08 décembre 2012

Les droits des animaux, de Tom Regan

Les droits des animaux
de Tom Regan
traduction d'Enrique Utria

Les animaux ont des droits. C’est la thèse que défend Tom Regan dans cette oeuvre fondatrice, contribution majeure à la réflexion morale contemporaine. Loin d’être sans pensée, comme l’affirmait Descartes, les animaux que nous mangeons, chassons ou livrons aux expériences scientifiques sont conscients du monde. Leur esprit est empreint de croyances et de désirs, de souvenirs et d’attentes. Ce sont, à ce titre, des êtres dotés d’une valeur morale propre, indépendamment de l’utilité qu’ils peuvent avoir pour nous. Ce n’est pas simplement par compassion pour leur souffrance, mais par égard pour leur valeur que nous devons les traiter avec respect. La théorie de Regan est la formulation philosophique la plus élaborée et la plus radicale d’une éthique des droits des animaux. Elle pose une exigence de cohérence : si nous refusons l’exploitation des hommes, il nous faut également dénoncer l’exploitation des animaux non humains. L’abolition de l’élevage, de la chasse et de l’expérimentation est requise par la justice.

Les droits des animaux, Tom Regan, Traduction d'Enrique Utria, Editions Hermann, 2013, 752 pages

A propos de l'auteur

Tom Regan est professeur émérite de philosophie morale à la North Carolina State University à Raleigh (Etats-Unis). Il est le plus influent théoricien des droits des animaux.

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Hermann
- Le site de Tom Regan
- Ethique animale : une seule solution - l'abolition ?
- Le fondement moral du végétarisme (traduit par Valéry Giroux et Enrique Utria)
- Pour les droits des animaux (traduit par Eric Moreau)
- La philosophie des droits des animaux (traduit par David Olivier et Françoise Blanchon)
- Interview de Tom Regan (par Karin Karcher, David Olivier et Léo Vidal)
- La complexité de la conscience animale (traduit par David Olivier)
- Droits des animaux - Théories d'un mouvement, d'Enrique Utria
- La raison des plus forts, de Pierre Jouventin, David Chauvet et Enrique Utria

06 décembre 2012

La libération animale, de Peter Singer

La libération animale
de Peter Singer
Préface de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

Petit up de cette note
pour signaler la réédition de ce livre

Les animaux souffrent. Comme nous. Ils doivent donc être considérés autrement. Ce livre a déclenché le débat contemporain en éthique animale et changé notre regard sur les animaux. Depuis sa parution en 1975, il est devenu un classique incontournable, traduit dans une vingtaine de langues et vendu à près d'un million d'exemplaires.

Notre attitude à l'égard des animaux est-elle correcte d'un point de vue éthique ? Faut-il étendre aux "bêtes sauvages'" la protection juridique (relative) que nous accordons aux animaux de compagnie ? L'évaluation morale de la souffrance des êtres vivants soulève de vraies questions philosophiques. Aux Etats-Unis et en Allemagne, comme dans le reste du monde anglo-saxon, le livre de Peter Singer n'a cessé de susciter analyses et débats passionnés. Au centre de tous les colloques universitaires sur le droit des êtres non humains, il est aussi la référence obligée du "Mouvement de la libération animale".

La libération animale, Peter Singer, Préface de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Traduit de l'Anglais (Etats-Unis) par Louise Rousselle, Editions Payot, 2012, 480 pages

A propos de l'auteur

Peter Singer, philosophe australien, est professeur de bioéthique à l'université Princeton (Etats-Unis). Time Magazine l'a présenté comme le plus influent des philosophes actuels.

Au sommaire

Présentation du livre par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
Préface inédite de l’auteur à la présente édition de poche
Préface à l’édition de 1990
Préface à l’édition de 1975
Ch.1. Tous les animaux sont égaux
Ch.2. Outils de recherche
Ch.3. Du côté de la ferme usine
Ch.4. Devenir végétariens
Ch.5. La domination de l’homme
Ch.6. Le spécisme aujourd’hui
Notes
Bibliographie sélective
Remerciements

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Payot
- Comment vivre avec les animaux ? de Peter Singer
- L'égalité animale expliquée aux humains, de Peter Singer
- Le projet grands singes, sous la direction de Paola Cavalieri et Peter Singer
- Ethique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
- L'éthique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
- Anthologie d'éthique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
- Philosophie animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Hicham-Stéphane Afeïssa

L'avis d'une lectrice
Source

Pour les animaux, pour l'homme, pour la vie

L'approche philosophique n'est pas toujours évidente pour le profane, mais le message est clair: l'animal ne devrait pas être notre chose, et en l'exploitant nous générons une souffrance inacceptable, intolérable.
Entre autres sujets, le plaidoyer pour le végétarisme est limpide: si nous cessons d'utiliser les ressources naturelles de notre planète pour l'élevage des animaux, la nourriture sera suffisante pour toute la population mondiale.
À lire, pour ne plus se mettre la tête dans le sable, ouvrir les yeux sur la vraie souffrance animale et nos devoirs envers nos "frères animaux".

Couverture des Editions Grasset, 1993

04 décembre 2012

Des animaux et des bêtes, de Bebb

Des animaux et des bêtes
de Bebb

Bande dessinée

Ils m'ont attaché à un arbre et ils sont partis !

Ils ne reviennent pas et ça m'inquiète beaucoup, c'est ma famille !

Il leur est arrivé quelque chose, c'est O-BLI-GE !!

Alors je me suis détaché et je suis parti à leur recherche, à leur secours !

Mais j'ai rencontré d'autres humains qui m'ont mis en cage, qui me font faire des choses que je ne comprends pas !

Puis j'ai rencontré toutes sortes d'animaux qui eux aussi ont rencontré des hommes qui leur font faire des choses qui n'ont aucun sens, qui font mal, qui nous rendent triste et malheureux.

Ma famille me manque, eux étaient gentils, ils me nourrissaient, me donnaient de la tendresse et jouaient avec moi !

Où sont-ils ?

-

"Le manque de respect, la cruauté dont nous faisons preuve envers ces animaux à qui nous devons tout m'a toujours révolté.

La bd humoristique est un moyen beaucoup plus "doux" pour informer les gens sur ce que subissent les animaux par rapport aux vidéos ou photos terribles qui peuvent en rebuter bon nombre car certains d'entre nous, les humains, sont des êtres sensibles."


Des animaux et des bêtes, de Bebb, Editions Les points sur les i, 2012, 48 pages

A propos de l'auteur

Né en 1961, à l'adolescence, il recopie des planches du journal Spirou et découvre là une passion. Il dessine assidûment jusqu'à ses 25 ans. Il part ensuite à l'aventure en Côte d'ivoire. Après quelques mésaventures, il se retrouve dans les rues d'Abidjan sans un sou et sans billet retour ! Grâce au dessin et à un imprimeur Suisse pour lequel il réalise le plan de cette capitale en dessin humoristique, il arrive à se payer un billet retour pour la France ! Puis il se met à dessiner et il est édité aux Editions Soleil, pour les deux tomes d'une BD hautement culturelle, tout est dans le titre : "Mouchakaka" !. Prix du public au festival de dessins humoristiques et de presse de Vialas en 2011. Il contribue, en 2012, avec le collectif des Moutons Noirs, à une BD satirique dénonçant l'inceste et la pédocriminalité : "Rien vu, rien entendu" aux Editions Les points sur les i.

Pour en savoir plus

- Le site des éditions Les points sur les i
- Le blog de l'auteur : Les mouches de Bebb
Ou bien, chez le même éditeur
- Militer permet de..., de Sandrine Delorme
- Le cri de la carotte, de Sandrine Delorme

02 décembre 2012

La Révolte des animaux, de Frédéric Deparis

La Révolte des animaux
Gaïa : 2e cycle
de Frédéric Deparis

Roman

15 août 2100 : dans le parc de Yellowstone aux Etats-Unis, un camp de touristes est sauvagement attaqué et massacré par une horde de grizzlis et d’ours bruns. Le même mois, lors de son vol inaugural, l’Airbus A420 percute un nuage d’oiseaux qui s’engouffrent volontairement dans son réacteur et provoquent le crash de l’avion. Un peu plus tard, en Sibérie orientale, un couple de vieillards meurt, victime de l’incroyable assaut de millions d’insectes rampants. Au siège des Nations Unies, les représentants du monde entier sont forcés de reconnaître ce fait pourtant invraisemblable : les animaux se révoltent…

Deuxième cycle de Gaïa, 'La Révolte des animaux' est un plaidoyer pour inciter les hommes à reconsidérer leurs rapports avec le monde animal, dont l’existence est aujourd’hui menacée par les activités et l’expansion humaines. Grâce à cette fiction au réalisme brutal, Frédéric Deparis montre également combien l’homme serait fragile face à un telle rébellion, et ce malgré sa technique et son savoir. Une fois le livre refermé, vous ne badinerez plus dans les champs avec la même désinvolture...

La Révolte des animaux, Frédéric Deparis, Editions Publibook, 2012, disponible en version papier, PDF ou eBook, 180 pages

Pour en savoir plus

- Cette page où vous pourrez feuilleter le livre
- Ce PDF pour découvrir les deux premiers chapitres
- Le site des éditions Publibook

30 novembre 2012

Le dernier orang-outan, de Valérie Dayre

Le dernier orang-outan
de Valérie Dayre

Nouvelle

Gaëtan est un enfant chéri de ses parents, enfin était parce que depuis qu’un chaume orangé lui pousse sur le corps, qu’il ne dit plus un mot, ses parents sont tourneboulés. Experts de tout poil, médecin, ingénieur sont convoqués… Pas d’explication… Et incroyable, Gaétan est bientôt le dernier survivant des orangs-outans, attention précieux ! Farfelue, délicate et implacable à la fois, cette histoire troublera, irritera, ne laissera pas indifférent.

Le dernier orang-outan, Valérie Dayre, Editions Thierry Magnier, 2011, 48 pages

A propos de l'auteur

Valérie Dayre est tra­duc­trice et auteur d’une quinzaine de romans et albums pour la jeu­nesse. Ses jeunes per­son­nages affrontent sou­vent des ques­tions plus que sérieuses : la soli­tude (Tes petits cama­rades, Thierry Magnier, 2008), la cruauté (Les nouveaux mal­heurs de Sophie, L’école des loi­sirs, 2001) ou encore la mort (Miranda s’en va, L’école des loi­sirs, 2000). Dans Le dernier orang-outan, le jeune Gaëtan com­mence à se trans­for­mer en singe, au déses­poir de sa famille qui l’envoie dépé­rir au zoo. Conte sur­réa­liste ou fable phi­lo­sophique, ce très court texte met en scène la détresse du jeune enfant-singe dans un monde ver­sa­tile et, au fond, indifférent.

Pour en savoir plus

- Les éditions Thierry Magnier
- Un extrait de ce petit livre

A voir également, cette excellente sélection de livres sur le thème des animaux, pour les enfants et les ados

- Pour les 3-6 ans
- Pour les 6-9 ans
- Pour les 9-12 ans
- Pour les 12-15 ans

L'avis du site Ricochet

Gaëtan prononce un jour ces mots prémonitoires et définitifs : "Je suis le dernier orang-outan". Et Gaëtan le garçon devient Pati-Pato, l’orang-outan. Sa transformation est progressive, ses parents s’inquiètent, les scientifiques s’émeuvent. Personne ne comprend ce qui arrive, ne peut expliquer le pourquoi et le comment. Gaëtan le garçon est tout d’abord soigné à l’hôpital et scruté comme un monstre de foire ; Pati-Pato, le singe, est envoyé au Muséum, enfermé dans une cage triste et sombre. Bientôt Pati-Pato dépérit et, curieusement, les orang-outans de la planète meurent les uns après les autres, sans que l’on comprenne pourquoi. La prédiction de Gaëtan se réalise. Il ne reste plus sur terre qu’un seul singe, mal en point…

Cette fable insolite, parfois dérangeante, et très bien écrite, donne à réfléchir. Quelles relations entretenons-nous face aux étrangetés de la nature, à ce que l’on ne peut pas expliquer ? Aux animaux qui peuplent notre planète ? Comment expliquer la disparition progressive de certaines espèces ? Quelle est notre part de responsabilité ? Ne nous intéressons-nous à ces animaux que lorsqu’ils sont menacés ? A lire et à méditer.

28 novembre 2012

Rhinocéros, d'Eugène Ionesco

Rhinocéros
d'Eugène Ionesco

Pièce de théâtre

"Ce sont eux qui sont beaux. J'ai eu tort ! Oh ! Comme je voudrais être comme eux. Je n'ai pas de corne, hélas ! Que c'est laid, un front plat. Il m'en faudrait une ou deux, pour rehausser mes traits tombants. Ca viendra peut-être, et je n'aurai plus honte, je pourrai aller tous les retrouver. Mais ça ne pousse pas ! (Il regarde les paumes de ses mains.) Mes mains sont moites. Deviendront-elles rugueuses ? (Il enlève son veston, défait sa chemise, contemple sa poitrine dans la glace.) J'ai la peau flasque. Ah, ce corps trop blanc, et poilu ! Comme je voudrais avoir une peau dure et cette magnifique couleur d'un vert sombre, une nudité décente, sans poils, comme la leur !..."

L’histoire se déroule dans une ville inconnue. Les habitants sont peu à peu touchés par la "rhinocérite", une maladie les transformant en rhinocéros. La peur et l’angoisse s’installent. Devant le nombre grandissant de victimes, les différents personnages s’interrogent sur la cause des transformations. Le personnage principal incarné par Bérenger semble faible. Alcoolique, hésitant, ne s’intégrant pas dans la société, il représente l’anti-héros de cette pièce. Ebranlé par les transformations de ses proches, il ne sait que penser ni quel parti prendre...

Rhinocéros (pièce écrite en 1959), Eugène Ionesco, Editions Gallimard, 1998, 246 pages

A propos de l'auteur

Eugène Ionesco (1909-1994) est un dramaturge et écrivain roumain et français. Il passe la majeure partie de sa vie à voyager entre la France et la Roumanie. Représentant du théâtre de l'absurde, il écrit de nombreuses oeuvres dont les plus connues sont "La cantatrice chauve", "Les Chaises" ou bien encore "Rhinocéros".

L'avis d'un lecteur
Source

Ionesco et les métaphores...

Rhinocéros raconte l'histoire d'un homme du commun, qui se fait malmener par ses amis, qui le trouve mou, peu dynamique, sans envie. Puis survient l'impensable: Un, puis plusieurs rhinocéros débarquent en ville....a partir de cet évenement presque anodins va se dérouler une histoire a couper le souffle, ou le protagoniste revelera des qualités méconnues.
Ionesco maitre de l'absurde nous livre ici un très bon livre dont le message est simple: ne cédez pas a la rhinopharingite!
D'origine roumaine, il a connu le totalitarisme stalinien et se bat donc contre tous les totalitarismes. Les rhinocéros sont les gens qui y ont céder et ont été infectés.
Ce livre est donc une métaphore filée d'une grande qualité, prenant, a condition d'aimer l'absurde bien sur.
Un grand classique

Rhinocéros : Résumé complet
(A ne pas lire si vous souhaitez conserver le suspense.)

Acte I

Une petite ville tranquille, un dimanche matin. Deux hommes, Bérenger, un employé de bureau timide et velléitaire, et son ami Jean, personnage imbu de sa personne, sont à la terrasse d'un café. Jean reproche à Bérenger son manque de personnalité. Bérenger se défend à peine.

Soudain un rhinocéros traverse bruyamment la grand-place. Les habitants du quartier ( une ménagère, un vieux monsieur, un logicien, le patron du café, la serveuse …) ont suivi sa course et commentent, interloqués, le passage de l'animal. Puis ils retournent à leur occupation.

Bérenger aperçoit alors la jeune Daisy, une de ses collègues de bureau, dont il est amoureux. Mais il est trop timide pour lui déclarer sa flamme. Il éprouve aussi un complexe d’infériorité vis à vis de Dudard, un autre collègue, avec lequel il ne s’estime pas en mesure de rivaliser.

A une table voisine, un vieux monsieur discute avec un logicien. Ce dernier lui explique ce qu’est un syllogisme : «Tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat».

Apparaît alors, toujours aussi bruyamment, mais en sens inverse, un second rhinocéros. La serveuse laisse tomber son plateau, et la ménagère apparaît effondrée, en tenant dans ses bras son chat que le rhinocéros a écrasé.

Une discussion futile s’engage entre Jean et Bérenger. Ils se posent trois questions : Etait-ce le même rhinocéros ? Avait-il une ou deux cornes ? Etait-ce un rhinocéros d’Asie ou d’Afrique ?

Le ton monte, les deux amis s’emportent. Finalement, Jean s’en va, furieux. Le logicien y va de son commentaire :" il se peut que depuis tout à l’heure le rhinocéros ait perdu une de ses cornes ». Bérenger, lui regrette de s’être disputé avec Jean.

Acte II

Le lendemain matin, dans le bureau où travaille Bérenger. Sont présents , Daisy, la jolie dactylo, Botard, l’instituteur en retraite, Dudard, le sous-chef du bureau, et Monsieur Papillon, le chef de service. M. Bœuf, l’un des employés est absent. Tout le monde commente, incrédule, ce qui s’est passé la veille. Soudain apparaît Mme Bœuf , hébétée. Elle a été pourchassée par un rhinocéros en lequel elle a reconnu son mari.

Surgit alors un nouveau pachyderme. Mme Bœuf reconnaît son époux. Elle s'évanouit; on s'affaire pour la ranimer. Revenue à elle, elle s’enfuit en grimpant sur le dos du rhinocéros.

Les habitants de la ville sont de plus en plus nombreux à se métamorphoser en rhinocéros . Ils détruisent l’escalier. Les employés de bureau sont bloqués. Ils ne doivent leur salut qu’aux pompiers qui ne savent plus où donner de la tête. Ils les font descendre par une grande échelle posée contre la fenêtre.

Bérenger rend visite à son ami Jean. Ce dernier est souffrant et tient des propos effrayants. Il préconise un retour à l’état animal et critique l’espèce humaine. Puis il se métamorphose lui-même en rhinocéros sous le regard affolé de Bérenger.

Acte III

Bérenger est allongé sur le divan de sa chambre. Les rhinocéros continuent leur vacarme dans la rue. Il a un bandeau autour de la tête. Il tousse lui aussi, mais lutte pour résister à la maladie. Entre Dudard, son collègue qui vient prendre de ses nouvelles. Ils discutent de ce curieux phénomène. Bérenger, lui d’ordinaire si apathique, paraît inquiet. Dudard au contraire minimise la situation : Si épidémie il y a , elle n'est pas mortelle.

Incidemment, Dudard informe Bérenger que leur chef, M. Papillon, s’est lui aussi transformé en rhinocéros. Bérenger est indigné : « Il avait le devoir de ne pas succomber ». Dudard reproche à son collègue son intolérance et lui demande de faire preuve de compréhension.
Entre alors Daisy, un panier sous le bras. Elle se montre surprise de la contrariété de Bérenger. Elle lui apprend que Botard est lui aussi devenu rhinocéros. Il a même déclaré : «Il faut suivre son temps. »

Daisy a apporté de quoi déjeuner, bien qu’il ne soit pas facile de trouver des provisions. Dudard est invité à rester , mais il préfère retrouver le troupeau de rhinocéros, indiquant que «son devoir est de suivre ses chefs et ses camarades ».

Daisy et Bérenger restent seuls. Bérenger serre Daisy dans ses bras. Ils font des projets. Mais le téléphone sonne. On entend des barrissements. Bérenger se précipite vers son poste de radio. On ne parle que de ça. Rien ne peut plus empêcher Daisy d’aller les rejoindre. «Que veux-tu qu'on y fasse ? Il faut être raisonnable, tâcher de s'entendre avec eux. "

Bérenger lui parle de sauver le monde. Elle lui répond qu'il est fou. Il lui parle d'amour. En vain. Elle s'en va. Bérenger reste seul devant sa glace. Que faire ? Il hésite un instant se demandant s’il ne doit pas lui aussi les suivre. Mais il décide de résister. Il restera un homme, le dernier des hommes.

26 novembre 2012

La métamorphose, de Franz Kafka

La métamorphose
de Franz Kafka

Nouvelle
Texte intégral en ligne

Représentant de commerce faisant vivre son père, sa mère et sa soeur, Gregor Samsa se transforme un matin en un gros insecte. Il croit d'abord à un mauvais rêve, mais la métamorphose est bien réelle. Enfermé dans sa chambre par sa famille pour qui il est un objet de dégoût et de honte, nourri par sa soeur, Gregor se trouve peu à peu abandonné et sa chambre vidée de ses meubles devient un débarras...

-

La métamorphose principale décrite dans ce récit n'est pas tant celle de Gregor. Sa transformation en insecte est réalisée dès les premières lignes de l'histoire, sans être explicitée. A l'inverse, elle entraine la métamorphose du reste de la famille Samsa, au fur et à mesure de la dégradation de la condition de Gregor. Ainsi, le père, à l'origine faible et somnolent, devient vigoureux, tandis que la soeur, affectueuse et casanière, se prend ensuite en main et précipite finalement le rejet de Gregor. Une nouvelle qui évoque le traitement social subi par ceux qui sont différents.

La métamorphose, Franz Kafka, Editions Le Livre de Poche, 1989, 157 pages

A propos de l'auteur

Franz Kafka (1883-1924) est considéré comme l'un des écrivains majeurs du XXe siècle. Il naît au sein d'une famille juive à Prague, alors sous la domination austro-hongroise. Son père, commerçant bourgeois autoritaire, lui inculque une éducation stricte. Il part faire ses études en Allemagne, où il sent naître en lui une passion pour la littérature. Il rédige le Procès, la Métamorphose (1915), une nouvelle fantastique, puis Lettre au père (1919). Atteint par la tuberculose, Kafka se sent à la merci d'un monde complexe et dangereux. Il cherche dans ses oeuvres un moyen d'échapper à la domination et la dépendance des autres. Il se décharge ainsi de ses angoisses profondes et représente souvent la cruauté du monde. Sa vie amoureuse se résume à un doute perpétuel et à des engagements jamais tenus. Il finit ses jours peu connu du public. Ses oeuvres seront publiées à titre posthume et découvertes seulement au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

Des avis de lecteurs

J'avais en main l'édition "La métamorphose, et autres récits : Tous les textes parus du vivant de Kafka" (Ed.Gallimard, 1997). Si les "autres récits" m'ont laissée de marbre, en revanche la nouvelle "La métamorphose" m'a beaucoup plu, je vous la conseille.

Deux avis de lecteurs, choisis parmi tous ceux figurant sur Amazon :

Que sommes-nous en fait ?

Nous sommes au sein de la société notre apparence avec qualités et défauts et notre moralité empreinte de ces mêmes critères.
Cependant, quel aspect des deux nous identifie le plus auprès des autres ?
Je simplifie ainsi tout un raisonnement bien plus étayé par Kafka dans ce roman, mais la fibre est-là.
L'acceptation des différences, la remise en question et les préjugés, le racisme, la honte, la gêne et tellement d'autres sentiments sont ici traités, que cela fait un livre profond et riche.
La forme anticipation ou fiction est nécessaire pour mener un raisonnement sans à priori, alors passez le cap et plongez avec avidité derrière le texte ...

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Fable cruelle sur mode du grotesque et de la dérision

Gregor Samsa, employé sans tache, se réveille un jour dans la peau d'un cancrelat. Suscitant effroi, répugnance, incompréhension de sa famille chez qui il habite, il ne peut que rester reclus dans sa chambre. Sa première impulsion, pourtant, est d'aller travailler - réflexe coupable de l'employé modèle qu'il incarne. En fait, Gregor est une victime: victime du carcan social et familial, victime de sa passivité; le monde extérieur est une menace hostile et permanente dont il n'arrivera jamais à se libérer. Sa physionomie d'insecte est la métaphore parfaite de ce qu'il représente pour son entourage: gênant, insignifiant, c'est un parasite dont on aimerait bien se débarrasser.

Culpabilité, ostracisme, pesanteurs sociales, satire familiale: telles sont d'ailleurs quelques-uns des thèmes (qui peuvent faire l'objet de différentes interprétations) de cette courte fable surnaturelle qui fonctionne sur le mode du grotesque et de la dérision. La fin, particulièrement cruelle, laisse une sensation mêlée de tristesse et de révolte.

Le roman idéal, paraît-il, pour aborder l'oeuvre de Kafka.

La métamorphose : Résumé complet
(A ne pas lire si vous souhaitez conserver le suspense.)

Gregor Samsa, représentant de commerce, vit avec ses parents et sa soeur Grete. Les affaires de son père ont périclité et seul le travail de Gregor permet de faire vivre les siens et de leur assurer un train de vie assez confortable.

Un matin, il se réveille métamorphosé en une sorte de cafard. Devenu un insecte répugnant, il ne peut plus communiquer avec sa famille, mais comprend pourtant tout ce qu’il se dit. Il ne peut plus travailler, sortir, espérer la moindre vie sociale. Quant à ses parents, ils l’ignorent, n’éprouvent aucune compassion et ne cherchent pas à comprendre ce qu’est devenu leur "fils". Seule Grete le nourrit, nettoie la chambre, en faisant le plus vite possible pour ne pas voir l’être immonde et inquiétant enfermé dans la pièce.

Gregor est ainsi devenu un monstre que l’on cache et pourtant celui-ci culpabilise de ne pouvoir aider sa famille. Il tente de garder un peu de son ancienne humanité, suit de loin la vie dans l’appartement, et parcourt inlassablement les murs de sa prison dont on a ôté tous les meubles.

Pour subvenir aux besoins de la famille, une partie de l'appartement est louée. Un jour, Gregor sort de la chambre, attiré par la musique que sa soeur joue au violon, mais les locataires le voient et décident de s'en aller sans payer. Face à cette situation sans avenir, la soeur propose alors de s'en débarrasser. Tout le monde est d'accord, car ils pensent qu'ils ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour lui.

Gregor est enfermé dans sa chambre. Meurtri psychologiquement et physiquement, il désespère et finit par se laisser mourir pour échapper à sa condition. Il est découvert mort au petit matin. Et sa mort est accueillie comme une véritable libération par ses parents et sa soeur, à peine attristés.

La métamorphose
Franz Kafka
Texte intégral

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24 novembre 2012

Drôles de couples, de Jennifer S. Holland

Drôles de couples
47 coups de foudre
dans le monde animal
de Jennifer S. Holland

47 histoires de convivialité animale entre espèces différentes dans le règne animal, entre mystère et explications scientifiques.

Un léopard lové contre une vache ; un chat qui s'enroule autour d'un iguane ; un éléphant qui se pelotonne contre un mouton, un lévrier qui protège un hibou... Voilà quelques-unes des 47 histoires vraies, émouvantes et étonnantes d'amitié au royaume des animaux que nous livre Jennifer S. Holland.

Si ces affinités singulières peuvent s'imposer pour des raisons de survie, elles nous renvoient aussi à nos vies d'hommes. Comme nous, les animaux ont ce besoin de tendresse et de complicité et sont capables de vivre de belles amitiés.

La présentation de l'éditeur

Imaginez un prédateur câlinant sa proie. Ou un oiseau se rapprochant d’un mammifère. Ou un poisson sortant la tête de l’eau pour se frotter contre le museau d’un chien. Ou encore un énorme gorille - dénommé Koko, célèbre pour son aptitude à communiquer à l’aide du langage des signes - serrant contre lui un minuscule chaton.

La journaliste scientifique Jennifer S. Holland raconte 47 histoires vraies d’un point de vue original. Dans certains cas, elle offre des explications scientifiques plausibles : un orphelin cherche du réconfort auprès d’un animal plus âgé ; un adulte aspire à prendre soin d’une créature sans défense. Il suffit de songer à la lionne qui a protégé un bébé oryx - une attitude surprenante et pourtant explicable. Il arrive qu’une amitié se noue par besoin, comme dans le cas du labrador aveugle et du chat qui le guidait. Parfois aussi, le mystère reste entier. Comment expliquer qu’Owen l’hippopotame et Mzee la tortue, issus d’espèces connues pour leur mauvais caractère, soient devenus les meilleurs copains du monde ?

Chaque histoire met en évidence le pouvoir de l’amitié et l’existence de certaines formes d’affection au sein du règne animal. Certes, l’idée suscitera peut-être les moqueries des scientifiques mais vous ne verrez plus les animaux de la même façon une fois terminé ce livre.

Drôles de couples, Jennifer S. Holland, Traduit de l’anglais par Marie Boudewyn, Editions JC Lattès, 2012, 200 pages

A propos de l'auteur

Jennifer S. Holland est une journaliste scientifique dont le magazine National Geographic publie régulièrement les articles sur l’histoire naturelle (les reptiles, les mammifères, les oiseaux, les amibes ; elle s’intéresse à tout ce qui vit). Elle habite avec son mari, leurs deux chiens et des douzaines de serpents et de lézards.

22 novembre 2012

Histoires de chiens extraordinaires, d'Eve Angeli

Histoires de chiens extraordinaires
d'Eve Angeli
avec la collaboration de Cyril Guinet

Chanteuse, actrice, chroniqueuse, star de la téléréalité... tout le monde connaît la délicieuse Eve Angeli. Mais parmi ses multiples activités, l'amour des animaux et spécialement des chiens, qui sont ses fidèles compagnons depuis l'enfance, a toujours été le pivot central de sa vie. Eve Angeli s'engage depuis longtemps pour leur défense et leur protection.

A travers le récit d'histoires de chiens extraordinaires, elle a choisi de rendre hommage au meilleur ami de l'homme. Vous découvrirez l'histoire du chihuahua top-modèle, du pinscher nain martyr de Perpignan, du berger écossais qui sauva son maître lors de l'effondrement du World Trade Center... Alors, embarquez avec Eve Angeli dans un livre que vous ne lâcherez plus !

Histoires de chiens extraordinaires, Eve Angeli, Avec la collaboration de Cyril Guinet, Editions de l'Arbre, 2012, 187 pages

A propos de l'auteur

Eve Angeli est depuis longtemps une ardente militante du bien-être animal. Elle est la marraine, depuis sa création, de l'association "Les gamelles du coeur" qui vient en aide aux personnes déshéritées qui ne peuvent nourrir leur fidèle compagnon. Avec la complicité du journaliste Cyril Guinet, elle a décidé de rendre hommage aux chiens les plus héroÏques, aventureux, fidèles de l'Histoire. En racontant ces histoires émouvantes qui sont toutes réelles; elle veut contribuer en reversant ses droits d'auteur à permettre à l'association de venir en aide à plus de personnes.

Voir également

- Ces animaux miracles, de Brad Steiger
- Histoires incroyables d'animaux pas comme les autres, de Laetitia Barlerin
- Histoires vraies d'animaux exceptionnels, de Joëlle Dutillet
- Histoires vraies de chats extraordinaires, de Karen Dolan
- Des chiens au service des hommes, de Michel Girouille

20 novembre 2012

Des anges canins, de Marie-Claude Roy et Carole Villeneuve

Des anges canins
de Marie-Claude Roy
et Carole Villeneuve

Saviez-vous que les chiens sont davantage que des animaux de compagnie ?
En fait, ce sont nos anges canins.


Ils peuvent jouer plusieurs rôles :

- un indicateur de glycémie pour les personnes diabétiques ;
- un paramédical pour les personnes épileptiques ;
- une présence rassurante pour les personnes aux prises avec une maladie mentale ou un syndrome de stress post-traumatique ;
- un détecteur pour les personnes atteintes d’un cancer non encore diagnostiqué ;
- un fidèle gardien auprès des enfants autistes ;
- les yeux des personnes aveugles ;
- les oreilles des personnes sourdes ;
- les jambes des personnes à mobilité réduite.

Pour la première fois, un livre relate de nombreux témoignages d’enfants, d’adultes et de personnes âgées qui nous racontent à quel point leur chien d’assistance a amélioré leur qualité de vie.

Qu’elles soient diabétiques, épileptiques, atteintes d’un cancer, d’une maladie mentale, autistes, sourdes, handicapées physiques ou aveugles, les histoires de ces personnes diffèrent évidemment les unes des autres. Toutefois, elles ont toutes une chose en commun : une joie de vivre retrouvée grâce au soutien et à la présence d’un formidable ange canin !

Des anges canins, Marie-Claude Roy, Carole Villeneuve, Editions Roy and Newtown, 113 pages (existe en format Kindle ou en papier)

Pour en savoir plus

- Le site du livre
- Cette page où vous pourrez le feuilleter
- Ces animaux miracles, de Brad Steiger
- Histoires incroyables d'animaux pas comme les autres, de Laetitia Barlerin
- Histoires vraies d'animaux exceptionnels, de Joëlle Dutillet
- Histoires vraies de chats extraordinaires, de Karen Dolan
- Des chiens au service des hommes, de Michel Girouille

A propos des auteurs
Biographie extraite du site du livre.

Marie-Claude Roy et Carole Villeneuve sont originaires de la région de Montréal. Depuis plus de 20 ans, elles travaillent dans les domaines du journalisme, de la traduction et de l’écriture.

En plus d’écrire pour des magazines, Marie-Claude a fait la recherche pour des biographies et des émissions documentaires présentées à Historia, Canal D, Canal Vie et Canal Évasion.

Carole a fondé son cabinet de traduction en 1989. Grâce à une formidable équipe de traducteurs, cette femme d’affaires est en mesure d’offrir des traductions en 15 langues. Carole partage ses temps libres comme comédienne dans des productions théâtrales. Amoureuse des arts de la scène, elle étudie la scénarisation cinématographique.

À l’automne 2009, à la suite d'un été vraiment moche au Québec, côté température, Marie-Claude et Carole ont décidé de faire un voyage en Californie. C’est ainsi qu’elles ont découvert Dogs for Diabetics, une fondation qui offre des chiens d’assistance aux personnes diabétiques ainsi que d’autres fondations. Bien que le but de ce voyage était de profiter du soleil et des plages californiennes, leur séjour s’est transformé en une escalade d’interviews et de rencontres exceptionnelles.

De retour au Québec, elles ont fait d’autres recherches et interviews. Les témoignages de gens ayant un chien d’assistance, peu importe le type, se sont avérés fascinants. L’interaction entre l’homme et le chien est vite devenu un sujet passionnant. Le concept du livre s’est développé de lui-même. C'est-à-dire des histoires courtes, quelques recherches scientifiques, le tout formulé dans un langage simple. Marie-Claude et Carole ont ensuite créé Roy and Newtown Publications.

Même si les recherches visant à démontrer les capacités extraordinaires des chiens d’assistance sont peu nombreuses, Marie-Claude et Carole croient qu’elles doivent les faire connaître au grand public. Ainsi, un plus grand nombre de personnes aux prises avec une maladie ou un état de santé quelconque pourraient bénéficier des différents types de chiens d’assistance.

POURQUOI NOUS AIMONS LES CHIENS

Lorsque des auteures décident d’écrire un livre sur les chiens, c’est évidemment parce qu’elles éprouvent un amour inconditionnel pour eux.

Carole adore les chiens. Cet amour pour ces charmantes bêtes lui a été transmis par son défunt père André Villeneuve. Aussi loin qu’elle se souvienne, il y a toujours eu un chien à la maison. Chacun d’eux a toujours été traité avec amour et respect. Chacun d’eux était un membre de la famille à part entière.

Quant à Marie-Claude, un chien lui a sauvé la vie lorsqu’elle était enfant. Voici son témoignage.

C’était un samedi ensoleillé du mois de mars. La neige commençait à fondre. La température était clémente, mais il y avait de forts vents. Je marchais sur le bord d’une rivière avec un compagnon de classe. Mon ami et moi, nous parlions de tout et de rien tout en regardant le paysage quand, soudain, il perdit sa casquette, emportée par le vent. J’ai couru pour la rattraper, au risque de m’aventurer sur les minces glaces de la rivière. Après avoir pris la casquette dans ma main, j’entendis le craquement de la glace sous mes pieds et, en un rien de temps, me retrouvai dans l’eau terriblement froide. Mon cœur battait la chamade. L’eau glaciale imbiba rapidement mon manteau d’hiver et mes vêtements et je me sentis de plus en plus lourde. On aurait dit que la rivière m’emportait avec elle. Plusieurs pensées traversèrent mon esprit. « J’aurais mieux fait d’écouter ma mère et ne pas m’aventurer à cet endroit. Je ne veux pas mourir. Je ne suis qu’une petite fille ». J’ignore combien de temps je me suis débattue pour ne pas me noyer. Je commençais à voir des points noirs. Je n’arrivais plus à bouger mes bras et mes jambes. J’éprouvais beaucoup de peine. J’avais à peine huit ans.

Puis j’ai repris conscience sur le bord de la rivière. En ouvrant les yeux, j’ai vu la tête d’un gros berger allemand qui léchait mon visage. J’ai sursauté car j’ai eu peur de lui. Il était si imposant. Régurgitant l’eau que j’avais avalée, je toussais à en fendre l’âme. En tentant de m’asseoir, j’ai croisé le regard de ce chien. Il semblait si doux, si affectueux. J’étais épuisée et j’avais tellement froid. Sans réfléchir, j’ai blotti mon corps contre le sien et il continua à lécher mon visage tendrement comme pour me dire : « Je suis là. Tu n’as plus rien à craindre maintenant ».

Quelques instants plus tard, j’entendis le claquement des portes d’une voiture. C’était mon ami en compagnie de son père. Dès qu’ils se sont approchés de moi, mon sauveur a pris la fuite. Le père de mon ami m’a ensuite transportée chez lui et prit soin de me donner un breuvage chaud et des vêtements secs. Il m’a fait promettre de ne rien dire à ma mère. Il disait que ça ne servait à rien de l’énerver. J’étais bien d’accord avec lui car je ne voulais pas qu’on me punisse. (À présent, je crois plutôt que ma mère aurait eu une syncope en apprenant la nouvelle !) Après avoir séché mes cheveux et mes vêtements, je suis retournée chez moi comme si rien ne s’était passé.

Évidemment, j’ai été aux prises avec une vilaine grippe les jours suivants. Quelque temps après, à l’école, mon ami m’a raconté que, pendant que je frôlais la noyade, un chien est arrivé en courant et s’est jeté à l’eau pour me secourir. Il a plongé tête première sous l’eau pour attraper le capuchon de mon manteau. Puis il m’a traînée jusqu’au rivage. C’est à ce moment que mon ami avait couru informer son père de ce qui venait de m’arriver.

J’ai tenu parole et j’ai gardé mon secret. Mes parents sont décédés depuis plusieurs années et jamais ils n’ont su pourquoi j’ai toujours eu si peur de l’eau, ni pourquoi j’adore les chiens. Quand j’y pense, c’est tout de même étrange. J’ai grandi dans un petit village où tout le monde se connaissait et où tout le monde connaissait les chats et les chiens du voisinage. Jamais je n’avais aperçu ce berger allemand auparavant et jamais je ne l’ai revu. Je l’ai cherché pendant longtemps dans le petit village et aux alentours. J’aurais tellement aimé revoir ce chien, ne serait-ce que pour jouer avec lui, le promener, le cajoler. J’adore les chiens. L’affection que j’éprouve pour eux frôle l’obsession. Chaque fois que j’en vois un, je ne peux m’empêcher de lui parler et de le cajoler.

J’ai raconté cette histoire en de rares occasions. Non pas parce que je tente d’oublier, mais plutôt parce que ce souvenir éveille un traumatisme. Parfois, je me pose des questions à savoir comment expliquer qu’un chien était là, à cet instant précis où j’allais sans doute me noyer ! Certaines personnes affirment qu’il s’agissait d’un ange. J’aime croire moi aussi que c’était un ange… un ange canin.

Marie-Claude