30 juillet 2010

Gorilles orphelins, de Despina Chronopoulos

Gorilles orphelins
de Despina Chronopoulos

"Enfant déjà, ma passion pour la forêt vierge était une obsession. A dix ans, mes parents musiciens m’ont emmenée au Kenya. J’ai compris alors que ma vie était là, en Afrique. De retour en Autriche, mon pays natal, je me désespérais. A quatorze ans, j’ai craqué : j’ai volé de l’argent à mes parents et je me suis envolée pour Nairobi. Interpol m’a retrouvée. Trois jours plus tard. Retour à la case départ... Sauf que la gloire m’est tombée dessus, à l’improviste. Une fable, Le Secret de la chauve-souris blanche, que j’avais écrite en catimini, est devenue un best-seller. Je suis devenue un phénomène littéraire. La réalité m’a rattrapée. J’ai épousé un Français et je suis rentrée dans le moule. Je me suis installée à Paris, j’ai travaillé. J’étais heureuse - le jour. La nuit, c’était autre chose : je me réveillais en pleurs, avec une pensée lancinante : "Tu t’es trahie". Un documentaire télé sur les gorilles m’a fait l’effet d’un électrochoc. J’ai décidé de tout larguer, Paris, mon job, mon mari, pour le reportage animalier. John Aspinall, un milliardaire anglais, m’a confié un projet : la réintroduction de gorilles orphelins dans leur milieu naturel, au Congo. Pendant quatre ans, ce fut le bonheur. Je me suis réconciliée avec la petite fille que j’étais. Mais la guerre civile nous a rattrapés et nous a plongés, les gorilles et moi, dans le cauchemar..."

C’est le récit de cette incroyable aventure que nous livre ici Despina Chronopoulos, depuis son enfance peuplée de rêves d’Afrique, jusqu’au projet de réintroduction de gorilles orphelins dans la réserve de Léfini, au Congo - projet que la guerre viendra interrompre, hélas, alors que le succès était à portée de main. Despina Chronopoulos n’est pas une scientifique ; mais la perception et la compréhension intuitive qu’elle a de ces animaux attachants, sensibles et émouvants que sont les gorilles dépasse souvent de loin ce que peut nous offrir la pure "objectivité" de la science. Au Congo, les gorilles sont pourchassés, massacrés, découpés en morceaux, leurs os réduits en poudre et utilisés en tant que gris-gris, et leurs mains séchées vendues aux touristes comme cendriers ! Dans ces pages, Despina Chronopoulos se fait le porte-parole de cette espèce mise en danger par la cupidité humaine, au nom de Kola, de Bangha, de Kongho et de tous les autres gorilles orphelins de la forêt vierge...

Gorilles orphelins, Despina Chronopoulos, Editions Robert Laffont, 2000, 476 pages

A propos de l'auteur

Despina Chronopoulos est née en Grèce, a été élevée en Autriche, et fait des études de lettres à Paris. Devenue spécialiste de la protection des espèces menacées, elle vit aujourd’hui à Paris en attendant de retourner bientôt en Afrique.

Voir également

- Gorilles dans la brume, de Dian Fossey
- Dian Fossey au pays des gorilles, de Farley Mowat
- Gorilles : Les survivants des Birunga, de George Schaller
- Au secours des gorilles, de Fabrice Martinez
- D'autres livres sur le thème des gorilles
- Le documentaire Conversations avec Koko le gorille
- Les documentaires Un gorille dans la famille / Deux gorilles à la maison

Deux photos extraites de l'édition de poche



La préface du livre
par Despina Chronopoulos

Avant tout, ce récit se veut simple. Durant mon séjour en Afrique, je sentais à quel point les événements que je vivais étaient extraordinaires et je souhaitais les partager. Ainsi, j'ai commencé à écrire, chaque soir, ce qui se passait sur tous les plans : les déboires d'un projet pionnier dans un contexte africain, puis dans la guerre, mais surtout la plongée progressive dans l'univers mental des personnages inhabituels qui m'entouraient : les gorilles.
A mon sens, ces gorilles avaient grand besoin d'un intermédiaire simple, sans a priori, et qui ne les verrait pas à travers le prisme d'une discipline donnée. Car, contrainte par obligation et rigueur à ne communiquer que des résultats mesurables, la science s'est laissé orienter mais aussi limiter dans le domaine de l'observation animale : elle nous apporte, certes, des observations et des informations précieuses ; toutefois, la peur de l'anthropomorphisme, qui s'est amplifiée au cours de l'histoire des hommes, fait qu'une part importante de l'observation animale a été laissée de côté. Longtemps, tout scientifique qui osait évoquer l'existence de sentiments ou de conscience chez les animaux était honni d'emblée ! On ne s'aventure pas impunément hors des méthodes admises et des problèmes définissables.
Or, ce hiatus qui au départ n'est qu'un choix de méthode conduit à une équivoque pour le grand public : si on n'y touche pas, c'est que forcément il n'y a rien !
Du coup, en tant qu'humains, nous nous sommes condamnés à une triste solitude et nous risquons des malentendus fondamentaux entre nous et nos corésidents de la planète, les animaux. A quoi ressemblerait l'homme s'il était observé et décrit seulement à travers une discipline scientifique unique ?
Lorsque l'on passe dix heures par jour parmi les gorilles et que l'on doit assumer en outre un rôle éducatif destiné à encourager leur indépendance et à préparer leur retour à la nature, on obtient une vision spécifique de la vie de ces primates. Cette proximité permanente avec les gorilles m'a permis d'affûter ma perception de leurs besoins et de comprendre leurs règles sociales. Par une observation intense des expressions du visage, des postures, des vocalisations et des actions, j'ai appris à distinguer chez un gorille la suspicion, le soulagement, la confiance ou la colère, l'agressivité ou la tendresse. Au fil du temps, ces signes sont devenus pour moi aussi clairs que chez un humain.
Précisément parce qu'ils n'étaient pas sauvages, ces gorilles m'ont permis de porter un regard intime sur leur univers. J'espère que le message qu'ils m'ont transmis aidera à améliorer encore plus dans l'esprit du public l'image déjà existante de ces animaux et à susciter davantage de compréhension pour cette espèce magnifique.
J'ai décidé de décrire les gorilles comme je les ai perçus au cours des années. Pour faire mon travail, je n'ai eu à me conformer qu'aux gorilles eux-mêmes, mes observations et ma compréhension étant orientées par les résultats quotidiens obtenus avec ces animaux. Pour communiquer, j'ai dû m'adapter à leur système et à leur rythme. Le simple fait que cet échange ait fonctionné, qu'il ait évolué quotidiennement, démontre son existence.
La guerre civile au Congo a interrompu mon travail. L'introduction de ces gorilles et leur survie sont maintenant essentiellement aux mains des Congolais.
Il ne me reste plus qu'à servir de témoin, d'historienne de ma propre histoire et de la leur. et, à traxers mes expériences, à tenter de décrire mes gorilles orphelins : Kola le baptiste, Titi le macho, Mabinda le diplomate, Yambo le lunatique, Djembo la chipie, Massissa le respectable, Kabo le rêveur et tous les autres...

Despina Chronopoulos,
Paris, juillet 2000.

26 juillet 2010

Gorilles : Les survivants des Birunga, de George Schaller

Gorilles : Les survivants des Birunga
Texte de George Schaller
Photographies de Michael Nichols
Légendes de Nan Richardson

Le plus majestueux et le plus puissant de nos cousins a presque disparu, victime du genre humain qui lui refuse la place qui est la sienne dans la forêt. Peu nombreux, très localisés, les gorilles de montagne sont dramatiquement en voie d'extinction. Nous devons maintenant relever ce défi moral et prendre en main la sauvegarde de ces animaux. - George Schaller

George Schaller et Michael Nichols nous transportent au coeur des Birunga. Cette chaîne de volcans, située en Afrique centrale, surplombe de près de 3.000 mètres le Rwanda, la République démocratique du Congo et l'Ouganda, sur des kilomètres de jungle. Ici s'étend le domaine des derniers gorilles de montagne. Ces grands singes, traqués dans le passé par les braconniers, recherchés par les collectionneurs et repoussés hors de leur milieu naturel par le défrichage de la forêt, sont très vulnérables et leur existence est menacée. Si l'espèce venait à disparaître, c'est l'équilibre écologique de toute une région qui s'en trouverait bouleversé et les peuplades installées sur ces terres seraient, elles aussi, en péril. "Gorilles : Les survivants des Birunga" est un cri d'alarme. C'est aussi un saisissant témoignage en direct, au milieu de ces primates terriblement attachants.

Ce livre est né de la rencontre de deux Américains qui, à plusieurs reprises et séparément, sont allés explorer les Birunga : le chercheur George Schaller, spécialiste incontesté des gorilles auprès desquels il a passé une année entière, et le photographe Michael Nichols, considéré comme le plus intrépide des reporters de sa génération. Schaller décrit, avec la précision d'un scientifique et l'émotion d'un homme de coeur, son expérience auprès des gorilles "Beringei". Nichols a su prendre sur le vif des gros plans audacieux, saisir les scènes de la vie quotidienne et révéler les visages et les attitudes de ceux, hommes et singes, qui habitent ces hauteurs. Tous deux nous font découvrir un lieu insolite où la vie est riche, précaire, troublante et, par-dessus tout, précieuse. Si précieuse qu'il faut la préserver.

Gorilles : Les survivants des Birunga, Texte de George Schaller, Photographies de Michael Nichols, Légendes de Nan Richardson, Editions Nathan, 1989, 112 pages

A propos des auteurs

George Schaller est zoologue. Connu pour ses études sur les animaux sauvages, son ouvrage "Un an chez les gorilles" a été un best-seller et l'a rendu célèbre auprès du grand public. Schaller est aussi lauréat du National Book Award pour son ouvrage "Les lions du Serengeti".

Michael Nichols est, depuis 1982, reporter photographe à l'agence Magnum. Il a également collaboré à de grands magazines internationaux : Géo, Life, Paris-Match... Lorsque "l'Indiana Jones de la photographie" ne parcourt pas le monde, il vit en Californie avec sa femme et son fils.

Quelques extraits

Pages 32 et 33 - Photo de Ndume

Ndume, le dos argenté chef du groupe II. Alors qu'il était encore un dos noir (un jeune gorille mâle), Ndume dut assumer la charge de chef de groupe après la mort du dos argenté. Ndume et deux autres membres du groupe furent victimes des pièges des braconniers destinés notamment aux antilopes. Il n'a plus qu'une main.


Page 104 - Photo de Beetsme


Page 59 - Alan Goodall et Titus


Page 76



22 juillet 2010

Terre Sauvage - Mars 1990

Terre sauvage
Mars 1990, n°38
Propos recueillis par Elena Adam
Photos : Jörg Hess

Sept mois chez les gorilles de montagne
Une leçon de savoir-vivre

Sept mois durant, Jörg Hess a été l'invité spécial des gorilles de montagne à la station de Karisoke, au Rwanda.

Primatologue suisse, spécialiste du comportement mère et enfant, il accepte pour une fois d'aller au-delà de ses habituelles observations scientifiques. Lorsqu'il nous parle de ses hôtes, les différences s'estompent. Hommes? Gorilles?

Qu'importe, sinon la leçon de vie.

Voir aussi

- Grands singes, mère et enfant, de Jörg Hess
- Gorilles orphelins, de Despina Chronopoulos

Sommaire et extraits

Pages 38 et 39

Pages 41 et 43

20 juillet 2010

Des animaux et des femmes, d'Allain Bougrain-Dubourg

Des animaux et des femmes
d'Allain Bougrain-Dubourg
photographies
de Yann Arthus-Bertrand
et Philippe Bourseiller

Mise à jour : ajout du sommaire et des photos

Vivre une passion au risque d'en souffrir, parfois même d'en mourir, tel fut l'engagement prodigieux des douze femmes qui composent cet ouvrage. Elles ont en commun de servir la faune en péril et d'oeuvrer afin que le respect de la vie sauvage s'impose dans nos consciences.

L'enquête menée par Allain Bougrain-Dubourg, et mise en images par les célèbres photographes Yann Arthus Bertrand et Philippe Bourseiller, montre l'incroyable force engendrée par la passion. Dian Fossey sacrifiera sa vie pour la sauvegarde des gorilles, Stépahnie Powers abandonne les studios d'Hollywood pour la faune africaine, Sophie de Wilde plonge dans toutes les mers du monde pour photographier la vie sous-marine... Quant à Brigitte Bardot, elle mène son combat avec une égale détermination.

Pourquoi les femmes ? La réponse des intéressées est souvent laconique : "Les hommes pourraient faire de même." Excès de modestie ? En tous cas, le combat mené par ces femmes est exemplaire à plus d'un titre.

Des animaux et des femmes, Allain Bougrain-Dubourg, Photographies : Yann Arthus-Bertrand et Philippe Bourseiller, Editions Arthaud, 1995, 144 pages

A propos de l'auteur

Allain Bougrain-Dubourg fonde dès l'enfance un Club des Jeunes Amis des Animaux. Puis TF1 lui propose de venir parler de ces derniers dans des émissions pour les enfants. Il poursuivra sa carrière à Antenne 2 avec des émissions comme "Des animaux et des hommes", "Terre des bêtes" ou "Animalia" (France 2). Il a reçu l'Ordre National du Mérite pour son engagement en faveur de la faune et préside la "Ligue pour la Protection des Oiseaux". Allain Bougrain-Dubourg est également l'auteur de nombreux livres sur les animaux et l'environnement.

A voir sur ce blog, les autres livres de Allain Bougrain-Dubourg, de Yann Arthus-Bertrand, ou de Philippe Bourseiller.

Sommaire

P6 Préface
P9 Dian Fossey : La madone des gorilles
P25 Joy Adamson : Coeur de lion
P35 Kuki Gallmann : Pour que vive l'Afrique
P47 Cynthia Moss : Une mémoire d'éléphant
P61 Stephanie Powers : Pour l'amour des bêtes
P71 Jane Goodall : A l'école des chimpanzés
P83 Betty L. Melville : Le goût des grandeurs
P93 Patty Wilson : La faune sur la toile
P103 Polly Hessing : Pour le clan des morses
P115 Sophie de Wilde : Gros plan sur le grand bleu
P125 Claudia Feh : Dans l'intimité des chevaux sauvages
P139 Brigitte Bardot : Une cause juste (interview)

Quelques extraits en images
La photo centrale est un montage que j'ai fait à partir des présentations,
pour vous donner un aperçu du livre.


18 juillet 2010

Documentaire : Green, de Patrick Rouxel

Green
Documentaire
de Patrick Rouxel


Un film bouleversant qui dénonce la déforestation en Indonésie

Elle s'appelle Green. Elle est seule dans un monde qui ne lui appartient pas. Elle est une femelle orang-outan victime de la déforestation.

Ce film nous invite à accompagner Green au cours des derniers jours de sa vie. Dans son regard des moments d'émotion qui révèlent les trésors de la forêt indonésienne mais aussi les impacts dévastateurs de la déforestation.

Le site du film : Green

"Je suis un citoyen ordinaire qui consacre son temps à la préservation des forêts tropicales de la planète. Pour cela je réalise des films sur la beauté des forêts et de la vie, mais aussi sur les industries qui les détruisent.
Après "Larmes de Bois", "Losing Tomorrow" et "La Forêt Cathédrale", mon dernier film s’appelle "Green".
Il traite de la destruction de la forêt Indonésienne et de l’extinction des orangs-outans. Ce film a pour objectif de toucher le coeur des gens dans l’espoir de nous faire changer nos habitudes de consommation pour ne plus faire partie de cette destruction."

Patrick Rouxel

Pourquoi il faut éviter les marques qui utilisent l’huile de palme

L’Indonésie a un taux de déforestation le plus élevé au monde, avoisinant les 2 millions d’hectares par an. En 1950, la forêt occupait environ 160 millions d’hectares, aujourd’hui il en reste moins de 48 millions.

La déforestation massive en Indonésie a commencé dans les années 70 avec l’expansion de l’industrie du bois. Puis s'est développée l’industrie de la pâte à papier suivie de l’industrie de l’huile de palme. Aujourd’hui, les principales sources d’impulsion de la déforestation en Indonésie viennent de la demande internationale constamment croissante d’huile de palme. Un rapport publié en Octobre 2009 par l’UNEP indique que "deux tiers de l’expansion actuelle des cultures d’huile de palme en Indonésie est basée sur la coupe à blanc des forêts tropicales" et que "95% de l’augmentation de la production d’huile de palme en Malaisie et en Indonésie est issu de la demande croissante de biodiesel".

Cette demande provient essentiellement d’Inde, d’Europe et de Chine qui présentent le biodiesel issu de l’huile de palme comme l’énergie de demain pour combattre le réchauffement de la planète. Or les rapports montrent que transformer les forêt tropicales en cultures extensives d’huile de palme pour subvenir aux besoins du biodiesel ne fait qu'empirer la situation climatique. Le biodiesel issu de l’huile de palme n’aide pas a combattre les changements climatiques, il s’agit avant tout d’un nouveau business très lucratif.

L’huile de palme est aussi utilisée dans la fabrication d’un très grand nombre de produits de différents secteurs industriels : alimentation, détergents et savons, cosmétique, pharmacie, chimie, cuirs et textiles, etc.

Pour en savoir plus, visitez le site Green qui contient de nombreuses informations pour comprendre et agir, des graphiques, des photos, etc.

Patrick Rouxel conseille personnellement à ses amis de donner à Orangutan Outreach. Richard, qui gère Orangutan Outreach à New York, collecte des fonds pour les distribuer aux projets les plus sérieux et les plus efficaces dans la protection des orang-outans en Indonésie. Richard fera en sorte que votre argent servent réellement à la protection des orang-outans et de leur forêt. Pour soutenir Orangutan Outreach, cliquer ici.


Green - La bande-annonce

Green - Le documentaire en intégralité (48mn)
Quelques photos

16 juillet 2010

Vocation nature, de Chanee et Muriel Robin

Vocation nature
Notre combat pour la survie des singes
d'Aurélien Brulé, dit Chanee
et Muriel Robin
avec la collaboration d'Yves Paccalet


Muriel Robin accompagne Chanee dans cette réflexion sur sa 'vocation nature' afin de transmettre à chacun cette flamme qui permet d'agir.

A 13 ans, passionné par les gibbons, Aurélien passe tout son temps libre au zoo à les observer et, trois ans plus tard, publie un ouvrage qui va étonner les spécialistes des primates. Son désir d'aller en Thaïlande, pour aider à la conservation des gibbons, devient réalité grâce au soutien de Muriel Robin. Fascinée par sa détermination, elle finance son voyage et, depuis dix ans, suit son combat, participe à cette aventure, celle d'une "vocation". Et rien ne saurait mieux décrire leur rencontre que l'union de ces deux termes : "vocation" et "nature".

Le jeune homme et la femme se sont trouvés. Ils se sont vus, parlé, entendus. Ils travaillent ensemble : Aurélien devenu Chanee, au centre de Kalaweit, qu'il a fondé à Bornéo et dont il crée ou imagine diverses extensions à Sumatra, au Cambodge, au Bangladesh... Muriel, partout où elle peut l'aider à réaliser ce rêve : sauver quelques pans de la forêt tropicale - merveilleuse mais menacée par le développement intensif de la culture de palmiers à huile qui détruit sa richesse. Et ils agissent pour ceux qui y vivent, hommes, bêtes et plantes.

En pensant à tous ceux qui en auront besoin demain.
Au fils de Chanee, aux enfants des pays pauvres, à toutes les filles et à tous les fils de la Terre.

Vocation nature, Aurélien Brulé dit Chanee, Muriel Robin, avec la collaboration d'Yves Paccalet, Editions Arthaud, 2007, 192 pages

Pour en savoir plus

- L'association Kalaweit fondée par Chanee en 1997, dont l'objectif est la sauvegarde des gibbons et de leur habitat en Indonésie
- Ses vidéos (reportages, sauvetages...)
- Bornéo : Au nom de la vie, d'Aurélien Brulé
- Le nouveau-né, de Chanee
- Ces forêts qu'on assassine, d'Emmanuelle Grundmann
- Le documentaire : Green, de Patrick Rouxel
- L'humanité disparaîtra, bon debarras ! d'Yves Paccalet

A propos de l'auteur

Aurélien Brulé, dit Chanee, se passionne depuis l'enfance pour les animaux, plus que pour les études.

Alors qu'il n'a que 13 ans, il est embauché dans un zoo où il s'adonne à une observation minutieuse des primates qui n'ont de cesse de le fasciner. C'est que les singes ne sont "ni tout à fait nous-mêmes, ni tout à fait des autres", confie Chanee.

Un jour, alors que la morosité le ronge, une "gibbonne" lui prend la main et la lui serre, comme pour le réconforter. Profondément ému par ce geste de tendresse, il lui promet qu'il se battra pour la protéger, elle et les siens. Une promesse que Chanee honore en publiant "Le Gibbon à mains blanches" alors qu'il n'a que 17 ans, et qui surtout, nourrit son désir de s'envoler pour le pays des gibbons, la Thaïlande.

Puis, il rencontre Muriel Robin qui, admiratrice de sa détermination et de son engagement, décide de financer son voyage avant de suivre son combat 10 années durant. Soutenu par sa « bonne fée », Chanee se met en route pour la patrie des gibbons à mains blanches, où on le surnomme "Chanee" ("gibbon" en langue thaï). Comment appeler autrement un homme qui passe son temps à chercher des gibbons et dont le prénom, "Aurélien", est imprononçable dans la langue locale ?

En Thaïlande, puis en Indonésie, Chanee guette, observe et étudie les singes dont il s'est épris au fil du temps. Mais c'est en Indonésie qu'il souhaite donner vie à son projet Kalaweit; l'association Kalaweit voit le jour en 1997. En 1999, il crée ainsi le centre de Bornéo, avant d'ouvrir celui de Sumatra en 2003. Cette même année, l'association fait naître le premier média destiné à aider la conservation des gibbons en Indonésie : Kalaweit FM.

Toutes ces initiatives font de Kalaweit le plus grand programme actuel de réhabilitation de gibbons au monde. Mais la victoire reste encore loin. « Je rêve que l'homme apprenne un jour à aimer la vie, toute la vie. Et que Kalaweit n'ait plus de raison d'être », espère Chanee.

Ce combat de chaque jour, Aurélien Brulé le mène sur le terrain, sur l'île de Bornéo où il vit avec sa femme et son jeune fils. Ses livres, "Bornéo, Au nom de la vie" et "Vocation nature", publiés respectivement en 2004 et 2007, en retracent l'histoire. Une histoire qui n'est autre que celle d'une vocation nature exemplaire.




14 juillet 2010

Bornéo : Au nom de la vie, d'Aurélien Brulé

Bornéo : Au nom de la vie
d'Aurélien Brulé, dit Chanee

C'est le récit d'un petit bout de chemin pour la vie...
C'est une histoire racontée dans un verbe simple, parfois enfantin...
Pour être franc, je ne sais pas vraiment écrire ! Pourtant je voulais partager quelque chose, mon expérience, mon amour pour la vie, ma colère. Alors... Comment faire ?
J'ai retranscrit une conversation imaginaire. Je pouvais ainsi raconter, évitant une narration que je n'aurais pas su maîtriser. Elle a été imaginée pour retracer un parcours, celui d'un rêve ! A travers ce livre, j'ai raconté sa naissance, sa raison d'être... Le contexte est un endroit magique : une rivière dans la partie indonésienne de Bornéo. Le dialogue a lieu lors d'une ascension au coeur de la jungle : un voyage bien réel.
Depuis trois ans à Bornéo pour sauver les animaux, je voulais avec cet ouvrage, répondre à ces questions, devenues quotidiennes. Comment et pourquoi j'ai quitté la France à 18 ans, dans l'espoir de sauver des gibbons : des grands singes méconnus dont les chants hantent les fôrets d'Asie du sud-est... Tout ce que je raconte dans ce livre est vrai. Les endroits et les noms cités existent. Je n'ai rien changé dans la chronologie de l'histoire.
Mais ce livre, c'est aussi autre chose... Avec le récit d'anecdotes, j'ai voulu faire le portrait d'une Indonésie au bord de l'explosion, d'un peuple qui souffre... Relié à ce fil conducteur, cette remontée de la rivière jusqu'aux montagnes centrales de Kalimantan (partie indonésienne de Bornéo), j'ai voulu faire comprendre la dureté de la vie des indonésiens, dans ces premières années de troisième millénaire.
Enfin, et vous le comprendrez, j'ai voulu exposer au grand public cette destruction massive de la vie au profit de l'argent, dans un pays tourmenté par des crises politiques, économiques et environnementales. C'est la perte d'un monde fascinant, de la forêt tropicale et de mes amis gibbons !
J'ai voulu faire comprendre pour ne plus être seul...
Laissez-vous emporter par Kalaweit...

Aurélien Brulé

Bornéo : Au nom de la vie, Aurélien Brulé, Editions Les Presses du Midi, 2004, 249 pages

A propos de l'auteur

Chanee, né en 1979, a grandi dans le Var. Passionné par les singes, dès l'âge de, 12 ans, il passe ses mercredis à observer les gibbons dans un zoo. A 16 ans, il publie un livre qui suscite l'intérêt des journalistes. Un article tombe dans les mains de la comédienne Muriel Robin qui décide de le soutenir. Il part en 1997 en Thaïlande pour 3 mois où il découvre les gibbons sauvages. Après un court retour en France, les terribles incendies qui détruisent l'Indonésie à cette époque le poussent à partir à Bornéo. Il y est installé depuis, où il a fondé sa famille. Il a créé le plus grand programme de sauvegarde des gibbons. Il emploie plus de 50 personnes, veille sur près de 250 gibbons et travaille à la protection de réserves, en partenariat avec les populations. Il a aussi créé une radio FM destinée aux jeunes : la radio Kalaweit.

Pour en savoir plus

- L'association Kalaweit fondée par Chanee en 1997, dont l'objectif est la sauvegarde des gibbons et de leur habitat en Indonésie
- Ses vidéos (reportages, sauvetages...)
- Le nouveau-né, de Chanee
- Vocation nature, de Chanee et Muriel Robin
- Ces forêts qu'on assassine, d'Emmanuelle Grundmann
- Le documentaire : Green, de Patrick Rouxel




12 juillet 2010

Courrier International - Pas bêtes !

Courrier International
Pas bêtes !

Les mœurs étonnantes des animaux


Numéro Hors-série, Juin - Juillet - Août 2009, 100 pages de textes et photos

Un abécédaire de Abeille à Zébu, en 26 lettres et quelque 80 bêtes, un voyage en famille, le tour du monde de nos cousins.

Index

ADN, Affaiblissement, Agressivité, Agrocarburants, Armes high-tech, Assassin, Aversion, Bâtisseurs, Biodiversité, Biotechnologie, Braconniers, Calamité, Camouflage, Capacité reproductive, Centre de réhabilitation, Chant, Charognard, Chasse, Chirurgie, Cirque, Clonage, Collision, Communication, Comportement, Conservation, Contraceptif animal, Coordination motrice, Culture indienne, DARPA, Descendance, Déséquilibres nutritionnels, Disparition, Drogue, Droits des animaux, Dysfonctionnement érectile, Eaux usées, Echolocation, Ecosystème, Elections, Elevage, Emblème, Encéphalite spongiforme bovine (ESB), Environnement, Escobar (Pablo), Espèce envahissante, Espions, Existence, Explosifs, Extinction, Famille, Femelle, Gaz à effet de serre, Génétique, Gilet pare-balles, Hémoglobine modifiée, Hermaphrodite, Irrésistibles, Jurassic Park, Kidnappings, Laboratoire, Liturgie, Maestro, Maladies, Massacre, Mathématiques, Mémoire, Mythes, Nutriments, Obèse, Paludisme, Physionomistes, Pilule, Police, Préservation, Protection, QI, Réchauffement climatique, Reconnaissance faciale, Reins humains, Rut, Sacrifice d'animaux, Similarités psychologiques, Sous-mariniers, Téléphones portables, Trafiquants, Tricherie, Vagabondage sexuel, Ver géant, Viande, Vol à main armée, Zoo, Zoonoses.
Cliquez pour agrandir l'image et découvrir l'éditorial

Quelques extraits

Baleines - Maldonne

Observer les baleines dans leur milieu naturel ? Une aventure unique - surtout pour les 80 touristes venus admirer le géant des mers dans les eaux norvégiennes. La baleine a été harponnée sous leurs yeux par des pêcheurs. "Il y avait du sang partout, ce n'était vraiment pas ce qu'on était venus voir", commente Leontien Dieleman, un touriste néerlandais ayant pris place à bord du chalutier d'observation Reine. La Norvège a repris la chasse au cétacé en 1993, malgré le moratoire adopté en 1986 par la Commission baleinière internationale. (Source : Aftenposten, Oslo, 2006)

Hippopotames

./. La rive congolaise se trouve entièrement dans le parc national des Virunga, une zone de 7.800km2 de volcans, couverts de forêts et de savanes dorées, célèbre pour ses gorilles, ses éléphants, ses chimpanzés et ses lions. Selon un recensement effectué en 1974, il y avait 29.178 hippopotames dans l'ensemble du parc. Les chercheurs avaient recensé 9.600 hippopotames dans le seul lac Edouard, dont les eaux se déversent dans la Semliki, une rivière qui se jette ensuite dans le Nil. Un comptage effectué en 2005, en survolant la zone en avion, n'en a trouvé que 683. En 30 ans, la population d'hippopotames a chuté de 93%. ./.

Insectes : Transformer les bestioles en bons petits soldats

./. En 2002, des chercheurs de la DARPA ont démontré qu'ils étaient capables, avec un simple ordinateur portable, de contrôler à distance les mouvements d'un rat grâce aux électrodes implantées dans son cerveau. En 2003 et en 2004, les chercheurs du programme Robolife de la DARPA se sont intéressés aux "capacités des rats, oiseaux et insectes à exécuter pour le compte du ministère de la défense des missions telles que l'exploration de grottes ou la pose clandestine de capteurs".
Ce n'est pas une idée nouvelle : durant la Seconde Guerre mondiale, le projet X-Ray prévoyait d'armer des chauves-souris. Bardées d'explosifs, celles-ci se retournèrent contre leurs maîtres et mirent le feu à un aérodrome militaire américain !
Pauvre nature ! Quel espoir lui reste t-il face à un budget de la Défense qui s'élève à plus de 400 milliards de dollars ? Que peut-elle faire quand le principal objectif des scientifiques chargés de l'étudier est de trouver le moyen d'armer ses rejetons. Sous les auspices de la DARPA, les sciences de la vie sont devenues un terrain fertile pour faire avancer la science de la mort et de la destruction. Elles doivent profiter au Pentagone dans la course qu'il a entreprise pour que le prochain Saddam Hussein puisse être, selon les termes du général de division Raymond Odierno, "piégé comme un rat".

Tigres - Les parcs nationaux, des réserves de chasse

Pour le tigre indien, Sariska est le nouveau Ground Zéro. A 200 kilomètres à peine de la capitale de l'Inde, la principale réserve naturelle du Project Tiger [fondé en 1973 par le gouvernement] est devenue le théâtre d'une extermination sans précédent de ses plus célèbres habitants. En 2004, la situation semblait particulièrement alarmante puisqu'on avait constaté pour la première fois une forte baisse de la population : sur les 24 à 28 bêtes habituellement comptées, il n'en restait plus que 16 à 18. Mais les autorités forestières ont rejeté les résultats de l'enquête, invoquant les pluies excessives qui avaient effacé les empreintes et faussé le comptage. Cette année 2005, le personnel de la réserve a renouvelé les opérations de recensement et va sans doute conclure qu'il n'y a plus de tigres dans ses 866 kilomètres carrés de jungle, car aucune empreinte n'a été relevée depuis près de six mois. C'est en septembre 2004 qu'un touriste a aperçu pour la dernière fois un tigre, mais son témoignage est sujet à caution. En mai, une équipe du Bureau fédéral d'enquête (CBI), à qui le Premier ministre, Manmohan Singh, avait demandé d'étudier la question, est arrivée à la conclusion stupéfiante qu'un braconnage à grande échelle a décimé la population de tigres en deux ans. "Ce qui est arrivé à Sariska " accuse B.K, Sharma, l'inspecteur général adjoint chargé de l'enquête, "n'est que le symptôme d'une maladie qui touche les sanctuaires du tigre à travers tout le pays." Les sonnettes d'alarme sont tirées, haut et fort. Car, s'il est possible d'éradiquer la population de tigres à Sariska avec une facilité aussi scandaleuse, comment garantir que les 28 réserves et les quelque 90 parcs nationaux qui abritent ce magnifique animal ne seront pas également dévastés par les braconniers ? Dans l'ensemble des zones protégées du pays, tout indique qu'il y a une résurgence meurtrière du braconnage. Alors que les chiffres officiels ne font état que de 26 cas de bêtes abattues chaque année, les spécialistes d'organisations de protection de la nature comme le Wildlife Trust of India (WTI) estiment leur nombre à plus de 150, ce qui correspond à la population de deux parcs nationaux. Après avoir passé les rapports au crible, les spécialistes ont montré que 750 peaux de tigre avaient été saisies en dix ans. Et, pour chaque peau saisie, beaucoup d'autres passent généralement entre les mailles du filet. Le WTI estime qu'au bas mot 1.500 tigres ont été tués depuis 1995 - un chiffre ahurissant. "En réalité, il est probablement encore plus élevé, car nous ne disposons pas de système satisfaisant de contrôle du braconnage ni de collecte des données", déplore Ashok Kumar, administrateur et chef consultant du WTI. L'organisation a soumis une requête à la Cour suprême pour que le CBI enquête sur les cas de braconnage signalés dans toutes les réserves de tigres sur le territoire indien.
Le plus difficile est d'assurer une stricte application de la loi. Car, ainsi que le souligne Belinda Wright, directrice de la Wildlife Protection Society of India, "les auteurs des crimes commis contre les espèces sauvages sont devenus bien plus professionnels qu'autrefois. Ils forment un réseau relié par téléphone portable, ils ont une bonne assistance juridique, la demande est forte et les prix élevés. En Inde, c'est devenu le commerce illicite le plus lucratif après le trafic de drogue." Aucun spécialiste de la faune sauvage n'aime communiquer des chiffres, mais on évalue le prix d'un tigre à 6 millions de roupies [environ 100.000 euros].
Ces dix dernières années, les réseaux de braconniers indiens qui écoulent leur marchandise sur les marchés du Népal, du Tibet et de la Chine continentale se sont renforcés et étendus. La plupart des réserves du Project Tiger sont mal équipées pour les combattre. Rajesh Gopal, directeur du Projet, reconnaît que la moyenne d'âge des gardes forestiers dépasse maintenant les 45 ans, et beaucoup n'ont pas l'agilité nécessaire pour poursuivre et arrêter les braconniers. La faute en incombe au gel des embauches en vigueur depuis vingt ans dans la plupart des Etats. Plus grave, un tiers des postes n'a pas de titulaire. Et la plupart des hommes n'ont pas la puissance de feu ni l'expertise nécessaires pour traquer les braconniers. "Ce qui manque en matière de protection de la faune sauvage, c'est la volonté politique", déplore V.K.Thakur, directeur du parc national de Dudhwa [à la frontière avec le Népal]. Le même scénario se répète à travers tout le pays.
Dans les hautes sphères, on semble enfin prendre conscience de la gravité de la situation. Onze députés ont créé un groupe de pression, le Tiger and Wilderness Group. Le ministère de l'Environnement a mis en place un groupe d'experts chargé d'évaluer la gestion des vingt-huit réserves abritant des tigres. Il se penche également sur le problème de la fragmentation des forêts, qui accroît la vulnérabilité des populations de fauves face aux braconniers. Le plus urgent est de mettre fin au laxisme actuel. Le Premier ministre a approuvé le principe de la création d'un Bureau national de contrôle et de prévention de la criminalité relative à la faune sauvage, dont l'équipe multidisciplinaire sera chargée de débusquer et de combattre les braconniers. Des tribunaux spéciaux seront mis en place pour accélérer les procès, et la législation sera amendée de manière à supprimer la libération provisoire sous caution pour ce type de délit. Les personnes qui vivent dans les parcs ou dans les environs doivent participer à la protection de la nature et à la lutte contre le braconnage. Si l'on n'applique pas ces mesures avec la plus grande rigueur, dans les dix années à venir le tigre indien subira le même sort que le guépard : l'espèce aura disparu à l'état naturel.
Raj Chengappa, India Today (extraits), New Delhi, 2005

Vaches - Au bord de la crise de nerfs

Il y a quelques années, John Watts passait à côté d'un enclos de vaches lorsqu'il remarqua un étrange phénomène : les bêtes semblaient se rapprocher d'un hangar métallique chaque fois qu'elles voulaient appeler leur veau, même si ce veau se trouvait à l'opposé du hangar. Elles le faisaient régulièrement et délibérément, comme si elles avaient deviné que le mur de métal amplifierait leur voix. Ce chercheur de l'université de la Saskatchewan ne serait pas tellement surpris s'il apparaissait que les vaches disposent de telles facultés de raisonnement, même s'il reconnaît qu'il est difficile, sinon impossible, de le prouver. Comme nombre d'autres scientifiques qui étudient les animaux de ferme, il considère que ces derniers sont plus intéressants sur les plans cognitif et social que ce que veulent nous faire croire les préjugés. Pour John Watts, les bovins sont bien plus complexes qu'on ne le croit : ils constituent des hiérarchies sociales ; ils ont un comportement intelligent et sont capables de tromper leur monde - les jeunes taureaux, par exemple, feignent de ne pas s'intéresser aux femelles en chaleur tant que les mâles dominants restent dans les parages ; ils peuvent présenter des troubles du comportement en cas de stress excessif. "Le but n'est pas de déterminer si les bovins sont intelligents ou idiots, mais de comprendre leur mode de fonctionnement à l'intérieur de leur univers", explique Watts, car le monde mental et social de ces animaux a été peu exploré par les chercheurs. L'équipe dirigée par Dan Weary, chercheur à l'université de Colombie-Britannique, tente de voir les choses du point de vue de l'animal et étudie des phénomènes auxquels la plupart des buveurs de lait et mangeurs de viande préfèrent ne pas penser : le traumautisme et la détresse des jeunes génisses qui sont menées dans des salles de traite un jour après avoir vêlé ou les appels plaintifs des veaux affamés et esseulés dans leurs stalles. Les chercheurs espèrent que ces travaux aboutiront à des alternatives viables pour améliorer le sort du bétail. Les vaches laitières, par exemple, obligées de rester debout sur des sols de béton couverts de fumier, dépérissent. Dan Weary et son équipe tentent de concevoir des stalles plus confortables et de déterminer les préférences des animaux en matière de litière et de sol. Moins de stress et davantage de confort pourrait les rendre plus sains et plus productifs.
John Watts envisage aussi des applications pratiques à Saskatoon. Il évoque un comportement étrange connu sous le nom de "buller steer syndrome" [syndrome du bouvillon agressif], qui se manifeste souvent dans les enclos de plus de 250 animaux. Les mâles dominants se mettent à harceler sans relâche les plus faibles, les pourchassent et les montent souvent jusqu'à épuisement. Ce syndrome, explique le chercheur, est en fait un symptôme de "stress social chronique". Selon lui, quand plus de 200 têtes sont entassées dans un enclos, le troupeau est incapable de constituer une hiérarchie sociale. La question de la domination n'est jamais réglée et les bouvillons faibles sont sans cesse inquiétés par ceux qui cherchent à établir leur supériorité. Dans les groupes de 150 têtes, en revanche, les animaux constituent rapidement une hiérarchie sociale avec un leader clairement identifié. Pour vérifier son hypothèse, John Watts planche sur des expériences destinées à montrer comment les bêtes interagissent. Il projette ainsi de les entraîner à appuyer sur des boutons ou à pousser des leviers lorsqu'elles voient un individu qu'elles reconnaissent. Elles recevront une récompense - de la nourriture - chaque fois qu'elles actionneront le bon bouton. Le chercheur envisage aussi de leur montrer des vidéos afin de déterminer si leurs yeux suffisent à reconnaître leurs camarades d'enclos ou si elles ont également besoin de leur odorat et de leur ouïe. "Ça peut paraître dingue d'entraîner des bovins à appuyer sur des boutons et à regarder des films, mais c'est tout à fait scientifique." Il espère que ses travaux permettront de se faire une idée plus claire des "règles sociales" qui régissent le monde animal. "Pratiquement tout est anormal dans la façon dont on traite les bovins. On les a amenés au cours des générations à rester en bonne santé malgré tout ce qu'on leur fait subir et à produire beaucoup de lait et de viande maigre." Mais leur comportement n'a pas tellement changé. "D'un point de vue psychologique, ce sont des animaux sauvages entassés dans des prisons artificielles. Les gens se soucient de la façon dont on traite les animaux dans les zoos, mais ils devraient aussi se préoccuper de celle dont on traite les animaux d'élevage, parce que ce sont les mêmes."
Margaret Munro, National Post, Toronto, 2002

Extraits en images

Sacrifices d'animaux, intelligence des oiseaux, grenouille de Kihansi (p.28-29)

Mémoire des geais, massacre de gorilles (p.39-40)
WildlifeDirect - Saving Endangered Animals

20 juin 2010

Même les souris ont du chagrin ! de Scot et Patrick Bousquet

Même les souris ont du chagrin !
de Scot & Patrick Bousquet

illustrations de Joëlle Ginoux-Duvivier

préface de Philippe Huet


A tous les maîtres qui ont perdu un animal,
A tous les animaux qui ont perdu leur maître...

Un matin de septembre,
je fis la connaissance d'un chat fragile
et déjà cabossé par la vie.
Grâce à lui, je réappris la beauté, la patience,
la témérité, la sagesse et la musique du silence.
Par la magie d'un chaton noir,
je réappris pour mon plus grand bonheur,
à devenir en quelque sorte... moins humain !
Et puis, de longues années plus tard,
j'appris le chagrin.
Un chagrin XXXL avant de comprendre
que les chats avaient plus d'une vie !

Après avoir rédigé un premier livre avec son maître, "Félin pour l'autre", le chat Scot tombe gravement malade et s'éteint bientôt. Désemparé, Patrick s'abandonne au chagrin lorsqu'une petite voix retentit, dans laquelle il reconnaît celle de son inséparable compagnon... qui lui propose alors d'écrire un second livre ensemble...

Dédié à tous les maîtres qui ont perdu un animal et à tous les animaux qui ont perdu leur maître, ce récit à peine romancé s'impose par son humour, sa tendresse et sa vérité comme un véritable hymne à l'amour et au bonheur.

Même les souris ont du chagrin !, Scot et Patrick Bousquet, Joëlle Ginoux-Duvivier, Philippe Huet, Editions Les 3 Orangers, 2006, 104 pages

A propos des auteurs

Auteur de contes, de poésies, de romans jeunesse, mais également parolier et scénariste de BD, Patrick Bousquet s'adjoint la patte complice de son chat Scot pour signer un ouvrage plein d'émotion, d'humour et de tendresse.

Ecrivain et illustratrice spécialisée dans les contes pour adultes et enfants, Joëlle Ginoux-Duvivier apporte la sensibilité de son univers à ce récit original.

L'avis d'un lecteur - Source

Dans ce livre, Scot, le chat de l'écrivain raconte ce qu'il a vécu pendant les douze années qu'il a passé auprès de son maitre.... Patrick Bousquet avait besoin de parler de son chat, de lui donner encore une fois la parole.... Certains pourront trouver cela bizarre, de s'épancher sur la mort d'un animal : Pour lui, qu'il s'agisse d'un chat ou d'un humain, c'est de l'amour et ce qui compte, c'est d'oser le dire... L'écrivain voulait qu'il reste une trace de leurs douze années de tendresse... Ce fut dur mais il y a aussi de l'humour, et, au bout du chagrin, une leçon d'espoir et d'optimisme....

Ou cet autre avis - Source

Triste mais beau à lire

Un très beau livre poignant pour celui qui perd un compagnon poilu. Lecture rapide, émotions assurées.

18 juin 2010

Ils ont vu l'au-delà, de Pierre Bellemare

Ils ont vu l'au-delà
60 histoires vraies et pourtant incroyables

de Pierre Bellemare

et Jean-Marc Epinoux


Même si le hasard engendre parfois des coïncidences surprenantes, il arrive qu'il n'explique pas tout. Pour réunir les soixante histoires extraordinaires racontées ici, Pierre Bellemare et son équipe ont enquêté, vérifié les faits, interrogé protagonistes et témoins. C'est ce jeune couple de vacanciers qui rencontrent une voyante, dont toutes les prédictions se réaliseront au long de leur vie et qui, voulant la retrouver, s'apercevront qu'elle semble n'avoir jamais existé. C'est ce journaliste en mal de sensationnel, qui invente de bout en bout une rocambolesque histoire de chercheurs d'or... Histoire qui se révèlera par la suite entièrement exacte. C'est cette grand-mère décédée qui réapparaît à la naissance de chacun de ses petits-enfants, mais uniquement s'ils sont en bonne santé... Ces histoires sont arrivées à des gens qui pourraient être nos amis, nos voisins ou des membres de notre famille. Ils sont de bonne foi et sains d'esprit. Ils témoignent de l'inexplicable. A chacun de se forger son opinion.

Ils ont vu l'au-delà, Pierre Bellemare, Jean-Marc Epinoux, Editions LGF, 2000, 379 pages

Voir aussi, du même auteur : L'empreinte de la bête

Sommaire

Avertissement
Le scoop
Petit frère
Neuvaine
La vie en double
La dame d'en face
L'échelle sociale
Tatouages
L'albatros
Le théâtre de l'angoisse
Le corté
L'inconnue
Le stylo
Désordre dans la pharmacie
Visites
Le billet
L'étrange visite
Rencontre en mer
Chansons mortelles
La vocation de Stéphanie
Odeurs
Cailloux volants
Voyage périlleux
La voyante de Palma
Voitures folles
L'abbaye aux pendus
Mariages
La maison déchirée
Jeux d'enfants
Conan Doyle vous surveille
En attendant l'aurore
Fantômes à l'hôpital
Jour d'orage
La bague
La Banshee
L'ascenseur
L'homme qui regarde
L'hôtesse
Qui est là ?
Retour en arrière
Trompe-la-mort
Une mère inquiète
Le trésor des Templiers
Vengeance à Turin
Voyage posthume
Voir Naples et mourir
Une maison de rêve
Un bon Samaritain
Avis de décès
Une grand-mère attentionnée
La villa des monstres
Réveillon
Source intarissable
Meuble à céder
Malédiction
Danger d'incendie
Coïncidences
Farandole
Camarades
L'inspecteur prend l'air
Partir en fumée

L'avertissement, de Pierre Bellemare

En demandant aux auditeurs de Nostalgie de nous écrire pour nous raconter les aventures qu'ils avaient vécues, nous ne nous attendions certainement pas à recevoir autant de lettres évoquant des phénomènes paranormaux.
Surpris par ce déferlement d'histoires extraordinaires, nous nous sommes efforcés de faire la part de l'excentricité et de la sincérité.
Dans la plupart des récits que vous allez lire, le témoin est seul à ressentir ou à voir ce qu'il voit, il fallait donc que nous soyons sûrs de sa bonne foi. Nous avons pour chaque témoignage mené une enquête, interrogé lorsque c'était possible la famille, contrôlé l'authenticité des lieux. Pour les histoires se situant dans un passé plus lointain, nous avons vérifié les sources et retenu les événements qui avaient été relatés par des journaux d'information générale.
Après avoir accompli ce travail, voici la conclusion à laquelle nous sommes parvenus : les 60 histoires que vous allez découvrir ne sont pas l'oeuvre de farceurs ou de déséquilibrés, elles sont arrivées à des gens normaux dans leur vie quotidienne.
Pour le reste, chacun reste libre de se forger sa propre conviction.

Pierre Bellemare

Quelques extraits

L'ALBATROS
P52-P58


Nous sommes à bord du Santos, un des поmbreux navires qui ont participé aux expéditions polaires, dans les années 50. On se dirige vers les côtes du Groenland. La mer est chargée de реtits icebergs. Il faut naviguer avec beaucoup de ргudence.
- Si nous traînons trop par ici, nous risquons de nous faire coincer par les glaces.
- Commandant, avez-vous remarqué tous ces albatros qui nous survolent ? A votre avis, ça peut faire combien d'envergure ?
- A vue de nez, plus de trois mètres. D'ailleurs demandez au médecin de bord, le docteur Ménigaud. Il est passionné par ces oiseaux et il accumule une documentation sur eux depuis plus de trois ans. Il vous donnera tous les détails.
Justement le docteur Ménigaud arrive sur la passerelle :
- Je crois que ce sont de très beaux spécimens qui nous rendent visite. Regardez ces ailes blanches bordées de noir. Croyez-vous qu'il soit possible d'en capturer un vivant ?
- Pourquoi pas ?
L'équipage mis au courant se creuse l'esprit pour inventer un piège qui permette de saisir un de ces oiseaux merveilleux. Mais les marins le mettent en œuvre sans enthousiasme. Beaucoup d'entre eux sont bretons et pour eux l'albatros est synonyme de "malchance".
- Ça y est, commandant, nous en tenons un.
Le commandant Lameyrie jette un coup d'oeil par-dessus le bastingage. En bas, dans les vagues, un albatros de bonne taille se débat en effet dans un filet où les poissons offerts par l'équipage l'ont amené à s'empêtrer.
- Prévenez le docteur et hissez cet oiseau à bord.
Un vieux quartier-maître proteste en mâchonnant sa pipe :
- On ne devrait pas prendre cette bestiole. Il n'en sortira rien de bon.
Et discrètement il fait un signe de croix avant de donner la main pour tirer le filet jusqu'au pont. Ménigaud se précipite pour examiner de plus près le bel oiseau mais il ne peut s'empêcher de marquer sa déception :
- Quel dommage ! Il est blessé. On dirait qu'il a une aile brisée ! Bon, essayez de l'amener jusqu'à ma cabine. Je vais m'occuper de lui.
Pendant quelques jours, Ménigaud prodigue ses soins au géant des mers. Il pose une attelle et lui donne lui-même les trois repas par jour qu'il estime nécessaires à la survie du volatile. Cependant il est un peu inquiet :
- Cette bestiole m'a l'air de filer un mauvais coton. Il devrait avoir plus d'appétit, normalement. Et ses déjections me semblent bizarres, comme s'il y avait du sang. C'est étrange, une aile cassée n'est pas un accident qui doive mettre sa vie en danger.
Un des officiers du bord remarque en plaisantant :
- Peut-être qu'il fait une dépression nerveuse.
- Arrêtez de dire des âneries. Non, ce que je crains, c'est qu'au moment de la capture il n'ait reçu un choc. Peut-être souffre-t-il d'une hémorragie interne, ou du moins d'un hématome.
- Vous savez, les albatros sont toujours en mouvement. C'est peut-être tout simplement l'immobilisation forcée qui lui crée des problèmes respiratoires ou digestifs.
Le destin du grand oiseau semble pourtant fixé par les dieux. Un matin, Ménigaud, en rendant visite à son hôte, s'écrie :
- Mais il est mort ! Quelle déception ! Moi qui comptais tellement l'observer vivant.
En effet, l'oiseau ne bouge plus. Peut-être le stress a-t-il provoqué une crise cardiaque ? Ménigaud, pendant plusieurs jours, fait l'autopsie de son prisonnier, prend des mesures, des photographies. Il demande à des marins de l'aider en mettant l'albatros dans toutes les positions. Personne ne plaisante en exécutant ces petits travaux.
- Bon, maintenant je ne peux plus rien en faire. Il n'y a qu'à rejeter sa carcasse à la mer. Le Goffic, tu veux bien t'en charger ?
- Vous auriez pu choisir quelqu'un d'autre, maugrée l'homme. Enfin, plus vite on sera débarrassé de cet oiseau de malheur, mieux on se portera.
Et voilà, quelques minutes plus tard, la grande carcasse raidie de l'albatros rejetée à la mer. Tous les marins disponibles regardent le corps sans vie flotter un moment au gré des vagues menaçantes. Quelques-uns font encore le signe de croix, à tout hasard. Le soir même on n'y pense plus. Enfin presque plus.

- Commandant, vite, il y a le quartier-maître Manélec qui n'a pas l'air d'aller bien.
- Prévenez le docteur. Qu'est-ce qu'il a exactement ?
- Des douleurs dans le ventre. Il transpire et il est d'une drôle de couleur.
- Dès qu'on en saura plus, j'essaierai d'alerter la côte par radio. S'il le faut, ils nous enverront un hélicoptère pour le récupérer.
Ménigaud, penché sur le pauvre Manélec, se sent bien incapable de diagnostiquer une quelconque maladie classique.
- Vous avez peut-être attrapé un virus. Vous étiez où avant de naviguer avec nous ?
- J'ai fait le tour du monde avec un céréalier. L'Afrique, l'Australie, le Canada, l'Amérique du Sud. Oh ! que j'ai mal. Vite, docteur, faites-moi une piqûre, j'ai trop mal.
Malgré la piqûre administrée par Ménigaud, avant qu'un hélicoptère ait pu être envoyé, Manélec expire.
- Je suis certain que c'est la malédiction de l'albatros, remarque un des marins.
- Allons, Chatrier, on est au XXe siècle ! C'est de la superstition pure et simple.
Superstition ou pas, Manélec est bien mort et très rapidement on procède à l'inhumation en mer. Simple cérémonie présidée par l'aumônier du bord. Le corps enveloppé d'un linceul glisse et va se perdre dans les abîmes sans fond d'une mer glacée...

Le bateau cependant continue sa mission. On est là pour ça. Tous les jours, des relevés, des observations météorologiques, des prélèvements de glace. Même les poissons pêchés pour les repas sont examinés attentivement.
- Commandant, le petit Verdier vient de tomber du haut du mât.
- Il y a du dégât ?
- Oui, au niveau des jambes et du bassin. Il ne peut plus remuer. C'est qu'il a bien dégringolé de dix mètres.
- Prévenez le docteur mais ne touchez pas Verdier avant qu'il soit arrivé. Une fausse manoeuvre et on peut condamner le pauvre gars à la chaise roulante pour le restant de ses jours.
Heureusement, Verdier est traité avec compétence. Pour lui, désormais, le reste de l'expédition se passera sur une couchette de l'infirmerie. Et dès qu'on touchera terre, il lui faudra passer quelques semaines à l'hôpital avant le rapatriement par avion jusqu'à Brest.
Une nouvelle fois, les vieux loups de mer évoquent ce maudit albatros :
- Quelle idée d'aller capturer cet animal du diable ! Comme si on ne pouvait pas le laisser libre et lui foutre la paix !
- Chez nous, on dit que chaque albatros est l'âme d'un marin mort en mer. C'est pour ça qu'il ne faut absolument pas en avoir un à bord : c'est la guigne assurée.

Après trois jours de navigation sans histoire, le commandant a de nouveau du pain sur la planche. Il entend une explosion sourde qui provient des fins fonds du navire :
- Qu'est-ce qui se passe en bas ? Pourquoi stoppe-t-on d'un seul coup ?
Depuis la salle des machines, le responsable lui répond :
- Une des chaudières vient d'exploser !
- C'est grave ?
- Plutôt, ça risque de nous immobiliser au moins trois jours.
- En pleine mer ! C'est un coup à nous faire écraser par les glaces comme une coque de noix. Est-ce que quelqu'un a été blessé ?
- Ledivelec a le bras salement brûlé.
Et voilà le médecin-chef Ménigaud encore obligé d'affronter de nouveaux problèmes. Malgré sa douleur, Ledivelec ne mâche pas ses mots :
- Excusez-moi, mais tout ça est de votre faute.
- De ma faute ? Mais ce n'est tout de même pas moi qui ai fait exploser la chaudière. Enfin : ta vie n'est pas en danger. A ton âge, on récupère.
L'autre suit son idée :
- En tout cas, si vous n'aviez pas eu cette foutue idée d'attraper un albatros... Avez-vous remarqué que tous nos problèmes ont commencé quand on a rejeté sa carcasse à la mer ? Si encore il était resté vivant. Mais tuer un albatros, pour un marin, c'est exactement comme s'il se tirait une balle dans la tête.
- Allons, un peu de calme. C'est simplement une mauvaise passe. Jamais deux sans trois. Dorénavant, tout va aller bien. Je vais te donner un calmant pour dormir... sans rêver d'albatros.

Quelques jours plus tard, le commandant décide de faire escale à Egedesminde, un petit port de la côte occidentale du Groenland. Tout l'équipage est heureux de mettre pied à terre, de pouvoir communiquer avec la France. Et tous, sans le dire, espèrent que cette escale va interrompre le mauvais sort qui semble collé au navire depuis l'incident de l'albatros.
Le commandant Lameyrie, malheureusement, a la désagréable surprise d'apprendre que, là-bas, en France, son épouse vient de perdre le bébé qu'elle portait depuis cinq mois... Lui aussi commence à se laisser impressionner par les superstitions des vieux marins.
Hélas ! la série des malheurs n'est pas close : au troisième jour de l'escale groenlandaise, alors que le navire est tranquillement accosté, un incendie éclate dans la cale. Tout l'équipage arrive au triple galop pour sauver ce qui peut l'être :
- C'est invraisemblable. Qu'est-ce qui a pu se passer ? Tout était en ordre. Les chaudières éteintes !
Eteintes ou pas, le feu fait rage à l'intérieur du navire. Malgré tous les moyens mis en œuvre pour lutter contre le sinistre, les dégâts sont considérables. Le commandant Lameyrie ne sait plus trop que penser :
- Nous voilà coincés ici pour des semaines. Jamais je n'ai connu de campagne aussi malchanceuse.
Pourtant, le pire reste encore à venir : alors que les travaux indispensables ont commencé depuis deux semaines, une tempête se déchaîne et le port disparaît sous un déluge de neige, de glace propulsées par des vents qui dépassent les cent kilomètres heure. Toute l'activité du port est paralysée et chaque être humain reste calfeutré dans les constructions basses recouvertes de glace.
Des messages radio inquiétants parviennent d'un chalutier danois, le Christiansen, qui a été mis à mal par la tempête, et qui cherche à gagner le port. Le capitaine espère tout de même arriver par ses propres moyens. La capitainerie est en contact permanent avec lui. Soudain, les événements se gâtent :
- Nos machines sont bloquées. Nous dérivons. Nous ne contrôlons plus rien.
Déjà le navire danois est visible depuis la terre. On donne des ordres pour qu'un bateau des gardes-côtes essaye de le prendre en remorque. Et l'amène à bon port.
Malheureusement, les dieux sont contre l'entreprise. A moins que l'âme d'un albatros mort n'intervienne. Le Christiansen, bien que le remorqueur soit parvenu à lui jeter un filin, est soudain soulevé par une lame de fond d'une violence extrême.
Sous le choc de la lame et des multiples icebergs qu'elle porte, il rompt l'amarre qui était tendue entre le remorqueur et lui. La masse énorme du navire danois, telle une balle de fronde de plusieurs centaines de tonnes, pénètre d'un seul coup dans le petit port et va s'écraser contre la coque du Santos qui coule immédiatement dans un glouglou sinistre. A sa place, inexplicablement, on retrouve, flottant sur l'eau... la carcasse d'un albatros mort.

LA VOYANTE DE PALMA
P145-P152


Bernard Lefol passe ses vacances chez sa tante Xaviera. C'est la soeur de sa mère. La tante Xaviera est charmante mais le plus grand de ses charmes, c'est qu'elle habite à Palma, la capitale de Majorque, la plus grande des îles Baléares. Rien ne vaut une tante qui possède une propriété à trois kilomètres de la mer.
Nous sommes en 1956, le 1er août très exactement, et Bernard vient d'arriver à Majorque le matin même par le bateau de Barcelone.
Ce jour-là, sur la plage sauvage d'Es Trenc, la conversation porte sur une personnalité de Palma, voyante mystérieuse dont tout le monde parle :
- Elle est extraordinaire ! Mais très difficile à contacter. On la voit beaucoup chez les riches Majorquins. Bien que beaucoup d'entre eux la considèrent comme une sorcière. Certains ne veulent en aucun cas lui laisser franchir le seuil de leur palais...

Bernard s'éloigne du groupe et se met à marcher en solitaire. La plage de sable blanc s'étend sur plusieurs kilomètres et l'eau bleue, la forêt de pins désertée par les chasseurs en font un paradis du bout du monde.
- Jeune homme, pourriez-vous me dire l'heure ?

Bernard n'a pas remarqué une femme assise au creux de la dune, face à la mer. Sa longue robe de lin, le foulard qui entoure ses cheveux couleur d'aile de corbeau font qu'elle se distingue à peine dans le creux de sable où elle s'est mise à l'abri du vent.
- Il est deux heures et demie, madame.
- Auriez-vous du feu ?
Bernard sort un briquet de sa poche. La dame majorquine sans le moindre doute, allume une longue cigarette à bout doré. Turque ou égyptienne.
- Vous êtes français, n'est-ce pas ?
- Oui : je suis Bernard Lefol, de Perpignan, mais je suis en vacances chez ma tante, la marquise del Piombo.
- Ah oui, je la connais. C'était une demoiselle Catayun, n'est-ce pas ?
Bernard s'est assis dans le sable près de la dame. Quel âge peut-elle avoir ? Entre cinquante et soixante ans ? Elle regarde Bernard. Elle dit :
- Je suis Palmira Diaz Del Belveder. Vos mains sont intéressantes.
D'autorité, elle saisit la main gauche de Bernard. Elle la retourne, paume au-dessus. Elle examine rapidement les lignes principales qui la sillonnent et dit presque à mi-voix, comme si elle parlait à elle-même :
- Je vous vois chez les médecins. En France, à l'étranger. Partout, vous allez à l'hôpital. Mais ce n'est pas pour vous.
Bernard n'apprécie pas beaucoup les hôpitaux. Et ses études le porteraient plus vers la littérature, le théâtre, le cinéma que vers la médecine. Palmira continue d'un ton monocorde, sans émotion apparente :
- Avant que quatre ans soient passés, quelqu'un de votre famille va mourir dans un avion. Mais cela vous laissera assez froid. C'est comme si c'était un parent lointain... Je vois la mort pour vous à cinquante-six ans...
Décidément, Palmira n'est pas une voyante du genre à remonter le moral...
Elle poursuit sa litanie. Sur un thème moins sinistre. Elle annonce des amourettes plus ou moins heureuses, une grande passion qui n'aboutit à rien. Une liaison qui va durer plus de vingt-cinq ans et de l'argent, beaucoup d'argent mais... en fin de carrière.
- Nous verrons bien, conclut Bernard. Et il se lève en s'excusant :
- Je dois partir, ma tante déteste que l'on soit en retard pour le déjeuner.
- Venez me voir chez moi. Calle San Juan. J'y suis tous les soirs à partir de 20 heures. Nous ferons la dînette. Vous pouvez même venir avec votre amie Marie-Louise. Disons après-demain soir...
Bernard s'entend répondre :
- Calle San Juan, au numéro 7. C'est entendu, je viendrai avec Marie-Louise.
- J'habite au premier étage à droite.
C'est un peu plus lard qu'il réalise que Palmira ne lui avait pas donné le numéro de la Calle San Juan. Et surtout qu'il n'avait jamais mentionné l'existence de son amie Marie-Louise venue de Perpignan pour les vacances. Tout cela est étrange... Le diable pourrait-il prendre une forme féminine ?
Pendant le déjeuner Bernard ne peut s'empêcher d'annoncer à la nombreuse tablée des cousins, cousines et amis de la famille :
- J'ai rencontré une femme étrange sur la plage. Elle m'a prédit l'avenir et invité à dîner chez elle demain soir. Elle m'a même demandé de venir avec Marie-Louise. Comment peut elle savoir que Marie-Louise existe ?
La tante Xaviera accueille la nouvelle avec une mine effrayée :
- C'est "la" Palmira que tu as rencontré sur la plage. Si tu veux bien suivre mon conseil, évite-la comme la peste. On dit que c'est le diable en personne.
Et la tante Xaviera fait un signe de croix, imitée immédiatement par ses enfants... Bernard reste songeur :
- Pourtant, elle a de la classe. Elle te connaît bien, dirait-on.
- Oui, au moment de mes fiançailles, elle m'a décrit tous nos malheurs et jusqu'aux circonstances précises de la mort de ton oncle, mon cher Jacinto !
Nouveau signe de croix de toute l'assemblée à l'évocation de l'oncle Jacinto mort le jour de ses quarante ans après avoir reçu sur le crâne une croix de pierre qui ornait le fronton de la propriété depuis plus de six cents ans.

Le lendemain, Bernard et son amie Marie-Louise n'en demandent pas moins à la tante Xaviera la permission d'utiliser une des voitures de la famille...
- ... Pour aller dîner à Palma.
- Chez la Palmira ? Personne ne sait où elle habite.
- Je le sais, moi ! Et Marie-Louise a une envie folle de la rencontrer. J'avoue que j'aimerais bien comprendre comment cette dame connaît son existence...
Arrivés à Palma, Bernard et Marie-Louise n'ont aucun mal à découvrir le numéro 7 de la calle San Juan. Un immeuble qui doit dater de la Renaissance. Des murs de plus d'un mètre d'épaisseur. Au rez-de-chaussée des ouvertures étroites et bardées de fortes grilles. Un immense portail qui ouvre sur un patio fait pour recevoir plusieurs calèches. Au mur, des anneaux pour les chevaux du siècle dernier. Un escalier de marbre éclairé par des torchères. Tout cela a grande allure.
Bernard et Marie-Louise arrivent au premier étage. Trois portes donnent sur le palier de marbre. Ils sonnent à droite. Il est neuf heures trente. C'est Palmira elle-même qui vient ouvrir. Elle est vêtue d'une longue tunique de soie noire, un turban rouge autour de la tête, un collier d'or au cou.
Bernard et Marie-Louise sont impressionnés par l'appartement de la Palmira, Des armures espagnoles, des meubles marquetés de nacre et d'ivoire. Aux murs des portraits d'ancêtres. Dans les vitrines, de l'argenterie précieuse. Elle explique :
- Ma famille demeure ici depuis quatre cents ans. Je suis seule et c'est bien trop grand. Mais je suis la gardienne de ce sanctuaire. J'ai fait préparer un petit dîner froid. Nous parlerons de Marie-Louise un peu plus tard. En attendant, je vais vous faire faire le "tour du propriétaire", comme vous dites en France.
Après la visite de ce petit palais somptueux, qui émerveille les deux jeunes gens, et le dîner, la Palmira saisit la main de la jeune fille, qui ne peut retenir un frisson : la main de la voyante est glacée malgré la chaleur du mois d'août qui règne sur l'île... Palmira, les yeux à demi clos, commence sa litanie :
- Vous allez épouser un étranger. Et vous partirez en Afrique. En Afrique noire, c'est là que vous allez vivre la plus grande partie de votre existence. Et vous aurez un fils, un seul. Il sera votre fierté...
Bernard écoute la suite des prédictions. L'Afrique noire ? Un étranger ? Autant qu'il sache, Marie-Louise n'a aucun projet africain. Elle veut être professeur d'espagnol et pour rien au monde elle ne s'éloignerait de ses parents ni de !a Catalogne.

Les années passent. Bernard et Marie-Louise se lancent dans la vie. Bernard, lui, se retrouve en Algérie. Lors d'une permission, son père lui dit :
- Il y a six mois, nous avons eu très peur. Regarde !
Et il lui tend un faire-part de décès découpé dans le quotidien local : "Le docteur Lefol, son épouse et leurs enfants ont la douleur de vous faire part de la mort de Bernard Lefol, sergent au groupe de transport 351 à Blida, mort pour la France le 24 juillet 1960." Suivent les formules consacrées.
- Ça alors, de qui s'agit-il ? Même nom, même prénom.
Ce malheureux homonyme était en plus dans la même unité que Bernard, lui-même sergent au groupe de transport 351.
Son père poursuit :
- Beaucoup de personnes ont cru qu'il s'agissait de toi ! Je me suis renseigné. Il s'agit d'une famille Lefol qui vit à Salon-de-Provence. De très lointains cousins dont j'ignorais l'existence. J'ai su comment est mort ce Bernard Lefol. Il était de garde dans la prison de Blida et un fellagha a réussi à s'échapper. Il s'est emparé d'une mitraillette et a tiré une rafale que le pauvre Bernard a reçue en pleine poitrine. Il est mort dans l'avion qui le transportait à Alger.
Soudain, Bernard se revoit sur la plage de Majorque, le 1er août 1956, le jour de son arrivée. Palmira lui parle :
- Avant que quatre ans ne soient passés, quelqu'un de votre famille va mourir dans un avion. Mais cela vous laissera assez froid. C'est comme si c'était un parent lointain...
Le Bernard Lefol insoupçonné est mort le 24 juillet 1960, pratiquement quatre ans plus tard...
Le Bernard Lefol de notre histoire, quant à lui, comme Palmira l'a dit, visitera de nombreux médecins. En tant que "visiteur médical" pour une grande marque pharmaceutique. En France et dans le Maghreb. Palmira avait raison. Et à cinquante-six ans, il contracte une maladie qui aurait dû être mortelle mais il survit miraculeusement...

Cette même année 1960, c'est au tour de Marie-Louise d'avoir une surprise. Pour elle aussi, les prédictions de Palmira se sont en partie réalisées. Elle a rencontré un Libanais et désormais elle passe le plus clair de son temps au Mali. Elle vient d'avoir un fils.
Revenue à Palma, elle ne peut résister à la tentation : il faut qu'elle retourne voir Palmira la sorcière. Elle avait noté l'adresse sur son petit carnet : calle San Juan, au numéro 7, premier étage droite. Palma n'est pas si grande. Elle retrouve vite le palais Renaissance, le patio, l'escalier de marbre, la grande porte. Elle sonne. La porte s'ouvre. Une dame à cheveux blancs inconnue ouvre :
- Bonsoir, madame. Je suis bien chez Mme Palmira Diaz Del Belveder ?
- Non, pas du tout !
Marie-Louise, à travers la porte entrebâillée, reconnaît les armures, les meubles précieux, les vitrines d'argenterie qui l'ont émerveillée quatre ans auparavant.
- Madame Diaz Del Belveder n'habite plus ici ? Je suis venue dîner ici, chez elle, avec un ami, il y a quatre ans...
La dame à cheveux blancs la fait entrer et l'invite à s'asseoir dans le fauteuil même où elle s'est assise quatre ans plus tôt. Marie-Louise raconte la visite, les prédictions. Elle lui décrit avec précision les autres pièces de l'appartement. La dame l'écoute avec un air de plus en plus étonné. Elle finit par lui dire, en pesant ses mots :
- Ma chère enfant, il n'y a pas de doute : vous êtes déjà venue ici. En mon absence ! Mais je peux vous jurer sur la Vierge que mon mari, mes enfants et moi-même habitons ici depuis quarante ans. Ma mère est infirme et, depuis vingt ans, l'appartement n'a jamais été vide un seul jour. Je ne connais absolument pas cette Palmira Diaz Del Belveder et je n'en ai jamais entendu parler...
Mystère...