26 mai 2012

Bouffeur de salade ! de Romain Viallard

Bouffeur de salade !
Etre végétarien

de Romain Viallard


Chaque jour en France trois millions d’animaux sont menés à l’abattoir pour combler les papilles des citoyens.

« La viande fait partie de l’alimentation humaine depuis toujours » disent les défenseurs d’un régime omnivore. Ce fait, contesté par certains, doit-il être pris comme une constatation immuable, une vérité qui bloquerait dès le début tout débat ?

Le parcours du végétarien, spécialement en France, est tout sauf une partie de plaisir. C’est même une lutte dans laquelle il est ardu de ne pas tomber sur un os ! Compliqué de pouvoir assumer cette conviction dans ses choix quotidiens, encore plus périlleux d’essayer de la faire partager !

Ce livre est tout autant un guide d’aide aux végétariens, qu’une invitation aux mangeurs de viande à découvrir ce qui peut motiver ces étranges mangeurs de salade.

Bouffeur de salade ! Romain Viallard, Editions Lulu, 2012, 130 Pages

A propos de l'auteur

Romain Viallard est né en France en 1982. Homme de radio, il est végétarien depuis l'âge de quinze ans. L'auteur est adhérent de l'Association Végétarienne de France, Dignité Animale, la Société de Protection des Animaux, la PETA, le Comité Radicalement Anti-Corrida. En 2012, il rejoint le comité de communication de l'Alliance écologiste indépendante.

Pour en savoir plus

- Le site de l'éditeur où vous pourrez acheter le livre
- La rubrique Végétarisme pour d'autres livres sur le même thème

Au sommaire

(à) TABLE (!)
Introduction
1. Pourquoi être végétarien ?
2. Amen la viande ! Végétarisme et religion
3. Tu brouteras de l'herbe mon fils !
4. J'ai un point commun avec Brad Pitt
5. Les animaux n'ont pas de conscience !
6. Mais ça, ce n'est pas véritablement de la viande !
7. Isoloir et abattoir !
8. Prions pour que les extraterrestres soient végétariens !
9. Et si nous pouvions manger de la viande sans tuer des animaux ?
10. Franchement, n'y a-t-il pas plus important ?
11. Et tes chaussures, c'est du cuir ?
12. Une proposition audacieuse...
13. Mais tu manges bien des oeufs ?
14. Du végétarisme au végétalisme
15. Conclusion
Citations

Des extraits de l’introduction

« Bouffeur de salade ! », « Si nous ne les mangeons pas, les vaches vont envahir le monde ! » ou encore : « Et t’as ça depuis longtemps ? » sans oublier : « C’est bien joli, mais qu’est-ce que je vais manger si je fais comme toi ? » Voici quatre des multiples réflexions que l’on peut juger, au choix, drôles ou imbéciles, auxquelles le végétarien que je suis depuis quinze ans a dû faire face au long de ce qui représente tout de même maintenant la moitié de mon existence. Pas facile d’être végétarien en France. […]

Pourquoi écrire ce livre ? Je ressens depuis le début de mon engagement végétarien, le besoin de l’expliquer. Pas un dîner en ville où je ne dois me justifier auprès d’un convive de mon choix alimentaire. Le végétarisme est souvent vécu comme une bizarrerie, une excentricité, parfois même comme une agression de la part d’autrui. En effet, qui suis-je pour décréter que manger des animaux est quelque chose de mal ? Est-ce que je vaux mieux que la masse des omnivores ? N’est-ce pas un peu dédaigneux de refuser de jouer le jeu du groupe et de s’alimenter « comme tout le monde » ? […]

[…] Vous verrez au fil des pages de ce livre que le végétarisme se vit par étape. Il faut d’abord avoir le déclic, développer son végétarisme. C’est une pratique à plusieurs niveaux. Ensuite il faut l’assumer socialement. La dernière étape de ce parcours du combattant (armé de feuilles de salades et de steaks de soja !) est certainement de pratiquer un végétarisme prosélyte, quitte à heurter certains.

[…] Végétariens en devenir, prenez cet ouvrage comme un témoignage de la route qui vous attend. Tout n’est pas rose, mais au moins plus rien ne sera rouge sang.

Carnivores convaincus, prenez la lecture de ces pages comme une preuve d’ouverture d’esprit de votre part. Sachez que de mon côté, j’ai pour la préparation de ce livre, fait l’effort de converser longuement avec des bouchers, des charcutiers, de regarder de nombreuses vidéos issues d’abattoirs, ou encore de lire des ouvrages critiquant avec ferveur le végétarisme. Vous ne faites donc que me renvoyer la pareille, et je vous en remercie.

24 mai 2012

Militer permet de..., de Sandrine Delorme

Militer permet de...
Plus de 50 (excellentes) raisons

pour passer de l’indignation à l’action !

de Sandrine Delorme

illustrations d'Insolente Veggie


Mélange de prose malicieuse - on découvre une douzaine de portraits de militant-e-s plus vrais que nature -, et d’illustrations souvent très drôles, Militer permet de... est une ode au militantisme.

Si des causes variées sont abordées - l’écologie, les droits des handicapés, des homosexuels, des animaux, etc -, l’important, à chaque fois, n’est jamais là : il réside dans le fait de se responsabiliser, et de devenir, avec joie, un être social, sociable et plus libre que jamais.

Un ouvrage qui donne la pêche, le sourire et l’envie de dépasser l’indignation pour s’engager dans l’action !

Militer permet de..., Sandrine Delorme, Illustrations : Insolente Veggie, Editions Les points sur les i, 2011, 100 pages

A propos de l'auteur

Sandrine Delorme est née en 1967, à Lyon, et vit depuis près de dix ans à Paris, avec son compagnon et une chatte recueillie. Elle travaille comme orthophoniste pour deux centres médico-psychologiques, auprès d'enfants et adolescents en grande difficulté affective, langagière et souvent, sociale. L'écriture est pour elle, un mode d'expression privilégié. Les auteurs qui lui viennent en premier à l'esprit, dès qu'elle pense à ceux qui lui ont à la fois le plus appris et marquée, sont Raymond Carver, Annie Saumont, Stephen King, mais également des auteurs de B.D. tels que F'Murr et Mandryka. Elle est l'auteure de deux recueils de nouvelles. Outre l'écriture, la lecture et l'orthophonie, elle s'intéresse à l'éthique animale. Elle milite activement pour la promotion du véganisme. Elle a par ailleurs joué les comportementalistes animalières pour chats pendant près de deux ans.

Les auteures offrent leurs droits à l'association L214 qui défend plus particulièrement les animaux terrestres et aquatiques destinés à l’alimentation humaine (viande, poisson, oeuf, lait). Son engagement passe par des enquêtes dans les élevages, dans la filière transport et dans les abattoirs, et par la diffusion de vidéos et de matériel militant. Elle organise aussi des actions à destination du public, des politiques ou des supermarchés. L214 souhaite que notre société en arrive à reconnaître que les animaux ne sont pas des biens à notre disposition et ne permette plus qu'ils soient utilisés comme tels. Vous pouvez vous aussi soutenir L214 en adhérant à l’association ou en réalisant un don sur le site de l'association L214.

Pour en savoir plus

- Les Editions Les points sur les i
- Le site de l'auteur : A fleur de plume, et son blog
- Le blog de l'illustratrice : Insolente Veggie
- Le cri de la carotte, de Sandrine Delorme
- La rubrique Végétarisme pour d'autres livres sur le même thème


22 mai 2012

Le cri de la carotte, de Sandrine Delorme

Le cri de la carotte
Aventures gauloises d'une végétarienne

de Sandrine Delorme

illustrations d'Insolente Veggie

préface de Jacques Boutault


(Mise à jour : ajout du sommaire et d'un avis)

[...] Je suis devenue végétarienne parce que j'ai compris ce qui se cachait de l'autre côté de mon assiette. Pour le veau, comme pour tout autre animal devenu viande. Je n'avais alors aucune idée des conséquences, ni de la longue évolution qui m'attendait, ni de brusquement devenir, simplement parce que je changeais mon alimentation, une sorte d'objecteur de conscience. [...]

Les mouvements pour le végétarisme, pour le véganisme et pour les droits des animaux ne cessent de préoccuper les consciences collectives et s'invitent de plus en plus souvent dans les médias.

Sandrine Delorme, à travers un récit de vie, drôle, nourri par de nombreuses réflexions, répond avec brio à une foultitude de questions : qui sont les « VG » ? Pourquoi et comment devient-on végétarien, végétalien, végan, militant de la cause animale ? Quels liens avec le bio, l'écologie, la décroissance ? Pourquoi s'occuper d'animaux plutôt que des humains ? Et quid des végétaux ? Enfin, les animaux ne se mangent-ils pas entre eux ?...

« Le cri de la carotte » propose de s'orienter vers une réflexion commune pour la cause animale ; en effet, depuis quand un comportement ancré dans nos habitudes lui confère-t-il une légitimité ? Aux omnivores, aux apprentis végétariens ou aux activistes des droits des animaux, cet ouvrage suggère de nombreuses pistes et aide chacun d'entre nous à élargir le champ de son humanité.

Le cri de la carotte, Sandrine Delorme, Illustrations : Insolente Veggie, Préface : Jacques Boutault, Editions Les points sur les i, 2011, 218 pages

A propos de l'auteur

Sandrine Delorme est née en 1967, à Lyon, et vit depuis près de dix ans à Paris, avec son compagnon et une chatte recueillie. Elle travaille comme orthophoniste pour deux centres médico-psychologiques, auprès d'enfants et adolescents en grande difficulté affective, langagière et souvent, sociale. L'écriture est pour elle, un mode d'expression privilégié. Les auteurs qui lui viennent en premier à l'esprit, dès qu'elle pense à ceux qui lui ont à la fois le plus appris et marquée, sont Raymond Carver, Annie Saumont, Stephen King, mais également des auteurs de B.D. tels que F'Murr et Mandryka. Elle est l'auteure de deux recueils de nouvelles. Outre l'écriture, la lecture et l'orthophonie, elle s'intéresse à l'éthique animale. Elle milite activement pour la promotion du véganisme. Elle a par ailleurs joué les comportementalistes animalières pour chats pendant près de deux ans.

Jacques Boutault, auteur de la préface, est maire du 2e arrondissement de Paris, où les cantines scolaires servent depuis janvier 2009 un repas végétarien hebdomadaire.

Pour en savoir plus

- Les Editions Les points sur les i
- Le site de l'auteur : A fleur de plume, et son blog
- Le blog de l'illustratrice : Insolente Veggie
- Militer permet de..., de Sandrine Delorme
- La rubrique Végétarisme pour d'autres livres sur le même thème

L'avis d'un lecteur
Source

A lire !

Ce livre est une réussite. L'auteure raconte comment elle est devenue végétarienne, les raisons qui l'ont poussée à faire ce choix et comment elle est devenue ensuite végétalienne puis végane puis militante. Ce livre fourmille de références les plus sérieuses, d'informations utiles, de reflexions pertinentes sur le militantisme. Pas de descriptions d'horreurs, mais une fois le livre achevé, on se pose beaucoup de questions car l'intelligence de son argumentation ne peut laisser indifférent. Et le style est si souple, si expressif et plein d'humour aussi parfois qu'on ne s'ennuie pas une seconde.

Au sommaire

Avant-propos
Préface
I - Action
1 - Patatras !
2 - Démarrage
3 - Rythme de croisière
II - Réactions
1 - Une contre-culture
2 - Les secrets de la sérénité
3 - Végétalisme, véganisme
4 - Comment faire lorsqu'on est invité ?
III - Militantisme
1 - Où je fais mes débuts de militante
2 - Où l'on observe que manipuler la rhétorique ne s'improvise pas
3 - Où je me demande s'il faut choquer, et de quelle manière
4 - Où tout s'éclaire !
5 - Où je m'allonge dans une barquette (en pensée)
6 - Deux styles de messages à éviter
7 - Quatre arguments à manier avec précaution
8 - Où je n'échappe pas à un premier bilan
9 - Stage !
IV - Où l'on découvre l'existence de rendez-vous réguliers (liste non exhaustive !)
V - Un jour viendra
VI - Annexes
1 - Ailleurs, dans le monde
2 - Deux exemples de pages profil que je m'étais créées ; extraits
3 - Paroles de psys
4 - A.L.F.
5 - L'argument de la paix sur terre
6 - Le véganisme ou rien ?
7 - Chats et chiens sans viande
VII - Références complètes de la documentation
VIII - Quelques références commentées
IX - Remerciements
X - Quelques précisions et définitions

Quelques extraits
Source : A fleur de plume

Extrait 1

[ …] Mon mari et moi, nous savons ce qui se passe, avec les animaux, et nous ne pouvons pas faire autrement que devenir végétariens.
Rien de plus simple, en apparence. Sauf que très vite, nous sommes en proie à de fort gênants problèmes de digestion. Pour tout vous avouer, ça ne sent pas la rose chez nous, et nos ventres prennent l’allure de ballons de baudruche !
En vérité, nous avons commis les deux erreurs classiques : augmentation des rations de fromages, laitages en tous genres, histoire de prétendument compenser les manques en protéines issues de la viande, et introduction d’un seul coup de crudités, légumes et légumineuses en quantités gargantuesques. Rien de mieux pour aérophager, flatuler, empester, somnoler et ne plus dormir de la nuit ! […]

Extrait 2

[…] Charles Patterson, dans « Un éternel Treblinka », répond quant à lui de manière très documentée à un épouvantable verdict que j’ai souvent pris en pleine face de végétarienne : « Hitler aussi, était végétarien ! »
Ben pas du tout. Que nenni. Cette croyance est l’œuvre du perfide Goebbels, le maître ès propagande du régime nazi ; il avait répandu cette légende histoire de donner au Führer un cachet d’ascète – ce qu’en rien il n’était !
Hitler valorisait la force et la cruauté, attributs autrement plus virils. Les végétariens le répugnaient. L’amour des animaux aussi. Il se servait de son chien comme d’une marque supplémentaire de puissance et de virilité, le battait avec férocité.
Au final, après avoir lu « Un éternel Treblinka », nous voici armés, vous comme moi, aptes à rétorquer à celui qui par sa fourbe sentence semble nous accuser d’appartenir à une secte de fachos : sous Hitler, les végétariens étaient persécutés ! M… alors !!! […]

20 mai 2012

L'écho du quetzal, de Jean-Luc Renck

L'écho du quetzal
Chroniques anthropozoologiques

de Jean-Luc Renck

illustrations de Joëlle Jolivet


Les guides touristiques de Chichen ltza affirment qu'en tapant dans ses mains au pied des pyramides maya, on entend l'écho du quetzal, mythique oiseau divin. Un signe parmi d'autres que le statut mythologique des bêtes n'a guère changé tandis que progressaient la zoologie, puis l'éthologie, sciences dont le résultat le plus assuré est que la frontière entre l'homme et l'animal est résolument impossible à tracer.

C'est cette ligne hésitante, qui irait de Moby Dick aux dauphins thérapeutes et à Sauvez Willy, du légendaire basilic au surréaliste ornithorynque, que suivent ces chroniques "anthropozoologiques", attentives à pointer les traits les plus étranges et révélateurs de notre relation à l'animal. Histoires de domestication et d'asservissement, de protection et de réintroduction d'espèces, de droit des bêtes sauvages et de psychologie des animaux familiers se mêlent ici en une fresque surprenante et bigarrée.

L'écho du quetzal, Chroniques anthropozoologiques, Jean-Luc Renck, Illustrations : Joëlle Jolivet, Editions du Seuil, 2004, 259 pages

Au sommaire

- Zoologies
- Une (petite) galerie de l'évolution
- Survivre, modes d'emploi
- La planète du singe exterminateur
- Dix millénaires de domesticités
- Abus de biens zoociaux
- Une zoociété inspirante

Pour en savoir plus

- Le site des Editions du Seuil
- Et s'il n'y avait plus d'animaux ? de Jean-Luc Renck

A propos de l'auteur
Source

Né en 1961 en Suisse, dans le Jura neuchâtelois, Jean-Luc Renck a obtenu une licence en biologie à l'Université de Neuchâtel. Il y a mené quelques recherches en éthologie avant de s'engager sur la voie de l'écriture, qui "collait" mieux à ses intérêts et humeurs sans cesse changeants - dans le même temps, il tombait amoureux de l'Ardenne belge...

Pour épilogue à ses années académiques, il a publié "Que dit votre chat ?" (L'Hèbe, 2001), court essai sur quelques réalités et mythes de la communication animale, puis "L'éthologie, histoire naturelle du comportement" (Seuil, 2002), en collaboration avec sa compagne, l'anthropologue Véronique Servais, chargée de cours à l'Université de Liège.

Chroniqueur auprès de quotidiens suisses depuis une quinzaine d'années, Jean-Luc Renck a livré près d'un millier d'articles touchant à tous les aspects des sciences naturelles et de leur histoire ainsi que quelques notes de voyage (Australie, Pacifique, Californie...) ; 82 de ses chroniques racontant les animaux et les rapports innombrables que les hommes entretiennent avec eux ont été recueillies dans "L'Echo du quetzal" paru au Seuil en 2004, ouvrage qu'on a pu qualifier "d'agréable petit bestiaire, érudit, curieux et poétique" ("L'Huma"). Le même thème a été développé dans le petit "Et s'il n'y avait plus d'animaux ?" (L'Hèbe, 2004), en quelque sorte les notes de marge de "L'écho du quetzal".

Et s'il n'y avait plus d'animaux ? de Jean-Luc Renck

Et s'il n'y avait plus d'animaux ?
de Jean-Luc Renck


L'animal habite tous les mondes humains, depuis toujours, et il a engagé les hommes dans des relations innombrables, souvent contradictoires. Que ce soit en chair et en os ou sous forme de récits, de représentations, l’animal est omniprésent dans notre vie matérielle et spirituelle. Alors pourquoi, fréquemment, éprouvons-nous une gêne à admettre cette omniprésence comme un apport fondamental à notre humanité, pourquoi la minimisons-nous ? Et pourquoi déclassons-nous comme pathologies ou faiblesses bon nombre de rapports avec la bête ?

Et s'il n'y avait plus d'animaux ? Jean-Luc Renck, Editions de l'Hèbe, 2004, 80 pages

Pour en savoir plus

- Le site des Editions de l'Hèbe
- L'écho du quetzal, de Jean-Luc Renck

A propos de l'auteur
Source

Né en 1961 en Suisse, dans le Jura neuchâtelois, Jean-Luc Renck a obtenu une licence en biologie à l'Université de Neuchâtel. Il y a mené quelques recherches en éthologie avant de s'engager sur la voie de l'écriture, qui "collait" mieux à ses intérêts et humeurs sans cesse changeants - dans le même temps, il tombait amoureux de l'Ardenne belge...

Pour épilogue à ses années académiques, il a publié "Que dit votre chat ?" (L'Hèbe, 2001), court essai sur quelques réalités et mythes de la communication animale, puis "L'éthologie, histoire naturelle du comportement" (Seuil, 2002), en collaboration avec sa compagne, l'anthropologue Véronique Servais, chargée de cours à l'Université de Liège.

Chroniqueur auprès de quotidiens suisses depuis une quinzaine d'années, Jean-Luc Renck a livré près d'un millier d'articles touchant à tous les aspects des sciences naturelles et de leur histoire ainsi que quelques notes de voyage (Australie, Pacifique, Californie...) ; 82 de ses chroniques racontant les animaux et les rapports innombrables que les hommes entretiennent avec eux ont été recueillies dans "L'Echo du quetzal" paru au Seuil en 2004, ouvrage qu'on a pu qualifier "d'agréable petit bestiaire, érudit, curieux et poétique" ("L'Huma"). Le même thème a été développé dans le petit "Et s'il n'y avait plus d'animaux ?" (L'Hèbe, 2004), en quelque sorte les notes de marge de "L'écho du quetzal".

Réflexions sur la condition faite aux animaux, de Françoise Armengaud

Réflexions sur la condition
faite aux animaux
de Françoise Armengaud

Du sacrifice à la notion d'anthropomorphisme, cet ensemble d'essais analyse le comportement des hommes face aux animaux. Une réflexion pluridisciplinaire alimentée entre autres par la référence à des discours poétiques et philosophiques, l'inscription dans le politique.

L’auteur prend son point de départ dans sa conviction du caractère central, encore de nos jours, de la notion de sacrifice, pour archaïque voire désuète qu’elle puisse paraître à un esprit occidental. Or au sein même de l’Occident, elle s’avère vivace dans les pratiques (cacher et halal) des monothéismes juif et musulman. Elle reste centrale, au moins métaphoriquement et théologiquement, dans le christianisme. Mais il s’agit également de s’interroger sur l’éventuelle permanence d’un élément sacrificiel hors rituel, à la fois sourd, obscur et plat, dénué de toute opérativité positive, celui de l’abattage industriel et de la nourriture carnée, banalement et excessivement consommée aujourd’hui.

Le point essentiel est que la "question" des animaux n’est pas un "à côté" ou un "en dehors" de l’humain, mais qu’elle lui est consubstantielle. Ce n’est donc pas non plus un "hors politique", et ce, à bien des titres. Les économies modernes regorgent de pratiques perverses et mortifères à court terme comme à long terme. Il faut poser le défi : quelle société voulons-nous pour vivre en paix non seulement entre humains mais entre "animaux humains" et "animaux non-humains" ? L’une des originalités de cet ensemble d’essais (treize en tout, qui s’échelonnent de 1982 à 2010) est d’envisager la condition faite aux animaux non seulement dans la réalité la plus concrète mais aussi, et peut-être surtout, dans le discours humain, celui des philosophes - Platon, Aristote, Foucault - et des poètes - Hugo, Supervielle, Rilke, Verdet. Le chapitre consacré à la question aujourd’hui très controversée et biaisée de l’anthropomorphisme apporte à cet ouvrage une conclusion fortement argumentée.

Réflexions sur la condition faite aux animaux, Françoise Armengaud, Editions Kimé, 2011, 256 pages

A propos de l'auteur

Normalienne, agrégée et docteur en philosophie, Françoise Armengaud a enseigné la philosophie du langage et l’esthétique à l’Université de Paris X. Ses recherches portent sur la littérature, la relation du texte à l’image les représentations de l’animalité dans la culture et les relations des humains aux animaux.

Au sommaire

Introduction
I. Crimes contre l’animalité
- Souffrance et mort animales. Le témoignage de l’art. A propos du film de Georges Franju, Le sang des bêtes.
- Du sacrifice des animaux, ou comment l’absurde et le cruel se sont parés des plumes de l’intelligible
II. L’inscription dans le politique
- Sur quelques sophismes touchant les droits des animaux
- Esclaves, femmes, enfants et animaux dans la Grèce antique
- Un fait social complexe : le traitement du cochon en Europe à l'époque médiévale
- Folie et bestialité sous le regard de Michel Foucault
III. Mon semblable, mon frère
- Le visage animal : bel et bien un visage
- La condition animale selon Hugo, ou la muette éloquence d'un regard d'ombre
- Le temps où les bêtes parlaient : imaginaire des contes, imaginaire de l’enfance
- L’anthropomorphisme : vraie question ou faux débat ?
Bibliographie sélective
Index des noms

La note de lecture d'Estiva Reus

En début d'année est paru le livre de Françoise Armengaud "Réflexions sur la condition faite aux animaux", aux éditions Kimé.

La presse n'en a guère parlé. C'est injuste. Quand paraît un livre d'Elisabeth de Fontenay ou de Florence Burgat, les médias s'en font (à juste titre) l'écho. Alors que Françoise Armengaud, qui connaît très bien les travaux des deux premières, et qui comme elles travaille depuis longtemps, en philosophe, sur la question animale n'a apparemment pas inspiré les journalistes. Peut-être un effet de la parution simultanée du livre de Foer, qui lui a eu (tant mieux) une couverture média incroyable. Il ne restait plus de place apparemment pour évoquer l'ouvrage de F. Armengaud qui, il faut bien le reconnaître, est plus difficile à présenter et commenter.

Si on lit la quatrième de couverture (ce à quoi on accède en allant sur les librairies en ligne), on ne se sent pas vraiment éclairé sur le contenu.

C'est que le livre est quasiment impossible à résumer parce que c'est un recueil d'articles écrits à diverses périodes (plusieurs gros articles sont récents) et sur divers thèmes, et que sur chaque thème, le travail de documentation et de réflexion qu'à fait l'auteur est très dense.

Tout ce qu'on peut dire de façon générale, c'est que Françoise Armengaud fait partie des philosophes qui analysent et condamnent le spécisme. Ce qui ne signifie pas du tout que si vous achetez le livre, vous allez y trouver la redite de ce que vous avez lu ailleurs dans vos écrits favoris sur le spécisme ou les droits des animaux.

Ces quelques mots de l'introduction de l'ouvrage donnent une idée du fil conducteur de sa réflexion :

"Une question me hante, sans cesse répétée : pourquoi la condition faite par les hommes aux animaux est-elle si atroce et impitoyable ? ... Pourquoi les humains, a priori pas plus méchants les uns que les autres, ou que d'autres espèces, sont-ils si odieux avec les animaux ? Que les humains soient également odieux entre eux n'arrange rien, est simplement à verser au dossier.

... Quelque part un échec (non désigné comme tel dans les traditions éxégétiques) ... nous invite à formuler une question. Pourquoi l'envoyé du Seigneur, qu'on dit être l'archange Gabriel, se montra-t-il si paresseux, négligent, indolent, inattentif, distrait, nonchalant, épuisé, harassé, courbatu, étourdi, qu'il ne se précipita point une seconde fois pour arrêter le bras docile du patriarche afin de protéger aussi le bélier du couteau ? Pourquoi ne sut-il s'aviser de proposer en lieu et place quelque arbuste, fruit ou aromate ? La face du Temple en eut été changée, et pas seulement elle."

Trois exemples de thèmes traités dans de (gros) articles de ce recueil.

- "Du sacrifice des animaux, ou comment l'absurde et le cruel se sont parés des plumes de l'intelligible". Le point de départ est une réflexion sur un argument parfois opposé au végétarisme : l'affirmation du caractère symbolique et fondateur du sacrifice et du meurtre rituel. Là dessus, F. Armengaud se livre à une enquête sur le sacrifice dans différentes civilisations, sur les interprétations qu'en ont donné les anthropologues, propose elle-même une partition en deux types de sacrifices où les victimes ont des statuts différents (et le sacrifice une signification symbolique différente), et conclut qu'elle n'est pas convaincue que le sacrifice soit l'explication ultime de la violence envers les animaux. Rien ne prouve qu'il soit "fondateur" au sens de nécessaire.

- "Sur quelques sophismes touchant les droits des animaux". Contient un parcours des divers sophismes conduisant à mépriser les animaux, mais aussi deux passages faisant un point bien documenté sur l'abattage rituel et la corrida.

- "Anthropomorphisme, vraie question ou faux débat ?" Essai dont l'objet est ainsi défini par l'auteur : "Je voudrais montrer que telle qu'elle est utilisée aujourd'hui dans la plupart des textes et des conversations ou débats, l'accusation d'anthropomorphisme vise essentiellement à porter le discrédit intellectuel sur certaines propositions (et sur les personnes les soutenant) non conforme à l'idéal scientifique en vogue, et allant à l'encontre de la pratique normale de la science et de la pratique normale des affaires. ... Et qui utilise aujourd'hui ce terme ? Dans quels discours le trouve-t-on ? Là où il y a des résistances à la prise en compte du bien-être animal, dans les revues professionnelles et chez certains zootechniciens."

Il y a aussi pas mal d'articles (toujours sur la question des animaux) portant sur des oeuvres philosophiques, littéraires, picturales ou cinématographiques. Faute de culture en la matière, je ne suis pas la lectrice idéale pour les apprécier. Mais certains sont très instructifs comme ce texte consacré au cochon dans l'Europe médiévale où l'on apprend des choses sur les chrétiens par rapport aux juifs et une origine possible de l'invention par les chrétiens du mythe des juifs dévoreurs de petits enfants (chrétiens).

Estiva

19 mai 2012

Petite histoire des grands singes, de Chris Herzfeld

Petite histoire des grands singes
de Chris Herzfeld

De l’Antiquité à nos jours, de la découverte du gorille à celle des cultures des chimpanzés, cette fascinante histoire des relations entre hommes et grands singes dévoile les comportements surprenants des bonobos, chimpanzés, gorilles et orangs-outans et leur proximité avec notre espèce.

La croyance commune en la singularité de l’homme et sa séparation radicale d’avec les autres primates ne traduirait-elle pas en fait notre angoisse d’une régression vers la bestialité ? D’où vient cette notion d’une différence de nature et quels arguments scientifiques l’ont successivement alimentée ? Comment les grands singes ont-ils été constitués en objets de savoir et d’expérimentation, prétextes à discours sur les races et sur les femmes ? Et comment s’affirment-ils aujourd’hui en partenaires et semblables pour les humains ?

Petite histoire des grands singes, Chris Herzfeld, Editions du Seuil, 2012, 210 pages

A propos de l'auteur

Chris Herzfeld est philosophe des sciences et artiste. Spécialiste de l'histoire de la primatologie et des relations entre humains et grands singes, elle mène, depuis de nombreuses années, des travaux de terrain avec bonobos, chimpanzés, gorilles et orangs-outans, à travers le monde.

Pour en savoir plus

- Le site des Editions du Seuil
- Le site officiel de Chris Herzfeld
- Ce lien (PDF) pour découvrir les 28 premières pages du livre
- A écouter, cet entretien avec Chris Herzfeld, sur RFI
- La page Les cultures non-humaines

Au sommaire

Introduction
1. L'étrangeté du Même.
Hommes sauvages, simiens et êtres hybrides.
2. Quand le singe n'était qu'un crâne.
Expansion coloniale, collections d'histoire naturelle et classification.
3. Singes-cobayes.
Primates et recherche expérimentale.
4. Des anthropoïdes qui se prennent pour des humains.
Singes spationautes, singes peintres et singes parlants.
5. Socialités, traditions et cultures chez les primates.
Quand recule la frontière entre l'homme et l'animal.
6. Des femmes et des singes.
Sexe, genre et primatologie.
Devenir-humain...


A découvrir dans cette première histoire de la primatologie en français : des primates anthropoïdes qui regardent des couchers de soleil, des gorilles bipèdes, des chimpanzés qui écrivent, des orangs-outans qui font du troc et des bonobos qui peignent... Un monde véritablement fascinant et un regard philosophique sur la grande épopée des relations entre hommes et singes.

Comment le singe vint à l'homme ? Cette "Petite histoire des grands singes" interroge la fascinante histoire des relations entre Occidentaux et primates, scrute comment ils sont devenus des objets de discours savants et des rats de laboratoire. Elle prend également au sérieux une conduite longtemps perçue comme risible, mais qui, de l'Antiquité au XXIe siècle, a néanmoins captivé tous ceux qui ont fréquenté les simiens : leur capacité exceptionnelle d'imitation des comportements humains... Cette aptitude atteint un degré remarquable chez les espèces les plus proches de l'homme sur le plan phylogénétique : bonobos, chimpanzés, gorilles et orangs-outans. Quand ces espèces vivent en lien étroit avec les humains dans leur famille et leur maison, elles se réapproprient en effet, avec beaucoup de facilité, leurs habitudes, leurs savoir-faire et même leurs manières d'être-au-monde, expérimentant certaines formes de devenir-humain, cette notion faisant écho avec celle de "devenir-animal", proposée par Deleuze et Guattari dans "Mille Plateaux" (1980). Un "devenir-humain" fantastique par son étendue et sa densité... Certains anthropomorphes tracent ainsi des signes d'écriture, manifestent de la pudeur, peignent, admirent les couchers de soleil et vont jusqu'à se prendre pour des humains.

Cette brève histoire culturelle des idées savantes à propos des grands singes traverse différents champs, des philosophes de l'Antiquité aux encyclopédistes du Moyen-Age, des savants de la Renaissance aux nomenclateurs des Lumières (Premier chapitre), des collections muséales à l'expansion coloniale (Deuxième chapitre), de la biologie expérimentale à la théorie de l'esprit (Troisième chapitre), des recherches de terrain aux cultures animales (Cinquième chapitre), de la présence des femmes en primatologie aux études de genre (Sixième chapitre). Enfin, une attention spéciale est accordée aux grands singes qui cohabitent avec les humains (Quatrième chapitre). Davantage que sur la question des propres de l'Homme, sans cesse posée, l'accent sera donc mis sur les ressemblances entre humains et anthropoïdes, ainsi que sur la communauté essentielle qui les unit...

La femme et l'avenir du singe
Par Vincent Olivier, du site L'Express

Héritière des femmes primatologues des années 1960, Chris Herzfeld détaille les raisons de leur présence sur le terrain.

Quand les hommes observent les primates, ils véhiculent des préjugés machistes, révèle un livre. Voila pourquoi les grandes stars de la discipline appartiennent au sexe dit faible.

King Kong bien sûr. Mais aussi les gorilles et Dian Fossey, incarnée à l'écran par Sigourney Weaver. Ou encore le chimpanzé de Max mon amour, de Nagisa Oshima, avec Charlotte Rampling. Dans l'imaginaire collectif, femmes et singes entretiennent une histoire singulière, qui fascine autant qu'elle inquiète la gent masculine. Tel est le point de départ d'une réflexion passionnante de Chris Herzfeld, auteur d'une "Petite Histoire des grands singes" (Ed. du Seuil).

Philosophe, primatologue mais aussi artiste, cette scientifique belge soulève avec acuité une question inédite: pourquoi les femmes ont-elles été à l'origine de la plupart des observations sur les primates, au détriment de leurs collègues du sexe dit fort?

Plus dévouées, elles poseraient moins de problèmes

L'explication est assez prosaïque: pour étudier correctement les "presque humains", il faut passer du temps sur le terrain. Beaucoup de temps. Or, aux prémices de la primatologie, dans les années 1960, les carrières se faisaient avant tout dans les universités, loin de la jungle. Pas question pour ces messieurs de s'enterrer à l'autre bout du monde. Mieux valait envoyer des collègues féminines - moins ambitieuses qu'eux, pensaient-ils - défier l'oubli...

De fait, les trois "figures" de la recherche en primatologie demeurent aujourd'hui encore Dian Fossey (dix-huit ans avec les gorilles de montagne au Rwanda), Jane Goodall (quinze ans en Tanzanie) et Biruté Galdikas (en Indonésie depuis vingt-neuf ans!).

Mais une autre idée était à l'oeuvre. Les femmes, plus dévouées, plus patientes et passionnées que leurs homologues virils, poseraient, pensait-on, moins de problèmes. En outre, aucun risque de voir les grands singes entrer en rivalité avec elles, à la différence de leurs collègues masculins. N'étaient-elles pas mieux à même, en outre, de décrypter la communication non verbale grâce à leurs compétences spécifiques et quasi innées de mères potentielles?

Des qualités qui ont fait naître des préjugés sexistes

Repérant le filon, la célèbre revue National Geographic exploita au maximum cette imagerie féminine. Dès le numéro d'août 1963, note Chris Herzfeld, le magazine mit en scène un bébé singe tendant la main à Jane Goodall. Une jolie femme blonde, Jane, "sorte de Grâce Kelly de la primatologie" propre à alimenter "les fantasmes occidentaux", commente la scientifique.

De leur côté, les hommes n'ont pas hésité pas à nourrir leurs observations sur le terrain de préjugés sexistes. Jusqu'à l'exemple, caricatural et pourtant repris par de nombreux spécialistes, de l'utilisation fréquente des morceaux de bois chez les grands singes: si c'est un mâle, il les manipule forcément pour en faire une arme. Si c'est une femelle, elle s'en sert, évidemment, "pour jouer à la poupée". Aux premiers, la domination, la capacité à créer des outils et la fonction de protection du groupe ; aux secondes, l'éducation des petits, la sociabilité et la soumission.

Tant pis si, dans la réalité, les choses se révèlent plus subtiles. Chez les bonobos, par exemple, l'agressivité n'est pas, loin s'en faut, le seul fait des mâles. De même, chez les babouins, la hiérarchie fine à l'intérieur de la tribu est dans les faits assurée par les femelles. Ces observations-là, vérifiées à de nombreuses reprises par des primatologues femmes, n'ont pas été mises en avant dans les revues scientifiques, quasiment toutes dirigées par un (et non pas une) responsable. En matière de sciences, la femme n'est toujours pas un homme comme les autres.

18 mai 2012

La plume des bêtes, de Lucile Desblache

La plume des bêtes
Les animaux dans le roman

de Lucile Desblache


Les bêtes de la littérature nous suivent depuis l'enfance. Les premiers livres les introduisent comme initiatrices de nos émotions et complices de notre apprentissage du langage articulé. Adultes, nous les côtoyons dans une fiction où elles sont certes formatrices de nos identités humaines, mais qui se fait aussi leur porte-parole. C'est de cette fiction, destinée à nous permettre de mieux comprendre les univers non humains qui nous entourent, qu'il s'agit ici.

Parmi la multitude d'ouvrages littéraires contemporains qui introduisent des animaux, certains ne les considèrent que comme symboles subalternes reflétant nos propres valeurs, comme miroirs de nos existences humaines. Toutefois, de nombreux auteurs écrivent pour et avec les animaux, dans le but de stimuler ou de partager les diverses rencontres esthétiques, affectives et ontologiques que nous pouvons faire avec eux. Cet ouvrage examine l'aventure de cette écriture de la relation entre animaux humains et non humains que racontent les romanciers d'aujourd'hui.

Une première partie trace les multiples fonctions des bêtes littéraires ainsi qu'une brève histoire de leur présence en littérature occidentale. Une seconde questionne la représentation animale dans les cultures humaines et l'inévitable anthropocentrisme de la plume des écrivains. La dernière partie de l'ouvrage se penche sur deux auteurs dont les romans stimulent nos rapports aux bêtes et nos réflexions sur elles de manières contrastées : Patrick Chamoiseau et J. M. Coetzee, deux auteurs de cette écriture de relation qui nous rappelle, de multiples façons, qu'être humain, c'est aussi être bête.

La plume des bêtes, Les animaux dans le roman, Lucile Desblache, Editions L'Harmattan, 2011, 302 pages

A propos de l'auteur

Lucile Desblache est Reader de Traduction et de Littérature comparées à l’université de Roehampton, Londres. Elle a écrit plusieurs articles et ouvrages sur la question de la représentation animale en littérature, dont le Bestiaire du roman d’expression française (Blaise Pascal, 2002). Elle est membre du programme Animots.

Pour en savoir plus

- Le site des Editions L'Harmattan
- Cette page où vous pourrez feuilleter le livre

Au sommaire

- Remerciements
- Introduction
Animaux de fiction, fiction des animaux
- Une écriture de relation
. Cultures humaines et animales
. Altérité et appartenance : un double rôle de l’animal en littérature
. Figures et jeux de ressemblance
. Roman et figuration animale
- Brève histoire des animaux en littérature occidentale
. De la préhistoire au Moyen-Âge
. Perceptions et représentations animales de la Renaissance
. Figures du classicisme
. Lumières et sensibilité
. Tendances contemporaines
Penser et représenter les animaux
- Cultures anglophones et francophones
. Animaux et cultures littéraires : l’exemple du hérisson
. Parler des ou pour les animaux
. Critiques postcoloniales
- Pensée animale et représentation animale
. Anthropocentrisme épistémologique et anthropocentrisme moral
. L’animal signe d’absence ?
. Animaux de l’imaginaire : transmettre ou transgresser les idées reçues
. Les animaux, figures politiques et spirituelles
. Devenir-animal
. Au-delà de la métaphore
Ecritures de la trace et de la relation : Patrick Chamoiseau et J. M. Coetzee
- Présence plurielle des animaux
. Du totem à l’objet de consommation
. Pouvoir et subordination
. Littératures transcoloniales et représentation animale
. Conte à rebours : images animalières dans la fiction antillaise
. Représentations animales en Afrique du Sud : traces de l’apartheid
- Patrick Chamoiseau : sur les traces des bêtes
. Désarçonner l’oubli
. L’écriture de l’image animale
. Lieux de vie et territoires de possession
. Présence animale des textes autobiographiques
. Histoire des traces et traces de l’histoire
- J. M. Coetzee : remous éthiques de l’écriture animale
. Le prisme animalier de Coetzee : réalisme et allégorie
. Descriptions animales et univers parallèles
. Poisons et secrets des animaux chtoniens
. L’appel allégorique du monde sauvage
. L’animal familier, rebut de la société humaine
Conclusion
- Bibliographie
. Ouvrages littéraires cités
. Ouvrages de Patrick Chamoiseau et J. M. Coetzee
. Autres ouvrages et articles
- Index
. Index des noms
. Index des notions
. Index des animaux

Les grands singes, de Will Self

Les grands singes
de Will Self

Roman

Artiste peintre renommé, "paroissien adepte de la bibine et pratiquant", cocaïnomane à ses heures, Simon Dykes passe en une nuit d'éden en enfer. Sa compagne s'est métamorphosée en chimpanzé et lui-même semble être le dernier survivant humain d'une planète gérée par les grands singes... A ceci près qu'il n'est rien d'autre qu'un chimpanzé présentant des symptômes de confusion corporelle. Passionné par ce cas hors normes, un psychanalyste radical va tenter de le guérir de son délire humain...

Dans ce roman foisonnant où les règles sociales sont celles du règne animal, lois sexuelles et conflits interclaniques compris, et où les humains sont exposés dans les zoos, Will Self donne libre cours à son imagination débridée. Délibérément provocateur, il offre une satire percutante de la société des hommes.

Les grands singes, Will Self, Traduction : Francis Kerline, Editions Seuil, 2000, 486 pages

A propos de l'auteur

Né en 1961, Will Self est l’un des auteurs les plus importants de la nouvelle fiction anglaise. Ses romans Vice-versa, Mon idée du plaisir, Théorie quantitative de la démence, Ainsi vivent les morts, Dorian et Dr Mukti sont disponibles dans la collection Points.

L'avis d'une lectrice
Source

Un livre exceptionnel sur un monde où la race dominant le monde est celle des chimpanzés et non celle des humains, un peu à la Planète des Singes de Pierre Boulle, mais en plus fouillé psychologiquement. C'est-à-dire que les chimpanzés ne sont pas humanisés comme les singes de Pierre Boule. Ils gardent leurs caractéristiques "animales", alors que les caractéristiques "humaines" sont considérées comme animales. Je vous laisse apprécier.

Pour lancer l'histoire, un artiste-peintre, chimpanzé, se réveille en ayant la conviction d'être un être humain. Terrorisé par la vision de sa "femme" en temps que guenon, etc... ce livre raconte la reconquête de sa "chimpanité".

17 mai 2012

Zoo ou l'Assassin philanthrope, de Vercors

Zoo ou l'Assassin philanthrope
Comédie judiciaire,
zoologique et morale
de Vercors

Théâtre

(Mise à jour : ajout du sommaire et des extraits)

On ne naît pas homme, on le devient. Telle pourrait être la morale du procès de Douglas Templemore, impliqué dans "un scandale sans précédent dans toute l'histoire de la justice britannique". Sous le procès hilarant de cet "assassin philanthrope" se cache, outre la satire du colonialisme, la question philosophique fondamentale : qu'est-ce qu'un homme ? Anthropologues, paléontologues, zoologistes et médecins sont appelés à la barre pour en débattre...

Le retentissement de son premier roman, "Le Silence de la mer", a quelque peu occulté les autres œuvres de Vercors, dont la redécouverte s'impose. Richesse du contenu, efficacité du style et humour ravageur l'inscrivent dans la lignée de Voltaire : l'intrigue de Zoo est celle d'un conte philosophique drolatique alliant satire et réflexion morale. La confrontation de la version romanesque (Les animaux dénaturés, 1952) et de la forme théâtrale permet une étude précise du travail de réécriture et de la spécificité du genre dramatique. Quant à l'argument anthropologique servant de cadre à l'investigation philosophique, il permet, tout en s'amusant, d'acquérir les rudiments nécessaires à l'étude de toutes les sciences humaines.

Zoo ou l'Assassin philanthrope, Vercors, Présentation, notes et après-texte établis par Jocelyne Hubert, Editions Magnard, 2003, 184 pages

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Magnard
- Les animaux dénaturés, de Vercors

Au sommaire

Présentation
- Vercors : "De la résistance à la philosophie"
- Les intellectuels dans l'histoire
- Structure de "Zoo ou l'Assassin philanthrope"

"Zoo ou l'Assassin philanthrope"
- Texte intégral

Après-texte

- Pour comprendre
. Le texte de théâtre : une parole en situation
. Meurtre dans un cottage anglais
. Un cadavre "très petit, mais déconcertant"
. "Un crâne d'un million d'années" mais "tout récent"
. Paranthropus erectus : le chaînon manquant ?
. Les tropis ont-ils une âme ?
. "Les nègres sont-ils des hommes ?"
. Nous sommes tous des tropis !
. Un assassin "coupable" et "innocent"
. Zoo : une hybridation réussie

- Groupement de textes (extraits) : Le propre de l'homme
. Blaise Pascal, Pensées, 1670
. Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764
. Vercors, Sylva, 1961
. Franz Kafka, La métamorphose, 1999
. Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, 1961
. Nigel Barley, L'Anthropologie n'est pas un sport dangereux, 1997

Information / Documentation
- Bibliographie
- Visites
- Filmographie
- Internet

Structure de "Zoo ou l'Assassin philanthrope"
Extrait, P11-P12

L'action commence à Sunset Cottage, résidence de Douglas Templemore, qui demande au Dr Figgins de constater le décès de son enfant et au policier Mimms de l'arrêter pour meurtre. Le cadavre est celui d'un singe, proteste le médecin ; c'est celui de mon fils, assure D. Templemore, non sans préciser que la mère de l'enfant réside au jardin zoologique et que le cadavre est celui d'un "tropi". Le policier, "désarçonné", procède à l'arrestation (1er tableau).

Au 2e tableau, un premier procès a eu lieu, ajourné. Un second doit s'ouvrir et le ministre de la Justice fait comprendre au juge Draper que l'intérêt de l'Angleterre est en jeu : si les tropis sont des hommes, ils échapperont à la domestication des Australiens, concurrents économiques des Anglais. Mais alors Templemore sera pendu pour meurtre - ce qui contrariera fort Lady Draper, dont la jeune protégée est fiancée du jeune homme.

Interrogés par le procureur Minchett, l'anthropologue Greame et sa fille Sybil déposent sur les circonstances de la découverte des tropis (3e tableau). Le témoignage de Sybil entraîne un flash-back sur les lieux de l'expédition et montre les scientifiques à l'oeuvre au moment de leur découverte fantastique (4e tableau). Le compte-rendu de Sybil se poursuit dans le cadre du tribunal et permet de présenter les conclusions des observations scientifiques : l'anthropologie ne permet pas de se prononcer sur la nature des tropis. Les dépositions se poursuivent dans un crescendo de plus en plus cocasse ; l'audience est suspendue (5e tableau). Le second acte reprend avec le rappel à la barre des témoins : Kreps déclenche un coup de théâtre en faisant intervenir les Papous dans le débat (6e tableau). Un nouveau flash-back nous transporte au camp qui résonne d'un "brouhaha de fête" des Papous : ils font rôtir des tropis, au grand désespoir des savants qui ne peuvent reprocher aux Papous leur cannibalisme sans admettre que les tropis sont des hommes. D'autres "cannibales" entrent en scène, à commencer par un certain Vancruysen, dont l'interrogatoire dévoile les stratégies économiques (7e tableau). Les débats glissent vers l'affrontement éthique entre Knaatsch, s'en tenant au constat de l'évolution des espèces, et Eatons, interprétant les observations de Lamarck comme une preuve de la supériorité "naturelle" de l'homme blanc sur le "nègre". Le tribunal, scandalisé, est de plus en plus perplexe lorsque les jurés demandent à voir les spécimens du Paranthropus erectus, objet du débat (8e tableau). Le tribunal se déplace donc de la Cour de justice au jardin zoologique pour examiner les tropis et délibère sans parvenir à une conclusion satisfaisante (9e tableau). Le juge, dans son cabinet, poursuit ses recherches. Son épouse, en lui servant le thé, fait remarquer que les tropis, ne portant pas de gris-gris, sont nécessairement des bêtes, et Templemore innocent (10e tableau). Les observations de Lady Draper précipitent le dénouement : de retour au tribunal, le juge Draper rappelle les premiers témoins et dirige lui-même les interrogatoires jusqu'à obtenir enfin une définition de l'homme qui fasse l'unanimité et permette à la fois le sauvetage des tropis et l'acquittement de l'assassin philanthrope (11e tableau).

Deux extraits

P68-P70
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Pop vient à la barre et prête serment.
JUSTICE DRAPER : Mon père, la défense nous assure...
MINCHETT : Le témoin est à moi, Votre Honneur.
JUSTICE DRAPER : Bon, interrogez-le.
MINCHETT : Mon père, on vient de nous dire que les questions de langage sont précisément votre affaire. A votre connaissance, les tropis savent-ils parler entre eux ?
POP (levant des mains découragées) : Et que voulez-vous, une fois de plus, qu'on vous réponde ? Qu'est-ce que c'est qu'un langage ? Un assemblage de sons formant des mots, c'est-à-dire des symboles. Combien de sons ? Combien de mots ? Les Grecs, voyez-vous, ont longtemps et vainement disputé pour savoir combien, au minimum, il fallait de cailloux pour former un tas. Etait-ce trois, cinq, sept, neuf ou davantage ? Les Chinois ont soixante mille mots. Nous en avons trente mille. Les Zoulous en ont sept ou huit mille. Les Boschimans, cinq ou six cents. Tout en bas de l'échelle, les Veddahs de Ceylan en ont deux cents ou deux cent cinquante, qu'ils débitent à la queue leu leu sans la moindre ébauche de syntaxe. Est-ce encore un langage ? Chez les tropis, j'ai pu identifier, jusqu'à présent, cent dix-huit cris ou modulations distinctes, ayant chacun sa signification. Est-ce assez pour affirmer qu'ils parlent ? Ou bien en faudrait-il cent cinquante ? Ou bien suffirait-il de cent ? Garner a pu distinguer chez les chimpanzés plus de soixante sonorités diverses. Est-ce qu'ils parlent ? On en distingue quarante chez le corbeau. Nous sommes dans le plus parfait arbitraire.
JUSTICE DRAPER : Mais ces... sonorités, comme vous dites, chez les tropis, sont-elles des cris ou des mots ? S'ils disent simplement "Ouille-ouille-ouille !" quand ils se font mal et "Oh-là-là !" quand ils sont contents...
POP : Et s'ils disent "zut" et "vite" et "stop" et "Hip-hip-hip hourrah !", est-ce que ce sont des cris ou des mots ? Et quand, en Amérique, vous lisez en grosses lettres sur une station-service : HERE EAT CAR WASH ("Ici-mange-auto-lave") est-ce encore du langage articulé ? L'Américain moyen limite son vocabulaire à trois ou quatre cents mots : il vaut donc dix corbeaux ou six orangs-outangs ? Les tropis, je vous l'ai dit, usent de modulations parfaitement distinctes, liées à des significations aux moins aussi précises. Tenez, voulez-vous des exemples ? (Il pousse soudain une série de cris gutturaux.) Cela veut dire : "Attention, danger !" (Autre série de cris.) "Où est passée ma femme - ou ma femelle ?" (Autre série.) "Celui qui touche à ma viande, je l'assomme !" Est-ce là un langage ?
MINCHETT (sérieusement) : Il me semble.
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P74
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MINCHETT : Cependant, professeur, n'est-il pas établi que tous les langages humains se distinguent des langages animaux par la présence ou l'absence d'une même structure fondamentale ?
KREPS : Oui, mais c'est trop simple aussi.
JUSTICE DRAPER : Expliquez-nous cela.
KREPS : Bon. Prenons le chinois et l'allemand. Le chinois est musical et monosyllabique. Selon qu'on prononce "Ha" (son montant) ou "Ha" (son descendant) la même syllabe signifie soit l'embonpoint, soit le général en chef. De sorte que l'obésité du général en chef se dira par le doublé "Ha-ha" (descendant-montant) , alors qu'en allemand, langue agglutinante, pour dire la même chose, on n'aura besoin que d'un seul mot : "Oberbefehlshaberdickbaüchigkeit" [Note. Littéralement : "La rotondité du ventre du fondé de pouvoir supérieur".], toutefois un peu plus long. Si ces deux langues-là ont une structure fondamentalement commune, on ne la voit pas tellement bien.
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