14 août 2010

Animaux et philosophes, de Lucien Malson

Animaux et philosophes
de Lucien Malson


La perception des animaux par l'homme s'est trouvée profondément modifiée à la fin du siècle dernier par les travaux des paléontologues, anthropologues et surtout éthologues, scrutateurs du comportement des bêtes dans leur milieu naturel. L'opposition entre l'être animal et l'être humain s'est nuancée. Les anciens critères distinctifs furent souvent subvertis et ceux qui ont le mieux résisté n'ont pas échappé aux révisions et aux reformulations. Une telle évolution des idées et les discussions qu'elle risque parfois de faire naître nous renvoient à l'histoire des rapports qu'à pu entretenir l'homme avec l'animal et à l'examen des arguments que les philosophes, parmi les représentants inévitables de la pensée réfléchie, ont diversement apportés au cours des siècles. L'auteur, Lucien Malson, s'attache ici à retrouver les grands classiques et à commenter leurs propos, en un moment où la connaissance renouvelée des espèces et le problème de leur survie méritent l'attention de chacun de nous. De Thalès à Lévi-Strauss, la question des êtres vivants et sensibles est reparcourue pour aboutir à cette conviction, désormais dominante, que l'animal n'est pas un simple objet et ne peut jamais être traité comme tel.

Animaux et philosophes, Lucien Malson, Editions du Layeur, 2009, 217 pages

A propos de l'auteur

Lucien Malson, agrégé de philosophie, a publié en 1964 un ouvrage de référence, 'Les enfants sauvages', paru chez Plon, repris en "poche" et constamment réédité depuis. L'auteur a partagé son temps d'écriture entre la musique et la philosophie dont témoignent nombre de livres et de chroniques quasi quotidiennes.

Primates et philosophes, de Frans de Waal

Primates et philosophes
de Frans de Waal


"C'est l'animal en nous", entendons-nous souvent quand notre comportement a laissé à désirer. Mais pourquoi pas quand il a été exemplaire? "Primates et philosophes" tente de répondre en réfléchissant aux fondements biologiques d'une des caractéristiques humaines les plus estimées : la moralité. Une réflexion qui va bien au-delà de l’opposition simpliste entre nature et culture et qui voit l’alliance novatrice de la philosophie et de la biologie au service de l’éthique.

Dans ce livre stimulant, voire provocant, Frans de Waal reproche à la biologie évolutionniste contemporaine sa triste vision du monde naturel et son coup de projecteur sur nos gènes "égoïstes". En situant l'origine de la moralité humaine non dans l'évolution mais dans la culture, cette tradition scientifique insiste : nous serions moraux par choix et non pas nature.

Fort d'une vie de recherches sur le comportement des primates, Frans de Waal attaque la "théorie du vernis" qui considère la moralité comme une fine écorce recouvrant une nature par ailleurs mauvaise. Il explique comment nous sommes issus de l'évolution d'une longue lignée d'animaux qui s'occupent des plus faibles et établissent entre eux des liens de coopération basés sur des transactions réciproques. S'appuyant à la fois sur Darwin et sur certaines découvertes récentes, il démontre qu'il existe une forte continuité entre les comportements animaux et humains.

Composé de leçons données à l’université de Princeton, l’ouvrage comporte également les réactions de trois philosophes et d’un spécialiste de la psychologie évolutionniste, et la réponse de Frans de Waal, qui clarifie ainsi ce qui différencie les hommes des autres animaux.

Primates et philosophes, Frans de Waal, Traduction : Sarah Gurcel, Editions Le Pommier, 2008, 257 pages

A propos de l'auteur

Psychologue, primatologue et éthologue, Frans de Waal est l'auteur de nombreux livres comme "La politique du chimpanzé" et "Le singe en nous". Au Living Links Center du Yerkes National Primate Research Center, ses travaux redessinent le lien que l'évolution a tissé entre nos proches cousins et nous.

Voir aussi les autres livres de cet auteur.

13 août 2010

Kant et le chimpanzé, de Georges Chapouthier

Kant et le chimpanzé
Essai sur l'être humain, la morale et l'art

de Georges Chapouthier


Nous, êtres humains, sommes issus d'une longue évolution, minérale et cosmique d'abord, biologique et terrestre ensuite. Pour certains, nous aurions définitivement rompu avec un héritage ancestral qui faisait de nous des bêtes. Nous seuls serions capables du sens du bien et du sens du beau. Nous seuls serions doués de morale. Il existerait ainsi un fossé infranchissable entre le grand philosophe Emmanuel Kant et nos cousins les chimpanzés.

Ou bien, au contraire, faut-il considérer que la morale et l'esthétique chez l'homme plongent leurs racines dans le terreau de la "nature" ? Les animaux ne sont-ils pas eux aussi capables de dévouement pour leurs proches ? Nos cousins les primates ne peuvent-ils pas éprouver eux aussi des sentiments en face d'une belle (d'un beau) chimpanzé ? Bref, la découverte des "cultures animales" n'amène-t-elle pas à concevoir davantage de continuité entre l'homme et l'animal ?

En s’appuyant sur les connaissances les plus actuelles de l’éthologie et de la biologie, l’auteur s’attache à démontrer ce que nous devons à l’animalité et ce qui fait notre être propre. C’est une nouvelle vision de l’être humain qu’il propose.

Kant et le chimpanzé, Georges Chapouthier, Editions Belin, 2009, 143 pages

A propos de l'auteur

Titulaire d'une double formation en biologie et en philosophie, Georges Chapouthier est directeur de recherche au CNRS. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur le cerveau et sur les animaux.

Au sommaire

1 - L'homme et l'animal à travers les civilisations
2 - L'homme est (aussi) un animal
3 - La culture chez l'animal et chez l'homme
4 - L'homme n'est pas (seulement) un animal
Epilogue
L’être humain, un pont entre deux modes d’être
Notes bibliographiques
Table des matières

Pour en savoir plus

- Cet article de Laurence Hansen-Love
- Le livre : Humanité, animalité : quelles frontières ? de Jean-Claude Nouët et Georges Chapouthier

L'avis du site JNE
(Journalistes-écrivains pour la nature et l'écologie)

Existe-t-il entre Kant et le chimpanzé un fossé infranchissable ou bien faut-il considérer que la morale et l’esthétique chez l’homme plongent leurs racines dans le terreau de la nature ? En d’autres termes, sommes nous des philosophes ou des singes ? Voilà un sujet cher à Georges Chapouthier, biologiste et philosophe. Il le développe avec brio et un sens de la synthèse extraordinaire. Il parvient à passionner le lecteur sur ces questions fondamentales. Ce grand défenseur des animaux s’émerveille de notre superbe intelligence mais se désespère de ce qu’on en fait. Rien ne nous permet de nous placer au-dessus d’êtres sensibles capables de dévouement pour leurs proches et chez lesquels existent une ébauche de culture. Les animaux utilisent des outils. Ils connaissent des règles (tabou de l’inceste) et même une protomorale (protection des jeunes). Ils possèdent une conscience environnementale et certains, une conscience phénoménale (test du miroir). Oui, Homo Sapiens, l’homme savant comme il s’est appelé lui-même, occupe une place à part mais il n’en est pas moins en lien avec le reste du vivant. En effet, petit à petit, on s’aperçoit que tout ce qui, croyait-on, était notre spécificité, existe au moins sous forme d’ébauche chez les animaux.

L'analyse du livre par la LFDA, La Fondation Droit Animal

Dans ce livre, Georges Chapouthier a choisi de construire son propos autour d’une question récurrente toujours très actuelle : celle de la relation entre l’humanité et l’animalité. C’est un ouvrage de réflexion très abouti, richement documenté et dont les argumentations sont conduites de façon claire. Entre deux attitudes bien tranchées, l’une qui récuse toute différence entre l’homme et l’animal et une autre qui considère qu’il existe entre les deux une indiscutable frontière infranchissable, l’auteur en présente et développe une troisième qui s’est établie sur le fait que l’être humain a une réalité biologique issue d’une longue évolution animale et que l’on peut déceler et étudier, chez des animaux actuels, des ébauches de singularités proprement humaines.

Le 2e chapitre, « L’homme est (aussi) un animal », décrit comment, au cours de l’évolution biologique, la construction « en mosaïques » des êtres vivants par l’emboîtement d’éléments de plus en plus complexes a conduit à l’émergence de fonctionnements unitaires intégrés.

Il se termine par la phrase suivante qui introduit le 3e chapitre, « La culture chez l’animal et chez l’homme » : « Si l’homme se rattache clairement à l’animal par son anatomie et sa biologie, en est-il fondamentalement différent par son intelligence et sa culture ? »

C’est dans ce chapitre que l’auteur aborde le constat de l’existence chez certains animaux d’ébauches des singularités humaines, et qu’il présente les notions de ce qu’il désigne comme des protocultures animales et des protolangages par exemple. Le sujet devient plus dense et les propos sont très stimulants pour la réflexion quand sont abordés soit le problème de la pensée consciente et les deux types de consciences dans le monde animal, soit les questions suivantes : les animaux ont-ils une théorie de l’esprit, (c’est-à-dire la conscience de la pensée d’un autre) ? Existe-t-il une ébauche de la morale chez les animaux ? Les animaux sont-ils capables de choix esthétiques ?

Après ces bases nettement dessinées, la seconde moitié de l’ouvrage est une analyse des manières dont l’homme utilise ses aptitudes singulières largement épanouies par rapport aux ébauches (parfois ténues et sujettes à débat) citées précédemment. Dans le 4e chapitre, « L’homme n’est pas (seulement) un animal », G. Chapouthier cherche « dans l’approfondissement de la culture les traits qui permettent d’attribuer une spécificité à l’être humain », mais on remarque qu’au cours de cette analyse la rencontre avec la dualité nature-culture est inévitable et qu’il la met habilement à profit pour conduire son propos « qui vise à faire de la culture la suite logique de la nature ». Ainsi, il considère que la morale est à la fois « fruit de la nature et fruit de la culture » mais il souligne que pour beaucoup de philosophes modernes la culture se définit contre la nature.

A propos de l’esthétique, il précise : « Kant insiste davantage, voire presque exclusivement, sur les développements culturels de l’esthétique en négligeant ses bases naturelles », alors que lui même considère que l’esthétique est, elle aussi, entre nature et culture.

Ce chapitre comporte des approches multiples et le cheminements est parfois ardu, en particulier lors de l’articulation entre l’esthétique et la morale ou lors de l’évocation d’une esthétique globale de la nature, conçue en dehors du contexte de la sexualité. Ce chapitre s’achève par un développement très intéressant sur le fait que la culture chez l’homme va « vers davantage de rationalité en même temps que vers davantage d’imaginaire » ; fait qui selon l’auteur résulte des aptitudes distinctes des hémisphères droit et gauche du cerveau humain, lesquels fonctionnent cependant de façon unitaire.

Dans l’épilogue, « L’être humain, un pont entre deux modes d’être », l’auteur tente de conclure en situant « l’être propre de l’homme », « à la fois animal et non-animal ». Revenant sur les trois attitudes citées plus haut, il affirme de façon imagée qu’il ne s’agit pas de choisir entre Kant et le chimpanzé, mais d’admettre « que nous sommes tous nous-mêmes, en quelque sorte, Kant et le chimpanzé ». Ayant ainsi défini le statut singulier de l’homme dans le monde vivant, G. Chapouthier évoque et commente ce que cette singularité implique pour l’homme quant à ses choix éthiques dans ses relations avec autrui, les animaux et l’environnement et il conclut en formant « le voeu que les normes culturelles de cet homme à venir évolueront vers le meilleur. Car un être singulièrement différent peut l’être pour le meilleur… comme pour le pire ».

Pour éviter de répéter moins bien ce que l’auteur explique clairement, plusieurs discussions approfondies qui étoffent le parcours du livre ne seront pas commentées ici. La lecture de ce livre de Georges Chapouthier est hautement recommandée car il permettra à chacun d’enrichir grandement sa propre réflexion. In fine, on peut cependant regretter l’illustration de la couverture, qui évoque maladroitement le contenu de l’ouvrage, voire même à contre sens ; d’abord Kant et le chimpanzé ne devraient pas se tourner le dos, et pour cause ! Ensuite, le bel homme nu (qui représente Kant ?) n’est pas un singe nu, il devrait être culturellement vêtu.

Le singe est-il le frère de l'homme ? de Pascal Picq

Le singe est-il le frère de l'homme ?
de Pascal Picq

Le singe est-il le frère de l'homme ? Nous, des macaques ?! Ne sommes-nous pas au sommet de l'échelle des êtres ? Et si l'homme est un singe, l'inverse est-il pour autant vrai ? Quelles surprises nous réserve encore la planète des singes ?

Le singe est-il le frère de l'homme ?, Pascal Picq, Editions Le Pommier, 2002, 62 pages

A propos de l'auteur

Pascal Picq est l'une des principales figures de la paléoanthropologie en France. Il est aujourd'hui maître de conférences au Collège de France.

L'avis d'Agnès Lenoire
Source

En seulement quelques pages, vous plongez dans un réquisitoire contre l’anthropocentrisme et ses préjugés. Railleur et sans indulgence pour notre arrogance humaine, Pascal Picq dénonce d’abord notre langage empreint de métaphores simiesques, qui véhiculent si bien notre mépris de dominants. Puis il remet l’homme à sa vraie place, c’est-à-dire non pas "descendants du singe", ce qui voudrait dire "ayant bien évolué", mais plutôt du même lignage évolutif. Partageant 98% de nos gènes avec les chimpanzés et les bonodos, nous formons la même famille. Pascal Picq est une des grandes figures de la paléoanthropologie française. Ecoutons son message qui nous exhorte à nous réconcilier avec notre nature de singe. Il le fait avec beaucoup d’humour et ce livre est savoureux.

Au sommaire

- Espèce de singe !
- Si on est frères, alors on ne descend pas l'un de l'autre
- Portrait de famille
- La planète des singes
- L'homme perdu sur la planète des singes (à queue)
- Pour une planète humaine
- Bibliographie

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Le Pommier
- Les animaux amoureux, de Pascal Picq et Eric Travers
- La plus belle histoire des animaux - Collectif avec Pascal Picq

La raison des plus forts, de Pierre Jouventin, David Chauvet et Enrique Utria

La raison des plus forts :
La conscience déniée aux animaux

Sous la direction de Pierre Jouventin,

David Chauvet, et Enrique Utria


Les avancées de la science contredisent radicalement la conception cartésienne de "l'animal-machine" ou le statut actuel de "res nullius" ou de "bien meuble". Mais tandis que les preuves d'une continuité cognitive entre l'humain et l'animal s'accumulent, le sens commun continue de tenir les animaux pour des êtres sans conscience. Il est vrai que ce négationnisme sert de nombreux intérêts économiques (viande, fourrure...), technoscientifiques (expérimentation) ou même récréatifs (chasse, corrida...). Sommes-nous prêts à élargir notre considération aux animaux ? Tel était le sujet du colloque organisé le 14 novembre 2009 à l'université Paris V René Descartes par les associations Droits des Animaux et Tribune animale (Science-Po Paris) auquel cet ouvrage fait suite. Il regroupe le point de vue d'universitaires (philosophes, éthologues, historiens, juristes, économistes) et d'antispécistes, français et étrangers.

Sous un titre emprunté à La Fontaine et souvent repris depuis, les onze essais réunis dans ce volume abordent principalement la notion de conscience animale, objet d’une controverse ininterrompue depuis l’Antiquité : à partir de quand peut-on parler de conscience ? Quels ajustements la reconnaissance de facultés mentales aux animaux rendrait-elle nécessaires ? Autant de questions auxquelles les auteurs ont cherch à répondre, offrant une réflexion particulièrement riche et poussée sur la conscience animale.

La raison des plus forts : La conscience déniée aux animaux, Pierre Jouventin, David Chauvet, Enrique Utria, Editions IMHO, 2010, 240 pages

Au sommaire

Pierre Jouventin : Le propre de l’homme sous le microscope
David Chauvet : Les animaux, ces êtres de raison
Estiva Reus : Sentience et viande
Yves Bonnardel : Idée de nature, humanisme et négation de la pensée animale
Maxine Sheets-Johnstone : Espèces en voie de disparition
Elisabeth Hardouin-Fugier : Le verbe qui voile la violence
Fabienne Delfour : Conscience, souffrance et bien-être de l’animal-objet
Marc Bekoff : Prendre en considération les animaux et non uniquement les primates "supérieurs"
Irene Pepperberg : Pouvons-nous dénier la conscience aux animaux non-humains ?
Jean-Claude Wolf : Une éthique de la sympathie naturelle
Olivier Le Bot : La qualification juridique de l’animal

Pour en savoir plus

- La volonté des animaux, de David Chauvet
- Droits des animaux - Théories d'un mouvement, d'Enrique Utria
- Les confessions d'un primate, de Pierre Jouventin
- Kamala, une louve dans ma famille, de Pierre Jouventin
- Les émotions des animaux, de Marc Bekoff

Humanité, animalité : quelles frontières ? de Jean-Claude Nouët et Georges Chapouthier

Humanité, animalité : quelles frontières ?
Sous la direction de

Jean-Claude Nouët

et Georges Chapouthier


Rassemblées dans cet ouvrage, les contributions originales de 21 biologistes, médecins, vétérinaires, philosophes et juristes, montrent combien se sont estompées aujourd'hui les frontières scientifiques, philosophiques, juridiques, pathologiques, prétendument infranchissables, que le cartésianisme avait voulu voir ériger entre l'humanité et l'animalité.

Au cours des siècles, les hommes ont le plus souvent considéré qu’il existait un fossé entre le règne animal et eux. La reconnaissance des droits de l’animal va à l’encontre de cette conception, également battue en brèche par les travaux scientifiques les plus récents. Aussi, on le sait, la LFDA a réuni, ces dernières années, trois congrès qui ont étudié respectivement les frontières scientifiques et philosophiques, juridiques et pathologiques entre l’animalité et l’humanité.

Cet ouvrage est constitué des actes de ces congrès. Lors du premier, Alain Collenot a montré comment la génétique a modifié la conception de ces frontières. Au sein d’un même groupe, celui des mammifères, les structures sociales sont elles-mêmes très variées (Jean-Louis Hartenberger). Si définir une conscience animale n’est guère aisé, des "pistes" sont néanmoins possibles (Pierre Buser). Certes, les limites du naturel et du culturel demeurent floues, surtout si l’on considère les protocultures et l’emploi d’outils, protolangage, protomorale et choix esthétiques (Georges Chapouthier). Pour leur part, Jean Bastaire et Michel Hulin analysent la place des animaux dans le christianisme et la civilisation indienne.

Les frontières juridiques – objet du deuxième congrès – sont étudiées par Jean-Pierre Marguénaud et Grégoire Loiseau. De son côté, Suzanne Antoine estime que la création d’une nouvelle catégorie de biens, le "bien protégé", pourrait améliorer la situation juridique de l’animal. Membre du Parlement européen et président de l’Intergroupe pour le bien-être et la protection des animaux, Robert Evans, rappelle les grandes lignes de l’action de celui-ci.

Troisième congrès, consacré aux frontières pathologiques, ce qui implique l’évaluation comparée de l’immunologie (Patrice Debré), les sensibilités différentes intra et interspécifiques (Hervé Zeller), les contaminations de l’homme par les déplacements intercontinentaux (François Bricaire), les modèles artificiels de pathologies humaines (Jean-Louis Guénet) et la pathologie comparée avec le cas du chien (Stéphane Blot). Dans leur exposé sur le risque sanitaire "sauvage", Marc Artois, Alexandre Caron et Bernard Vallat soulignent que "la diabolisation de la faune sauvage ne résoudra aucun problème". Et Sabrina Krief dresse un étonnant panorama des animaux qui "se soignent" eux-mêmes, les chimpanzés surtout, mais aussi bien d’autres.

En conclusion, Jean-Claude Nouët montre à quel point la notion de frontière entre animalité et humanité apparaît relative : une "affaire de critères et de point de vue". Néanmoins, alors même que, sous l’effet des découvertes scientifiques et de l’évolution des mentalités, cette frontière s’estompe, la législation va encore trop souvent à contre courant. Ainsi, dans notre pays, un texte officiel récent assimile l’animal de laboratoire à… un "système d’essai"…

Humanité, animalité : quelles frontières ? se révèle un ouvrage fondamental, qui apporte des arguments décisifs à une meilleure reconnaissance des droits de l’animal.

Co-auteurs : Suzanne Antoine, Marc Artois, Jean Bastaire, Stéphane Blot, François Bricaire, Pierre Buser, Alexandre Caron, Georges Chapouthier, Alain Collenot, Jean-Marie Coulon, Patrice Debré, Robert Evans, Michel Fontaine, Jean-Louis Guénet, Jean-Louis Hartenberger, Michel Hulin, Sabrina Krief, Grégoire Loiseau, Jean-Pierre Marguénaud, Jean-Claude Nouët, Bernard Vallat, Hervé Zeller.

Humanité, animalité : quelles frontières ?, Jean-Claude Nouët, Georges Chapouthier, Editions Connaissances et Savoirs, 2006, 243 pages

Voir aussi : Homme et animal : de la douleur à la cruauté, sous la direction de Thierry Auffret Van der Kemp et Jean-Claude Nouët.

12 août 2010

Homme et animal : de la douleur à la cruauté, de Thierry Auffret Van der Kemp et Jean-Claude Nouët

Homme et animal : de la douleur à la cruauté
Sous la direction de

Thierry Auffret Van der Kemp
et Jean-Claude Nouët


Lors de l'exposition "Bêtes et Hommes" à la Grande Halle de la Villette en octobre 2007, la Fondation Ligue française des droits de l'animal a organisé un colloque sur le thème "Homme et animal : de la douleur à la cruauté ".

D'éminents spécialistes des sciences biologiques et des sciences humaines ont accepté d'y apporter leur savoir dans les domaines divers de la neurobiologie, de l'éthologie, de la sociologie, de la philosophie, de l'histoire et du droit. Ils ont apporté leurs réponses à des questions essentielles concernant la douleur des animaux, et les réactions de l'homme à son égard.

Du point de vue du neurobiologiste, tous les animaux peuvent-ils éprouver la douleur physique et la souffrance psychique ? Comment, selon l'éthologue, peut-on reconnaître et interpréter les signes extérieurs de la souffrance des animaux ? Comment l'homme perçoit la souffrance d'autrui ? Sous l'angle de la médecine pédopsychiatrique, un enfant cruel envers un animal devient-il un adulte cruel envers l'homme ? Comment, au regard des philosophes comme des artistes plasticiens au cours des trois derniers siècles et jusqu'à aujourd'hui, la douleur et la souffrance subies par les animaux ont-elles été prises en compte par les hommes ? Selon la sociologie, des pratiques culturelles ou professionnelles sont-elles capables, en écrasant la sensibilité d'enfants ou d'adultes pour la souffrance des animaux, d'engendrer des séquelles psychologiques ? Comment le droit a-t-il pris, ou prendra-t-il en compte la douleur des animaux et la cruauté envers eux ?

L'ouvrage, réalisé par la Fondation Ligue française des droits de l'animal, présente les interventions et les débats ; il est accessible à tous les publics.

Homme et animal : de la douleur à la cruauté, Thierry Auffret Van der Kemp, Jean-Claude Nouët, Editions L'Harmattan, 2008, 180 pages

Ce livre peut-être feuilleté sur cette page.

Sommaire

Thierry Auffret Van der Kemp
Avant-propos et remerciements

Jean-Claude Nouët
Introduction

Georges Chapouthier
La douleur : des animaux à l'homme

Dalila Bovet
Comment reconnaissons-nous et interprétons-nous les signes extérieurs de la douleur ou de la souffrance des animaux ?

Marie-France Le Heuzey
L'enfant cruel; cruauté envers l'animal, cruauté envers l'homme : continuité ou rupture ?

Jean-Luc Guichet
La perception de la cruauté envers l'animal au cours de l'histoire : le XVIIIe siècle, siècle charnière

Elisabeth Hardouin-Fugier
Images de la cruauté humaine envers l'animal

Jocelyne Porcher
L'écrasement de la sensibilité des travailleurs dans les systèmes industriels de productions animales

Jean Decety
Comment notre cerveau perçoit-il la souffrance d'autrui ?

Suzanne Antoine
La prise en compte par le droit de la douleur de l'animal et de la cruauté envers lui

Jean-Claude Nouët
Conclusion

Penser l'animal autrement, de Philippe Devienne

Penser l'animal autrement
de Philippe Devienne


Alors que le débat autour des droits de l'animal fait l'objet d'âpres discussions quant aux critères retenus pour affirmer que les animaux souffrent, sont conscients, désirent..., il est frappant de constater que le sceptique récuse aisément de tels arguments fondés sur la connaissance. Un chemin de la philosophie n'a cependant pas été exploré : la philosophie du langage ordinaire, en dépassant la sphère de la connaissance, donne une nouvelle ouverture à ces concepts et nous invite alors à (re)découvrir cet animal qui est là devant nous lorsque nous disons de lui : il souffre, il est conscient, il a faim, etc. Tout en combattant les thèses relativistes et en dénonçant les idées réductionnistes qui foisonnent sitôt que l'animal est l'enjeu d'un désaccord, l'auteur propose de nouveaux développements politiques et éthiques dans notre société, complexe et paradoxale à bien des égards dans sa relation aux animaux.

Penser l'animal autrement, Philippe Devienne, Editions L'Harmattan, 2010, 317 pages

A propos de l'auteur

Vétérinaire, Philippe Devienne est également titulaire d’un doctorat de philosophie.

Ce livre peut être feuilleté sur cette page.

Voir aussi, du même auteur : Les animaux souffrent-ils ?

Sommaire

Remerciements
Introduction
Chapitre I - Principes fondateurs et nouvelles perspectives
I - Querelles et réconciliations autour de l'animal
. À la recherche de critères fondateurs
. Des critères de capacité
. Des conflits de critères entre écocentristes et libérationnistes
. Conflits entre éthiques individualistes et principes humanistes
. Consensus ou constructions mal faites
II - Parler au nom de l'Animal ?
1 - Parler pour l'animal
Prétendre à des droits qui ont été bafoués
Prétendre à des droits à faire valoir
2 - Parler de l'animal ?
3 - Ils parlent tous de l'animal
4 - Envisager un relativisme des valeurs ?
Contre le relativisme : refuser une méta-éthique
La stratégie relativiste fait abstraction de la Déclaration des Droits de l'Homme
III - Ils parlent (Tous) pour Moi !
Chapitre II - Raconter l'Animal
I - Des critères ad hominem
1 - Entre la perception et l'interprétation : l'animal est là, devant moi
La dimension conceptuelle du voir
Le voir de l'analogie
La référence du "comme" dans le comportement
2 - Entre lui et moi, ou l'association corps-esprit
L'apparence de l'intérieur et de l'extérieur
L'animai-machine
Le dualisme du corps et de l'âme remanié par les neuroscientifiques
L'animal-chose de la doctrine juridique
L'animal-outil de production
3 - Comment dans ces conditions, peut-on parler de critères de bien-être ou critères de douleur ?
La question des critères du bien-être
La question des critères de la douleur
II - Ce que nous cherchons est de savoir "quel effet cela fait d'être..."
Vers une subjectivité animale
Les qualia
III - Concepts empiriques et concepts grammaticaux
I - La grammaire de l'intérieur et de l'extérieur
Plutôt que de savoir "Quel effet cela fait ?", posons-nous plutôt la question ; "Quand utilisons-nous des mots comme 'se représenter ', 'souffrir '. 'être conscient ' ?"
La relation entre l'intérieur et l'extérieur
L'intérieur, l'extérieur et la grammaire
2 - Mon attitude envers ranimai et les critères grammaticaux
La question des symptômes et des critères de la douleur
Les critères : existence ou identification ?
3 - La grammaire des autres
La grammaire dépasse la barrière d'espèces
La grammaire à la première et à la troisième personne
Raconter l'animal
Chapitre III - Accords et désaccords
I - Aveugles envers l'Animal
Première cécité : je ne vois pas un aspect de l'animal
Seconde cécité : je deviens aveugle aux autres aspects
Cette deuxième cécité survient quand nos mots nous échappent
Le déni de l'animal
II - Retrouver l'usage ordinaire
1 - Ce que nous révèle la grammaire du langage ordinaire
Quand nous parlons nous nous rapprochons du réel
Mes mots m'engagent
2 - La norme émerge de notre façon de parler
L'homme, la seule mesure des choses ?
Convention, tradition ou relativisme ?
Vers un naturalisme des normes
3 - L'accord dans la forme de vie définit mon rapport à ma communauté
Les critères dépendent de l'accord dans les Jugements
L'accord ne se limite pas à un héritage
La justification des cas-limites n 'est pas un accord
Le dernier mot de la Justice, le premier mot du langage ordinaire
III - Sur les chemins de l'ordinaire
A la croisée des chemins
Le chemin du pragmatisme
Le chemin de la revendication
Chapitre IV - Un chemin pragmatique
I - L'élevage en crise
Caractéristiques de l'élevage
Les risques dans l'élevage
Les crises de l élevage
Les difficultés des éleveurs
Des tensions intenables chez les scientifiques
Les changements de vue des consommateurs et leur perplexité
II - Des hypothèses et leurs capacités à résoudre la crise
Vers un végétarisme ?
Vers une amélioration des postes de l'intensif ?
De l'usage des labels ?
Des élevages industriels
Un développement durable
III - Envisager un élevage pragmatiste
1) Les 4+2 thèses du pragmatisme dans un contexte de crise
1° Pas de dichotomie fondamentale entre faits et valeurs
2° La primauté de la pratique
3° Un anti-scepticisme
4° Un faillibilisme
4+1° Ne pas oublier le cri des blessés
4+2° Ne pas espérer fonder une hypothèse sur un changement de ma société
2) Des contraintes de qualité
Les contraintes pour une qualité sociale
Les contraintes pour une qualité environnementale
Des contraintes de production
Des contraintes pour le bien-être des animaux
3) L'élevage : une coopération interdisciplinaire
Un collectif étendu
La formation des chercheurs
IV - Le pragmatisme et mon désenchantement
Chapitre V - Des chemins revendicateurs
I - Mon consentement ou mon silence, et la perte de la voix
Prendre son parti
Le déni de l'animal
Il y a un moment ou cette société dépasse tes bornes, mes bornes
II - Une situation démocratique du desaccord
1. Manifester son désaccord
2. Quelle démocratie serait plus favorable dans la considération de l'animal ?
La version du contractualîsme démocratique
Qu'en est-il cependant de l'animal dans la théorie rawlsienne ?
L'utilitarisme
Le perfectionnisme
III - Je suis le lien entre ma société et l'animal
Encore la question de l'accord entre le Je et le Nous
Une revendication
Vers une démocratie du désaccord
Comment revendiquer ?
Mon errance dans la reconnaissance de l'animal
IV - "En-visager" l'animal dans une dimension éthique
Au-delà de la compassion
Une ouverture à l'altérité
Le "Je" de l'action
Conclusion
Bibliographie

Les animaux souffrent-ils ? de Philippe Devienne

Les animaux souffrent-ils ?
de Philippe Devienne


Philippe Devienne, vétérinaire, offre un regard neuf sur l'épineuse question de la souffrance animale, à l'heure où justement la souffrance humaine est de mieux en mieux prise en charge grâce aux progrès techniques. Un petit ouvrage scientifique qui nous ouvre sur le monde et sa réalité.

Comment juger de la souffrance animale ? Qui est à même de le faire ? Le vétérinaire, l’éleveur, l’employé des abattoirs, le chercheur… tout un chacun ? Et sur quels critères, puisque, à l’inverse de l’être humain, l’animal ne peut en parler ?

Les animaux souffrent-ils ? Pourquoi cette question, qui suscita de houleux débats au XVIIe siècle, mérite-t-elle à nouveau d'être posée ? Nous sommes à peu près tous convaincus qu'un chien souffre... mais une mouche a-t-elle mal ? Science et philosophie ont-elles définitivement clos le sujet de la douleur animale ? Et si la réponse était à chercher hors de leurs sentiers battus ?

Les animaux souffrent-ils ?, Philippe Devienne, Editions Le Pommier, 2008, 64 pages

A propos de l'auteur

Vétérinaire, Philippe Devienne est également titulaire d’un doctorat de philosophie.

Voir aussi, du même auteur : Penser l'animal autrement.

Au sommaire

- Introduction
- Une question de définitions ?
- Comment sait-on qu’ils souffrent ?
- Peut-on croire qu’ils souffrent ?
- Conclusion
- Références
- Bibliographie

L'analyse du livre
par la LFDA, La Fondation Droit Animal

Un nouvel ouvrage à mettre au crédit de cette remarquable collection. Docteur vétérinaire et philosophe, l’auteur montre combien est dépassée la conception postcartésienne, développée par Nicolas de Malebranche, qui voulait voir dans les animaux des objets dépourvus de douleur, comme les automates ou les horloges. Mais il affirme que l’analyse physiologique, qui montre l’existence chez les animaux de processus identiques à ce qu’on trouve chez les humains, ne peut permettre d’affirmer, puisque les animaux ne parlent pas, que leur vécu de la douleur ou de la souffrance est vraiment identique au nôtre. Et à l’opposé de cette analyse «objective» des mécanismes physiologiques, l’interprétation «anthropomorphique» subjective des douleurs des animaux, comme identiques aux nôtres, se heurte à la critique que ce peut être une fiction de notre imagination. En d’autre termes, l’analyse des mécanismes physiologiques donne une idée objective de ces mécanismes, mais sans conclusion possible quant la «totalité sentante» et quant à ce qu’elle ressent effectivement, alors que l’approche subjective donne certes une idée de la totalité, mais sans preuve objective de sa véracité, puisque l’animal ne peut témoigner de son ressenti. «Même chez un être humain, je ne peux pas ressentir la sensation d’autrui» (p52).

Face à ce qui apparaît comme une question définitivement sans réponse, l’auteur conclut, de manière relativement empirique, en s’appuyant sur la théorie du langage du philosophe Wittgenstein, que nous pouvons concevoir la douleur de l’animal puisqu’elle est ainsi inscrite dans nos catégories langagières : «C’est un animal ou un humain qui a mal, et cela ne découle pas d’une réalité empirique mais réside dans notre façon de parler» (p57). Ainsi s’offre, pratiquement, la possibilité de sonder empiriquement la douleur, et de la soulager par diverses techniques, des méthodes pratiques dont l’auteur, fort de sa pratique vétérinaire, nous donne, pour les animaux les plus familiers, des «recettes» nombreuses (et utiles). Notamment, face au relatif «silence» de l’animal qui souffre : «quel vétérinaire n’a jamais été surpris de découvrir des lésions tissulaires étendues (…) en complet décalage avec la discrétion du comportement douloureux de l’animal» (p25). Finalement, sans pouvoir répondre à la question métaphysique de la douleur animale et de son vécu réel, «occupons nous d’être vigilants et attentifs à propos de nos animaux… pour détecter chez eux les premiers signes de leur souffrance» (p60). Une souffrance qui nous apparaît spontanément à travers notre univers langagier usuel. Nous avouons ne pas être tout à fait d’accord avec l’auteur. Certes nous le suivons parfaitement dans sa démarche pratique visant à limiter au mieux la douleur des animaux.

Mais nous pensons aussi qu’on peut aller plus loin dans l’affirmation philosophique des capacités de animaux à ressentir la douleur, en s’appuyant sur les mécanismes physiologiques (objectifs) et en inférant, dans le même temps, à leur propos un ressemblance (subjective, mais assez plausible) avec leurs conséquences ressenties chez l’homme. Cela donne une «probabilité de ressenti de la douleur» assez comparable, pour les mêmes mécanismes, entre eux et nous. A défaut, quand on s’éloigne trop des comparaisons possibles avec les humains (adultes), il faut donner aux animaux (et aussi aux jeunes enfants dépourvus, eux-aussi, du langage) le «bénéfice du doute» et supposer qu’ils souffrent, plutôt que de supposer qu’ils ne souffrent pas. Ainsi pourra-t-on progresser vers davantage de morale dans un monde qui en a bien besoin. En attendant sans doute des progrès ultérieurs de l’imagerie cérébrale, qui pourront peut-être permettre d’aborder, plus directement, dans le futur, le vécu de l’expérience douloureuse.

11 août 2010

Histoires incroyables d'animaux pas comme les autres, de Laetitia Barlerin

Histoires incroyables
d'animaux pas comme les autres

de Laetitia Barlerin
avec la collaboration de Georges-François Rey


Un livre instructif et agréable
que je vous recommande !

40 histoires vraies, recueillies à travers le monde, qui mettent en scène divers animaux ayant vécu des situations extraordinaires.

Un chat parcourt 600km pour retrouver ses maîtres...
Un perroquet maladroit provoque une rupture amoureuse...
Une lionne adopte un bébé antilope...
Un éléphant sauve des touristes d'un tsunami...
Un chien hérite de milliards de dollars...
Un kangourou sauve un agriculteur australien...

Ce ne sont que quelques-unes des 40 histoires vécues par des animaux-héros qui, lors d'événements exceptionnels ou dans des situations hors du commun, ont fait preuve d'aptitudes extraordinaires. Quel instinct enfoui les a amenés à se comporter ainsi ? Comment ont-ils pu accomplir ces exploits surprenants ?

Docteur vétérinaire et spécialisée dans le comportement animal auquel elle consacre de nombreuses rubriques à la radio, à la télévision et dans la presse animalière, Laetitia Barlerin nous propose de le découvrir et nous donne, au-delà de ces récits étonnants, l'occasion d'en apprendre davantage sur certaines facultés - souvent ignorées - de nos amies les bêtes.

Pour chaque "histoire extraordinaire", l’explication du vétérinaire sur "ce qui a conduit l’animal à accomplir cet exploit". Des infos pour en savoir plus sur l’animal complètent aussi ces explications.

Histoires incroyables d'animaux pas comme les autres, Laetitia Barlerin, avec la collaboration de Georges-François Rey, Editions Albin Michel, 2009, 296 pages

L'avis du site JNE
Journalistes-écrivains pour la nature et l'écologie

Source

Essentiellement fondées sur des dépêches d’agences de presse, ces histoires récentes vont des animaux sauveurs d’humains aux surdoués en passant par les gaffeurs (mes préférés), tel Ziggy Stardust, ce perroquet imitateur qui trahit les infidélités de sa maîtresse en criant amoureusement un prénom masculin… Autres exemples : le dauphin qui a sauvé des baleines, le paon amoureux d’une pompe à essence, le chat qui devine la mort des pensionnaires d’un asile, l’ourse amie d’un chat, etc. Vétérinaire médiatique (RMC, Télé 7 jours…), Laetitia Barlerin reçoit également beaucoup de témoignages personnels au cours de ses diverses professions. Après chaque récit, elle nous livre son "avis du véto" pour en proposer des explications possibles, ce qui n’est pas évident pour nombre de comportements. Là réside peut-être l’intérêt de ces faits réels : ils échappent encore à la science, et ils nous ouvrent des horizons nouveaux. Cependant, quitte à décevoir ses lecteurs, docteur Barlerin ne donne pas dans l’irrationnel : "aucun des cas de chats voyageurs (pour retrouver leurs maîtres) que la littérature ait pu rapporter n’a été validée scientifiquement". Chaque histoire extraordinaire est aussi suivie d’un "Pour en savoir plus" sur des infos générales plus connues mais également étonnantes. Chats, chiens, lapins, éléphants et kangourous sont ainsi passés au crible. Pour d’autres anecdotes sur des bêtes extraordinaires, mais sous un angle plus historique, voir aussi "Les animaux célèbres" (Martin Monestier, Editions Le cherche midi, 2008).

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Albin Michel
- Le portrait de Laetitia Barlerin (activités, livres)
- La page de l'émission radio "Vos animaux" sur RMC

L'émission "Vos animaux" est diffusée tous les dimanches matin de 6h à 8h sur RMC. Disponible également sur le site, vous pouvez l'écouter à tout moment. Dans cette émission 100% interactive, animée par François Sorel, Laetitia Barlerin, Docteur vétérinaire, répond à toutes vos questions sur les animaux de compagnie et vous aide à résoudre les problèmes rencontrés au quotidien. Toute l'actualité concernant le monde animalier, les nouveaux produits et événements y sont aussi traités dans la bonne humeur.

Le sommaire

-Des animaux enchantés ?
Les animaux héros
- Angel et la chienne sans nom
- Les lions et la petite fille
- Le sixième sens de Thongdaeng
- Sauvés à coups de griffe
- S.O.S., un chien au téléphone !
- Le gentil géant au dos d'argent
- Des dauphins "casques bleus"
- Skippy pour de vrai
Les animaux miraculés
- Molly au Pays des Merveilles
- Emily, globe-trotter
- Un dur à cuire
- Le mois des envahisseuses
Les animaux surdoués
- Le voyageur solitaire
- Les dents du lac
- Une boussole dans la tête
- Le diagnostic de Ringo
- Rico, le surdoué
- Les câlins du petit chat
Les animaux et l'amour
- Un amour super
- L'amour rend aveugle
- Les copines du zoo
- A nous les petites Suédoises
Les animaux gaffeurs
- Un perroquet trop bavard
- Un serpent au fond du trou
- Drôles d'oiseaux
- Douillet refuge
Parents modèles
- Et alors ? Moko est arrivé !
- La biche de la discorde
- Le garde du corps
- La lionne au cœur tendre
- La solitude, ça n'existe pas
Les animaux stars des médias
- La baleine de Londres
- L'Allemagne victime de la "knutmania"
- Libre malgré lui
- La course en tête du roi fainéant
Les animaux insolites
- Elle a fait un bébé toute seule
- La fortune de Trouble
- La hi-fi adoucit les peines
- Mélange des genres
- Le mystère des crapauds explosifs

Quelques extraits choisis

Le mot de l'auteur (p9)
Des animaux enchantés ?

Des lions qui arrachent une petite fille à ses ravisseurs. Des éléphants qui sauvent des touristes du tsunami. Un chat qui fait 800km pour retrouver ses maîtres. Un couple de flamants roses homosexuels qui adopte un poussin abandonné. Une chatte et un ours qui deviennent les meilleurs amis du monde. Un chien qui diagnostique un cancer chez sa maîtresse...
Elles font régulièrement la une de nos quotidiens et la clôture du JT de 20 heures. Elles sont émouvantes, troublantes, drôles, étonnantes et... véridiques ! Ces histoires dont les animaux sont les héros ne laissent personne indifférent. Car elles révèlent une face cachée de leur nature, une face teintée d'humanité ou au contraire de magie.
Vétérinaire de profession, j'ai le bonheur d'animer depuis plusieurs années une émission radiophonique animalière sur l'antenne de RMC. Il m'arrive souvent de relater de tels récits ou d'en recueillir le témoignage. Et à chaque fois, la même question m'est posée : "Docteur, comment l'expliquez-vous ?". De là est née l'idée de cet ouvrage : raconter des histoires animalières aussi incroyables les unes que les autres puis donner un avis documenté sur les comportements observés.
Au fil des pages, vous découvrirez que, contrairement aux idées reçues, l'animal n'est ni une simple "machine" mue par des instincts primaires, comme le prône la pensée cartésienne, ni un être doté de pouvoirs "surnaturels". Les animaux sont capables d'éprouver des émotions, de l'empathie, de la compassion et même de l'amour, des sentiments que I'on pensait réservés à l'homme. Ils peuvent aider leur prochain - de leur espèce ou d'une autre - même s'ils ne semblent en tirer aucun avantage propre. Ils possèdent un sixième sens, mais aussi un septième, un huitième, un neuvième, tous ces sens que l'homme ne possède pas ou plus (capter des infrarouges, émettre des infrasons, transmettre des informations grâce aux phéromones). Ils font preuve d'une sensibilité et d'une intelligence aiguës qui laissent perplexes nombre de scientifiques. Si différents et pourtant si proches de nous, ils nous montrent qu'ils ont encore beaucoup à nous apprendre. Et pour commencer, une grande leçon d'humilité :
"L'animal a cet avantage sur l'homme qu'il ne peut être sot." - Victor Hugo

Bonne lecture !
Laetitia Barlerin

Des chiens au secours des épileptiques (p45)

En Grande-Bretagne, un centre de dressage canin s'est spécialisé dans la formation de chiens d'assistance pour épileptiques. Ces chiens apprennent à reconnaître et repérer chez l'homme les plus infimes changements, annonciateurs d'une crise d'épilepsie, comme une dilatation des pupilles, un tressaillement des doigts, une expression du visage et sûrement d'autres caractéristiques physiques ou chimiques. Ces signes seraient perceptibles par un chien 20 à 40 minutes avant la crise, ce qui laisse le temps à la personne de prendre ses dispositions comme s'administrer un médicament, arrêter une activité dangereuse ou tout simplement s'asseoir. L'animal donne l'alerte en s'agitant et en aboyant. Il est alors récompensé par des caresses et des friandises.

Des chiens renifleurs de cancers (p116)

Après plusieurs faits similaires, des expériences ont été menées par la communauté médicale afin de savoir si le meilleur ami de l'homme pouvait aussi l'aider à la détection des cancers. Ainsi, des chiens ont pu être entraînés à reconnaître "l'odeur" d'un cancer à partir d'échantillons de mélanome cutané (conservés en laboratoire) puis à la détecter sur des patients réels. Les résultats ont été au-delà des espérances : les chiens arrivent non seulement à détecter des lésions cancéreuses confirmées ensuite par une biopsie, mais aussi celles très discrètes et très difficiles à identifier par des méthodes classiques car ne concernant qu'une minuscule fraction de cellules anormales ! D'autres études ont révélé que le chien pouvait aussi "sentir le cancer" dans l'air expiré de personnes atteintes de cancer du poumon ou du sein, mais aussi dans l'urine de malades souffrant d'un cancer de la vessie ! Ce qui confirme que, quelle que soit la tumeur maligne, les cellules malades produisent des composés chimiques volatils qui permettent leur détection par le système olfactif du chien. ../..

Les animaux visiteurs (p132)

Nous sommes plus de quatre Français sur cinq à reconnaître que les animaux nous apportent du bien-être. Pourtant, seulement 30 % des maisons de retraite en France accepteraient des animaux... Or, souvent l'animal est le (seul) partenaire de vie du senior. Il représente une présence, un confident, il rompt son isolement social, lui apporte de l'affection, le responsabilise, lui fait faire de l'exercice... Lorsque la personne doit intégrer un établissement spécialisé, dans la majorité des cas, elle doit se résoudre à se séparer de son petit compagnon, la mort dans l'âme... Heureusement, de plus en plus d'établissements ont pris conscience de l'importance de la présence animale auprès des personnes âgées. Certains accueillent les animaux des résidents, d'autres ont leurs "mascottes" (chiens, chats, oiseaux) qui appartiennent un peu à tout le monde tout en étant sous la responsabilité de l'institution. Enfin, des associations proposent des interventions de "chiens visiteurs" accompagnés de leur maître bénévole. Les visites aux personnes dans leur chambre et les animations dans la salle commune visent à stimuler chez les pensionnaires la mobilité, les sens, l'échange, la mémoire. Cette initiative est toujours source de moments de bonheur : le chien recrée des liens sociaux entre les résidents et entre les résidents et le personnel soignant. Il s'avère un élément de médiation qui permet à certaines personnes de se révéler, de sortir de leur mutisme voire de leur chambre ! Un animal thérapeute ? Non, seulement un animal qui peut, peu ou prou changer la qualité de vie, nos vies.

Mutilés pour la médecine chinoise ! (p151)

Comme la majorité des ours dans le monde (six espèces sur huit !), l'ours à collier est menacé par la perte de son habitat, essentiellement lié à la déforestation, et par la chasse. Ce qui intéresse les chasseurs n'est pas tant sa fourrure mais... sa vésicule biliaire ! Car la bile d'ours est encore utilisée par la pharmacopée traditionnelle chinoise. En Chine, en Corée et au Japon, des milliers d'ours à collier sont retenus captifs dans des "fermes à ours" afin d'exploiter leur bile. Les conditions de détention et d'extraction de la bile sont scandaleuses : cages métalliques exiguës ou l'animal ne peut se mouvoir, absence d'hygiène, ours nourris par un bidon, cathéters rouillés piqués dans le ventre... Une femme, Jill Robinson, fondatrice de l'association Animals Asia Fondation, mène depuis plus de 15 ans, en Chine, un combat pour supprimer ces pratiques cruelles, faire fermer les "fermes de la honte" et favoriser les médications alternatives à la bile d'ours à partir de plantes médicinales. Elle a ouvert un sanctuaire à Sichuan pour accueillir et réhabiliter les ours sauvés des fermes. Elle œuvre pour sensibiliser la population et changer les habitudes par l'éducation. Petit à petit, cette femme courageuse arrive à faire changer les mentalités. (Plus d'information sur le site de l'association : Animals Asia Foundation)

"L'homosexualité" chez les animaux (p189)

../.. Le bonobo, un proche cousin du chimpanzé, cultive, lui, la bisexualité. Sa devise est peace and love ("paix et amour"). Mâles et femelles se font des câlins divers pour apaiser les tensions, faire la paix et surtout pour le plaisir. Tout est prétexte à s'épouiller tendrement, à se caresser, à s'embrasser et bien entendu à s'accoupler, avec des partenaires de sexe opposé ou de même sexe. Pas de jalousie, pas de bagarres, que des étreintes...
Pour la plupart des auteurs, si l'homosexualité exclusive (dans l'espèce) reste rare chez les animaux (voir aussi ci-dessous 'Des lézards lesbiens'), la bisexualité est beaucoup plus fréquente qu'on ne le pense. Certains affirment même que tous les animaux sont potentiellement homosexuels. Ce qui prouve bien, s'il fallait encore le faire, que l'homosexualité n'est pas contre nature.

Des lézards lesbiens (p159)

Le lézard du genre cnemidophorus, dit "lézard à queue en fouet" intéresse la science par son activité sexuelle originale. Premier élément insolite : tous les individus sont des femelles, les mâles ayant disparu au cours des générations. Pourtant ce lézard se reproduit. Comment ? Par parthénogénèse, une reproduction sexuée sans fécondation surtout décrite chez les insectes et les végétaux. Mais ces dames aux écailles ont tout de même besoin pour ovuler d'ébats amoureux et d'une simulation de copulation... A chaque problème sa solution : les lézardes se travestissent chacune leur tour pour que la copine ait une ovulation !

Cacophonie sonore ? (p228)

La mer est loin d'être le "monde du silence" dont parlait le commandant Cousteau : les vagues, le déplacement des diverses bêtes aquatiques, les bavardages entre poissons ou entre cétacés suffisent à donner une ambiance sonore des plus éclectiques. Viennent se greffer les bruits des bateaux à moteur et des sous-marins responsables d'une véritable pollution acoustique des mers et océans. Mettez-vous 2 minutes dans la peau d'un dauphin ou d'une baleine et vous aurez alors l'impression d'être dans une rave party version grand bleu ou une rue de New York à l'heure de pointe et des marteaux-piqueurs ! De quoi être complètement déboussolé et ne plus entendre famille et amis au loin. Sans parler des sonars de défense militaire (en particulier le LFAS, le réseau d'écoute sous-marine et ultrasonique mis en place par l'armée de la marine américaine) et des sonars de prospection pétrolière qui, par leurs ondes de basse fréquence, perturbent le comportement des animaux marins. Les sonars militaires sont accusés de causer des lésions internes (dont une surdité) et même la mort de cétacés comme la baleine à bec ! Ultrasons et bruits de moteur pourraient également, c'est une hypothèse, entraîner une réaction de fuite, avec remontée en surface trop rapide, ce qui entraînerait même chez les baleines un accident de décompression ! Cette pollution sonore serait une cause majeure de désorientation et d'échouage des mammifères marins. ../..

Quels droits pour nos animaux ? (p276)

Si le droit civil ne reconnaît pas de statut d'être vivant à l'animal (il est un "meuble", art. 528), le droit pénal le qualifie d' "être sensible" qui doit être protégé (art. L214-1) en particulier des mauvais traitements et des actes de cruauté. Mais le droit n'en est pas à une contradiction près. Pour améliorer la condition juridique de nos animaux familiers, les spécialistes du droit de l'animal comme Maître Xavier Bacquet demandent une réforme de leur statut en créant, par exemple, une catégorie intermédiaire entre la chose et l'homme.

Vous avez vous-mêmes été témoin du comportement incroyable d'un animal ?
Vous avez des anecdotes sur les animaux ? Des remarques ? Des questions ?
N'hésitez pas à contacter le docteur Laetitia Barlerin par mail :
histoiresincroyablesanimaux chez yahoo.fr