Affichage des articles dont le libellé est Intelligence. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Intelligence. Afficher tous les articles

04 avril 2013

L'univers odorant de l'animal, de Yveline Leroy

L'univers odorant de l'animal
Les stimulations chimiques dans
les communications et les comportements
des animaux

de Yveline Leroy

(Je n'ai pas trouvé le résumé de ce livre... Si vous l'avez, vous pouvez me le transmettre via le formulaire de commentaires...)

L'univers odorant de l'animal : Les stimulations chimiques dans les communications et les comportements des animaux, Yveline Leroy, Editions Boubée, 1987, 382 pages

Au sommaire

- Introduction
1. Généralités
- La communication dans le monde animal
Aperçu historique et essai de définition
- Chimioréception
- Structure des substances chimiques de communication
- Emission de signaux chimiques et marquages
2. Communication chimique dans les relations intraspécifiques
- Communication chimique dans les rapports sexuels
- Communication chimique dans le comportement parental
- Communication chimique dans les groupements sociaux
3. Communication chimique dans les relations interspécifiques
- Communication chimique dans la prédation
- Communication dans le parasitisme animal
- Communication chimique entre parasites et phytophages et végétaux
- Zoogamie et endozoochorie
- Conclusion générale
- Bibliographie

Voir également

- Ecologie chimique - Collectif
- Phéromones, de Rémy Brossut
- Pour la science : La communication animale
- Perception et communication chez les animaux, de Stéphane Tanzarella
- Les sociétés animales, de Jacques Goldberg
- Les sens mystérieux des animaux, de Vitus B. Dröscher
- L'incroyable instinct des fourmis, de Bert Hölldobler et Edward O. Wilson
- Sans les animaux, le monde ne serait pas humain, de Karine Lou Matignon
- Les langages secrets de la nature, de Jean-Marie Pelt

03 avril 2013

Phéromones, de Rémy Brossut

Phéromones
La communication chimique
chez les animaux

de Rémy Brossut
préface de Charles Noirot

La découverte des phéromones apporte une clef nouvelle pour percer les mystères de la communication inter et intraspécifique chez les animaux. Certains comportements animaux élémentaires, tels la reconnaissance de ses pairs, le marquage du territoire, l'activité sexuelle ou la mise en état d'alerte sont en effet déclenchés par l'émission de signaux chimiques dont l'auteur analyse la nature, le mode d'action et les effets sur les espèces concernées.

Bien que les odeurs fassent partie de notre vie quotidienne, l'homme perçoit avant tout son environnement grâce à la vision et à l'audition et son mode de communication privilégié est le langage, facultés qui semblent avoir supplanté chez lui les processus de communication chimique si répandus dans le reste du monde vivant. A tel point qu'il nous est devenu difficile de concevoir que la majorité des espèces vivantes communiquent entre elles grâce à des molécules et des signaux chimiques.

Si l'écologie chimique est une discipline jeune, née des recherches sur la communication chez les insectes au cours des années 1960, les techniques de la chimie analytique récemment développées ont permis d'identifier les phéromones impliquées dans le comportement sexuel et la vie sociale de nombreuses espèces. De même, des substances dites "allélochimiques" (kairomones et allomones) intervenant au cours des communications interspécifiques ont été mises en évidence, en particulier dans les rapports entre prédateurs et proies, hôtes et parasites, plantes et insectes.

Outre une meilleure compréhension de l'éthologie de certaines espèces et une remise en cause de ce que l'on a souvent désigné sous le terme vague "d'instinct animal", les percées de l'écologie chimique sont porteuses d'applications nouvelles, parfois inattendues : lutte contre les insectes ravageurs, amélioration des conditions d'élevage et planification des périodes de reproduction chez les mammifères domestiques, protection d'espèces menacées...

Dans ce vaste panorama qui va de la bactérie à l'homme, de la molécule à la société, Rémy Brossut lève le voile sur un domaine de recherche encore peu développé en France et nous révèle les multiples facettes d'un phénomène biologique longtemps ignoré, dont l'omniprésence en vient à nous laisser perplexes quant à l'analyse de certains de nos propres comportements.

Phéromones : La communication chimique chez les animaux, Rémy Brossut, Préface : Charles Noirot, Editions Belin, 1997, 144 pages

Au sommaire

- La communication chimique
- Comment fonctionne la communication chimique ?
- Les phéromones : bases chimiques du comportement et de la vie sociale
- Phéromones et comportement sexuel
- La communication chimique : bilan et perspectives

Voir également

- Ecologie chimique - Collectif
- L'univers odorant de l'animal, de Yveline Leroy
- Pour la science : La communication animale
- Perception et communication chez les animaux, de Stéphane Tanzarella
- Les sociétés animales, de Jacques Goldberg
- Les sens mystérieux des animaux, de Vitus B. Dröscher
- L'incroyable instinct des fourmis, de Bert Hölldobler et Edward O. Wilson
- Sans les animaux, le monde ne serait pas humain, de Karine Lou Matignon
- Les langages secrets de la nature, de Jean-Marie Pelt

02 avril 2013

Le grand orchestre animal, de Bernie Krause

Le grand orchestre animal
50% des sons de la nature
ont disparu en 50 ans...

de Bernie Krause

Spécialiste mondial des sons de la nature, l'auteur a immortalisé les sons de plus de 15.000 animaux, des enregistrements qui ont donné lieu à des réflexions sur le lien étroit entre la survie des animaux et l'acoustique de leur habitat. Cet ouvrage constitue une quête de musique naturelle ainsi qu'un plaidoyer en faveur de la préservation des ressources naturelles les plus négligées.

Les bruits du vent, de l'eau, des mouvements du sol, de la pluie exercent une influence troublante sur les sons émis par les animaux mais aussi sur le choeur qu'ils forment dans leur habitat. Tout organisme vivant sensible aux signaux acoustiques a dû s'adapter à cette géophonie, et se doter d'une fréquence permettant à son souffle, à ses claquements, sifflements, rugissements, chants ou autres vocalises de se détacher sur le fond sonore naturel. En témoignent les 4.500 heures d'enregistrements de Bernie Krause, qui ont immortalisé en un demi-siècle les sons de plus de 15.000 animaux, marins ou terrestres. Mais si l'imperceptible son des virus, l'étrange bruissement des anémones ou le couinement des épis de maïs ont la vie dure, près de 50% des sons enregistrés depuis les années 1960 ont disparu ou sont dégradés, du fait de la pollution sonore produite par les environnements urbains.

Les enregistrements de Krause montrent que chaque lieu géographique a sa propre signature sonore, qui varie en fonction du moment de la journée, des conditions climatiques et de la saison. Une géophonie qui constitue la trame sonore sur laquelle les différentes espèces animales placent leurs voix, pour communiquer, trouver un partenaire, prévenir d'un danger, signaler leur présence. Chaque espèce trouvera une solution qui lui est propre : elle pourra utiliser une fréquence, une mélodie ou une figure rythmique particulière, en harmonie avec les autres instruments de l'orchestre.

Selon Krause, cette expérience auditive, à la base de toute production sonore animale, a laissé une empreinte profonde dans notre cerveau reptilien. D'où l'idée originale que notre musique aurait pour origine les systèmes de communication sonore des animaux sauvages. Qu'il s'agisse des détonations de la crevette pistolet, des bruits secs émis par les virus, du chant des baleines à bosse (dont la voix, en l'absence d'obstacle, fait le tour du globe en quelques heures), des craquements sourds des glaciers, du murmure des ruisseaux, du rugissement des tempêtes, ou des mélodies du bourdon, les sons décrits par Krause produisent une musique envoûtante. Et l'on tremble à l'écoute nocturne des proches jaguars de la forêt amazonienne ou des puissants gorilles des monts Virunga en Afrique.

Le grand orchestre animal est un retour aux origines de cette musique naturelle, épurée, immémoriale, mère de toutes les voix animales, et un puissant manifeste en faveur d'une écologie des sons.

Le grand orchestre animal, Bernie Krause, Traduction : Thierry Piélat, Editions Flammarion, 2013, 324 pages

A propos de l'auteur

Bernie Krause (né en 1938) est musicien, naturaliste et docteur en bioacoustique. Il est à l'origine du terme "biophonie" et a contribué à définir le concept d'écologie du paysage sonore et d'écologie dans le champ musical.

Au sommaire

Prélude : Echos du passé
1. Le son, mon mentor
2. Voix de la terre
3. Le son organisé de la vie
4. Biophonie : le pré-orchestre
5. Premières notes
6. Autres ramages, autres plumages
7. Le brouillard de bruit
8. Bruit et biophonie : huile et eau
9. La coda de l'espoir
Remerciements
Bibliographie
Index

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Flammarion
- Les murmures du silence, de Gilles Fonteneau
- La symphonie animale, d'Antonio Fischetti
- Cris, chants et coassements, de Steve Jenkins
- Perception et communication chez les animaux, de Stéphane Tanzarella
- Les sens mystérieux des animaux, de Vitus B. Dröscher

L'avis d'une lectrice
Source

Passionnant

Dans ce livre, Bernie Krause reprend ses thèses scientifiques et ses concepts (biophonie, géophonie, anthropophonie) et approfondit sa réflexion sur le rapport entre musique et sons de la nature. Le tout est agrémenté de nombreuses anecdotes de terrain. Un livre passionnant qui devrait intéresser les amoureux de la nature, du son et de la musique.

Bernie Krause with George Martin, BBC


Do animals grieve for the dead ? Bernie Krause


01 avril 2013

Cris, chants et coassements, de Steve Jenkins

Cris, chants et coassements
Les animaux communiquent
de Steve Jenkins

Comment communiquer sans la parole ? Danse, odeur, messages chimiques, signaux visuels... les animaux n'en finissent pas de nous surprendre ! Les différents moyens dont ils disposent pour s'avertir d'un danger, trouver un partenaire ou défendre leur territoire sont passionnants à découvrir.

En plus des cris, chants et coassements, les animaux utilisent encore d'autres moyens pour communiquer et se transmettre des messages les uns aux autres. Ils pourraient aussi nous transmettre leurs messages. Reste à savoir si nous saurons les comprendre !

Après la lecture de ce livre vous aurez fait un grand pas dans le "langage" des animaux et vous saurez pourquoi ce castor tape de la queue sur l'eau ou encore pourquoi votre chat vient se frotter à votre jambe. En plus des magnifiques collages qui illustrent ce livre, les exemples de communication entre animaux vous donneront peut-être envie de les imiter. Mais n'imitez peut-être pas trop l'hippopotame quand même. :-)

Cris, chants et coassements : Les animaux communiquent, Steve Jenkins, Editions Circonflexe, 2002, 32 pages, à partir de 6 ans

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Circonflexe
- Le grand orchestre animal, de Bernie Krause
- Les murmures du silence, de Gilles Fonteneau
- La symphonie animale, d'Antonio Fischetti
- Perception et communication chez les animaux, de Stéphane Tanzarella
- Les sens mystérieux des animaux, de Vitus B. Dröscher

L'avis de Bibliheuilleycotton
Source


Cris, chants et coassements, les animaux communiquent. Par des bruits, des attitudes, les animaux savent communiquer et se faire comprendre. Ce documentaire aborde succinctement cet aspect des choses pour quelques espèces. C’est simple mais c’est bien. Surtout que les illustrations sont de papiers découpés. Steve Jenkins (dont je vous ai déjà parlé ICI) joue sur les couleurs et sur les textures des papiers pour représenter des animaux criants de vérité. C’est encore mieux que du dessin !

L'avis de Ricochet
Source


Avec pour conseiller éditorial La Joie par les Livres, la collection "Aux couleurs du monde", présentent un ouvrage de Steve Jenkins sur la communication animale. Des textes explicatifs, assez longs, décrivent avec précision la communication des différents animaux, du loup au singe, en passant par l'araignée et la chauve-souris. Le traitement graphique est original ; des papiers découpés sur fond de couleur permettent de visualiser tous les animaux décris. Un album de découverte.

31 mars 2013

Pour la science : La communication animale

La communication animale
Le kaléidoscope des langages
Magazine Pour la science
Dossier hors-série n°34
janvier-avril 2002
120 pages

Un extrait de la préface : La communication animale aux carrefours de la connaissance, par Pierre Jouventin
Source

Oublie l'usage du langage et ne juge que par ce que tu vois. (premiers écrits de Darwin)

Comment expliquer que la communication animale soit à la fois aussi fascinante et complexe ? Les signaux émis par les animaux attirent notre attention du fait même de leur fonction, que ce soit les colorations extraordinaires des papillons, des oiseaux ou des poissons tropicaux, les sons remarquables émis par les insectes, les passereaux ou les baleines, les parades nuptiales des oiseaux-jardiniers de Nouvelle-Guinée qui construisent des cabanes puis les peignent en bleu et les ornent de fleurs pour y attirer la femelle, enfin tout simplement les attitudes et les miaulements de notre chat.

Toutefois, quand on veut comprendre leur signification, le problème se corse, car communication signifie transmission d'information et nous nous trouvons confrontés à au moins deux sujets d'étude. Selon la théorie de l'information en effet, toute communication véritable fait intervenir à la fois un émetteur, par exemple un oiseau qui chante et un récepteur, qui peut être un autre oiseau. Son message est inclus dans le chant qui est codé par l'émetteur transmis en présence d'autres signaux (bruit), puis décodé par le récepteur, ce qui suppose, outre des organes émetteurs et récepteurs, des règles communes : il s'agit donc d'un système de communication supposant une réciprocité, l'émetteur attendant un bénéfice de la réponse du récepteur.

Au sommaire

- Préface : La communication animale aux carrefours de la connaissance
La communication dans la nature
- L’univers sonore animal, Yveline Leroy
- Le chant sexuel des cigales, Henry Bennet-Clark
- Les ailes du désir : le chant de la mouche, Thierry Aubin et Bruno Moulin
- Les couleurs des céphalopodes, L. Bonnaud et R. Boucher-Rodoni
- Les signaux chimiques, A.-G. Bagnères, M. Ohresser, A. Lenoir et C. Errard
- L’odorat des oiseaux, Francesco Bonadonna et Marcel Lambrechts
- La communication chez les rongeurs, Jacques Cassaing
- Les bancs de poissons, Brian Partidge
- La communication des tortues, Jacques Fretey
- La communication hormonale du triton, M. Zerani et A. Gobetti
- Le choix du partenaire, L.-A. Dugatkin et J.-G. Godin
- La communication colorée, Marc Théry
- Le scorpion des sables et les vibrations, Philip Brownell
- Cerveau et chant, M. Hausberger, H. Cousillas, I. George. et L. Henry
- Les chants préférés des femelles oiseaux, Michel Kreutzer
- Des maîtres chanteurs sous la loi du milieu, N. Mathevon et T. Aubin
- Les dialectes des pinsons, Jean Joachim et Jacques Lauga
De la communication au langage
- Le manchot, modèle de communication ?, P. Jouventin, T. Aubin et A. Searby
- Conversation avec un perroquet, Irène Pepperberg
- La communication des cétacés, Doyen Nguyen
- Le contrôle vocal d’identité chez les otaries, Isabelle Charrier
- Les chimpanzés et le langage, Jacques Vauclair
- Les premiers mots, Pierre Hallé et Bénédicte de Boysson-Bardies
- La communication sans mot, Pierre Garrigues

Pour en savoir plus

- Des livres de Pierre Jouventin
- L'intelligence de l'animal, de Jacques Vauclair
- Les clefs de la communication animale, d'Anne Teyssèdre et Cécile Aquisti
- Constructions animales, de Bruno Corbara et Cécile Aquisti
- La communication chez les animaux, de Jan Zdarek
- Les pouvoirs secrets des animaux, de Karl Shuker
- Perception et communication chez les animaux, de Stéphane Tanzarella
- Les langages secrets de la nature, de Jean-Marie Pelt
- Le langage secret des animaux, de Vitus B. Dröscher
- Les bêtes aussi ont leurs langages, de Fernand Méry
- Les sociétés animales, de Jacques Goldberg

Les animaux ont le sens du contact
un article de Denis Sergent

Visuels, acoustiques, tactiles, chimiques : seuls ou associés, ces signaux permettent aux animaux de se transmettre des informations

Un cri strident rompt soudain le silence de la forêt. Ou plutôt le brouhaha habituel. Car, même si on les distingue difficilement du fait de la luxuriance de cette forêt tropicale humide de Côte d'Ivoire, il y a une quantité d'animaux qui vivent ici et qui correspondent entre eux. Du moins entre individus du même clan ou de la même espèce. C'est un singe Diana, une espèce arboricole de la forêt, qui vient de pousser ce cri. Une vocalisation très particulière, un cri d'alerte en réalité.

Aussitôt, dans les arbres et lianes voisins, tous les singes se précipitent au sol : c'est ainsi qu'ils se protègent de l'attaque d'un de leurs prédateurs, l'aigle couronné. Une fois l'alerte passée et l'attaquant éloigné, les singes remontent dans leurs arbres. Mais le plus étonnant, c'est qu'au moment de l'alerte, d'autres animaux se sont également échappés, en criant eux aussi. C'étaient des calaos, ces oiseaux très colorés à long bec, qui vivent dans les mêmes arbres que les primates.

Que s'est-il passé ? Les oiseaux, a priori "sourds" aux cris des singes, ont en réalité très bien compris qu'il s'agissait de l'arrivée d'un aigle, un animal qui, pour eux aussi, est un prédateur. Conclusion : les calaos, voisins habituels des singes Diana, "savent" interpréter les cris de détresse de ceux-ci et profitent ainsi de leur vigilance pour survivre.

Jusqu'à maintenant, les biologistes étaient persuadés qu'un signal sonore ne peut être interprété que par un congénère du même groupe social ou en tout cas de la même espèce. Or cette observation sur le terrain montre, pour la première fois, qu'il n'en est rien.

Cette découverte toute récente est le fruit du travail de trois biologistes de l'université écossaise de Saint Andrews. L'histoire est encore plus belle quand on apprend que les calaos, qui ne sont pas menacés par les léopards, contrairement aux singes, restent totalement impassibles quand ces derniers poussent le cri d'alerte spécifique aux léopards.

Seconde conclusion : les calaos savent distinguer les différents cris d'alarme des singes et, en cas de survenue d'un léopard, ne crient surtout pas, de façon à éviter de signaler leur présence à d'autres prédateurs.

Cocktail chimique

Bien entendu, en plus de l'observation sur le terrain, les chercheurs, des éco-éthologistes et bio-acousticiens spécialistes de communication animale, ont vérifié à l'aide d'enregistrements sonores que les calaos étaient capables de distinguer entre les cris et adoptaient un comportement différent. Les deux espèces reconnaissent et différencient leurs cris respectifs, car elles cohabitent depuis longtemps, expliquent les chercheurs, qui espèrent maintenant pouvoir mettre en évidence les mêmes facultés chez d'autres espèces.

Cette communication sonore entre individus, et surtout entre espèces, est-elle pour autant un "langage" ? La question est toujours en suspens, mais pour la plupart des biologistes, ce n'en est pas un, même si ces animaux présentent des capacités cognitives, des facultés d'apprentissage notamment, assez exceptionnelles.

Il n'en reste pas moins qu'on a affaire là à un mode de communication sophistiqué. "Les moyens de communication mis en oeuvre dans le monde animal sont très nombreux. Certains nous sont très familiers puisque nous les utilisons aussi. C'est le cas de la communication visuelle ou sonore", explique Bruno Corbara, professeur de biologie à l'université de Clermont-Ferrand.

D'autres sont plus subtils. A commencer par la communication chimique aux moyens de molécules odorantes dont les phéromones qui, des bactéries aux mammifères - homme compris - en passant par les insectes sociaux (fourmis, abeilles), assure une fonction de reconnaissance maternelle, de régulation sexuelle ou de hiérarchisation sociale. Produites par des glandes spécialisées puis déposées ou émises dans l'air, ces phéromones peuvent avoir une signification particulière comme un signal d'alerte ou une action physiologique (blocage de l'activité génitale du receveur, par exemple). Plus subtiles encore, ces phéromones étant en fait le plus souvent un cocktail chimique, elles peuvent revêtir une signification qui varie en fonction du dosage de ses ingrédients.

Coordonner la vie sociale

La coloration des papillons, des mollusques et poissons tropicaux ou des oiseaux jouent également un rôle fondamental dans l'attraction sexuelle ou la défense contre le prédateur. De même, les sons émis par les insectes, les passereaux ou les baleines assurent-ils la défense du territoire ou le maintien de la cohésion du groupe.

Bien entendu, ces signaux peuvent s'associer dans des comportements extraordinaires, tels que les parades nuptiales de l'oiseau-jardinier de Nouvelle-Guinée qui construit une cabane avec des éléments bleus récupérés dans la nature pour séduire sa belle, ou le comportement d'intimidation du dauphin associant hochement de tête, claquement de mâchoires et émissions d'intenses rafales de clics.

Fascinante en soi, cette combinaison de signaux et de comportements est alors souvent plus complexe à analyser pour l'éthologiste qui doit à la fois observer en milieu naturel en intervenant le moins possible, modéliser sur ordinateur, voire expérimenter avec des animaux semblables en laboratoire, en contrôlant les facteurs ambiants et physiologiques.

Parmi cette palette de signaux, les avantages et les inconvénients des uns et des autres en termes d'efficacité sont assez bien répartis. Ainsi, par exemple, les signaux chimiques du type phéromones, sortes de "mémoires" très utilisées par les insectes (fourmis, abeilles) et les rongeurs (souris, rat), ont-ils l'immense avantage, du fait de leur rémanence, de pouvoir être envoyés et déposés dans un territoire donné à l'intention d'un congénère même pendant son absence : ce sont les SMS de la communication animale en quelque sorte.

De même, les signaux optiques sollicitant la vision sont-ils temporaires, mais très souples. Quant aux signaux acoustiques, éphémères et économes en énergie, ils peuvent être perçus à très longue distance (baleine) et dans l'obscurité (chouette). Outre les signaux tactiles utilisés par beaucoup d'espèces, existent enfin des signaux électriques dont font usage les poissons vivant dans les eaux boueuses.

Sans vouloir faire preuve de trop de déterminisme, "le but de la communication est évidemment de coordonner la vie sociale, explique Pierre Jouventin, éco-éthologiste au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (du CNRS) à Montpellier. Il n'est donc pas étonnant que l'on trouve les systèmes de communication les plus riches dans les sociétés animales les plus complexes et pas nécessairement, comme on le pense souvent, chez les animaux possédant le cerveau le plus développé : ainsi, une abeille possède-t-elle un système de signaux plus sophistiqué que certains mammifères dits solitaires", poursuit le spécialiste des oiseaux.

Denis SERGENT

A lire : La communication animale, Pour la science, hors-série, janvier 2002

Le B.A. BA de la communication

Selon la théorie de l'information, toute communication fait intervenir un émetteur et un récepteur. Son message est inclus dans le signal (molécule chimique, chant, cri, clic, vibration) qui est codé par l'émetteur, transmis par un milieu physique (air, eau, sol) en présence d'autres signaux, puis décodé par le récepteur. Outre des organes émetteurs et récepteurs, cette opération sous-entend l'adoption de règles communes.

"Il s'agit donc d'un système supposant une réciprocité, l'émetteur attendant un bénéfice de la réponse du récepteur", explique Pierre Jouventin, éco-éthologiste au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS) de Montpellier. Bien souvent, l'émetteur se place dans les conditions optimales, de façon que le récepteur le reçoive au mieux. C'est le cas de l'oiseau qui choisit sa branche ou de la baleine qui nage dans la couche d'eau susceptible de transmettre ses clics à des milliers de kilomètres. Enfin, l'environnement et la nature du récepteur (sexe, état hormonal) sont déterminants car ils conditionnent le sens du message.

30 mars 2013

La communication animale, de Vincent Darnet et Nathalie Tordjman

La communication animale
de Vincent Darnet
et Nathalie Tordjman

Comment un mâle se fait-il accepter par une femelle ? Comment une mère apprend-elle à son petit à choisir ses aliments ? Comment un chef s'impose-t-il ?

A tout instant, les animaux ont besoin de communiquer : entretiens galants, paroles maternelles, échanges de politesses, leurs conversations peuvent être aussi animées que les nôtres, et leurs messages prennent parfois des formes très subtiles.

Et si les hommes utilisent parfois des signaux gestuels ou odorants qui sont le propre de la communication animale, les animaux eux-mêmes n'emprunteront-ils pas un jour aux hommes leurs mots ?

La communication animale, Vincent Darnet, Nathalie Tordjman, Editions Pocket, 1992, 128 pages

A propos des auteurs

Vincent Darnet, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, est professeur agrégé de sciences naturelles.

De formation universitaire en sciences de la vie et de la Terre, Nathalie Tordjman est journaliste et auteur, spécialiste de la nature et de l'environnement.

Voir également

- Le travail secret de la nature, de Nathalie Tordjman
- Les animaux de l'extrême, de Nathalie Tordjman et Anne-Laure Fournier
- Les animaux d'ici, de Nathalie Tordjman et Anne-Laure Fournier
- Les clefs de la communication animale, d'Anne Teyssèdre
- La communication chez les animaux, de Jan Zdarek
- Les pouvoirs secrets des animaux, de Karl Shuker
- Perception et communication chez les animaux, de Stéphane Tanzarella
- Constructions animales, de Bruno Corbara et Cécile Aquisti
- Les langages secrets de la nature, de Jean-Marie Pelt
- Le langage secret des animaux, de Vitus B. Dröscher
- Les bêtes aussi ont leurs langages, de Fernand Méry
- Les sociétés animales, de Jacques Goldberg

16 mars 2013

Le comportement animal - Collectif

Le comportement animal
collectif sous la direction de Tim Halliday

"Le comportement animal" se penche sur les activités fascinantes des animaux, de la naissance à la maturité - comment séduire un partenaire et prendre soin des petits, trouver un abri et de la nourriture, se défendre, voyager parfois sur de grandes distances et survivre aux nombreux défis de la vie.

Il dévoile les dernières découvertes concernant diverses espèces animales - mammifères, oiseaux, reptiles et insectes. Vous y trouverez des histoires d'animaux qui chassent ensemble, comme les cormorans et les pélicans, ou les aigrettes neigeuses et les grèbes à bec bigarré. Vous apprendrez que 20 familles d'oiseaux chanteurs utilisent de la soie d'araignée dans la construction de leur nid, et que d'autres espèces se servent de peaux de serpents. Dans le chapitre "Vivre avec d'autres animaux", où il est question de parasitisme, de commensalisme et de symbiose, vous découvrirez que les mangoustes chassent les insectes pour le compte des calaos qui, en retour, agissent comme des sentinelles pour les mangoustes.

Ecrit par une équipe internationale de 15 scientifiques associés à des universités de Grande-Bretagne et d'Europe, illustré par les meilleurs photographes animaliers, complété par des dessins, des cartes et des diagrammes, ce beau livre fourmille d'exemples étonnants sur la vie animale.

Le comportement animal, Collectif sous la direction de Timothy Halliday, Traduction : Anne Saint-Girons, Editions Nathan, 1994, 144 pages

Au sommaire

- De la naissance à la maturité
- L'alimentation et le gîte
- La vie en société
- L'instinct et l'intelligence.

Pour en savoir plus

- Ce lien où vous pourrez feuilleter la version en anglais de ce livre (pour vous donner une idée de son contenu)
- Etonnants animaux - Collectif
- Le règne animal - Collectif
- Le comportement des animaux - Collectif
- Le comportement animal, de Niko Tinbergen
- Le monde animal et ses comportements complexes, de Rémy et Bernadette Chauvin
- Le comportement animal - Encyclopédie Solar des animaux
- L'écologie animale - Encyclopédie Solar des animaux
- La collection Vie Sauvage, des Editions Larousse
- Les lamentations du perroquet, d'Eugene Linden
- Ces belles intelligences, de Maddalena Bearzi et Craig Stanford

Le sommaire en image (en anglais)


15 mars 2013

La vie des animaux - Collection Atlas Nature

La vie des animaux
Le fascinant comportement des espèces
Collection Atlas Nature

Etudier le comportement des animaux est passionnant, et c'est ce que vous propose cet Atlas Nature ! On y trouve la parade nuptiale de nombreuses espèces, la façon dont les bébés animaux sont éduqués, ou encore les astuces dont font preuve certains animaux pour survivre dans la nature. La parade nuptiale est souvent l'occasion d'un cérémonial particulier : ainsi, on assiste à un ballet des plus étourdissants chez les grèbes huppés, ou à des luttes acharnées pour les mouflons, qui ont des cornes de plus d'un mètre pour intimider l'adversaire. La mante religieuse, quant à elle, ne fait qu'une seule bouchée du mâle lorsqu'il est conquis. Pour survivre dans un milieu souvent hostile, les ruses sont nombreuses : l'art du camouflage est par exemple un des procédés les plus répandus dans le règne animal pour se dissimuler à toutes fins utiles. Pour effrayer l'adversaire, le porc-épic n'hésite pas à hérisser les longs piquants qui garnissent son dos; d'autres utilisent même des armes chimiques ! Les musaraignes émettent une substance paralysante contenue dans leurs glandes salivaires, les ornythorinques plantent dans la chair de l'attaquant ses éperons reliés à une glande à venin. Bienvenue dans cet univers extraordinaire !

La vie des animaux : Le fascinant comportement des espèces, Editions Glénat, Collection Atlas Nature, 2006, 240 pages

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Glénat
- Etonnants animaux - Collectif
- Le règne animal - Collectif
- Le comportement des animaux - Collectif
- Le comportement animal, de Niko Tinbergen
- Le monde animal et ses comportements complexes, de Rémy et Bernadette Chauvin
- Le comportement animal - Encyclopédie Solar des animaux
- L'écologie animale - Encyclopédie Solar des animaux
- La collection Vie Sauvage, des Editions Larousse
- Les lamentations du perroquet, d'Eugene Linden
- Ces belles intelligences, de Maddalena Bearzi et Craig Stanford

Dans la même collection



14 mars 2013

Ces animaux intelligents, de Jean-Pierre Jost

Ces animaux intelligents
Pour mieux les comprendre
de Jean-Pierre Jost

Ce livre retrace sous une forme accessible et captivante ce que nous devons savoir sur l'intelligence des grands singes, des dauphins, des éléphants, des chiens, des chats et des rats. L'altruisme et l'empathie des dauphins, des éléphants et des chiens à l'égard de l'homme, de même que l'usage d'outils chez les primates et certains oiseaux sont également présentés. Les oiseaux tels le perroquet gris d'Afrique, le kéa de Nouvelle-Zélande et les membres de la famille des corvidés (corbeaux, corneilles, pies, casse-noix et geais) ainsi que les pigeons font preuve de surprenantes capacités cognitives. L'intelligence est aussi présente chez la pieuvre. Les connaissances sur l'intelligence collective des insectes, comme chez les fourmis, ne servent-elles pas de base à la robotique moderne ?

Ces animaux intelligents, Jean-Pierre Jost, Editions Cabédita, 2010, 160 pages

Pour en savoir plus

- Ce lien pour feuilleter le livre
- Le site des Editions Cabédita
- Etonnants animaux - Collectif
- Ces belles intelligences, de Maddalena Bearzi et Craig Stanford
- L'intelligence animale - Collectif
- Les lamentations du perroquet, De l'intelligence et de la sensibilité animales, d'Eugene Linden

Un extrait de l'introduction

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les cartésiens développèrent la théorie des animaux machines. Pour ces philosophes, l'animal est complètement dépourvu d'intelligence et il est essentiellement gouverné par une série de mécanismes, parfois ingénieux, qui donnent l'illusion d'intelligence. Ces philosophes argumentaient : "Ce que nous croyons voir comme une manifestation de l'intelligence chez l'animal, n'est qu'un mirage trompeur teinté d'anthropomorphisme."
Au XIXe siècle, C. Darwin, qui était en avance sur son époque, déclare qu'il y a une continuité physiologique, intellectuelle et émotionnelle entre l'animal et l'homme. En 1871, il annonce que "la différence d'intelligence entre l'homme et l'animal le plus évolué, aussi grande soit-elle, se distingue par le degré et non par sa nature".
Plus tard, ceux que l'on appelle les comportementalistes (béhavioristes) s'en tiennent uniquement aux phénomènes observables que l'on est en mesure de quantifier. Ces derniers sont convaincus que seules les expériences en laboratoire permettent de faire de la "bonne science". Aussi, sont-ils naturellement hostiles aux théoriciens et à tous ceux qui observent la vie animale sur le terrain.
A cette époque, il était coutume de faire usage de labyrinthes sous les formes les plus diverses et les plus raffinées, et ceux-là représentaient pour beaucoup de chercheurs le test standard destiné à l'étude de l'intelligence animale.
Au milieu du XXe siècle, le comportementaliste F. Skinner (Université de Harvard) inventa sa fameuse "boîte" dans laquelle les animaux testés, principalement des rats, se conditionnent par eux-mêmes. Les animaux expérimentés sont placés dans une boîte entièrement isolée de l'extérieur, insonorisée, où ils sont soumis à une série de stimuli auxquels ils répondent en appuyant sur des leviers. L'animal est récompensé si la réponse est correcte et il subit un léger choc électrique si la réponse est fausse. Ces expériences sont toutefois, pour diverses raisons, critiquables, et D. Lestel déclare que "le psychologue béhavioriste ne s'intéresse pas aux animaux sur lesquels il expérimente, du moins il ne s'y intéresse que dans la mesure où il peut démontrer une conviction idéologique, et son objet de recherche est un processus fondamental ou un mécanisme généralisable, mais certainement pas un animal".

13 mars 2013

L'intelligence animale - Collectif

L'intelligence animale
La terre, ses merveilles, ses secrets
Sélection du Reader's Digest

Riche de photographies en couleur et de textes informatifs, cet ouvrage présente les diverses facettes de l'intelligence animale.

L'apprentissage, au cours d'activités ludiques, l'utilisation d'outils, l'art de travailler ensemble, le langage gestuel des animaux, et bien d'autres sujets y sont abordés.

Caméléons, chiens, chevaux, dauphins, etc, ce livre offre un fascinant aperçu de l'étendue de l'intelligence animale.

L'intelligence animale, Michael Bright, Collection La terre, ses merveilles, ses secrets, Editions Sélection du Reader's Digest, 1995, 160 pages, nombreuses photos en couleur

Voir également

- Dans la même collection : La vie secrète des animaux
- Etonnants animaux - Collectif
- Ces belles intelligences, de Maddalena Bearzi et Craig Stanford
- Les lamentations du perroquet, d'Eugene Linden
- Le grand quiz des connaissances : Le monde animal
- L'instinct animal, de David Burnie

Au sommaire

L'école de la vie
- Des professeurs attentifs
- Apprendre en s'amusant
- Connaitre son milieu

Technique et savoir-faire
- Les outils des animaux
- Les bâtisseurs
- L'art et la manière

Les stratégies de survie
- L'esprit d'équipe
- Prévenir, c'est nourrir
- Donner l'alerte
- L'art de la duperie

En guise de langage
- La communication animale
- Infrasons et ultrasons
- Expression corporelle
- Le langage des sens

Les animaux et les hommes
- Au service des hommes
- Bêtes de scène
- Etablir le dialogne
- La pensée animale

Autres couvertures possibles



La vie secrète des animaux - Collectif

La vie secrète des animaux
La terre, ses merveilles, ses secrets
Sélection du Reader's Digest

Techniques d'autodéfense dissuasives : menacé par un serpent, ce crapaud gonfle son corps pour paraître imposant.

Survivre dans un environnement hostile : chez le manchot empereur, la réponse est un oeuf unique couvé par le père.

Lutter pour s'accoupler : deux jeunes girafes de Rotschild mâles engagent un combat rituel.

A l'époque où les hommes divisent l'atome, vont sur la lune, et surfent sur internet, vous découvrirez que le règne animal cache encore bien des mystères.

La vie secrète des animaux, Michael Bright, Collection La terre, ses merveilles, ses secrets, Editions Sélection du Reader's Digest, 1998, 160 pages, nombreuses photos en couleur

Voir également

- Dans la même collection : L'intelligence animale
- Etonnants animaux - Collectif
- Ces belles intelligences, de Maddalena Bearzi et Craig Stanford
- Les lamentations du perroquet, d'Eugene Linden
- Le grand quiz des connaissances : Le monde animal
- L'instinct animal, de David Burnie

Au sommaire

Des secrets bien gardés

Programmés pour survivre
- Les débuts
- La dépendance envers les parents
- Seuls ou groupés

Une place pour vivre
- A la recherche d'un habitat
- La vie en commun
- Les matériaux de construction

Sains et actifs
- Un bon équilibre corporel
- L'oxygène, l'eau, la température
- La locomotion

L'alimentation
- La recherche de la nourriture
- Les repas et festins
- Les techniques d'autodéfense

La reproduction
- Des rivaux et des alliés
- Les parades nuptiales et l'accouplement
- Les oeufs et les embryons

Autres couvertures possibles



12 mars 2013

Le petit déjeuner du tarsier, de François Moutou

Le petit déjeuner du tarsier
et autres indiscrétions du monde animal
de François Moutou
photographies :
François Moutou et Valérie Besnard

"Le poisson clown et la demoiselle", "le regard du couscous géant", "le colibri voit rouge", autant de délicieuses évocations du monde animal sauvage que François Moutou a collectées au cours de ses voyages au bout du monde... ou près de chez nous.

"J'ai eu la chance de vivre ces petites tranches de vie. Elles correspondent à des évènements qui se sont réellement déroulés ou à des scènes vraiment arrivées. Les plus anciennes histoires datent des années 70 (1970), la plus récente de 2012. Parfois il s'agissait de missions scientifiques pour aller étudier une ou plusieurs espèces, mais le plus souvent c'étaient de simples balades avec une paire de jumelles, un appareil photo et un carnet pour prendre des notes.

Les animaux dont il est question sont sauvages et libres. Dans un cas, il s'agit de l'élevage de deux jeunes individus et de leur retour à la liberté. Dans tous les autres cas, c'est moi qui suis allé les découvrir et les observer, chez eux, dans la forêt, dans la steppe ou dans la mer. J'avoue que je ne suis pas du tout certain que ces animaux avaient vraiment envie de me voir, eux. Il me semble cependant que ces rencontres ont été supportables pour les uns comme pour les autres, mais c'est mon seul point de vue. Aucun animal interrogé n'a voulu répondre."

Le petit déjeuner du tarsier et autres indiscrétions du monde animal, François Moutou, Editions Le Pommier, 2012, 192 pages, avec des photos en couleur prises par François Moutou et Valérie Besnard

A propos de l'auteur

François Moutou est docteur vétérinaire et épidémiologiste à Maison-Alfort. Il travaille sur diverses maladies communes à l'homme et aux animaux pour mieux les comprendre et les prévenir. Côté mammifères, il a travaillé sur les chauves-souris à la Réunion et suit les dossiers des carnivores en France. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont "Pourquoi les taupes ne portent-elles pas de lunettes ?", "L'hibernation", "Les animaux volants", ou encore "Pourquoi les mammifères ne pondent-ils pas d'oeufs ?".

Pour en savoir plus

- La note de lecture d'Hervé Le Goff (comprenant plusieurs photos)
- Le site des Editions Le Pommier
- Les animaux extraordinaires, de François Moutou et Valérie Besnard
- Mammifères du monde, avec la collaboration de François Moutou

L'avis du site JNE
Journalistes Ecrivains pour la Nature et l'Ecologie
Source


Notre ami François Moutou n’est pas seulement vétérinaire à Maisons-Alfort, sa maison mère. C’est aussi un naturaliste tous terrains, qui explore les recoins les plus reculés de la planète à la recherche d’étranges bestioles. Ce peut être une grenouille arboricole du sud de l’Inde, un échidné aperçu au nord-est (tropical) de l’Australie ou une ponte de tortue marine à Mayotte - aujourd’hui département français de l’Océan indien. Ce peut être aussi un martinet tombé au sol en région parisienne ou un castor nageant dans la Durance. Chaque rencontre est pour lui l’occasion d’une petite leçon d’histoire naturelle, la découverte d’une bizarrerie de la nature ou simplement le récit d’une émotion : apercevoir une jeune martre dans un chêne de la forêt d’Orient (Aube), contempler un galago (petit primate) caché dans le tuyau d’un campement de Tanzanie ou assister au petit déjeuner d’un tarsier (petit primate) perché dans un arbre de l’île de Sulawesi (Indonésie).

François Moutou nous épargne les grands fauves, les gorilles, les éléphants et les rhinocéros, tous ces animaux que l’on peut voir d’une voiture lors d’un safari photo au Kenya. Ce qui l’intéresse, c’est l’insolite, le discret, le caché, ou alors la vie secrète d’un animal qu’on croit connaître comme l’hippopotame. Lire ce tour du monde des rencontres animales, c’est découvrir concrètement les éléments de ce qu’on appelle aujourd’hui la biodiversité, mais sans le discours qui va généralement avec, comme la disparition des espèces ou les dégâts du progrès.

Visiblement, le naturaliste se régale à chaque rencontre, et il veut seulement partager ses petits moments de bonheur, même lorsque le spectacle n’est pas gai, comme l’ours polaire plongeant son mufle dans le cadavre d’une baleine. La nature offre des images contrastées, que l’oeil averti du naturaliste saisit presque au vol et fixe parfois par une photo. De cette quarantaine de rencontres, proches ou exotiques, il ne tire qu’une morale : "Ce qu’il faut, ce n’est pas aimer les animaux, c’est les laisser tranquilles". Les animaux sauvages, s’entend. Mais il les aime aussi.

Un extrait de l'introduction

Voici des histoires qui parlent d'animaux. D'animaux que j'ai eu la chance de rencontrer lors de voyages, parfois tout près de chez moi, parfois beaucoup plus loin. J'ai eu l'occasion de participer à quelques missions scientifiques. Nous recherchions des informations sur ces animaux, nous les regardions pour voir comment ils vivent et pour ensuite le faire savoir. Pour d'autres de ces voyages, je voulais simplement satisfaire ma curiosité, mon envie de découvrir des paysages et des espèces que je n'avais encore jamais vus. Il faut dire que je suis un peu zoologiste, c'est-à-dire quelqu'un qui s'intéresse aux animaux et qui cherche à les comprendre.

Les histoires les plus anciennes datent des années 70 (1970), la plus récente de 2012. Chacune est centrée sur un animal particulier, le héros, c'est-à-dire celui observé ce jour-là ou suivi durant un certain temps. J'avoue que parfois, si c'est bien lui que je recherchais et que j'ai trouvé, d'autres fois, c'est le hasard qui me l'a fait rencontrer. Bien que j'aie pu voir des lions et des girafes en Afrique ou des tigres et des orangs-outans en Asie, j'ai plutôt choisi ici de raconter des animaux plus modestes, moins connus, mais tout aussi étonnants et réellement passionnants.

Le matériel de hase que j'emporte en voyage est simple : une paire de jumelles, un appareil photo et un carnet pour prendre des notes. Très commode pour rédiger les histoires au retour, mais j'ai aussi utilisé ma mémoire, mes souvenirs, car tout n'était pas écrit dans ces petits carnets. Aujourd'hui, j'en ai d'ailleurs toute une rangée d'étagère l En voyage, je les remplis le soir avant de me coucher, ou alors le lendemain seulement, s'il était trop tard ou si j'avais trop sommeil. J'essaie de noter ce qui s'est passé, les paysages visités, la végétation, les scènes observées, les animaux rencontrés... Ce que je leur ai dit, ce qu'ils m'ont dit. Enfin, ce que j'ai cru qu'ils m'avaient dit, du genre contents de me voir, pas contents du tout, indifférents, toutes ces impressions que l'on peut ressentir face à un animal découvert dans son milieu, parmi les siens.

Les animaux dont il est question ici sont sauvages et libres. Une histoire traite de l'élevage de deux jeunes individus et de leur retour à la liberté. Dans toutes les autres, c'est moi qui suis parti découvrir et observer mes héros, chez eux. En transpirant dans la végétation si dense des forêts tropicales, étourdi par le vent dans les étendues sans limite des steppes et des savanes ou en regardant à travers un masque dans une mer turquoise, j'avoue que je ne suis pas du tout certain que ces animaux avaient vraiment envie de me voir. Je pense quand même que ces rencontres étaient supportables pour les uns comme pour les autres, mais ce n'est que mon point de vue : aucun animal interrogé n'a voulu répondre.

Les lieux visités sont variés. Etudier les animaux permet d'apprendre la géographie en même temps, et c'est tant mieux. De chaque voyage j'ai tenté de rapporter l'ambiance particulière, des scènes de vie, des couleurs, des sons, des odeurs, des émotions. Où que l'on soit, le long des routes et des pistes, il y a toujours quelque chose à regarder. On peut parcourir tous les jours le même sentier et ne jamais avoir l'impression de refaire le même chemin. Il faut simplement rester curieux, garder les sens en éveil.

Des aperçus du livre





11 mars 2013

Dictionnaire passionné des animaux, d'Allain Bougrain Dubourg

Dictionnaire passionné des animaux
d'Allain Bougrain Dubourg

Allain Bougrain Dubourg mène depuis des années un combat pour la protection de la nature et le respect de l'environnement. Il nous livre ici ses luttes, ses aventures et sa vie de A à Z.

Sous forme d’Abécédaire, Allain Bougrain Dubourg nous raconte une vie de passion consacrée aux animaux. Tour à tour spectateur émerveillé de la nature et farouche acteur de sa protection, il s’est frayé un parcours hors du commun qui donne tout son sens à l’idée selon laquelle on ne protège bien que ce que l’on connaît bien.

Du manchot, en Antarctique, qui tente de lui voler son feutre, aux chiens, en Normandie, dressés pour aider les handicapés, en passant par le jeune rhinocéros qu’il nourrit au biberon, chaque rencontre est source de compréhension, de compassion et d’émotion.

Dictionnaire passionné des animaux, Allain Bougrain Dubourg, Editions Delachaux et Niestlé, 2013, 189 pages

A propos de l'auteur

Engagé depuis plus de 30 ans dans la préservation de la biodiversité, Allain Bougrain Dubourg a sensibilisé le grand public à travers ses nombreuses émissions de télévision ou de radio, ses ouvrages, ses conférences et ses actions de terrain. Président de la LPO - la Ligue pour la Protection des Oiseaux, il a réalisé la série "Les héros de la biodiversité" diffusée sur France Télévisions. Il anime, avec la philosophe Elisabeth de Fontenay, l'émission de radio "Vivre avec les bêtes" sur France Inter.

Pour en savoir plus

- Ce lien ou bien ce lien où vous pourrez feuilleter le livre
- A écouter : cette interview radio en 3 parties de 4min, sur France Info
- Le site des Editions Delachaux et Niestlé
- Le site de la Ligue pour la Protection des Oiseaux - LPO
- La page de l'émission "Vivre avec les bêtes" sur France Inter

Du même auteur

- Les Héros de la biodiversité
- Des animaux et des femmes
- Autopsie du monde animal
- Sales bêtes ? Respectons-les
- Curieux de nature
- Animaux à la Une
- Et Dieu créa les animaux

L'introduction du livre

Dans le dictionnaire Larousse, le mot "passion" a trouvé sa place entre "passif" et "passivité". Les académiciens l’ont encadré par une forme d’indifférence, peut-être pour le rehausser davantage. Et lorsque l’on se penche sur la définition, on peut lire : "Emotion puissante et continue qui domine la raison." Conclusion : on ne peut être passionné et raisonnable. Je souhaite que le "Dictionnaire passionné des animaux" démontre le contraire, car je prétends qu’il est raisonnable d’être passionné.
J’en ai la conviction depuis l’enfance, alors que les animaux m’apparaissaient comme un fantastique potentiel d’évasion et de curiosité. Quel était leur moteur ? Pouvaient-ils se montrer dangereux ? Pourquoi n’arrivions-nous pas à communiquer avec eux ? Autant de questions passionnantes. Raisonnablement, j’aurais dû m’engager dans des études vétérinaires pour espérer trouver un début de réponse aux mystères animaliers. Mais la passion m’a conduit directement sur le terrain. "Au contact", comme disent les policiers. C’est donc une passionnante expérience qui m’a amené, à travers des reportages télévisés, à lever le voile sur mes questionnements d’enfance.
Pour autant, je reste frustré car, après avoir parcouru la planète, des déserts aux forêts vierges, de l’Antarctique au Grand Nord, des îles perdues aux fleuves sauvages, j’ai bien peu progressé dans la connaissance de l’arche du vivant. En revanche, ce périple vers les autres m’a enseigné la nécessité de réveiller mes sens. Réapprendre à écouter, à caresser, à goûter, à sentir, à voir… quelle richesse !
Le monde animal ne se prive pas de ce trésor, il en use. Bien souvent pour sa survie. Vous ne serez donc pas surpris de constater que l’émotion accompagne ces animaux du Dictionnaire passionné. Pas plus que vous ne serez étonné de ma compassion à leur égard. Beaucoup d’entre eux sont en souffrance ou en sursis. Ce dictionnaire plaide passionnément pour qu’un destin plus serein se dessine enfin en leur faveur. N’est-ce pas raisonnable ?

Allain Bougrain Dubourg

Le sommaire en image


Allain Bougrain Dubourg : "Il faut du courage en politique et on en manque"
Un court extrait des propos tenus dans cette interview radio (en 3 parties)

Son dictionnaire comporte une centaine d'entrées qui vont d'abeille à zébu, en passant par H comme hippophagique, mais qui commence par "Abandonner".

"C'est une situation forte, il y a pas loin de 100.000 animaux abandonnés chaque année", explique Allain Bougrain Dubourg. "On abandonne toujours autant mais on vient porter l'animal dans le refuge."

La viande de cheval

Allain Bougrain Dubourg est contre la viande de cheval et considère que le scandale autour de cette viande est une bonne chose. "Je soupçonnais, avec d'autres, depuis longtemps qu'il y avait des malversations. On se bat comme des chiens depuis des années pour une traçabilité et là tout est ouvert au grand jour. Je pense qu'il va y avoir des contrôles plus sévères."

Brigitte Bardot

Un chapitre de son livre est consacré à Brigitte Bardot qu'il décrit ainsi : "Parfois gazelle en fuite, elle peut se montrer caressante comme un félin". Très engagée dans la lutte en faveur des animaux, elle fut la compagne d'Allain Bougrain Dubourg. "C'est à la fois la tendresse et les grands coups de gueule. Brigitte a été libérée quand elle s'est désolidarisée du cinéma. Elle a toujours pensé qu'elle était venue sur Terre pour servir la cause animale."

Du bon usage des mots

Le mot biocarburant est un mensonge et il est préférable d'utiliser agrocarburant estime Allain Bougrain Dubourg. "Avec le mot bio on a l'impression que c'est sain, alors que pas du tout parce qu'il y a beaucoup de produits. Agrocarburant, c'est une culture qui produit des carburants avec tout ce que cela représente comme méthodes employées."

Si les politiques ont un double langage c'est parce qu'ils ont compris au fond d'eux que l'on ne peut pas s'exonérer d'une attention toute particulière à l'égard de la nature. Mais ils sont piégés et courbent le dos face aux pressions multiples. "Quand on s'adresse aux politiques, ils vous écoutent, mais il y a peu d'engagement et surtout, si l'engagement ne leur profite pas, ils changent leur fusil d'épaule. Il faut du courage en politique et on en manque."

09 mars 2013

Les animaux ont-ils une âme ? de Gary Kowalski

Les animaux ont-ils une âme ?
de Gary Kowalski
préface de John Robbins
photographies de Art Wolfe

(Petit up de cette note
à l'occasion de la parution de
Adieu, mon ami, de Gary Kowalski)

"Je dédie ces pages avec amour et affection aux animaux du monde, mais tout particulièrement à mon guide spirituel. D'aucuns ont des maîtres à penser, des mentors et des professeurs. Moi, j'ai un sacré bâtard."

Gary Kowalski

Les animaux jouent-ils ? Rêvent-ils ? Ont-ils le sens de la mort ? du bien et du mal ? de la création artistique ? Connaissent-ils l'amour ? Ont-ils connaissance d'eux-mêmes ?

Voilà bien les caractéristiques si humaines de toute vie spirituelle. Mais sommes-nous les seuls sur terre à avoir une vie intérieure et spirituelle intense ?

Certes, personne ne peut prouver que les animaux ont une âme. Mais en ouvrant notre coeur aux autres créatures, à leurs joies et à leurs luttes, nous découvrons qu'elles ont le pouvoir de nous toucher et de nous transformer. Il y a en eux une intériorité qui éveille ce qu'il y a de plus profond en nous.

Accorder aux animaux le droit à une démarche spirituelle, c'est donner une nouvelle dimension à notre perception de la planète Terre : plus d'amour, de respect, de compassion, mais aussi de joie et d'harmonie.

Voici un livre écrit avec coeur et passion. Ces anecdotes attachantes et inoubliables vous feront voir avec des yeux nouveaux et émerveillés les animaux qui vous entourent.

"Gary Kowalski nous donne ici des yeux neufs pour observer le monde avec révérence et respect et nous permettre de participer au potentiel sacré de la création." - John Robbins.

Les animaux ont-ils une âme ?, Gary Kowalski, Photographies (en noir et blanc) : Art Wolfe, Préface : John Robbins, Editions Jouvence, 1993, 108 pages

A propos de l'auteur

Gary Kowalski a été prêtre de l'Eglise universaliste à Memphis et Seattle (USA). Il a écrit plusieurs livres pour défendre les animaux. Il est donc particulièrement qualifié pour reconnaître le sens de la spiritualité chez les animaux.

Voir également

- Adieu, mon ami, de Gary Kowalski
- L'âme des animaux, de Jean Prieur
- Oui, nos animaux ont une âme, de Françoise Lamy
- Se nourrir sans faire souffrir, de John Robbins
- Cache-cache, d'Art Wolfe et Barbara Sleeper
- Libres et sauvages, d'Art Wolfe
- Regard sauvage, d'Art Wolfe

Le sommaire

Remerciements
Préface de John Robbins
Introduction
- Qu'est-ce que la spiritualité ?
Ch.1 Tous mortels
- Les animaux ont-ils conscience de la mort ?
Ch.2 Dieux, lutins et petits hommes verts
- Les animaux ont-ils le sens du mystère ?
Ch.3 Des coeurs mélodieux
- Pourquoi les oiseaux chantent-ils ?
Ch.4 L'art pour le plaisir de l'art
- Pourquoi les animaux dessinent-ils ?
Ch.5 Evolution du sens moral
- Les animaux ont-ils le sens du bien et du mal ?
Ch.6 Partenaires à vie
- Les animaux connaissent-ils l'amour ?
Ch.7 Le jeu pour le plaisir du jeu
- Pourquoi les grues blanches américaines dansent-elles ?
Ch.8 Les yeux de l'espoir
- Les animaux ont-ils conscience d'eux-mêmes ?
Ch.9 Le reflet du moi
- Perdrions-nous notre âme dans un monde sans animaux ?
Ch.10 Quelqu'un et non quelque chose
- Les animaux ont-ils une âme ?

Photographies de Art Wolfe (en noir et blanc) : Puma, gorille des plaines, chien, loriot à tête jaune, éléphant africain, ours brun, phoque (éléphant de mer), grues blanches américaines, renard roux, chimpanzé, jeunes chouettes.

La préface de John Robbins

Avez-vous remarqué comme les enfants sont souvent fascinés et enchantés par les animaux ? On dirait que se créent entre eux et les autres créatures une parenté, un lien affectueux qui contribuent à leur entité et à leur identité. Vous rappelez-vous la première fois que vous avez vu un éléphant ? Ou une girafe ? C'était alors une véritable révélation et une jubilation émerveillée.
Mais la société des adultes voit les animaux autrement, comme des commodités ou des ressources, des choses, des objets, ou des outils. Nous les utilisons, nous les mangeons, nous les employons pour nos expériences. Ils ont cessé de nous enchanter et de nous ravir. Nous ne les percevons plus que comme des moyens d'aboutir à nos fins - et nous ne soupçonnons pas ce que nous avons perdu.
Les animaux ont-ils une âme ? est un livre éloquent qui peut nous aider à renouer avec les créatures merveilleuses et mystérieuses partageant avec nous l'aventure de cette planète. C'est un beau livre réparateur, car il nous fait prendre conscience de la nécessité d'ouvrir les yeux si nous voulons vivre en harmonie avec le monde naturel.
Il ouvrira aussi votre coeur et votre esprit à tous ces compagnons qui volent, marchent, rampent et peuplent notre belle terre.
Ann Mortifee a écrit : "Nous ne pouvons entrevoir un lendemain lumineux avec les yeux d'hier." Gary Kowalski nous donne ici des yeux neufs pour observer le monde avec révérence et respect et nous permettre de participer au potentiel sacré de la création.
C'est un bonheur de vous présenter ce trésor. Les animaux ont-ils une âme ? parle de la parenté de toutes les formes de vie. Ignorant l'isolement et l'aliénation, il nous fait découvrir le sentiment d'appartenance à la communauté terrestre. Il nous invite à prendre notre place avec égards et considération dans le grand conseil des êtres vivants.

John Robbins

Extraits choisis
(sans les notes et les références, pour une facilité de lecture)

Introduction
Qu'est-ce que la spiritualité ?

p14 ./. Sans tomber dans l'anthropomorphisme, nous pouvons admettre que nos compagnons non humains partagent certaines de nos caractéristiques. Ils ont une vie affective, ils éprouvent l'amour et la peur, ils ont leur propre intégrité et souffrent lorsqu'elle n'est pas respectée. Ils jouent et sont curieux du monde qui les entoure. Ils sont capables de loyauté et d'altruisme. Ils ont une "foi animale", une spontanéité et une authenticité qui peuvent être très enrichissantes.
Le comportement des animaux me semble témoigner d'une âme, qui n'est pas une chose visible ou mesurable. Nous ne pouvons qu'en observer les manifestations extérieures : dans les larmes et le rire, le courage et l'héroïsme, dans la générosité et l'indulgence. L'âme se cache dans les coulisses des moments tendres ou difficiles où nous sommes le plus intensément et le plus passionnément vivants. ./.

p15 ./. Les humains ont toujours su qu'ils avaient beaucoup à apprendre de l'équilibre et de l'harmonie des animaux. "Demandez aux bêtes, et elles vous enseigneront", conseille le livre de Job. Les autres créatures ont peuplé la Terre bien avant nous. Leur instinct et leur adaptation à la vie sont souvent plus sains que les nôtres. "Au début de toute chose", disait le chef Pawnee Letakots-Lesa, "la sagesse et le savoir étaient avec les animaux. Car Tirawa, l'Etre d'en haut, ne parlait pas directement aux hommes. Il envoya des animaux leur dire qu'il se montrait à eux à travers les bêtes et qu'à travers elles, à travers les étoiles et le soleil et la lune, l'homme devrait apprendre." L'idée que d'autres êtres vivants puissent être nos guides spirituels n'est donc vraiment pas nouvelle.
Ce livre veut examiner jusqu'à quel point les animaux sont nos compagnons d'âme et de route et partagent ce qui, en nous, est le plus profondément humain. Chaque chapitre explore un aspect de l'expérience animale. Pourquoi les animaux jouent-ils ? Quels sont leurs craintes et leurs rêves ? Comment voient-ils le monde ? Jusqu'à quel point leurs expériences se rapprochent-elles des nôtres ?
Certes, ce livre soulève plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Mais si ces questions peuvent nous rendre plus réfléchis et plus respectueux des autres créatures habitant cette terre, nageant dans ses océans, volant dans son atmosphère, alors ce livre aura touché son but. Car je suis persuadé que si nous voulons préserver notre domaine - la Terre - pour les générations à venir, nous devons revenir au respect de toute la famille terrestre.
Je dédie donc ces pages avec amour et affection aux animaux du monde, mais tout particulièrement à mon guide spirituel. D'aucuns ont des maîtres à penser, des mentors et des professeurs. Moi, j'ai un sacré bâtard.

Ch.1 Tous mortels
Les animaux ont-ils conscience de la mort ?

(à voir, le documentaire Conversations avec Koko le gorille)

p20-p21 ./. D'autres animaux ressentent-ils le chagrin ? Nous savons, bien sûr, que les gens pleurent leurs animaux familiers. Les fidèles de ma congrégation viennent souvent chercher un réconfort près de moi quand leurs compagnons animaux disparaissent. La perte d'un chien ou d'un chat peut être un choc qui nous attriste forcément. Mais je fus vraiment stupéfait lorsque j'entendis pour la première fois l'histoire de Koko, un gorille pleurant son chaton familier. Elle m'a convaincu que la mort suscite des sentiments profonds chez les animaux comme les hommes.
Koko, un gorille femelle des plaines, a été pendant presque vingt ans le sujet de la plus longue étude du monde sur le langage des primates. Au lieu de mots, elle communique par un langage de signes appelé ameslan (abréviation de American Sign Language). Son professeur, le docteur Francine Penny Patterson de la Gorilla Foundation de Californie, lui a appris à maîtriser un vocabulaire de plus de 500 mots. C'est ainsi que Koko informa Penny qu'elle voulait un chat pour son anniversaire. Pour le mot chat, elle imite les moustaches en mettant deux doigts en travers de ses joues.
Un jour, quelqu'un apporta une portée de trois chatons à Woodside où vit Koko, en Californie. Les chatons avaient été abandonnés à la naissance. Leur "mère adoptive", un terrier, les avait allaités pendant le premier mois de leur vie. Les manipulant avec la délicatesse particulière aux gorilles, Koko choisit l'un d'eux, un petit chaton gris sans queue. Elle baptisa son petit ami "All Ball" ("tout en boule").
Koko était heureuse avec son chaton, le reniflant et le caressant doucement. Elle le transportait sous le bras et, essayant de le traiter comme un bébé gorille, elle eut la surprise de découvrir que les chatons mordillent. Quand All Ball la mordait, elle faisait le signe "sale" et "WC", expressions habituelles de sa désapprobation. En peu de temps, Koko demandait au chaton de la chatouiller - un des jeux favoris des gorilles. "Apparemment, Koko croit que les chats peuvent faire la plupart des choses qu'elle fait elle-même", déclare Penny. "Doucement/bien/chat", disait Koko.
Mais All Ball s'échappa une nuit de la fondation et fut écrasé par une voiture. Quand Koko apprit l'accident, elle réagit d'abord comme si elle n'avait pas entendu ou pas compris. Puis quelques minutes plus tard, elle commença à gémir avec des sanglots aigus. Par la suite, lorsqu'on mentionnait le chaton, elle répondait "triste/sourcils froncés" et "sommeil/chat". Pendant environ une semaine après le décès de All Ball, Koko gémit chaque fois qu'on parlait du chaton.
Il était clair que le chat lui manquait. Mais que comprenait-elle de ce qui était arrivé ? Heureusement, il était possible de le lui demander. Maureen Sheehan, de la Gorilla Foundation, interrogea Koko sur ses sentiments vis à vis de la mort.
"Où vont les gorilles quand ils meurent ?", demanda Maureen.
Koko répondit : "Confortable/trou/au revoir" (en faisant le signe pour embrasser une personne qui s'en va).
"Quand est-ce que les gorilles meurent ?", demanda-t-elle ?
Koko répondit : "Ennuis/vieux."
"Quand les gorilles meurent, sont-ils heureux, tristes, effrayés ?"
"Sommeil", répondit Koko.
Quand un être cher meurt, non seulement les gorilles le pleurent ; mais ils peuvent, comme les humains, réfléchir à leur propre mort. ./.

p25-p26 ./. Comment pouvons-nous, sans hésitation, arracher un autre animal à la vie ? Comment pouvons-nous le tuer sans nous interroger sur la détresse qui s'emparera de son compagnon et de sa progéniture ? Selon le langage mystique de Saint Paul, "toute la création gémit de douleur" sous le poids des malheurs et de la mort. En écoutant attentivement, peut-être entendrions-nous ces gémissements des animaux, implorant notre miséricorde et notre soutien.
Humains ou non, nous sommes tous mortels, liés par la fraternité des peines et de l'amour. Aucun n'échappe à la mort ; mais la sollicitude peut rendre nos adieux moins déchirants. Et par une profonde compassion, nous pouvons rendre la vie moins cruelle.

Ch.2 Dieux, lutins et petits hommes verts
Les animaux ont-ils le sens du mystère ?

p30 ./. Nous savons que la plupart des oiseaux et des mammifères rêvent. Du moins, on peut observer chez eux les mouvements oculaires rapides associés au rêve chez les humains. (Le tatou est une exception totalement inexpliquée.) Des oiseaux imitateurs, tels que les perroquets et les mainates, peuvent parler pendant leur sommeil. J'ai souvent vu mon chien, les yeux fermés, retrousser les lèvres, tendre l'oreille et tressaillir des pattes comme s'il chassait un écureuil imaginaire sur les chemins de sa nuit. ./.

Ch.3 Des coeurs mélodieux
Pourquoi les oiseaux chantent-ils ?


p38-p39 ./. Les oisillons commencent à chanter comme les jeunes enfants commencent à parler : par une exploration libre et souple des sons. Plus que toutes autres créatures, les oiseaux "jouent" avec les sonorités - non seulement avec celles de leur propre voix, mais aussi avec celles qui résultent de la manipulation de leur environnement. Les chercheurs relatent maints exemples d'oiseaux chantants prenant et laissant inlassablement tomber des objets, apparemment pour le seul plaisir d'entendre tinter et résonner le monde qui les entoure. ./.

p39 ./. Le chant est probablement inscrit dans le code génétique de certains d'entre eux. Cependant, les observateurs ont noté de nombreux cas d'oiseaux élevés en captivité, isolés des adultes de leur espèce, qui "se trompent" de chant. Certaines alouettes, par exemple, peuvent imiter le loriot à tête jaune.
De plus, des membres d'une même espèce peuvent élaborer des "dialectes" différents en fonction de l'endroit où ils vivent, preuve supplémentaire que le chant est un art acquis. Et certains oiseaux très imitateurs comme le moqueur polyglotte et l'oiseau-lyre australien peuvent apprendre et imiter les chants d'autres espèces. Un moqueur peut apprendre jusqu'à 200 chants différents et on sait que les oiseaux-lyres sont capables de reproduire non seulement le sifflet des trains, les klaxons et les aboiements de chiens, mais aussi les mélodies de leurs voisins du plancher des vaches.
Chanter est donc loin d'être, pour les oiseaux, une performance purement mécanique. ./.

p41 ./. Le rythme vital des oiseaux plus rapide que celui des hommes explique en partie que les notes individuelles de leurs chants soient tellement courtes que, parfois, on ne peut les distinguer qu'au spectrographe et que leurs compositions ne durent que quelques secondes, alors que les symphonies des hommes peuvent durer une heure ou plus. C'est aussi pourquoi, de même que le registre d'un disque s'élève quand on le joue à la vitesse supérieure, les oiseaux ont un registre plus aigu : leur métabolisme fonctionne toujours à un rythme accéléré et les humains doivent leur sembler bien lents et bien paresseux.
Mais nous serons peut-être bientôt privés du plaisir de les entendre. Les décomptes récents montrent que les oiseaux chanteurs ont été décimés au cours des dix dernières années. Que ce soit dû aux pesticides ou à la destruction de leur habitat, la population de certaines espèces a diminué d'un tiers.

p41 ./. Chaque année qui passe et chaque hectare supplémentaire couvert de maisons et de centres commerciaux donnent plus de réalité à la menace de "printemps silencieux" annoncés par Rachel Carson. La plupart d'entre nous ne le remarquent sans doute même pas, mais le monde est un peu moins mélodieux, de plus en plus terne et discordant, et le bruit des bulldozers noie de plus en plus les chants de la prairie et de la forêt. ./.

Ch.5 Evolution du sens moral
Les animaux ont-ils le sens du bien et du mal ?

p58-p59 ./. Comme nous, les dauphins soutiennent leurs parents et amis en détresse.
L'altruisme est un fait établi dans le monde animal. A l'état sauvage, les chimpanzés conduisent leurs compagnons affamés vers les arbres chargés de fruits mûrs. Chez certains oiseaux, les mères protègent leur couvée en adoptant un comportement destiné à attirer les prédateurs sur elles-mêmes. Pour sauver un petit, les chiens sauvages africains peuvent attaquer un guépard au péril de leur vie. Il semble que secourir et partager soit une attitude "naturelle" dans de nombreuses espèces.
Le premier à effectuer une étude systématique de ces comportements fut Charles Darwin dans "La descendance de l'homme". Il aboutit à la conclusion que "si grande soit-elle, la différence entre l'âme des animaux et la nôtre est une question de degré et non de nature". Darwin fait remarquer que tous les animaux "sociaux" sont doués de sentiments et d'impulsions visant à préserver le bien-être du groupe. Les oiseaux et les mammifères vivant en groupes donnent des signaux d'alarme en cas de danger. Certains, comme les oies et les phoques, recourent même à des sentinelles ; ce qui représente un grand sacrifice de soi, car le sujet "de garde" s'expose à de plus grands risques et renonce à se nourrir et à se détendre pour protéger ses compagnons.
Les animaux peuvent aussi coopérer à une défense commune, comme les moineaux encerclant un faucon, ou comme ce groupe de singes cité par Darwin. Il vit un aigle attraper un jeune singe qui n'évita d'être emporté qu'en se raccrochant à une branche. "Le jeune singe cria pour appeler au secours", écrit-il. "Là-dessus, les autres membres du groupe accoururent à grands cris, entourèrent l'aigle et lui arrachèrent tellement de plumes qu'il renonça à sa proie pour ne plus songer qu'à prendre la fuite."
On a vu des pélicans et des corbeaux nourrir et soigner des compagnons aveugles et le grand naturaliste fait remarquer que ces cas doivent être trop rares pour être mis sur le compte de l'instinct. Il est donc clair que des animaux peuvent éprouver de la compassion pour leurs camarades en difficulté.

p60-p63 ./. Darwin était un merveilleux biologiste, mais un médiocre moraliste. Il pensait non seulement que les animaux n'ont pas de sens moral, mais que les "primitifs" et les "sauvages" en sont également dépourvus. Comme la plupart des gentlemen de l'époque victorienne, il était convaincu de la supériorité du sens moral des Européens éduqués, qu'il croyait intellectuellement et moralement supérieurs aux races "moins civilisées". Selon lui, la capacité de raisonnement et de réflexion morale croît en une lente ascension de la création brute aux salons de la bonne société.
La moralité des "sauvages", pensait Darwin, est étroite et intéressée. Les primitifs ne se soucieraient que de leur entourage immédiat, clan ou tribu ; puis, évoluant graduellement, l'homme apprendrait à élargir de plus en plus le champ d'application de sa conception morale au-delà des limites de sa famille et de sa parentèle. "Au fur et à mesure qu'il se 'civilise' ", écrit Darwin, "et que les petites tribus s'unissent en communautés plus importantes, la simple raison suggère à l'individu d'étendre sa sociabilité à tous les membres de sa nation, même s'il ne les connaît pas personnellement. Ce point atteint, seule une barrière artificielle empêche ses sympathies de s'appliquer aux hommes de toutes les nations et de toutes les races." Ce que Darwin n'a pas perçu est que la barrière entre les humains "moraux" et les non-humains "amoraux" est également artificielle.
En anglais, les mots "parent" et "espèce" ont la même racine, ce qui suggère que nous sommes plus sensibles aux besoins et aux sentiments de ceux que nous reconnaissons comme étant "de notre sang". Ceux que nous percevons comme fondamentalement semblables ont droit à notre sollicitude tandis que ceux que nous considérons comme des étrangers sont exclus de nos préoccupations. La question est la suivante : quelles sont les caractéristiques moralement pertinentes qui définissent un autre être comme membre de notre communauté éthique ?
A différentes époques, la race, la couleur et autres critères superficiels ont été employés pour nier les droits de certains groupes et les exclure de nos préoccupations. Et de même que, pour les Européens du XIXe siècle, l'infériorité intellectuelle et morale des "primitifs" et des "sauvages" justifiait le colonialisme, nous continuons à justifier l'exploitation du monde animal avec le même type de rationalisation. En refusant de reconnaître aux animaux un sens moral, nous nous convainquons que les humains appartiennent à un ordre fondamentalement supérieur. Nous pouvons donc impunément coloniser et tenir ces "inférieurs" en esclavage.
La théorie de l'évolution de Darwin nous a appris que les animaux sont biologiquement nos "parents". Mais notre attitude vis-à-vis des autres espèces ne changerait-elle pas bien davantage si nous les croyions aussi spirituellement et moralement proches de nous, capables de bienveillance, de courage et autres vertus "humaines" ? L'éthologiste George Romanes, collègue et contemporain de Darwin, nous propose une réponse en relatant cet incroyable exemple "d'humanité" animale :
Romanes raconte qu'un de ses amis, un naturaliste collectionneur d'oiseaux, abattit une sterne qui tomba à la mer. Ses compagnons de vol planèrent alentour, "témoignant d'une grande sollicitude, comme le font toujours les sternes et les mouettes dans ce type de circonstances". Entouré de ses amis, l'oiseau blessé dérivait vers la plage et le chasseur se préparait à recueillir son trophée. Mais à sa "totale surprise et son étonnement", il vit deux des sternes valides "s'emparer de leur camarade blessée, chacune soutenant une des ailes, la soulever hors de l'eau et l'emporter vers la mer", escortées de deux autres oiseaux. Après avoir été transporté pendant six à sept mètres, l'oiseau blessé fut délicatement posé "pour être soulevé à nouveau par les deux sternes de l'escorte. Se relayant, les oiseaux valides portèrent ainsi alternativement la sterne blessée jusqu'à ce qu'ils puissent la déposer en sécurité sur un rocher assez éloigné."
Se remettant de son étonnement, le chasseur se prépara à nouveau à prendre possession de son trophée. Mais tandis que les autres oiseaux l'observaient, le vol entier descendit comme pour lui bloquer le passage. Et avant qu'il puisse s'en emparer, l'oiseau blessé était à nouveau enlevé par ses congénères.
"En m'approchant du rocher, je vis une fois encore deux oiseaux attraper la sterne blessée comme ils l'avaient fait auparavant et la porter comme en triomphe vers la mer, hors de mon atteinte. Si telle avait été mon envie, bien sûr, j'aurais pu les en empêcher. Mais les sentiments que j'éprouvais alors ne me le permirent pas ; et c'est bien volontiers que j'ai laissé les oiseaux accomplir ce geste charitable, qu'aucun homme ne devrait rougir d'accomplir lui-même."

Si l'esprit d'équipe, de coopération, le sacrifice de soi, la bravoure face au feu sont considérés comme des vertus morales, ces oiseaux ont donné tous les signes de la moralité. Comment pouvons-nous seulement songer à tuer de telles créatures ? Des animaux témoignant d'une telle audace et d'une telle compassion ne devraient pas nous servir de cibles.
Au cours de notre longue évolution morale et spirituelle, dit Darwin, nous avons appris à élargir progressivement le champ de notre sollicitude. Le temps est peut-être venu pour nous d'y inclure non seulement les autres races et les autres nations, mais aussi les autres espèces. "Une sympathie étendue au-delà de l'espèce humaine", écrit-il, "c'est-à-dire un comportement humain vis-à-vis des animaux inférieurs, semble être une de nos dernières conquêtes morales." Mais il nous reste à comprendre que les animaux ne sont pas "inférieurs", mais simplement différents.
Si leurs engagements sont différents des nôtres, les animaux n'en ont pas moins les leurs. Si leurs sentiments nous semblent étranges, ils n'en sont pas moins réels. Naturellement, les animaux ne sont pas tous des animaux sociaux et tous ne sont pas altruistes. Tous ne sont pas doués (mais les hommes non plus) de capacités morales et d'aptitude à démêler le bien du mal. Mais presque tous souffrent comme nous et saignent comme nous lorsqu'ils sont blessés. Sous la peau, qu'elle soit lisse, couverte de poils ou de plumes, nous sommes tous apparentés.
Nous sommes proches de toute créature et devrions être généreux vis-à-vis de toutes. Surmonter "l'espécisme" - cette illusion de la supériorité humaine - doit être le pas suivant dans notre évolution morale et spirituelle.

Ch.6 Partenaires à vie
Les animaux connaissent-ils l'amour ?

p68 ./. Extérieurement, les choucas ressemblent à leurs proches, les corneilles. Ils vivent longtemps et la durée de leurs unions dépasse celle de bien des mariages humains. "Mais même après des années", écrit Lorentz, "le mâle continue à nourrir sa femelle avec la même sollicitude et à trouver les mêmes intonations amoureuses tremblantes d'émotion intérieure qu'au printemps de leurs 'fiançailles' et de leur vie." [Konrad Lorentz, L'anneau du roi Salomon] ./.

Ch.8 Les yeux de l'espoir
Les animaux ont-ils conscience d'eux-mêmes ?

p87-p89 ./. Voici une méditation inter-espèces que vous désirerez peut-être pratiquer :

"Regardez un animal dans les yeux. Il peut s'agir de votre chien ou de votre chat. Ou si vous voulez, choisissez une des photographies de ce livre. En plongeant dans ces yeux, songez que cet être est une expression unique de la vie qui n'aura jamais de duplication.
Prêtez attention à ce que vous voyez, aux années vécues qui se reflètent dans ces yeux, à la vitalité qui filtre à travers leur couleur et leur transparence.
Admirez leur forme. Remarquez les courbes et les angles particuliers faisant de cette face une oeuvre d'art unique, façonnée par le temps et le désir.
Et en regardant dans ces yeux, songez aussi à ce que vous ne pouvez voir - l'essence, l'identité, aussi singulières que leur aspect extérieur.
Ce que vous observez est un esprit vivant. Accueillez-le et respectez-le.
Estimez-le à sa juste valeur.
Demandez-vous : Comment est-ce d'être cette créature ?
A quoi ressemble le monde à travers ses yeux ?
Ayez conscience de la longue histoire que ces yeux recèlent - des millénaires d'évolution contenus dans leur regard.
Sentez la solitude que vous ne pourrez jamais combler ou comprendre totalement.
Songez bien que cet être a connu des difficultés et des peines que vous ne pourrez jamais imaginer et des moments d'état sauvage et d'innocence que vous ne pourrez jamais partager."


Mais cet être est vivant, et, comme vous, il éprouve des désirs. Il marche sur le même sol et respire le même air. Il ressent la douleur et se délecte de ses sensations - la merveilleuse chaleur du soleil, l'ombre de la forêt, le goût rafraîchissant de l'eau pure - tout comme vous. Dans cette mesure, nous sommes apparentés.
Cette parenté inclut toutes les formes de vie. A travers elle, nous trouvons l'unité et pouvons en tirer sagesse et compréhension pour remédier aux difficultés de notre commune demeure.

Ch.9 Le reflet du moi
Perdrions-nous notre âme dans un monde sans animaux ?

p97 ./. Les animaux nous fascinent naturellement, comme en témoigne bien l'intérêt que des enfants comme Noah et Holly portent aux autres créatures vivantes. Avec une sagesse innocente, ils semblent comprendre qu'un ver de terre est un prodige de la nature et un écureuil un excellent sujet d'émerveillement. Des enquêtes ont montré que, confrontés au choix d'un livre d'images, les enfants s'arrêtent le plus souvent à ceux qui présentent des illustrations d'autres êtres vivants. ./.

Ch.10 Quelqu'un et non quelque chose
Les animaux ont-ils une âme ?

p108 (la fin du livre) ./. Nous ne pouvons ignorer plus longtemps l'existence de créatures sensibles et intelligentes sous prétexte qu'elles assument une forme différente de la forme humaine. Nous n'avons pas le monopole du courage et de l'audace, de la conscience et de la compassion, de l'imagination et de l'originalité, de la fantaisie et du jeu qui donnent à la vie son prix incomparable.

Comme nous, les animaux sont des âmes vivantes. Ils ne sont ni des choses, ni des objets, non plus que des humains. Et cependant, ils éprouvent le chagrin et l'amour : ils dansent, ils souffrent et ils subissent les hauts et les bas de l'existence.
Les animaux sont des expressions du "grand esprit" qui baigne notre univers. Ils partagent avec nous les dons de la conscience et de la vie. D'une manière merveilleuse et inexprimable, Dieu est bien présent dans toutes les créatures.