15 août 2010

La magie des animaux, de Guy Gilbert

La magie des animaux
Aimons ces bêtes qui nous rendent humains
de Guy Gilbert

Pour le père Guy Gilbert, les animaux sont une passion d'enfance. Depuis 1974, à la Bergerie de Faucon qu"il a créée dans les Alpes-Maritimes, si Guy Gilbert aime tant les bêtes, c’est parce que, à leur contact, les jeunes brisés qui lui sont confiés ont reconquis leur dignité d’êtres humains. Il est juste que, par ce livre, il leur rende hommage, avec humour et émotion.

Spirituel et pratique, ce texte donne de précieux conseils d’éducation. Il développe le lien mystérieux que les animaux peuvent tisser au sein d’une famille, parle également de l’intelligence et des sentiments des animaux, de leur dévouement auprès des personnes âgées, des blessés, des naufragés, des malades, des mourants même…

Pour Guy Gilbert, les hommes, les animaux et les plantes font partie d’un tout merveilleux. "Mon Dieu, que faisons-nous de l’équilibre de la Terre ?" s’alarme-t-il avec les mots de celui pour qui veiller sur la nature, c’est aussi veiller sur la création de Dieu.

Un livre contenant bon nombre de conseils pratiques, fruits d’une longue expérience au service des autres, conseils empreints de beaucoup d’intelligence des situations, de psychologie et de foi :

- des récits d’histoires vécues mettant en scène diverses problématiques
- des conseils pour faire face à ces situations
- des encadrés avec des extraits de textes de sagesse
- une bibliographie des meilleurs ouvrages sur la question

La magie des animaux : Aimons ces bêtes qui nous rendent humains, Guy Gilbert, Editions Philippe Rey, 2010, 93 pages

A propos de l'auteur

Prêtre-éducateur depuis 45 ans, celui qui proclame que "la rue est son église" aide quotidiennement des dizaines de jeunes en perdition. La Bergerie de Faucon, qu'il a restaurée en Provence, les accueille et leur offre la chance d'une nouvelle vie grâce à un encadrement compétent. Guy Gilbert est l'auteur d'une trentaine de livres dont "Lutte et aime, là où tu es !".

Pour en savoir plus

- Ce lien où vous pourrez feuilleter le livre
- Le site des Editions Philippe Rey
- Des bêtes et des hommes, de J. Allen Boone
- Requiem pour un nouveau monde, de Maud Fauvel
- L'animal et le spirite, de François Gras
- Demain les chiens... et tous les autres, de David Joly
- Enseignements d'une conscience animale, par Anthéor

Au sommaire

- Du même auteur
- Introduction
- L'animal en famille
- La Bergerie de Faucon
. Trouver les bonnes espèces
. Sur la rive des humains
. La mort des bêtes
- Pas si "bêtes"
- Au service de l'homme
- Imitation des animaux
- Les animaux bénis de Dieu
- Ils iront tous au Paradis
- Servir la terre
- Récapitulatif des conseils
- Bibliographie

L'avis d'un lecteur
Source

"C'est par piston qu'on entre au Paradis. Si c'était au mérite, mon chien y entrerait et moi je resterais dehors..." - Mark Twain

Guy Gilbert m'accompagne spirituellement depuis une bonne vingtaine d'années. Je conserve son mot d'encouragement dans mon portefeuille, ce mot qui est pour lui un appel à être fort, à foncer : "Lutte et aime partout où tu es, et l'avenir t'appartient".

45 années d'expérience de prêtre-éducateur de jeunes délinquants, déglingués de la vie, martyrisés dans leurs enfances, perdus a priori pour la société... Guy Gilbert a investi tout son être dans le sauvetage et la création d'un avenir non tracé, libre, de ces jeunes. Quel exemple !

Pour parvenir à ces résultats, Guy a créé une ferme en Provence, retapant une ruine, et en la transformant en une véritable arche de Noé. Guy Gilbert, comme à chaque fois qu'il écrit, nous invite à partager ses expériences de la vie, de la souffrance, de la Joie.

Les animaux participent pleinement de l'équilibre de l'homme - réelle zoothérapie - amenant ces jeunes à découvrir la patience, l'amour totalement désintéressé de l'animal, l'affection partagée aidant à la construction de soi. Les cas dévoilés dans ce court ouvrage sont saisissants de beauté. La fin poursuivie n'est pas de libérer en nous une charge émotive et d'en rester là. Non. Guy nous appelle tous à l'action.

Comme dans tous ces derniers livres, Guy nous donne quelques conseils judicieux dont j'extrais ceux-ci :

- "Souvenez-vous que "Aimez-vous les uns et les autres" concerne également les animaux"
- "Admirez la nature, elle est un chemin vers la transcendance."
- "Soyez doux comme une colombe. Personne ne résiste à la douceur et à la bonté."
- "Soyez rossignol. Il dit toujours la même chose, mais il appelle au plus haut. on ne se lasse jamais de l'entendre."
- "Soyez écureuil, non pour emmagasiner mais pour grimper de branche en branche. Montez toujours plus haut. Vous contemplerez le ciel. Il est rempli d'étoiles. On en manque tragiquement."

Rétablir l'harmonie avec le monde animal, de Christian Tal Schaller

Rétablir l'harmonie avec le monde animal
de Christian Tal Schaller

avec la collaboration de Johanne Razanamahay


Notre société moderne est follement destructrice et nous saccageons notre planète à un rythme effréné. Au cœur de cette folie se place notre relation avec le peuple animal: dans notre matérialisme triomphant et notre course éperdue vers le profit, nous avons fait des animaux nos esclaves et nous les massacrons sans vergogne. Manger de la viande et des produits laitiers en grandes quantités est l'une des causes principales des maladies de civilisation qui font de la vie de millions d'occidentaux un véritable enfer. Le mépris de l'animal a aussi donné naissance à une médecine purement matérialiste, fondée sur la vivisection, dont on voit aujourd'hui les limites et les dangers. Ce livre montre qu'en suivant l'exemple des peuples naturels qui respectent les animaux et la nature, nous pouvons nous réconcilier avec le peuple animal et cesser de le massacrer.

Rétablir l'harmonie avec le monde animal, Christian Tal Schaller, Johanne Razanamahay, Editions Lanore, 2009, 183 pages

A propos de l'auteur

Médecin suisse, Christian Tal Schaller est depuis quarante ans, un des pionniers de la médecine holistique européenne, qui s'occupe des quatre corps de l'être humain : physique, émotionnel, mental et spirituel. Conférencier et auteur de plus de cinquante ouvrages consacrés à l'éducation de santé, il enseigne avec son épouse Johanne Razanamahay, dans de très nombreux pays, que la santé "ça s'apprend !".

Voir aussi : La viande et le lait, de Christian Tal Schaller.

Sommaire

. Une vie castrée
. Tu ne tueras pas !
. Les peuples naturels
. La civilisation du boeuf
. La vivisection et autres barbarismes
. L'animal thérapeute
. Vivre sans viande
. L'alimentation idéale
. L'institut hippocrate
. L'animal de pouvoir
. La communication avec les animaux

L'avis d'un lecteur
Source

Un livre plein de bon sens et respectueux des animaux

Christian Tal Schaller est un médecin qui se bat pour une médecine plus naturelle (holistique) et pour certaines valeurs comme le respect des animaux et de la nature. Dans la plupart de ces livres, il nous donne des conseils pour avoir une alimentation saine et plus tournée vers le végétal.

Ce livre se lit vraiment très facilement et aborde de nombreux sujets d'actualité, car en décrivant par exemple notre rapport avec les animaux, on en vient au sujet de notre société moderne et matérialiste qui par le mépris notamment des animaux et d'autres valeurs, détruit notre planète et notre santé.

Vous trouverez donc dans ce livre des sujets très variés mêmes s'ils sont en rapport avec les animaux : manger de la viande et du lait nous rend malade, la vivisection et ses limites, l'élevage du boeuf (ses conditions d'élevage, ses derniers instants de vie à l'abattoir), la place de l'animal ailleurs dans le monde et la communication avec les animaux. L'auteur nous donne aussi quelques conseils pour rester en bonne santé et en profite pour nous vanter les mérites de l'institut Hippocrate de West Palm Beach.

Ce livre est donc une belle réflexion sur notre monde moderne et sur notre rapport avec les animaux.

14 août 2010

Philosophie animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Hicham-Stéphane Afeïssa

Philosophie animale
Différence, responsabilité et communauté

Textes réunis par

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

et Hicham-Stéphane Afeïssa

En quel sens pouvons-nous dire que les animaux nous regardent ? Sans doute n'ont-ils jamais manqué de retenir toute notre attention; sans doute n'ont-ils plus à se plaindre de nos jours, du moins pour certains d'entre eux, de ne pas être l'objet de nos soins. Mais il semble que leur regard n'ait pu longtemps se réfléchir dans le miroir que nous leur tendions, parce que nos manières de penser et de vivre les traitaient comme des êtres muets et aveugles, et que le miroir leur renvoyait la seule image de l'homme. Ce volume propose quelques-uns des travaux menés ces dernières années en philosophie et en éthique animale qui ont le plus contribué à promouvoir de nouvelles manières d'interroger la différence supposée entre les êtres humains et les animaux, ainsi que la responsabilité morale qui nous incombe dans le cadre des communautés que nous formons avec eux.

Philosophie animale, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Hicham-Stéphane Afeïssa, Editions Librairie Philosophique Vrin, 2010, 374 pages

A propos de l'auteur

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe et juriste, est maître de conférences en relations internationales au département de War Studies du King's College de Londres. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont Ethique animale (PUF, 2008, préface de Peter Singer), Anthologie d'éthique animale (PUF, 2011) et L'éthique animale (PUF, 2011).

Pour en savoir plus

- La note de lecture d'Estiva Reus
- Le site de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

Trois autres livres du même auteur :

- Ethique animale
- Anthologie d'éthique animale
- L'éthique animale

Au sommaire

Préface

Humanité et animalité

. Introduction
. John Berger : Pourquoi regarder les animaux ?
. Pierre Guénancia : Quelques doutes sur la différence entre l’homme et l’animal.
. Matthew Calarco : Nul ne sait où commence ni où finit le visage. L’humanisme et la question de l’animal.

Ethique animale

. Introduction
. Peter Singer : Libération animale ou droits des animaux ?
. Tom Regan : Pour les droits des animaux.
. Gary Francione : Prendre la sensibilité au sérieux.
. Martha Nussbaum : Par delà la 'compassion' et 'l'humanité’. Justice pour les animaux non humains.

La communauté des êtres humains et des animaux

. Introduction
. Mary Midgley : La communauté mixte.
. John Baird Callicott : Libération animale et éthique environnementale : de nouveau ensemble.
. Clare Palmer : Le contrat domestique

Animaux et philosophes, de Lucien Malson

Animaux et philosophes
de Lucien Malson


La perception des animaux par l'homme s'est trouvée profondément modifiée à la fin du siècle dernier par les travaux des paléontologues, anthropologues et surtout éthologues, scrutateurs du comportement des bêtes dans leur milieu naturel. L'opposition entre l'être animal et l'être humain s'est nuancée. Les anciens critères distinctifs furent souvent subvertis et ceux qui ont le mieux résisté n'ont pas échappé aux révisions et aux reformulations. Une telle évolution des idées et les discussions qu'elle risque parfois de faire naître nous renvoient à l'histoire des rapports qu'à pu entretenir l'homme avec l'animal et à l'examen des arguments que les philosophes, parmi les représentants inévitables de la pensée réfléchie, ont diversement apportés au cours des siècles. L'auteur, Lucien Malson, s'attache ici à retrouver les grands classiques et à commenter leurs propos, en un moment où la connaissance renouvelée des espèces et le problème de leur survie méritent l'attention de chacun de nous. De Thalès à Lévi-Strauss, la question des êtres vivants et sensibles est reparcourue pour aboutir à cette conviction, désormais dominante, que l'animal n'est pas un simple objet et ne peut jamais être traité comme tel.

Animaux et philosophes, Lucien Malson, Editions du Layeur, 2009, 217 pages

A propos de l'auteur

Lucien Malson, agrégé de philosophie, a publié en 1964 un ouvrage de référence, 'Les enfants sauvages', paru chez Plon, repris en "poche" et constamment réédité depuis. L'auteur a partagé son temps d'écriture entre la musique et la philosophie dont témoignent nombre de livres et de chroniques quasi quotidiennes.

Primates et philosophes, de Frans de Waal

Primates et philosophes
de Frans de Waal


"C'est l'animal en nous", entendons-nous souvent quand notre comportement a laissé à désirer. Mais pourquoi pas quand il a été exemplaire? "Primates et philosophes" tente de répondre en réfléchissant aux fondements biologiques d'une des caractéristiques humaines les plus estimées : la moralité. Une réflexion qui va bien au-delà de l’opposition simpliste entre nature et culture et qui voit l’alliance novatrice de la philosophie et de la biologie au service de l’éthique.

Dans ce livre stimulant, voire provocant, Frans de Waal reproche à la biologie évolutionniste contemporaine sa triste vision du monde naturel et son coup de projecteur sur nos gènes "égoïstes". En situant l'origine de la moralité humaine non dans l'évolution mais dans la culture, cette tradition scientifique insiste : nous serions moraux par choix et non pas nature.

Fort d'une vie de recherches sur le comportement des primates, Frans de Waal attaque la "théorie du vernis" qui considère la moralité comme une fine écorce recouvrant une nature par ailleurs mauvaise. Il explique comment nous sommes issus de l'évolution d'une longue lignée d'animaux qui s'occupent des plus faibles et établissent entre eux des liens de coopération basés sur des transactions réciproques. S'appuyant à la fois sur Darwin et sur certaines découvertes récentes, il démontre qu'il existe une forte continuité entre les comportements animaux et humains.

Composé de leçons données à l’université de Princeton, l’ouvrage comporte également les réactions de trois philosophes et d’un spécialiste de la psychologie évolutionniste, et la réponse de Frans de Waal, qui clarifie ainsi ce qui différencie les hommes des autres animaux.

Primates et philosophes, Frans de Waal, Traduction : Sarah Gurcel, Editions Le Pommier, 2008, 257 pages

A propos de l'auteur

Psychologue, primatologue et éthologue, Frans de Waal est l'auteur de nombreux livres comme "La politique du chimpanzé" et "Le singe en nous". Au Living Links Center du Yerkes National Primate Research Center, ses travaux redessinent le lien que l'évolution a tissé entre nos proches cousins et nous.

Voir aussi les autres livres de cet auteur.

13 août 2010

Kant et le chimpanzé, de Georges Chapouthier

Kant et le chimpanzé
Essai sur l'être humain, la morale et l'art

de Georges Chapouthier


Nous, êtres humains, sommes issus d'une longue évolution, minérale et cosmique d'abord, biologique et terrestre ensuite. Pour certains, nous aurions définitivement rompu avec un héritage ancestral qui faisait de nous des bêtes. Nous seuls serions capables du sens du bien et du sens du beau. Nous seuls serions doués de morale. Il existerait ainsi un fossé infranchissable entre le grand philosophe Emmanuel Kant et nos cousins les chimpanzés.

Ou bien, au contraire, faut-il considérer que la morale et l'esthétique chez l'homme plongent leurs racines dans le terreau de la "nature" ? Les animaux ne sont-ils pas eux aussi capables de dévouement pour leurs proches ? Nos cousins les primates ne peuvent-ils pas éprouver eux aussi des sentiments en face d'une belle (d'un beau) chimpanzé ? Bref, la découverte des "cultures animales" n'amène-t-elle pas à concevoir davantage de continuité entre l'homme et l'animal ?

En s’appuyant sur les connaissances les plus actuelles de l’éthologie et de la biologie, l’auteur s’attache à démontrer ce que nous devons à l’animalité et ce qui fait notre être propre. C’est une nouvelle vision de l’être humain qu’il propose.

Kant et le chimpanzé, Georges Chapouthier, Editions Belin, 2009, 143 pages

A propos de l'auteur

Titulaire d'une double formation en biologie et en philosophie, Georges Chapouthier est directeur de recherche au CNRS. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur le cerveau et sur les animaux.

Au sommaire

1 - L'homme et l'animal à travers les civilisations
2 - L'homme est (aussi) un animal
3 - La culture chez l'animal et chez l'homme
4 - L'homme n'est pas (seulement) un animal
Epilogue
L’être humain, un pont entre deux modes d’être
Notes bibliographiques
Table des matières

Pour en savoir plus

- Cet article de Laurence Hansen-Love
- Le livre : Humanité, animalité : quelles frontières ? de Jean-Claude Nouët et Georges Chapouthier

L'avis du site JNE
(Journalistes-écrivains pour la nature et l'écologie)

Existe-t-il entre Kant et le chimpanzé un fossé infranchissable ou bien faut-il considérer que la morale et l’esthétique chez l’homme plongent leurs racines dans le terreau de la nature ? En d’autres termes, sommes nous des philosophes ou des singes ? Voilà un sujet cher à Georges Chapouthier, biologiste et philosophe. Il le développe avec brio et un sens de la synthèse extraordinaire. Il parvient à passionner le lecteur sur ces questions fondamentales. Ce grand défenseur des animaux s’émerveille de notre superbe intelligence mais se désespère de ce qu’on en fait. Rien ne nous permet de nous placer au-dessus d’êtres sensibles capables de dévouement pour leurs proches et chez lesquels existent une ébauche de culture. Les animaux utilisent des outils. Ils connaissent des règles (tabou de l’inceste) et même une protomorale (protection des jeunes). Ils possèdent une conscience environnementale et certains, une conscience phénoménale (test du miroir). Oui, Homo Sapiens, l’homme savant comme il s’est appelé lui-même, occupe une place à part mais il n’en est pas moins en lien avec le reste du vivant. En effet, petit à petit, on s’aperçoit que tout ce qui, croyait-on, était notre spécificité, existe au moins sous forme d’ébauche chez les animaux.

L'analyse du livre par la LFDA, La Fondation Droit Animal

Dans ce livre, Georges Chapouthier a choisi de construire son propos autour d’une question récurrente toujours très actuelle : celle de la relation entre l’humanité et l’animalité. C’est un ouvrage de réflexion très abouti, richement documenté et dont les argumentations sont conduites de façon claire. Entre deux attitudes bien tranchées, l’une qui récuse toute différence entre l’homme et l’animal et une autre qui considère qu’il existe entre les deux une indiscutable frontière infranchissable, l’auteur en présente et développe une troisième qui s’est établie sur le fait que l’être humain a une réalité biologique issue d’une longue évolution animale et que l’on peut déceler et étudier, chez des animaux actuels, des ébauches de singularités proprement humaines.

Le 2e chapitre, « L’homme est (aussi) un animal », décrit comment, au cours de l’évolution biologique, la construction « en mosaïques » des êtres vivants par l’emboîtement d’éléments de plus en plus complexes a conduit à l’émergence de fonctionnements unitaires intégrés.

Il se termine par la phrase suivante qui introduit le 3e chapitre, « La culture chez l’animal et chez l’homme » : « Si l’homme se rattache clairement à l’animal par son anatomie et sa biologie, en est-il fondamentalement différent par son intelligence et sa culture ? »

C’est dans ce chapitre que l’auteur aborde le constat de l’existence chez certains animaux d’ébauches des singularités humaines, et qu’il présente les notions de ce qu’il désigne comme des protocultures animales et des protolangages par exemple. Le sujet devient plus dense et les propos sont très stimulants pour la réflexion quand sont abordés soit le problème de la pensée consciente et les deux types de consciences dans le monde animal, soit les questions suivantes : les animaux ont-ils une théorie de l’esprit, (c’est-à-dire la conscience de la pensée d’un autre) ? Existe-t-il une ébauche de la morale chez les animaux ? Les animaux sont-ils capables de choix esthétiques ?

Après ces bases nettement dessinées, la seconde moitié de l’ouvrage est une analyse des manières dont l’homme utilise ses aptitudes singulières largement épanouies par rapport aux ébauches (parfois ténues et sujettes à débat) citées précédemment. Dans le 4e chapitre, « L’homme n’est pas (seulement) un animal », G. Chapouthier cherche « dans l’approfondissement de la culture les traits qui permettent d’attribuer une spécificité à l’être humain », mais on remarque qu’au cours de cette analyse la rencontre avec la dualité nature-culture est inévitable et qu’il la met habilement à profit pour conduire son propos « qui vise à faire de la culture la suite logique de la nature ». Ainsi, il considère que la morale est à la fois « fruit de la nature et fruit de la culture » mais il souligne que pour beaucoup de philosophes modernes la culture se définit contre la nature.

A propos de l’esthétique, il précise : « Kant insiste davantage, voire presque exclusivement, sur les développements culturels de l’esthétique en négligeant ses bases naturelles », alors que lui même considère que l’esthétique est, elle aussi, entre nature et culture.

Ce chapitre comporte des approches multiples et le cheminements est parfois ardu, en particulier lors de l’articulation entre l’esthétique et la morale ou lors de l’évocation d’une esthétique globale de la nature, conçue en dehors du contexte de la sexualité. Ce chapitre s’achève par un développement très intéressant sur le fait que la culture chez l’homme va « vers davantage de rationalité en même temps que vers davantage d’imaginaire » ; fait qui selon l’auteur résulte des aptitudes distinctes des hémisphères droit et gauche du cerveau humain, lesquels fonctionnent cependant de façon unitaire.

Dans l’épilogue, « L’être humain, un pont entre deux modes d’être », l’auteur tente de conclure en situant « l’être propre de l’homme », « à la fois animal et non-animal ». Revenant sur les trois attitudes citées plus haut, il affirme de façon imagée qu’il ne s’agit pas de choisir entre Kant et le chimpanzé, mais d’admettre « que nous sommes tous nous-mêmes, en quelque sorte, Kant et le chimpanzé ». Ayant ainsi défini le statut singulier de l’homme dans le monde vivant, G. Chapouthier évoque et commente ce que cette singularité implique pour l’homme quant à ses choix éthiques dans ses relations avec autrui, les animaux et l’environnement et il conclut en formant « le voeu que les normes culturelles de cet homme à venir évolueront vers le meilleur. Car un être singulièrement différent peut l’être pour le meilleur… comme pour le pire ».

Pour éviter de répéter moins bien ce que l’auteur explique clairement, plusieurs discussions approfondies qui étoffent le parcours du livre ne seront pas commentées ici. La lecture de ce livre de Georges Chapouthier est hautement recommandée car il permettra à chacun d’enrichir grandement sa propre réflexion. In fine, on peut cependant regretter l’illustration de la couverture, qui évoque maladroitement le contenu de l’ouvrage, voire même à contre sens ; d’abord Kant et le chimpanzé ne devraient pas se tourner le dos, et pour cause ! Ensuite, le bel homme nu (qui représente Kant ?) n’est pas un singe nu, il devrait être culturellement vêtu.

Le singe est-il le frère de l'homme ? de Pascal Picq

Le singe est-il le frère de l'homme ?
de Pascal Picq

Le singe est-il le frère de l'homme ? Nous, des macaques ?! Ne sommes-nous pas au sommet de l'échelle des êtres ? Et si l'homme est un singe, l'inverse est-il pour autant vrai ? Quelles surprises nous réserve encore la planète des singes ?

Le singe est-il le frère de l'homme ?, Pascal Picq, Editions Le Pommier, 2002, 62 pages

A propos de l'auteur

Pascal Picq est l'une des principales figures de la paléoanthropologie en France. Il est aujourd'hui maître de conférences au Collège de France.

L'avis d'Agnès Lenoire
Source

En seulement quelques pages, vous plongez dans un réquisitoire contre l’anthropocentrisme et ses préjugés. Railleur et sans indulgence pour notre arrogance humaine, Pascal Picq dénonce d’abord notre langage empreint de métaphores simiesques, qui véhiculent si bien notre mépris de dominants. Puis il remet l’homme à sa vraie place, c’est-à-dire non pas "descendants du singe", ce qui voudrait dire "ayant bien évolué", mais plutôt du même lignage évolutif. Partageant 98% de nos gènes avec les chimpanzés et les bonodos, nous formons la même famille. Pascal Picq est une des grandes figures de la paléoanthropologie française. Ecoutons son message qui nous exhorte à nous réconcilier avec notre nature de singe. Il le fait avec beaucoup d’humour et ce livre est savoureux.

Au sommaire

- Espèce de singe !
- Si on est frères, alors on ne descend pas l'un de l'autre
- Portrait de famille
- La planète des singes
- L'homme perdu sur la planète des singes (à queue)
- Pour une planète humaine
- Bibliographie

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Le Pommier
- Les animaux amoureux, de Pascal Picq et Eric Travers
- La plus belle histoire des animaux - Collectif avec Pascal Picq

La raison des plus forts, de Pierre Jouventin, David Chauvet et Enrique Utria

La raison des plus forts :
La conscience déniée aux animaux

Sous la direction de Pierre Jouventin,

David Chauvet, et Enrique Utria


Les avancées de la science contredisent radicalement la conception cartésienne de "l'animal-machine" ou le statut actuel de "res nullius" ou de "bien meuble". Mais tandis que les preuves d'une continuité cognitive entre l'humain et l'animal s'accumulent, le sens commun continue de tenir les animaux pour des êtres sans conscience. Il est vrai que ce négationnisme sert de nombreux intérêts économiques (viande, fourrure...), technoscientifiques (expérimentation) ou même récréatifs (chasse, corrida...). Sommes-nous prêts à élargir notre considération aux animaux ? Tel était le sujet du colloque organisé le 14 novembre 2009 à l'université Paris V René Descartes par les associations Droits des Animaux et Tribune animale (Science-Po Paris) auquel cet ouvrage fait suite. Il regroupe le point de vue d'universitaires (philosophes, éthologues, historiens, juristes, économistes) et d'antispécistes, français et étrangers.

Sous un titre emprunté à La Fontaine et souvent repris depuis, les onze essais réunis dans ce volume abordent principalement la notion de conscience animale, objet d’une controverse ininterrompue depuis l’Antiquité : à partir de quand peut-on parler de conscience ? Quels ajustements la reconnaissance de facultés mentales aux animaux rendrait-elle nécessaires ? Autant de questions auxquelles les auteurs ont cherch à répondre, offrant une réflexion particulièrement riche et poussée sur la conscience animale.

La raison des plus forts : La conscience déniée aux animaux, Pierre Jouventin, David Chauvet, Enrique Utria, Editions IMHO, 2010, 240 pages

Au sommaire

Pierre Jouventin : Le propre de l’homme sous le microscope
David Chauvet : Les animaux, ces êtres de raison
Estiva Reus : Sentience et viande
Yves Bonnardel : Idée de nature, humanisme et négation de la pensée animale
Maxine Sheets-Johnstone : Espèces en voie de disparition
Elisabeth Hardouin-Fugier : Le verbe qui voile la violence
Fabienne Delfour : Conscience, souffrance et bien-être de l’animal-objet
Marc Bekoff : Prendre en considération les animaux et non uniquement les primates "supérieurs"
Irene Pepperberg : Pouvons-nous dénier la conscience aux animaux non-humains ?
Jean-Claude Wolf : Une éthique de la sympathie naturelle
Olivier Le Bot : La qualification juridique de l’animal

Pour en savoir plus

- La volonté des animaux, de David Chauvet
- Droits des animaux - Théories d'un mouvement, d'Enrique Utria
- Les confessions d'un primate, de Pierre Jouventin
- Kamala, une louve dans ma famille, de Pierre Jouventin
- Les émotions des animaux, de Marc Bekoff

Humanité, animalité : quelles frontières ? de Jean-Claude Nouët et Georges Chapouthier

Humanité, animalité : quelles frontières ?
Sous la direction de

Jean-Claude Nouët

et Georges Chapouthier


Rassemblées dans cet ouvrage, les contributions originales de 21 biologistes, médecins, vétérinaires, philosophes et juristes, montrent combien se sont estompées aujourd'hui les frontières scientifiques, philosophiques, juridiques, pathologiques, prétendument infranchissables, que le cartésianisme avait voulu voir ériger entre l'humanité et l'animalité.

Au cours des siècles, les hommes ont le plus souvent considéré qu’il existait un fossé entre le règne animal et eux. La reconnaissance des droits de l’animal va à l’encontre de cette conception, également battue en brèche par les travaux scientifiques les plus récents. Aussi, on le sait, la LFDA a réuni, ces dernières années, trois congrès qui ont étudié respectivement les frontières scientifiques et philosophiques, juridiques et pathologiques entre l’animalité et l’humanité.

Cet ouvrage est constitué des actes de ces congrès. Lors du premier, Alain Collenot a montré comment la génétique a modifié la conception de ces frontières. Au sein d’un même groupe, celui des mammifères, les structures sociales sont elles-mêmes très variées (Jean-Louis Hartenberger). Si définir une conscience animale n’est guère aisé, des "pistes" sont néanmoins possibles (Pierre Buser). Certes, les limites du naturel et du culturel demeurent floues, surtout si l’on considère les protocultures et l’emploi d’outils, protolangage, protomorale et choix esthétiques (Georges Chapouthier). Pour leur part, Jean Bastaire et Michel Hulin analysent la place des animaux dans le christianisme et la civilisation indienne.

Les frontières juridiques – objet du deuxième congrès – sont étudiées par Jean-Pierre Marguénaud et Grégoire Loiseau. De son côté, Suzanne Antoine estime que la création d’une nouvelle catégorie de biens, le "bien protégé", pourrait améliorer la situation juridique de l’animal. Membre du Parlement européen et président de l’Intergroupe pour le bien-être et la protection des animaux, Robert Evans, rappelle les grandes lignes de l’action de celui-ci.

Troisième congrès, consacré aux frontières pathologiques, ce qui implique l’évaluation comparée de l’immunologie (Patrice Debré), les sensibilités différentes intra et interspécifiques (Hervé Zeller), les contaminations de l’homme par les déplacements intercontinentaux (François Bricaire), les modèles artificiels de pathologies humaines (Jean-Louis Guénet) et la pathologie comparée avec le cas du chien (Stéphane Blot). Dans leur exposé sur le risque sanitaire "sauvage", Marc Artois, Alexandre Caron et Bernard Vallat soulignent que "la diabolisation de la faune sauvage ne résoudra aucun problème". Et Sabrina Krief dresse un étonnant panorama des animaux qui "se soignent" eux-mêmes, les chimpanzés surtout, mais aussi bien d’autres.

En conclusion, Jean-Claude Nouët montre à quel point la notion de frontière entre animalité et humanité apparaît relative : une "affaire de critères et de point de vue". Néanmoins, alors même que, sous l’effet des découvertes scientifiques et de l’évolution des mentalités, cette frontière s’estompe, la législation va encore trop souvent à contre courant. Ainsi, dans notre pays, un texte officiel récent assimile l’animal de laboratoire à… un "système d’essai"…

Humanité, animalité : quelles frontières ? se révèle un ouvrage fondamental, qui apporte des arguments décisifs à une meilleure reconnaissance des droits de l’animal.

Co-auteurs : Suzanne Antoine, Marc Artois, Jean Bastaire, Stéphane Blot, François Bricaire, Pierre Buser, Alexandre Caron, Georges Chapouthier, Alain Collenot, Jean-Marie Coulon, Patrice Debré, Robert Evans, Michel Fontaine, Jean-Louis Guénet, Jean-Louis Hartenberger, Michel Hulin, Sabrina Krief, Grégoire Loiseau, Jean-Pierre Marguénaud, Jean-Claude Nouët, Bernard Vallat, Hervé Zeller.

Humanité, animalité : quelles frontières ?, Jean-Claude Nouët, Georges Chapouthier, Editions Connaissances et Savoirs, 2006, 243 pages

Voir aussi : Homme et animal : de la douleur à la cruauté, sous la direction de Thierry Auffret Van der Kemp et Jean-Claude Nouët.

12 août 2010

Homme et animal : de la douleur à la cruauté, de Thierry Auffret Van der Kemp et Jean-Claude Nouët

Homme et animal : de la douleur à la cruauté
Sous la direction de

Thierry Auffret Van der Kemp
et Jean-Claude Nouët


Lors de l'exposition "Bêtes et Hommes" à la Grande Halle de la Villette en octobre 2007, la Fondation Ligue française des droits de l'animal a organisé un colloque sur le thème "Homme et animal : de la douleur à la cruauté ".

D'éminents spécialistes des sciences biologiques et des sciences humaines ont accepté d'y apporter leur savoir dans les domaines divers de la neurobiologie, de l'éthologie, de la sociologie, de la philosophie, de l'histoire et du droit. Ils ont apporté leurs réponses à des questions essentielles concernant la douleur des animaux, et les réactions de l'homme à son égard.

Du point de vue du neurobiologiste, tous les animaux peuvent-ils éprouver la douleur physique et la souffrance psychique ? Comment, selon l'éthologue, peut-on reconnaître et interpréter les signes extérieurs de la souffrance des animaux ? Comment l'homme perçoit la souffrance d'autrui ? Sous l'angle de la médecine pédopsychiatrique, un enfant cruel envers un animal devient-il un adulte cruel envers l'homme ? Comment, au regard des philosophes comme des artistes plasticiens au cours des trois derniers siècles et jusqu'à aujourd'hui, la douleur et la souffrance subies par les animaux ont-elles été prises en compte par les hommes ? Selon la sociologie, des pratiques culturelles ou professionnelles sont-elles capables, en écrasant la sensibilité d'enfants ou d'adultes pour la souffrance des animaux, d'engendrer des séquelles psychologiques ? Comment le droit a-t-il pris, ou prendra-t-il en compte la douleur des animaux et la cruauté envers eux ?

L'ouvrage, réalisé par la Fondation Ligue française des droits de l'animal, présente les interventions et les débats ; il est accessible à tous les publics.

Homme et animal : de la douleur à la cruauté, Thierry Auffret Van der Kemp, Jean-Claude Nouët, Editions L'Harmattan, 2008, 180 pages

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Sommaire

Thierry Auffret Van der Kemp
Avant-propos et remerciements

Jean-Claude Nouët
Introduction

Georges Chapouthier
La douleur : des animaux à l'homme

Dalila Bovet
Comment reconnaissons-nous et interprétons-nous les signes extérieurs de la douleur ou de la souffrance des animaux ?

Marie-France Le Heuzey
L'enfant cruel; cruauté envers l'animal, cruauté envers l'homme : continuité ou rupture ?

Jean-Luc Guichet
La perception de la cruauté envers l'animal au cours de l'histoire : le XVIIIe siècle, siècle charnière

Elisabeth Hardouin-Fugier
Images de la cruauté humaine envers l'animal

Jocelyne Porcher
L'écrasement de la sensibilité des travailleurs dans les systèmes industriels de productions animales

Jean Decety
Comment notre cerveau perçoit-il la souffrance d'autrui ?

Suzanne Antoine
La prise en compte par le droit de la douleur de l'animal et de la cruauté envers lui

Jean-Claude Nouët
Conclusion