14 août 2010

Philosophie animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Hicham-Stéphane Afeïssa

Philosophie animale
Différence, responsabilité et communauté

Textes réunis par

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

et Hicham-Stéphane Afeïssa

En quel sens pouvons-nous dire que les animaux nous regardent ? Sans doute n'ont-ils jamais manqué de retenir toute notre attention; sans doute n'ont-ils plus à se plaindre de nos jours, du moins pour certains d'entre eux, de ne pas être l'objet de nos soins. Mais il semble que leur regard n'ait pu longtemps se réfléchir dans le miroir que nous leur tendions, parce que nos manières de penser et de vivre les traitaient comme des êtres muets et aveugles, et que le miroir leur renvoyait la seule image de l'homme. Ce volume propose quelques-uns des travaux menés ces dernières années en philosophie et en éthique animale qui ont le plus contribué à promouvoir de nouvelles manières d'interroger la différence supposée entre les êtres humains et les animaux, ainsi que la responsabilité morale qui nous incombe dans le cadre des communautés que nous formons avec eux.

Philosophie animale, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Hicham-Stéphane Afeïssa, Editions Librairie Philosophique Vrin, 2010, 374 pages

A propos de l'auteur

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe et juriste, est maître de conférences en relations internationales au département de War Studies du King's College de Londres. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont Ethique animale (PUF, 2008, préface de Peter Singer), Anthologie d'éthique animale (PUF, 2011) et L'éthique animale (PUF, 2011).

Pour en savoir plus

- La note de lecture d'Estiva Reus
- Le site de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

Trois autres livres du même auteur :

- Ethique animale
- Anthologie d'éthique animale
- L'éthique animale

Au sommaire

Préface

Humanité et animalité

. Introduction
. John Berger : Pourquoi regarder les animaux ?
. Pierre Guénancia : Quelques doutes sur la différence entre l’homme et l’animal.
. Matthew Calarco : Nul ne sait où commence ni où finit le visage. L’humanisme et la question de l’animal.

Ethique animale

. Introduction
. Peter Singer : Libération animale ou droits des animaux ?
. Tom Regan : Pour les droits des animaux.
. Gary Francione : Prendre la sensibilité au sérieux.
. Martha Nussbaum : Par delà la 'compassion' et 'l'humanité’. Justice pour les animaux non humains.

La communauté des êtres humains et des animaux

. Introduction
. Mary Midgley : La communauté mixte.
. John Baird Callicott : Libération animale et éthique environnementale : de nouveau ensemble.
. Clare Palmer : Le contrat domestique

Animaux et philosophes, de Lucien Malson

Animaux et philosophes
de Lucien Malson


La perception des animaux par l'homme s'est trouvée profondément modifiée à la fin du siècle dernier par les travaux des paléontologues, anthropologues et surtout éthologues, scrutateurs du comportement des bêtes dans leur milieu naturel. L'opposition entre l'être animal et l'être humain s'est nuancée. Les anciens critères distinctifs furent souvent subvertis et ceux qui ont le mieux résisté n'ont pas échappé aux révisions et aux reformulations. Une telle évolution des idées et les discussions qu'elle risque parfois de faire naître nous renvoient à l'histoire des rapports qu'à pu entretenir l'homme avec l'animal et à l'examen des arguments que les philosophes, parmi les représentants inévitables de la pensée réfléchie, ont diversement apportés au cours des siècles. L'auteur, Lucien Malson, s'attache ici à retrouver les grands classiques et à commenter leurs propos, en un moment où la connaissance renouvelée des espèces et le problème de leur survie méritent l'attention de chacun de nous. De Thalès à Lévi-Strauss, la question des êtres vivants et sensibles est reparcourue pour aboutir à cette conviction, désormais dominante, que l'animal n'est pas un simple objet et ne peut jamais être traité comme tel.

Animaux et philosophes, Lucien Malson, Editions du Layeur, 2009, 217 pages

A propos de l'auteur

Lucien Malson, agrégé de philosophie, a publié en 1964 un ouvrage de référence, 'Les enfants sauvages', paru chez Plon, repris en "poche" et constamment réédité depuis. L'auteur a partagé son temps d'écriture entre la musique et la philosophie dont témoignent nombre de livres et de chroniques quasi quotidiennes.

Primates et philosophes, de Frans de Waal

Primates et philosophes
de Frans de Waal


"C'est l'animal en nous", entendons-nous souvent quand notre comportement a laissé à désirer. Mais pourquoi pas quand il a été exemplaire? "Primates et philosophes" tente de répondre en réfléchissant aux fondements biologiques d'une des caractéristiques humaines les plus estimées : la moralité. Une réflexion qui va bien au-delà de l’opposition simpliste entre nature et culture et qui voit l’alliance novatrice de la philosophie et de la biologie au service de l’éthique.

Dans ce livre stimulant, voire provocant, Frans de Waal reproche à la biologie évolutionniste contemporaine sa triste vision du monde naturel et son coup de projecteur sur nos gènes "égoïstes". En situant l'origine de la moralité humaine non dans l'évolution mais dans la culture, cette tradition scientifique insiste : nous serions moraux par choix et non pas nature.

Fort d'une vie de recherches sur le comportement des primates, Frans de Waal attaque la "théorie du vernis" qui considère la moralité comme une fine écorce recouvrant une nature par ailleurs mauvaise. Il explique comment nous sommes issus de l'évolution d'une longue lignée d'animaux qui s'occupent des plus faibles et établissent entre eux des liens de coopération basés sur des transactions réciproques. S'appuyant à la fois sur Darwin et sur certaines découvertes récentes, il démontre qu'il existe une forte continuité entre les comportements animaux et humains.

Composé de leçons données à l’université de Princeton, l’ouvrage comporte également les réactions de trois philosophes et d’un spécialiste de la psychologie évolutionniste, et la réponse de Frans de Waal, qui clarifie ainsi ce qui différencie les hommes des autres animaux.

Primates et philosophes, Frans de Waal, Traduction : Sarah Gurcel, Editions Le Pommier, 2008, 257 pages

A propos de l'auteur

Psychologue, primatologue et éthologue, Frans de Waal est l'auteur de nombreux livres comme "La politique du chimpanzé" et "Le singe en nous". Au Living Links Center du Yerkes National Primate Research Center, ses travaux redessinent le lien que l'évolution a tissé entre nos proches cousins et nous.

Voir aussi les autres livres de cet auteur.

13 août 2010

Kant et le chimpanzé, de Georges Chapouthier

Kant et le chimpanzé
Essai sur l'être humain, la morale et l'art

de Georges Chapouthier


Nous, êtres humains, sommes issus d'une longue évolution, minérale et cosmique d'abord, biologique et terrestre ensuite. Pour certains, nous aurions définitivement rompu avec un héritage ancestral qui faisait de nous des bêtes. Nous seuls serions capables du sens du bien et du sens du beau. Nous seuls serions doués de morale. Il existerait ainsi un fossé infranchissable entre le grand philosophe Emmanuel Kant et nos cousins les chimpanzés.

Ou bien, au contraire, faut-il considérer que la morale et l'esthétique chez l'homme plongent leurs racines dans le terreau de la "nature" ? Les animaux ne sont-ils pas eux aussi capables de dévouement pour leurs proches ? Nos cousins les primates ne peuvent-ils pas éprouver eux aussi des sentiments en face d'une belle (d'un beau) chimpanzé ? Bref, la découverte des "cultures animales" n'amène-t-elle pas à concevoir davantage de continuité entre l'homme et l'animal ?

En s’appuyant sur les connaissances les plus actuelles de l’éthologie et de la biologie, l’auteur s’attache à démontrer ce que nous devons à l’animalité et ce qui fait notre être propre. C’est une nouvelle vision de l’être humain qu’il propose.

Kant et le chimpanzé, Georges Chapouthier, Editions Belin, 2009, 143 pages

A propos de l'auteur

Titulaire d'une double formation en biologie et en philosophie, Georges Chapouthier est directeur de recherche au CNRS. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur le cerveau et sur les animaux.

Au sommaire

1 - L'homme et l'animal à travers les civilisations
2 - L'homme est (aussi) un animal
3 - La culture chez l'animal et chez l'homme
4 - L'homme n'est pas (seulement) un animal
Epilogue
L’être humain, un pont entre deux modes d’être
Notes bibliographiques
Table des matières

Pour en savoir plus

- Cet article de Laurence Hansen-Love
- Le livre : Humanité, animalité : quelles frontières ? de Jean-Claude Nouët et Georges Chapouthier

L'avis du site JNE
(Journalistes-écrivains pour la nature et l'écologie)

Existe-t-il entre Kant et le chimpanzé un fossé infranchissable ou bien faut-il considérer que la morale et l’esthétique chez l’homme plongent leurs racines dans le terreau de la nature ? En d’autres termes, sommes nous des philosophes ou des singes ? Voilà un sujet cher à Georges Chapouthier, biologiste et philosophe. Il le développe avec brio et un sens de la synthèse extraordinaire. Il parvient à passionner le lecteur sur ces questions fondamentales. Ce grand défenseur des animaux s’émerveille de notre superbe intelligence mais se désespère de ce qu’on en fait. Rien ne nous permet de nous placer au-dessus d’êtres sensibles capables de dévouement pour leurs proches et chez lesquels existent une ébauche de culture. Les animaux utilisent des outils. Ils connaissent des règles (tabou de l’inceste) et même une protomorale (protection des jeunes). Ils possèdent une conscience environnementale et certains, une conscience phénoménale (test du miroir). Oui, Homo Sapiens, l’homme savant comme il s’est appelé lui-même, occupe une place à part mais il n’en est pas moins en lien avec le reste du vivant. En effet, petit à petit, on s’aperçoit que tout ce qui, croyait-on, était notre spécificité, existe au moins sous forme d’ébauche chez les animaux.

L'analyse du livre par la LFDA, La Fondation Droit Animal

Dans ce livre, Georges Chapouthier a choisi de construire son propos autour d’une question récurrente toujours très actuelle : celle de la relation entre l’humanité et l’animalité. C’est un ouvrage de réflexion très abouti, richement documenté et dont les argumentations sont conduites de façon claire. Entre deux attitudes bien tranchées, l’une qui récuse toute différence entre l’homme et l’animal et une autre qui considère qu’il existe entre les deux une indiscutable frontière infranchissable, l’auteur en présente et développe une troisième qui s’est établie sur le fait que l’être humain a une réalité biologique issue d’une longue évolution animale et que l’on peut déceler et étudier, chez des animaux actuels, des ébauches de singularités proprement humaines.

Le 2e chapitre, « L’homme est (aussi) un animal », décrit comment, au cours de l’évolution biologique, la construction « en mosaïques » des êtres vivants par l’emboîtement d’éléments de plus en plus complexes a conduit à l’émergence de fonctionnements unitaires intégrés.

Il se termine par la phrase suivante qui introduit le 3e chapitre, « La culture chez l’animal et chez l’homme » : « Si l’homme se rattache clairement à l’animal par son anatomie et sa biologie, en est-il fondamentalement différent par son intelligence et sa culture ? »

C’est dans ce chapitre que l’auteur aborde le constat de l’existence chez certains animaux d’ébauches des singularités humaines, et qu’il présente les notions de ce qu’il désigne comme des protocultures animales et des protolangages par exemple. Le sujet devient plus dense et les propos sont très stimulants pour la réflexion quand sont abordés soit le problème de la pensée consciente et les deux types de consciences dans le monde animal, soit les questions suivantes : les animaux ont-ils une théorie de l’esprit, (c’est-à-dire la conscience de la pensée d’un autre) ? Existe-t-il une ébauche de la morale chez les animaux ? Les animaux sont-ils capables de choix esthétiques ?

Après ces bases nettement dessinées, la seconde moitié de l’ouvrage est une analyse des manières dont l’homme utilise ses aptitudes singulières largement épanouies par rapport aux ébauches (parfois ténues et sujettes à débat) citées précédemment. Dans le 4e chapitre, « L’homme n’est pas (seulement) un animal », G. Chapouthier cherche « dans l’approfondissement de la culture les traits qui permettent d’attribuer une spécificité à l’être humain », mais on remarque qu’au cours de cette analyse la rencontre avec la dualité nature-culture est inévitable et qu’il la met habilement à profit pour conduire son propos « qui vise à faire de la culture la suite logique de la nature ». Ainsi, il considère que la morale est à la fois « fruit de la nature et fruit de la culture » mais il souligne que pour beaucoup de philosophes modernes la culture se définit contre la nature.

A propos de l’esthétique, il précise : « Kant insiste davantage, voire presque exclusivement, sur les développements culturels de l’esthétique en négligeant ses bases naturelles », alors que lui même considère que l’esthétique est, elle aussi, entre nature et culture.

Ce chapitre comporte des approches multiples et le cheminements est parfois ardu, en particulier lors de l’articulation entre l’esthétique et la morale ou lors de l’évocation d’une esthétique globale de la nature, conçue en dehors du contexte de la sexualité. Ce chapitre s’achève par un développement très intéressant sur le fait que la culture chez l’homme va « vers davantage de rationalité en même temps que vers davantage d’imaginaire » ; fait qui selon l’auteur résulte des aptitudes distinctes des hémisphères droit et gauche du cerveau humain, lesquels fonctionnent cependant de façon unitaire.

Dans l’épilogue, « L’être humain, un pont entre deux modes d’être », l’auteur tente de conclure en situant « l’être propre de l’homme », « à la fois animal et non-animal ». Revenant sur les trois attitudes citées plus haut, il affirme de façon imagée qu’il ne s’agit pas de choisir entre Kant et le chimpanzé, mais d’admettre « que nous sommes tous nous-mêmes, en quelque sorte, Kant et le chimpanzé ». Ayant ainsi défini le statut singulier de l’homme dans le monde vivant, G. Chapouthier évoque et commente ce que cette singularité implique pour l’homme quant à ses choix éthiques dans ses relations avec autrui, les animaux et l’environnement et il conclut en formant « le voeu que les normes culturelles de cet homme à venir évolueront vers le meilleur. Car un être singulièrement différent peut l’être pour le meilleur… comme pour le pire ».

Pour éviter de répéter moins bien ce que l’auteur explique clairement, plusieurs discussions approfondies qui étoffent le parcours du livre ne seront pas commentées ici. La lecture de ce livre de Georges Chapouthier est hautement recommandée car il permettra à chacun d’enrichir grandement sa propre réflexion. In fine, on peut cependant regretter l’illustration de la couverture, qui évoque maladroitement le contenu de l’ouvrage, voire même à contre sens ; d’abord Kant et le chimpanzé ne devraient pas se tourner le dos, et pour cause ! Ensuite, le bel homme nu (qui représente Kant ?) n’est pas un singe nu, il devrait être culturellement vêtu.

Le singe est-il le frère de l'homme ? de Pascal Picq

Le singe est-il le frère de l'homme ?
de Pascal Picq

Le singe est-il le frère de l'homme ? Nous, des macaques ?! Ne sommes-nous pas au sommet de l'échelle des êtres ? Et si l'homme est un singe, l'inverse est-il pour autant vrai ? Quelles surprises nous réserve encore la planète des singes ?

Le singe est-il le frère de l'homme ?, Pascal Picq, Editions Le Pommier, 2002, 62 pages

A propos de l'auteur

Pascal Picq est l'une des principales figures de la paléoanthropologie en France. Il est aujourd'hui maître de conférences au Collège de France.

L'avis d'Agnès Lenoire
Source

En seulement quelques pages, vous plongez dans un réquisitoire contre l’anthropocentrisme et ses préjugés. Railleur et sans indulgence pour notre arrogance humaine, Pascal Picq dénonce d’abord notre langage empreint de métaphores simiesques, qui véhiculent si bien notre mépris de dominants. Puis il remet l’homme à sa vraie place, c’est-à-dire non pas "descendants du singe", ce qui voudrait dire "ayant bien évolué", mais plutôt du même lignage évolutif. Partageant 98% de nos gènes avec les chimpanzés et les bonodos, nous formons la même famille. Pascal Picq est une des grandes figures de la paléoanthropologie française. Ecoutons son message qui nous exhorte à nous réconcilier avec notre nature de singe. Il le fait avec beaucoup d’humour et ce livre est savoureux.

Au sommaire

- Espèce de singe !
- Si on est frères, alors on ne descend pas l'un de l'autre
- Portrait de famille
- La planète des singes
- L'homme perdu sur la planète des singes (à queue)
- Pour une planète humaine
- Bibliographie

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Le Pommier
- Les animaux amoureux, de Pascal Picq et Eric Travers
- La plus belle histoire des animaux - Collectif avec Pascal Picq

La raison des plus forts, de Pierre Jouventin, David Chauvet et Enrique Utria

La raison des plus forts :
La conscience déniée aux animaux

Sous la direction de Pierre Jouventin,

David Chauvet, et Enrique Utria


Les avancées de la science contredisent radicalement la conception cartésienne de "l'animal-machine" ou le statut actuel de "res nullius" ou de "bien meuble". Mais tandis que les preuves d'une continuité cognitive entre l'humain et l'animal s'accumulent, le sens commun continue de tenir les animaux pour des êtres sans conscience. Il est vrai que ce négationnisme sert de nombreux intérêts économiques (viande, fourrure...), technoscientifiques (expérimentation) ou même récréatifs (chasse, corrida...). Sommes-nous prêts à élargir notre considération aux animaux ? Tel était le sujet du colloque organisé le 14 novembre 2009 à l'université Paris V René Descartes par les associations Droits des Animaux et Tribune animale (Science-Po Paris) auquel cet ouvrage fait suite. Il regroupe le point de vue d'universitaires (philosophes, éthologues, historiens, juristes, économistes) et d'antispécistes, français et étrangers.

Sous un titre emprunté à La Fontaine et souvent repris depuis, les onze essais réunis dans ce volume abordent principalement la notion de conscience animale, objet d’une controverse ininterrompue depuis l’Antiquité : à partir de quand peut-on parler de conscience ? Quels ajustements la reconnaissance de facultés mentales aux animaux rendrait-elle nécessaires ? Autant de questions auxquelles les auteurs ont cherch à répondre, offrant une réflexion particulièrement riche et poussée sur la conscience animale.

La raison des plus forts : La conscience déniée aux animaux, Pierre Jouventin, David Chauvet, Enrique Utria, Editions IMHO, 2010, 240 pages

Au sommaire

Pierre Jouventin : Le propre de l’homme sous le microscope
David Chauvet : Les animaux, ces êtres de raison
Estiva Reus : Sentience et viande
Yves Bonnardel : Idée de nature, humanisme et négation de la pensée animale
Maxine Sheets-Johnstone : Espèces en voie de disparition
Elisabeth Hardouin-Fugier : Le verbe qui voile la violence
Fabienne Delfour : Conscience, souffrance et bien-être de l’animal-objet
Marc Bekoff : Prendre en considération les animaux et non uniquement les primates "supérieurs"
Irene Pepperberg : Pouvons-nous dénier la conscience aux animaux non-humains ?
Jean-Claude Wolf : Une éthique de la sympathie naturelle
Olivier Le Bot : La qualification juridique de l’animal

Pour en savoir plus

- La volonté des animaux, de David Chauvet
- Droits des animaux - Théories d'un mouvement, d'Enrique Utria
- Les confessions d'un primate, de Pierre Jouventin
- Kamala, une louve dans ma famille, de Pierre Jouventin
- Les émotions des animaux, de Marc Bekoff

Humanité, animalité : quelles frontières ? de Jean-Claude Nouët et Georges Chapouthier

Humanité, animalité : quelles frontières ?
Sous la direction de

Jean-Claude Nouët

et Georges Chapouthier


Rassemblées dans cet ouvrage, les contributions originales de 21 biologistes, médecins, vétérinaires, philosophes et juristes, montrent combien se sont estompées aujourd'hui les frontières scientifiques, philosophiques, juridiques, pathologiques, prétendument infranchissables, que le cartésianisme avait voulu voir ériger entre l'humanité et l'animalité.

Au cours des siècles, les hommes ont le plus souvent considéré qu’il existait un fossé entre le règne animal et eux. La reconnaissance des droits de l’animal va à l’encontre de cette conception, également battue en brèche par les travaux scientifiques les plus récents. Aussi, on le sait, la LFDA a réuni, ces dernières années, trois congrès qui ont étudié respectivement les frontières scientifiques et philosophiques, juridiques et pathologiques entre l’animalité et l’humanité.

Cet ouvrage est constitué des actes de ces congrès. Lors du premier, Alain Collenot a montré comment la génétique a modifié la conception de ces frontières. Au sein d’un même groupe, celui des mammifères, les structures sociales sont elles-mêmes très variées (Jean-Louis Hartenberger). Si définir une conscience animale n’est guère aisé, des "pistes" sont néanmoins possibles (Pierre Buser). Certes, les limites du naturel et du culturel demeurent floues, surtout si l’on considère les protocultures et l’emploi d’outils, protolangage, protomorale et choix esthétiques (Georges Chapouthier). Pour leur part, Jean Bastaire et Michel Hulin analysent la place des animaux dans le christianisme et la civilisation indienne.

Les frontières juridiques – objet du deuxième congrès – sont étudiées par Jean-Pierre Marguénaud et Grégoire Loiseau. De son côté, Suzanne Antoine estime que la création d’une nouvelle catégorie de biens, le "bien protégé", pourrait améliorer la situation juridique de l’animal. Membre du Parlement européen et président de l’Intergroupe pour le bien-être et la protection des animaux, Robert Evans, rappelle les grandes lignes de l’action de celui-ci.

Troisième congrès, consacré aux frontières pathologiques, ce qui implique l’évaluation comparée de l’immunologie (Patrice Debré), les sensibilités différentes intra et interspécifiques (Hervé Zeller), les contaminations de l’homme par les déplacements intercontinentaux (François Bricaire), les modèles artificiels de pathologies humaines (Jean-Louis Guénet) et la pathologie comparée avec le cas du chien (Stéphane Blot). Dans leur exposé sur le risque sanitaire "sauvage", Marc Artois, Alexandre Caron et Bernard Vallat soulignent que "la diabolisation de la faune sauvage ne résoudra aucun problème". Et Sabrina Krief dresse un étonnant panorama des animaux qui "se soignent" eux-mêmes, les chimpanzés surtout, mais aussi bien d’autres.

En conclusion, Jean-Claude Nouët montre à quel point la notion de frontière entre animalité et humanité apparaît relative : une "affaire de critères et de point de vue". Néanmoins, alors même que, sous l’effet des découvertes scientifiques et de l’évolution des mentalités, cette frontière s’estompe, la législation va encore trop souvent à contre courant. Ainsi, dans notre pays, un texte officiel récent assimile l’animal de laboratoire à… un "système d’essai"…

Humanité, animalité : quelles frontières ? se révèle un ouvrage fondamental, qui apporte des arguments décisifs à une meilleure reconnaissance des droits de l’animal.

Co-auteurs : Suzanne Antoine, Marc Artois, Jean Bastaire, Stéphane Blot, François Bricaire, Pierre Buser, Alexandre Caron, Georges Chapouthier, Alain Collenot, Jean-Marie Coulon, Patrice Debré, Robert Evans, Michel Fontaine, Jean-Louis Guénet, Jean-Louis Hartenberger, Michel Hulin, Sabrina Krief, Grégoire Loiseau, Jean-Pierre Marguénaud, Jean-Claude Nouët, Bernard Vallat, Hervé Zeller.

Humanité, animalité : quelles frontières ?, Jean-Claude Nouët, Georges Chapouthier, Editions Connaissances et Savoirs, 2006, 243 pages

Voir aussi : Homme et animal : de la douleur à la cruauté, sous la direction de Thierry Auffret Van der Kemp et Jean-Claude Nouët.

12 août 2010

Homme et animal : de la douleur à la cruauté, de Thierry Auffret Van der Kemp et Jean-Claude Nouët

Homme et animal : de la douleur à la cruauté
Sous la direction de

Thierry Auffret Van der Kemp
et Jean-Claude Nouët


Lors de l'exposition "Bêtes et Hommes" à la Grande Halle de la Villette en octobre 2007, la Fondation Ligue française des droits de l'animal a organisé un colloque sur le thème "Homme et animal : de la douleur à la cruauté ".

D'éminents spécialistes des sciences biologiques et des sciences humaines ont accepté d'y apporter leur savoir dans les domaines divers de la neurobiologie, de l'éthologie, de la sociologie, de la philosophie, de l'histoire et du droit. Ils ont apporté leurs réponses à des questions essentielles concernant la douleur des animaux, et les réactions de l'homme à son égard.

Du point de vue du neurobiologiste, tous les animaux peuvent-ils éprouver la douleur physique et la souffrance psychique ? Comment, selon l'éthologue, peut-on reconnaître et interpréter les signes extérieurs de la souffrance des animaux ? Comment l'homme perçoit la souffrance d'autrui ? Sous l'angle de la médecine pédopsychiatrique, un enfant cruel envers un animal devient-il un adulte cruel envers l'homme ? Comment, au regard des philosophes comme des artistes plasticiens au cours des trois derniers siècles et jusqu'à aujourd'hui, la douleur et la souffrance subies par les animaux ont-elles été prises en compte par les hommes ? Selon la sociologie, des pratiques culturelles ou professionnelles sont-elles capables, en écrasant la sensibilité d'enfants ou d'adultes pour la souffrance des animaux, d'engendrer des séquelles psychologiques ? Comment le droit a-t-il pris, ou prendra-t-il en compte la douleur des animaux et la cruauté envers eux ?

L'ouvrage, réalisé par la Fondation Ligue française des droits de l'animal, présente les interventions et les débats ; il est accessible à tous les publics.

Homme et animal : de la douleur à la cruauté, Thierry Auffret Van der Kemp, Jean-Claude Nouët, Editions L'Harmattan, 2008, 180 pages

Ce livre peut-être feuilleté sur cette page.

Sommaire

Thierry Auffret Van der Kemp
Avant-propos et remerciements

Jean-Claude Nouët
Introduction

Georges Chapouthier
La douleur : des animaux à l'homme

Dalila Bovet
Comment reconnaissons-nous et interprétons-nous les signes extérieurs de la douleur ou de la souffrance des animaux ?

Marie-France Le Heuzey
L'enfant cruel; cruauté envers l'animal, cruauté envers l'homme : continuité ou rupture ?

Jean-Luc Guichet
La perception de la cruauté envers l'animal au cours de l'histoire : le XVIIIe siècle, siècle charnière

Elisabeth Hardouin-Fugier
Images de la cruauté humaine envers l'animal

Jocelyne Porcher
L'écrasement de la sensibilité des travailleurs dans les systèmes industriels de productions animales

Jean Decety
Comment notre cerveau perçoit-il la souffrance d'autrui ?

Suzanne Antoine
La prise en compte par le droit de la douleur de l'animal et de la cruauté envers lui

Jean-Claude Nouët
Conclusion

Penser l'animal autrement, de Philippe Devienne

Penser l'animal autrement
de Philippe Devienne


Alors que le débat autour des droits de l'animal fait l'objet d'âpres discussions quant aux critères retenus pour affirmer que les animaux souffrent, sont conscients, désirent..., il est frappant de constater que le sceptique récuse aisément de tels arguments fondés sur la connaissance. Un chemin de la philosophie n'a cependant pas été exploré : la philosophie du langage ordinaire, en dépassant la sphère de la connaissance, donne une nouvelle ouverture à ces concepts et nous invite alors à (re)découvrir cet animal qui est là devant nous lorsque nous disons de lui : il souffre, il est conscient, il a faim, etc. Tout en combattant les thèses relativistes et en dénonçant les idées réductionnistes qui foisonnent sitôt que l'animal est l'enjeu d'un désaccord, l'auteur propose de nouveaux développements politiques et éthiques dans notre société, complexe et paradoxale à bien des égards dans sa relation aux animaux.

Penser l'animal autrement, Philippe Devienne, Editions L'Harmattan, 2010, 317 pages

A propos de l'auteur

Vétérinaire, Philippe Devienne est également titulaire d’un doctorat de philosophie.

Ce livre peut être feuilleté sur cette page.

Voir aussi, du même auteur : Les animaux souffrent-ils ?

Sommaire

Remerciements
Introduction
Chapitre I - Principes fondateurs et nouvelles perspectives
I - Querelles et réconciliations autour de l'animal
. À la recherche de critères fondateurs
. Des critères de capacité
. Des conflits de critères entre écocentristes et libérationnistes
. Conflits entre éthiques individualistes et principes humanistes
. Consensus ou constructions mal faites
II - Parler au nom de l'Animal ?
1 - Parler pour l'animal
Prétendre à des droits qui ont été bafoués
Prétendre à des droits à faire valoir
2 - Parler de l'animal ?
3 - Ils parlent tous de l'animal
4 - Envisager un relativisme des valeurs ?
Contre le relativisme : refuser une méta-éthique
La stratégie relativiste fait abstraction de la Déclaration des Droits de l'Homme
III - Ils parlent (Tous) pour Moi !
Chapitre II - Raconter l'Animal
I - Des critères ad hominem
1 - Entre la perception et l'interprétation : l'animal est là, devant moi
La dimension conceptuelle du voir
Le voir de l'analogie
La référence du "comme" dans le comportement
2 - Entre lui et moi, ou l'association corps-esprit
L'apparence de l'intérieur et de l'extérieur
L'animai-machine
Le dualisme du corps et de l'âme remanié par les neuroscientifiques
L'animal-chose de la doctrine juridique
L'animal-outil de production
3 - Comment dans ces conditions, peut-on parler de critères de bien-être ou critères de douleur ?
La question des critères du bien-être
La question des critères de la douleur
II - Ce que nous cherchons est de savoir "quel effet cela fait d'être..."
Vers une subjectivité animale
Les qualia
III - Concepts empiriques et concepts grammaticaux
I - La grammaire de l'intérieur et de l'extérieur
Plutôt que de savoir "Quel effet cela fait ?", posons-nous plutôt la question ; "Quand utilisons-nous des mots comme 'se représenter ', 'souffrir '. 'être conscient ' ?"
La relation entre l'intérieur et l'extérieur
L'intérieur, l'extérieur et la grammaire
2 - Mon attitude envers ranimai et les critères grammaticaux
La question des symptômes et des critères de la douleur
Les critères : existence ou identification ?
3 - La grammaire des autres
La grammaire dépasse la barrière d'espèces
La grammaire à la première et à la troisième personne
Raconter l'animal
Chapitre III - Accords et désaccords
I - Aveugles envers l'Animal
Première cécité : je ne vois pas un aspect de l'animal
Seconde cécité : je deviens aveugle aux autres aspects
Cette deuxième cécité survient quand nos mots nous échappent
Le déni de l'animal
II - Retrouver l'usage ordinaire
1 - Ce que nous révèle la grammaire du langage ordinaire
Quand nous parlons nous nous rapprochons du réel
Mes mots m'engagent
2 - La norme émerge de notre façon de parler
L'homme, la seule mesure des choses ?
Convention, tradition ou relativisme ?
Vers un naturalisme des normes
3 - L'accord dans la forme de vie définit mon rapport à ma communauté
Les critères dépendent de l'accord dans les Jugements
L'accord ne se limite pas à un héritage
La justification des cas-limites n 'est pas un accord
Le dernier mot de la Justice, le premier mot du langage ordinaire
III - Sur les chemins de l'ordinaire
A la croisée des chemins
Le chemin du pragmatisme
Le chemin de la revendication
Chapitre IV - Un chemin pragmatique
I - L'élevage en crise
Caractéristiques de l'élevage
Les risques dans l'élevage
Les crises de l élevage
Les difficultés des éleveurs
Des tensions intenables chez les scientifiques
Les changements de vue des consommateurs et leur perplexité
II - Des hypothèses et leurs capacités à résoudre la crise
Vers un végétarisme ?
Vers une amélioration des postes de l'intensif ?
De l'usage des labels ?
Des élevages industriels
Un développement durable
III - Envisager un élevage pragmatiste
1) Les 4+2 thèses du pragmatisme dans un contexte de crise
1° Pas de dichotomie fondamentale entre faits et valeurs
2° La primauté de la pratique
3° Un anti-scepticisme
4° Un faillibilisme
4+1° Ne pas oublier le cri des blessés
4+2° Ne pas espérer fonder une hypothèse sur un changement de ma société
2) Des contraintes de qualité
Les contraintes pour une qualité sociale
Les contraintes pour une qualité environnementale
Des contraintes de production
Des contraintes pour le bien-être des animaux
3) L'élevage : une coopération interdisciplinaire
Un collectif étendu
La formation des chercheurs
IV - Le pragmatisme et mon désenchantement
Chapitre V - Des chemins revendicateurs
I - Mon consentement ou mon silence, et la perte de la voix
Prendre son parti
Le déni de l'animal
Il y a un moment ou cette société dépasse tes bornes, mes bornes
II - Une situation démocratique du desaccord
1. Manifester son désaccord
2. Quelle démocratie serait plus favorable dans la considération de l'animal ?
La version du contractualîsme démocratique
Qu'en est-il cependant de l'animal dans la théorie rawlsienne ?
L'utilitarisme
Le perfectionnisme
III - Je suis le lien entre ma société et l'animal
Encore la question de l'accord entre le Je et le Nous
Une revendication
Vers une démocratie du désaccord
Comment revendiquer ?
Mon errance dans la reconnaissance de l'animal
IV - "En-visager" l'animal dans une dimension éthique
Au-delà de la compassion
Une ouverture à l'altérité
Le "Je" de l'action
Conclusion
Bibliographie

Les animaux souffrent-ils ? de Philippe Devienne

Les animaux souffrent-ils ?
de Philippe Devienne


Philippe Devienne, vétérinaire, offre un regard neuf sur l'épineuse question de la souffrance animale, à l'heure où justement la souffrance humaine est de mieux en mieux prise en charge grâce aux progrès techniques. Un petit ouvrage scientifique qui nous ouvre sur le monde et sa réalité.

Comment juger de la souffrance animale ? Qui est à même de le faire ? Le vétérinaire, l’éleveur, l’employé des abattoirs, le chercheur… tout un chacun ? Et sur quels critères, puisque, à l’inverse de l’être humain, l’animal ne peut en parler ?

Les animaux souffrent-ils ? Pourquoi cette question, qui suscita de houleux débats au XVIIe siècle, mérite-t-elle à nouveau d'être posée ? Nous sommes à peu près tous convaincus qu'un chien souffre... mais une mouche a-t-elle mal ? Science et philosophie ont-elles définitivement clos le sujet de la douleur animale ? Et si la réponse était à chercher hors de leurs sentiers battus ?

Les animaux souffrent-ils ?, Philippe Devienne, Editions Le Pommier, 2008, 64 pages

A propos de l'auteur

Vétérinaire, Philippe Devienne est également titulaire d’un doctorat de philosophie.

Voir aussi, du même auteur : Penser l'animal autrement.

Au sommaire

- Introduction
- Une question de définitions ?
- Comment sait-on qu’ils souffrent ?
- Peut-on croire qu’ils souffrent ?
- Conclusion
- Références
- Bibliographie

L'analyse du livre
par la LFDA, La Fondation Droit Animal

Un nouvel ouvrage à mettre au crédit de cette remarquable collection. Docteur vétérinaire et philosophe, l’auteur montre combien est dépassée la conception postcartésienne, développée par Nicolas de Malebranche, qui voulait voir dans les animaux des objets dépourvus de douleur, comme les automates ou les horloges. Mais il affirme que l’analyse physiologique, qui montre l’existence chez les animaux de processus identiques à ce qu’on trouve chez les humains, ne peut permettre d’affirmer, puisque les animaux ne parlent pas, que leur vécu de la douleur ou de la souffrance est vraiment identique au nôtre. Et à l’opposé de cette analyse «objective» des mécanismes physiologiques, l’interprétation «anthropomorphique» subjective des douleurs des animaux, comme identiques aux nôtres, se heurte à la critique que ce peut être une fiction de notre imagination. En d’autre termes, l’analyse des mécanismes physiologiques donne une idée objective de ces mécanismes, mais sans conclusion possible quant la «totalité sentante» et quant à ce qu’elle ressent effectivement, alors que l’approche subjective donne certes une idée de la totalité, mais sans preuve objective de sa véracité, puisque l’animal ne peut témoigner de son ressenti. «Même chez un être humain, je ne peux pas ressentir la sensation d’autrui» (p52).

Face à ce qui apparaît comme une question définitivement sans réponse, l’auteur conclut, de manière relativement empirique, en s’appuyant sur la théorie du langage du philosophe Wittgenstein, que nous pouvons concevoir la douleur de l’animal puisqu’elle est ainsi inscrite dans nos catégories langagières : «C’est un animal ou un humain qui a mal, et cela ne découle pas d’une réalité empirique mais réside dans notre façon de parler» (p57). Ainsi s’offre, pratiquement, la possibilité de sonder empiriquement la douleur, et de la soulager par diverses techniques, des méthodes pratiques dont l’auteur, fort de sa pratique vétérinaire, nous donne, pour les animaux les plus familiers, des «recettes» nombreuses (et utiles). Notamment, face au relatif «silence» de l’animal qui souffre : «quel vétérinaire n’a jamais été surpris de découvrir des lésions tissulaires étendues (…) en complet décalage avec la discrétion du comportement douloureux de l’animal» (p25). Finalement, sans pouvoir répondre à la question métaphysique de la douleur animale et de son vécu réel, «occupons nous d’être vigilants et attentifs à propos de nos animaux… pour détecter chez eux les premiers signes de leur souffrance» (p60). Une souffrance qui nous apparaît spontanément à travers notre univers langagier usuel. Nous avouons ne pas être tout à fait d’accord avec l’auteur. Certes nous le suivons parfaitement dans sa démarche pratique visant à limiter au mieux la douleur des animaux.

Mais nous pensons aussi qu’on peut aller plus loin dans l’affirmation philosophique des capacités de animaux à ressentir la douleur, en s’appuyant sur les mécanismes physiologiques (objectifs) et en inférant, dans le même temps, à leur propos un ressemblance (subjective, mais assez plausible) avec leurs conséquences ressenties chez l’homme. Cela donne une «probabilité de ressenti de la douleur» assez comparable, pour les mêmes mécanismes, entre eux et nous. A défaut, quand on s’éloigne trop des comparaisons possibles avec les humains (adultes), il faut donner aux animaux (et aussi aux jeunes enfants dépourvus, eux-aussi, du langage) le «bénéfice du doute» et supposer qu’ils souffrent, plutôt que de supposer qu’ils ne souffrent pas. Ainsi pourra-t-on progresser vers davantage de morale dans un monde qui en a bien besoin. En attendant sans doute des progrès ultérieurs de l’imagerie cérébrale, qui pourront peut-être permettre d’aborder, plus directement, dans le futur, le vécu de l’expérience douloureuse.