de Saint Florent devenu berger, et la truite de François revenue à la vie... Que d'histoires merveilleuses ! Amis de Dieu, amis des hommes, les saints sont aussi de grands amis des bêtes : à fourrures, à écailles, à becs, à griffes, à nageoires ou à plumes, elles ont su leur rendre cette amitié de mille et une manières délicates et fort surprenantes. Ouvrez ce livre charmant et entrez dans l'enchantement du Paradis terrestre, comme au temps où l'homme et l'animal vivaient en parfaite harmonie.

Des Saints et des bêtes, Françoise Bouchard, Illustrations : Catherine Carré, Editions Résiac, 1996, 96 pages

Au sommaire

- La chatte de Sainte Claire
- Saint François-Xavier et le crabe
- La mule ressuscitée par Saint Gérard Majella
- Les moineaux de Sainte Thècle de Maurienne
- Saint Pavage et le serpent
- Saint Roch de Montpellier et son chien
- Saint Florent et l'ours devenu berger
- Sainte Marthe et la Tarasque
- La colombe de Saint Front
- Les oiseaux de Saint Isidore

Pour en savoir plus

- L'église et l'animal, d'Eric Baratay
- Les animaux, nos humbles frères, de Jean Gaillard
- Horizon de lumière, du Père Jean Martin
- L'âme des animaux, de Jean Prieur
- Requiem pour un nouveau monde, de Maud Fauvel

Saint François-Xavier et le crabe
par Françoise Bouchard

Saint-François Xavier était missionnaire. Pour aller évangéliser les Indes, il navigua pendant de longs mois, à travers les océans, avec quelques compagnons. Au cours d’un voyage, s’éleva une tempête si violente, que les marins eux-mêmes en furent effrayés :
“On va couler !” “Sauve qui peut !”
“Mon Dieu, ayez pitié de nous”.
Leurs cris de détresse étaient couverts par le tumulte des flots. C’est alors que le saint tira de sa soutane un petit crucifix qu’il portait toujours sur son coeur. Et s’étant baissé au bord du navire, il le plongea dans la mer en furie, mais le vénérable objet lui échappa de la main et fut emporté par une lame. A cet instant, la tempête s’apaisa.
“Mais c’est un saint, dirent les marins, il nous a sauvés !”
“Si j’étais un saint, leur répondit-il, j’aurais tenu plus précautionneusement ma croix et je l’aurais encore ! Je suis un pauvre malheureux ! Jamais je ne me consolerai de cette perte !”.
Après ces émotions, la nuit tomba sur une mer calmée, et tous prirent un peu de repos. Au petit matin, le bateau aborda dans une 11e. Ayant mis pied à terre, le groupe de missionnaires longea la grève en direction du bourg, pour rencontrer les indigènes. Personne ne parlait. Le visage de François exprimait une profonde tristesse. II répétait souvent : “Mon Dieu, que je suis malheureux ! Que je suis malheureux !”
Soudain, le silence fut rompu par un bruit étrange. Tous se retournèrent.
Que virent-ils ?...
Dans la mer tout près de la rive, un énorme crabe portait entre ses pinces, le crucifix que le saint avait laissé tomber la veille au fond de l’eau. Le tourteau avança sur le sable, vint droit à lui, et s’arrêta à ses pieds. Saint François se mit à genoux, saisit avec empressement l’objet si cher à son coeur qu’il embrassa respectueusement, et bénit l’animal qui s’en retourna à la mer.
“Mes frères, dit-il, prions ensemble le Seigneur d’avoir accompli un miracle si incroyable !”.
Et les voix des prêtres se mêlèrent au bruit des flots.

17 décembre 2012

L'église et l'animal, d'Eric Baratay

L'église et l'animal
France, XVIIe-XXe siècle
d'Eric Baratay

Le pape Jean-Paul II appelait récemment au respect des animaux. Or la prise en compte de la nature et notamment du monde animal est un phénomène récent. Le discours de l'Eglise catholique permet de retracer cette évolution des mentalités et des comportements, et d'en construire une histoire.

Il s'avère que la transformation des sensibilités, depuis un XVIIe siècle encore empreint des conceptions médiévales, fut marquée par de brusques évolutions, des glissements insensibles, des permanences et des reflux. On peut en effet discerner quatre manières successives d'appréhender l'animal. D'abord considéré comme proche de l'homme et missionnaire de Dieu (1600-1670), ensuite ravalé au rang de machine, puis rejeté hors du domaine religieux (1670-1830), il est en partie réhabilité (1830-1940) avant de faire l'objet d'approches contradictoires (1940-1990). Derrière ces pulsations se dessinent deux tendances profondes. La première, qui court depuis la fin du XVIIe siècle, désacralise l'animal et contribue à la rupture entre l'homme et la nature. La seconde, du XIXe siècle à nos jours, se caractérise au contraire par une valorisation croissante de cette nature et du monde animal.

Cette histoire permet une lecture nouvelle des phénomènes religieux (la Réforme catholique du XVIIe siècle représente la contribution cléricale au mouvement naissant de libération vis-à-vis des contingences naturelles), tout en révélant les évolutions des sensibilités à propos de la relation à Dieu, de la place de l'homme dans la création et de sa compréhension des autres.

Voici un ouvrage novateur, et d'une grande actualité.

L'église et l'animal, France, XVIIe-XXe siècle, Eric Baratay, Editions du Cerf, 1996, 386 pages

A propos de l'auteur

Eric Baratay, professeur à l'université de Lyon, est spécialiste de l'histoire des relations hommes-animaux. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment : "La Corrida" (PUF, 1995), "Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident, XVIe-XXe siècle" (La Découverte, 1998), "La société des animaux : De la Révolution à la Libération" (La Martinière, 2008), repris sous le titre "Bêtes de somme : Des animaux au service des hommes" (Seuil, 2011), "L'Eglise et l’Animal, France, XVIIe-XXe siècle" (Cerf, 1996), "Et l’homme créa l’animal : Histoire d’une condition" (Odile Jacob, 2003), "L’Animal en politique" (codirection, L’Harmattan, 2003).

Pour en savoir plus

- Le site des Editions du Cerf
- L'article : Zoologie et Eglise catholique dans la France du XVIIIe siècle (1670-1840) : une science au service de Dieu, d'Eric Baratay (pdf, 25 pages)
- L'article : La souffrance animale, face masquée de la protection aux XIXe-XXe siècles, d'Eric Baratay (pdf, 20 pages)
- La société des animaux, d'Eric Baratay
- Le point de vue animal, d'Eric Baratay
- Théologie animale, d'Andrew Linzey
- Les animaux, nos humbles frères, de Jean Gaillard
- Horizon de lumière, du Père Jean Martin
- L'âme des animaux, de Jean Prieur
- Requiem pour un nouveau monde, de Maud Fauvel

La note de lecture de Claude Prudhomme
Source

L'ouvrage reprend l'essentiel de la thèse soutenue par Éric Baratay à Lyon en 1990. Il s'impose d'emblée par l'originalité du propos et une ambition qui tend à devenir exceptionnelle dans le cadre de la nouvelle thèse. Il s'agit en effet de suivre dans un temps long l'évolution des discours tenus en France par l'Église catholique, ou plus exactement par la communauté des clercs. Mobilisant les ressources de la littérature cléricale sous toutes ses formes - écrits doctrinaux, catéchismes, ouvrages édifiants, spiritualité ou statuts synodaux -, l'auteur nous entraîne dans un voyage au cœur de l'histoire des sensibilités et des comportements tels que les restituent les sources imprimées. Conscient d'écarter ainsi la voix des plus modestes et du plus grand nombre, il s'efforce de corriger l'inévitable déséquilibre par des incursions régulières dans l'iconographie des églises et des ouvrages religieux pour saisir une réalité plus quotidienne et mesurer l'efficacité du discours.

La recherche ainsi délimitée aboutit à un vaste panorama critique qui se défend d'être une histoire de la naissance du sentiment moderne. Refusant d'entrée cette vision positiviste, Éric Baratay préfère parler d'évolutions complexes faites de flux et de reflux. Il dégage quatre grandes périodes "aux frontières mouvantes". La première (v.1600-v.1670) présente l'animal comme un intermédiaire entre l'homme et Dieu. Proche mais différent de l'homme, l'animal a une place stable et bien définie dans la création. Tour à tour créature faite pour l'homme, ce qui justifie de le tuer, trace et signe de Dieu, et la symbolique animale est omniprésente, ou encore modèle et exemple pour l'homme, et l'animal est appelé à la rescousse pour fonder les démonstrations morales et alimenter les controverses théologiques.

Avec la seconde période (v.1670-v.1830), un regard nouveau s'impose qui marque une rupture dans laquelle l'auteur voit pour l'essentiel l'influence de la Réforme catholique et des théories cartésiennes. L'animal est désormais dévalorisé et la frontière avec l'humanité devient fossé. Réduit à l'état de machine, incapable de sentir et de ressentir quoi que ce soit, a fortiori d'accéder à une forme de connaissance, l'animal perd son rôle d'exemplum et se voit expulsé hors du domaine réservé au sacré. Diffusé par la société cléricale urbaine soucieuse d'imposer une nouvelle rationalité, ce modèle n'a cependant pas triomphé partout et des résistances sont perceptibles tant au sein du clergé que des fidèles, en particulier dans les provinces les plus attachées à la défense de leurs traditions face aux innovations.

La troisième partie souligne dès son titre que cette histoire n'a rien de linéaire. On assiste en effet, entre 1830 et 1940, à une véritable réhabilitation de l'animal. Il retrouve sa place sur l'échelle des créatures, et l'immense majorité des sources s'accorde pour lui reconnaître une âme. Mais le débat scientifique autour du transformisme ou de l'évolutionnisme bouleverse la vision ancienne de la nature. L'animal ne peut plus être seulement pensé comme familier. Il se révèle aussi un parent, puis un ancêtre. Écartelé entre la vision héritée de la période précédente et cette volonté de réintégrer l'animal dans la création divine, le clergé se divise ou négocie des compromis. Le recours au langage symbolique évite de se prononcer dans le débat scientifique qui rapproche l'animal de l'homme mais en sapant les représentations bibliques de la création. Une minorité de clercs va jusqu'à prôner une version catholique de la zoophilie, mais la majorité joue habilement des rituels pour maintenir une distance entre l'homme et l'animal.

C'est cette distinction entre un modèle dominant et sa contestation qui serait la caractéristique, depuis 1940, de la quatrième période. Le détachement de la nature contribue selon Éric Baratay à faire sortir l'animal de la religion au profit d'un anthropocentrisme renforcé. Par ailleurs le débat autour de l'animal vérifie l'éclatement des discours. Face à une doctrine sociale qui privilégie la relation horizontale entre les hommes, des laïcs s'efforcent de construire une théologie de l'animal fondée sur le respect de la vie et la communauté de destin. Et le vent de l'écologie, surtout puissant dans le monde protestant, souffle aussi sur le discours pontifical qui associe désormais la recherche de la paix avec Dieu à celle de la paix avec toute la création (1990).

Parvenu au terme de la démonstration, le lecteur ne peut qu'admirer la capacité d'Éric Baratay à embrasser de vastes horizons et à dégager des lignes de force qui donnent une incontestable cohérence à la masse des faits observés. Il est aussi mieux à même de percevoir de nouvelles dimensions dans cette recomposition du religieux que les sociologues ont mis en évidence. Le rapport de l'homme à tous les êtres vivants est bien en train de se modifier, obligeant l'Église catholique à adapter son discours et, par exemple, à réactiver la tradition franciscaine à l'image de Jean-Paul II. Faut-il pour autant suivre l'auteur dans toutes ses interprétations ? Ce n'est pas la prétention d'une telle étude. Mais si l'argumentation convainc d'une manière inégale, si les liens établis appellent souvent à discussion (ainsi sur l'action de la Réforme catholique ou de la doctrine sociale pour imposer un anthropocentrisme qui évacue l'animal), cet ouvrage est véritablement novateur par les champs qu'il ouvre à l'histoire religieuse du catholicisme. Il s'achève sur une interrogation forte autour du nouveau rapport qui s'établit dans nos sociétés industrielles entre l'homme et l'animal. L'hypothèse selon laquelle le développement de la zoophilie s'inscrit dans un mouvement pluri-séculaire de reconnaissance de l'autre, mouvement qui caractériserait la société occidentale depuis les Lumières, nous paraît optimiste et céder à un positivisme que l'auteur récuse par ailleurs avec des arguments convaincants. Il reste que cette thèse montre clairement comment l'interprétation doit pénétrer à l'intérieur d'une logique interne, qui est d'abord commandée ici par la croyance en un Dieu créateur et incarné, mais aussi replacer en permanence le discours religieux dans un environnement social qui tend à éloigner l'homme de la nature, et dans un débat scientifique qui modèle la vision du monde créé.

16 décembre 2012

La société des animaux, d'Eric Baratay

La société des animaux
De la Révolution à la Libération
d'Eric Baratay

Un album inattendu sur les relations entre les hommes et les animaux.

De la fin du XVIIIe siècle aux années 1950, le nombre d’animaux dans les villes et campagnes de France augmente de façon considérable : les chevaux tirent les calèches ou travaillent à la mine, les vaches sont traites dans les rues, les concours agricoles fleurissent, la consommation de viande et de lait se banalise et l’élevage s’intensifie. C’est alors toute une civilisation qui se met à l’heure des bêtes, vivant au plus près du monde animal adapté aux nouveaux besoins des hommes.

Eric Baratay, spécialiste de l’histoire des animaux, signe ici un ouvrage original, illustré par une iconographie passionnante, qui retrace cet aspect méconnu de nos rapports avec les bêtes.

La société des animaux : De la Révolution à la Libération, Eric Baratay, Editions de la Martinière, 2008, 192 pages

A propos de l'auteur

Eric Baratay, professeur à l'université de Lyon, est spécialiste de l'histoire des relations hommes-animaux. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment : "La Corrida" (PUF, 1995), "Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident, XVIe-XXe siècle" (La Découverte, 1998), "La société des animaux : De la Révolution à la Libération" (La Martinière, 2008), repris sous le titre "Bêtes de somme : Des animaux au service des hommes" (Seuil, 2011), "L'Eglise et l’Animal, France, XVIIe-XXe siècle" (Cerf, 1996), "Et l’homme créa l’animal : Histoire d’une condition" (Odile Jacob, 2003), "L’Animal en politique" (codirection, L’Harmattan, 2003).

Au sommaire

Préface
L’apogée d’une présence
1. Un foisonnement d’animaux
L’enrôlement d’un prolétaire
- La mobilisation des bestiaux
- L’essor des transports attelés
- Le temps des équipages
- L’appel au chien, travailleur fidèle
- Des chevaux aux chiens : tous au front !
- Des bêtes sacrifiées
La réquisition d’un fournisseur
- Lait et viande se démocratisent
- Encore plus de laine, de fourrure et de cuir
- Des dépouilles à recycler
Une mobilisation pour divertir
- L’essor des ménageries exotiques
- Du chien au coq : le goût des combats
- L’introduction de la corrida
- La folie de l’équitation
- A plume ou à poil ? L’essor du compagnon
2. L’adaptation aux désirs
L’invention des races modernes
- Des notables contre « la routine »
- Du croisement à la sélection interne
- Comices, concours et écoles agricoles
- Du pur-sang au charolais : des animaux transformés
La fabrication de machines
- Toujours plus grand, toujours plus lourd, toujours plus productif
- Soigner et nourrir, mais pas trop
- L’invention de l’élevage industriel
3. Un nouveau paysage
Le bétail aux champs !
- Le crépuscule des parcours
- Un blanc manteau d’étables
- Le triomphe des prés
Des sabots pleins les rues
- L’incessant défilé des troupeaux
- De l’étal à la tannerie : l’exhibition des cadavres
- Naissance de l’embouteillage
Une vie parmi les bêtes
- L’intime promiscuité
- Odeurs, cris et bruits
- Nouvel espace, nouveau temps
4. Le chamboulement social
Se distinguer par l’animal
- La gloire de posséder
- Le besoin de parader
- Le plaisir du portrait
L’éclatement des attitudes
- Une violence quotidienne
- L’attention à l’animal familier
- L’humanisation du compagnon
Des conflits pleins les pattes
- Passions d’élevage
- Querelles urbaines
- Combats protectionnistes
Conclusion
De la civilisation des bêtes
aux bêtes des familles (1950-2008)
- Quand le moteur remplace la bête
- L’éloignement du bétail
- Un nouveau cheptel : l’animal de compagnie
Annexes
- Cahier des caricatures
- Citations
- Bibliographie récente
- Crédits photographiques
- Remerciements

Pour en savoir plus

- Le site des Editions de la Martinière (avec un aperçu des photos intérieures)
- La note de lecture de la LFDA
- Le point de vue animal, d'Eric Baratay
- Les animaux ont une histoire, de Robert Delort
- Livre en ligne : Nos cruautés envers les animaux, au détriment de l'hygiène, de la fortune publique et de la morale, du Dr Henry Blatin (1867)

Un aperçu du livre
Pour voir ces images en grand format,
visitez le site des Editions de la Martinière







D'autres extraits
Source




La société des animaux : De la Révolution à la Libération, a été repris sous le titre
Bêtes de somme : Des animaux au service des hommes
Editions du Seuil, 2011, 144 pages

15 décembre 2012

Le point de vue animal, d'Eric Baratay

Le point de vue animal
Une autre version de l'histoire
d'Eric Baratay

Le chien est le meilleur ami de l'homme mais l'homme est-il son meilleur ami ? Rien n'est moins sûr, si l'on en juge par les traitements parfois infligés et, dans un autre domaine, la place médiocre que l'histoire et la philosophie réservent habituellement aux animaux.

A travers l'exemple des taureaux de corrida, des chevaux de mine ou encore des vaches laitières, Eric Baratay cherche à rendre la parole, ou à défaut leur histoire, aux animaux. Les constituer en sujets, voire acteurs de l'histoire, tel est le défi à relever.

Renouvelant l'étude traditionnelle de leurs représentations, il propose une histoire des cultures animales qui ne soit plus anthropocentrée. Il s'agit désormais en effet de se pencher sur la construction du sujet animal, de prendre au sérieux "l'expérience vécue", notamment la souffrance et la violence qu'il subit, mais aussi la connivence et la complicité qui peuvent le lier à l'homme.

C'est afin de mieux rendre compte de l'histoire globale du sujet animal que l'auteur retrace alors l'incessante adaptation des espèces et des individus aux conditions naturelles et humaines.

Se fondant sur l'éthologie, la biologie, la zoologie et la psychologie, il parvient à démontrer que l'étude de ce sujet autonome se situe au croisement des sciences naturelles et humaines, passage obligé pour l'historien s'il désire "entrevoir d'autres mondes que le sien".

Le point de vue animal : Une autre version de l'histoire, Eric Baratay, Editions du Seuil, 2012, 400 pages

A propos de l'auteur

Eric Baratay, professeur à l'université de Lyon, est spécialiste de l'histoire des relations hommes-animaux. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment : "La Corrida" (PUF, 1995), "Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident, XVIe-XXe siècle" (La Découverte, 1998), "La société des animaux : De la Révolution à la Libération" (La Martinière, 2008), repris sous le titre "Bêtes de somme : Des animaux au service des hommes" (Seuil, 2011), "L'Eglise et l’Animal, France, XVIIe-XXe siècle" (Cerf, 1996), "Et l’homme créa l’animal : Histoire d’une condition" (Odile Jacob, 2003), "L’Animal en politique" (codirection, L’Harmattan, 2003).

Au sommaire

Elargir l'histoire humaine
Première partie : Ecrire une histoire décentrée
1. Les succès de l'histoire humaine des animaux
2. La méfiance envers l'histoire animale
3. Le choix d'histoires vécues
- Productrices de l'essor agricole : les vaches laitières
- Ouvriers de la révolution industrielle : les chevaux de mine et d'omnibus
- Enrôlés dans les guerres : les animaux dans les tranchées
- Membres de la famille moderne : les chiens de compagnie
- Faire-valoir du développement des loisirs : les taureaux de corrida
4. Faire l'histoire d'un autre
- L'animal acteur
- Une notion élargie de l'histoire
- L'autre de l'homme
- Lire les sources autrement
- S'emparer des sciences de la nature
- Mener une histoire expérimentale
Deuxième partie : D'incessantes métamorphoses
5. A la recherche des bons caractères
6. L'uniformisation par les races
7. La variation des allures
Troisième partie : Des vies de prolétaires
8. Travaux de force
- Adaptation ou refus
- Des efforts surchevalins
- Collaboration et résistance
- Une vie rassurante ou éprouvante
- De l'usure à la réforme
9. Fabrication à la chaîne
- Une conversion forcée
- La spécialisation à la ferme
- L'enfermement en ville
- O.S. en atelier
Quatrième partie : Le fardeau des violences
10. Des souffre-douleur
11. Des objets pressurés
12. D'autres chairs à canon
- Le massacre des otages
- L'usure des chiens
- L'hécatombe des chevaux
13. Des jouets de spectacle
- Le stress des arènes
- Le choc des piques et des banderilles
- L'épuisement à la cape
- Mort dans l'après-midi
Cinquième partie : La chaleur des connivences
14. Complicités individuelles
15. Charités bien ordonnées
16. Douceurs familiales
- D'autres chiens au XIXe siècle
- ... et d'autres vies
- Presque tous compagnons depuis le milieu du XXe siècle
- Un confort croissant
- Une plus forte relation
- Du chien adolescent...
- ... au chien âgé
Sixième partie : Retour à l'homme
17. Une histoire commune de chair, d'émotions, d' "échanges"
- Survivre au front avec les bêtes
- Quand le compagnon s'en va
18. Débats et conflits
19. Adaptations, transformations
20. Reconnaissance et repentance
21. L'entrelacement hommes-animaux
Reconnaître un sujet à part entière
Bibliographie

Pour en savoir plus

- Les éditions du Seuil
- Ce lien pour feuilleter le livre
- Ce lien pour lire les 22 premières pages
- Livre en ligne : Nos cruautés envers les animaux, au détriment de l'hygiène, de la fortune publique et de la morale, du Dr Henry Blatin (1867)
- Les animaux ont une histoire, de Robert Delort
- Histoire humaine des animaux de l'Antiquité à nos jours, de Janick Auberger et Peter Keating
- Les animaux de l'Histoire, de Valérie de Lore
- Les animaux-soldats, de Martin Monestier
- Les animaux célèbres, de Martin Monestier
- En vidéo : Les animaux de l'Empire Romain
- En vidéo : Les animaux de l'Egypte ancienne

L'introduction du livre

L'Histoire, celle bâtie par les sociétés humaines, est toujours racontée comme une aventure qui ne concerne que l'homme. Pourtant, les animaux ont participé et participent encore abondamment à de grands événements ou à de lents phénomènes de civilisation, qu'ils soient chevaux et chiens de guerre, équidés voués à servir dans les transports, bétail attaché à la production, animaux de compagnie, faire-valoir dans les loisirs, du cheval de course au taureau de corrida, etc.

Leurs manières de vivre, de sentir, de réagir à cette Histoire sont quelquefois effleurées, jamais étudiées comme telles. Même la récente Histoire des animaux, que les historiens édifient depuis plus de vingt ans, se focalise sur les représentations, les dires, les gestes des hommes sur les bêtes, leurs répercussions sociales, mais guère sur les vécus animaux : elle édifie ainsi une Histoire humaine des animaux, non une Histoire animale. Comme s'il n'y avait d'Histoire intéressante que celle de l'homme, c'est-à-dire de soi. Comme s'il existait en nous une difficulté à s'intéresser au vécu d'êtres vivants qu'on met à contribution, mais qu'on traite en objets ou en scories de l'Histoire sans plus s'en soucier.

Or le versant animal de l'Histoire est lui aussi épique, contrasté, tourmenté, souvent violent, parfois apaisé, quelquefois comique. Il est fait de chair et de sang, de sensations et d'émotions, de peur, de douleur et de plaisir, de violences subies et de connivences. Il rejaillit directement sur les hommes, au point de structurer de plus en plus l'Histoire humaine. Ainsi, loin de s'avérer anecdotique et secondaire, il mérite amplement l'attention des historiens soucieux d'une Histoire multiple.

Il faut donc arracher l'Histoire à une vision anthropocentrée, regarder ces comparses de l'homme, ces autres vivants que sont les bêtes, passer de leur côté, regarder de leur point de vue en retournant les interrogations, en cherchant des documents plus prolixes ou en lisant les autres autrement, en décentrant le récit. On pourra alors montrer comment les bêtes ont vécu et ressenti les phénomènes historiques dans lesquels elles ont été entraînées, comment elles ont réagi et même forcé les hommes à changer d'attitude.

Evoquer cet autre versant de l'Histoire sert à réévaluer un véritable acteur, souvent majeur, trop longtemps occulté, à comprendre du coup nombre d'attitudes humaines (protestations, conflits, adaptations...) qu'on ne perçoit pas ou qu'on n'analyse pas correctement sans cela, à répondre enfin à une demande croissante du public qui, des journalistes aux auditeurs en passant par les lecteurs ou les assistants aux conférences, soulève maintenant sans cesse la question de l'expérience vécue des bêtes. Et il revient aux historiens de leur répondre.