16 décembre 2012

La société des animaux, d'Eric Baratay

La société des animaux
De la Révolution à la Libération
d'Eric Baratay

Un album inattendu sur les relations entre les hommes et les animaux.

De la fin du XVIIIe siècle aux années 1950, le nombre d’animaux dans les villes et campagnes de France augmente de façon considérable : les chevaux tirent les calèches ou travaillent à la mine, les vaches sont traites dans les rues, les concours agricoles fleurissent, la consommation de viande et de lait se banalise et l’élevage s’intensifie. C’est alors toute une civilisation qui se met à l’heure des bêtes, vivant au plus près du monde animal adapté aux nouveaux besoins des hommes.

Eric Baratay, spécialiste de l’histoire des animaux, signe ici un ouvrage original, illustré par une iconographie passionnante, qui retrace cet aspect méconnu de nos rapports avec les bêtes.

La société des animaux : De la Révolution à la Libération, Eric Baratay, Editions de la Martinière, 2008, 192 pages

A propos de l'auteur

Eric Baratay, professeur à l'université de Lyon, est spécialiste de l'histoire des relations hommes-animaux. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment : "La Corrida" (PUF, 1995), "Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident, XVIe-XXe siècle" (La Découverte, 1998), "La société des animaux : De la Révolution à la Libération" (La Martinière, 2008), repris sous le titre "Bêtes de somme : Des animaux au service des hommes" (Seuil, 2011), "L'Eglise et l’Animal, France, XVIIe-XXe siècle" (Cerf, 1996), "Et l’homme créa l’animal : Histoire d’une condition" (Odile Jacob, 2003), "L’Animal en politique" (codirection, L’Harmattan, 2003).

Au sommaire

Préface
L’apogée d’une présence
1. Un foisonnement d’animaux
L’enrôlement d’un prolétaire
- La mobilisation des bestiaux
- L’essor des transports attelés
- Le temps des équipages
- L’appel au chien, travailleur fidèle
- Des chevaux aux chiens : tous au front !
- Des bêtes sacrifiées
La réquisition d’un fournisseur
- Lait et viande se démocratisent
- Encore plus de laine, de fourrure et de cuir
- Des dépouilles à recycler
Une mobilisation pour divertir
- L’essor des ménageries exotiques
- Du chien au coq : le goût des combats
- L’introduction de la corrida
- La folie de l’équitation
- A plume ou à poil ? L’essor du compagnon
2. L’adaptation aux désirs
L’invention des races modernes
- Des notables contre « la routine »
- Du croisement à la sélection interne
- Comices, concours et écoles agricoles
- Du pur-sang au charolais : des animaux transformés
La fabrication de machines
- Toujours plus grand, toujours plus lourd, toujours plus productif
- Soigner et nourrir, mais pas trop
- L’invention de l’élevage industriel
3. Un nouveau paysage
Le bétail aux champs !
- Le crépuscule des parcours
- Un blanc manteau d’étables
- Le triomphe des prés
Des sabots pleins les rues
- L’incessant défilé des troupeaux
- De l’étal à la tannerie : l’exhibition des cadavres
- Naissance de l’embouteillage
Une vie parmi les bêtes
- L’intime promiscuité
- Odeurs, cris et bruits
- Nouvel espace, nouveau temps
4. Le chamboulement social
Se distinguer par l’animal
- La gloire de posséder
- Le besoin de parader
- Le plaisir du portrait
L’éclatement des attitudes
- Une violence quotidienne
- L’attention à l’animal familier
- L’humanisation du compagnon
Des conflits pleins les pattes
- Passions d’élevage
- Querelles urbaines
- Combats protectionnistes
Conclusion
De la civilisation des bêtes
aux bêtes des familles (1950-2008)
- Quand le moteur remplace la bête
- L’éloignement du bétail
- Un nouveau cheptel : l’animal de compagnie
Annexes
- Cahier des caricatures
- Citations
- Bibliographie récente
- Crédits photographiques
- Remerciements

Pour en savoir plus

- Le site des Editions de la Martinière (avec un aperçu des photos intérieures)
- La note de lecture de la LFDA
- Le point de vue animal, d'Eric Baratay
- Les animaux ont une histoire, de Robert Delort
- Livre en ligne : Nos cruautés envers les animaux, au détriment de l'hygiène, de la fortune publique et de la morale, du Dr Henry Blatin (1867)

Un aperçu du livre
Pour voir ces images en grand format,
visitez le site des Editions de la Martinière







D'autres extraits
Source




La société des animaux : De la Révolution à la Libération, a été repris sous le titre
Bêtes de somme : Des animaux au service des hommes
Editions du Seuil, 2011, 144 pages

15 décembre 2012

Le point de vue animal, d'Eric Baratay

Le point de vue animal
Une autre version de l'histoire
d'Eric Baratay

Le chien est le meilleur ami de l'homme mais l'homme est-il son meilleur ami ? Rien n'est moins sûr, si l'on en juge par les traitements parfois infligés et, dans un autre domaine, la place médiocre que l'histoire et la philosophie réservent habituellement aux animaux.

A travers l'exemple des taureaux de corrida, des chevaux de mine ou encore des vaches laitières, Eric Baratay cherche à rendre la parole, ou à défaut leur histoire, aux animaux. Les constituer en sujets, voire acteurs de l'histoire, tel est le défi à relever.

Renouvelant l'étude traditionnelle de leurs représentations, il propose une histoire des cultures animales qui ne soit plus anthropocentrée. Il s'agit désormais en effet de se pencher sur la construction du sujet animal, de prendre au sérieux "l'expérience vécue", notamment la souffrance et la violence qu'il subit, mais aussi la connivence et la complicité qui peuvent le lier à l'homme.

C'est afin de mieux rendre compte de l'histoire globale du sujet animal que l'auteur retrace alors l'incessante adaptation des espèces et des individus aux conditions naturelles et humaines.

Se fondant sur l'éthologie, la biologie, la zoologie et la psychologie, il parvient à démontrer que l'étude de ce sujet autonome se situe au croisement des sciences naturelles et humaines, passage obligé pour l'historien s'il désire "entrevoir d'autres mondes que le sien".

Le point de vue animal : Une autre version de l'histoire, Eric Baratay, Editions du Seuil, 2012, 400 pages

A propos de l'auteur

Eric Baratay, professeur à l'université de Lyon, est spécialiste de l'histoire des relations hommes-animaux. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment : "La Corrida" (PUF, 1995), "Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident, XVIe-XXe siècle" (La Découverte, 1998), "La société des animaux : De la Révolution à la Libération" (La Martinière, 2008), repris sous le titre "Bêtes de somme : Des animaux au service des hommes" (Seuil, 2011), "L'Eglise et l’Animal, France, XVIIe-XXe siècle" (Cerf, 1996), "Et l’homme créa l’animal : Histoire d’une condition" (Odile Jacob, 2003), "L’Animal en politique" (codirection, L’Harmattan, 2003).

Au sommaire

Elargir l'histoire humaine
Première partie : Ecrire une histoire décentrée
1. Les succès de l'histoire humaine des animaux
2. La méfiance envers l'histoire animale
3. Le choix d'histoires vécues
- Productrices de l'essor agricole : les vaches laitières
- Ouvriers de la révolution industrielle : les chevaux de mine et d'omnibus
- Enrôlés dans les guerres : les animaux dans les tranchées
- Membres de la famille moderne : les chiens de compagnie
- Faire-valoir du développement des loisirs : les taureaux de corrida
4. Faire l'histoire d'un autre
- L'animal acteur
- Une notion élargie de l'histoire
- L'autre de l'homme
- Lire les sources autrement
- S'emparer des sciences de la nature
- Mener une histoire expérimentale
Deuxième partie : D'incessantes métamorphoses
5. A la recherche des bons caractères
6. L'uniformisation par les races
7. La variation des allures
Troisième partie : Des vies de prolétaires
8. Travaux de force
- Adaptation ou refus
- Des efforts surchevalins
- Collaboration et résistance
- Une vie rassurante ou éprouvante
- De l'usure à la réforme
9. Fabrication à la chaîne
- Une conversion forcée
- La spécialisation à la ferme
- L'enfermement en ville
- O.S. en atelier
Quatrième partie : Le fardeau des violences
10. Des souffre-douleur
11. Des objets pressurés
12. D'autres chairs à canon
- Le massacre des otages
- L'usure des chiens
- L'hécatombe des chevaux
13. Des jouets de spectacle
- Le stress des arènes
- Le choc des piques et des banderilles
- L'épuisement à la cape
- Mort dans l'après-midi
Cinquième partie : La chaleur des connivences
14. Complicités individuelles
15. Charités bien ordonnées
16. Douceurs familiales
- D'autres chiens au XIXe siècle
- ... et d'autres vies
- Presque tous compagnons depuis le milieu du XXe siècle
- Un confort croissant
- Une plus forte relation
- Du chien adolescent...
- ... au chien âgé
Sixième partie : Retour à l'homme
17. Une histoire commune de chair, d'émotions, d' "échanges"
- Survivre au front avec les bêtes
- Quand le compagnon s'en va
18. Débats et conflits
19. Adaptations, transformations
20. Reconnaissance et repentance
21. L'entrelacement hommes-animaux
Reconnaître un sujet à part entière
Bibliographie

Pour en savoir plus

- Les éditions du Seuil
- Ce lien pour feuilleter le livre
- Ce lien pour lire les 22 premières pages
- Livre en ligne : Nos cruautés envers les animaux, au détriment de l'hygiène, de la fortune publique et de la morale, du Dr Henry Blatin (1867)
- Les animaux ont une histoire, de Robert Delort
- Histoire humaine des animaux de l'Antiquité à nos jours, de Janick Auberger et Peter Keating
- Les animaux de l'Histoire, de Valérie de Lore
- Les animaux-soldats, de Martin Monestier
- Les animaux célèbres, de Martin Monestier
- En vidéo : Les animaux de l'Empire Romain
- En vidéo : Les animaux de l'Egypte ancienne

L'introduction du livre

L'Histoire, celle bâtie par les sociétés humaines, est toujours racontée comme une aventure qui ne concerne que l'homme. Pourtant, les animaux ont participé et participent encore abondamment à de grands événements ou à de lents phénomènes de civilisation, qu'ils soient chevaux et chiens de guerre, équidés voués à servir dans les transports, bétail attaché à la production, animaux de compagnie, faire-valoir dans les loisirs, du cheval de course au taureau de corrida, etc.

Leurs manières de vivre, de sentir, de réagir à cette Histoire sont quelquefois effleurées, jamais étudiées comme telles. Même la récente Histoire des animaux, que les historiens édifient depuis plus de vingt ans, se focalise sur les représentations, les dires, les gestes des hommes sur les bêtes, leurs répercussions sociales, mais guère sur les vécus animaux : elle édifie ainsi une Histoire humaine des animaux, non une Histoire animale. Comme s'il n'y avait d'Histoire intéressante que celle de l'homme, c'est-à-dire de soi. Comme s'il existait en nous une difficulté à s'intéresser au vécu d'êtres vivants qu'on met à contribution, mais qu'on traite en objets ou en scories de l'Histoire sans plus s'en soucier.

Or le versant animal de l'Histoire est lui aussi épique, contrasté, tourmenté, souvent violent, parfois apaisé, quelquefois comique. Il est fait de chair et de sang, de sensations et d'émotions, de peur, de douleur et de plaisir, de violences subies et de connivences. Il rejaillit directement sur les hommes, au point de structurer de plus en plus l'Histoire humaine. Ainsi, loin de s'avérer anecdotique et secondaire, il mérite amplement l'attention des historiens soucieux d'une Histoire multiple.

Il faut donc arracher l'Histoire à une vision anthropocentrée, regarder ces comparses de l'homme, ces autres vivants que sont les bêtes, passer de leur côté, regarder de leur point de vue en retournant les interrogations, en cherchant des documents plus prolixes ou en lisant les autres autrement, en décentrant le récit. On pourra alors montrer comment les bêtes ont vécu et ressenti les phénomènes historiques dans lesquels elles ont été entraînées, comment elles ont réagi et même forcé les hommes à changer d'attitude.

Evoquer cet autre versant de l'Histoire sert à réévaluer un véritable acteur, souvent majeur, trop longtemps occulté, à comprendre du coup nombre d'attitudes humaines (protestations, conflits, adaptations...) qu'on ne perçoit pas ou qu'on n'analyse pas correctement sans cela, à répondre enfin à une demande croissante du public qui, des journalistes aux auditeurs en passant par les lecteurs ou les assistants aux conférences, soulève maintenant sans cesse la question de l'expérience vécue des bêtes. Et il revient aux historiens de leur répondre.

14 décembre 2012

Les animaux ont une histoire, de Robert Delort

Les animaux ont une histoire
de Robert Delort

Zoologie historique, c'est à dire une histoire des espèces prises comme point central de repère, d'éclairage et d'analyse pour évoquer leurs relations avec les hommes mais aussi leurs évolutions biologiques, comportementales, géographiques, de même que leurs relations avec les autres espèces animales, en montrant les interactions entre les divers intervenants d'un milieu, les capacités d'initiative et d'adaptation de l'espèce étudiée et les influences sur les autres espèces, dont les hommes.

Pendant un bon milliard d'années, les bêtes se sont passées des humains. En revanche, dès son apparition sur Terre, l'homme n'a jamais pu vivre sans les bêtes, dont il fut d'abord la victime, du pou au fauve qui l'attaquaient. Les événements connurent les retournements que l'on sait, avec des excès dont s'alarment les écologistes. Les animaux ont donc une histoire qui leur est propre, à laquelle s'ajoute une histoire malgré, contre et avec les hommes. Elle touche non seulement à la zoologie, mais encore à tous les domaines de nos civilisations, à toutes les connaissances - des plus empiriques à l'aventure spatiale qui traîne derrière elle chiens, souris et abeilles. Elle concerne les sciences exactes comme les textes sacrés, la littérature, les contes seigneuriaux, les traités de chasse et de pêche, les livres de cuisine, les manuels vétérinaires, l'histoire de l'art, le folklore, la publicité, la bande dessinée, et jusqu'à notre langage le plus courant qui fourmille de références animalières.

Les animaux ont une histoire, Robert Delort, Editions du Seuil, 1993, 503 pages

L'avis de Gaëtane Guillo

Ils sont tout à la fois "nos pères, nos frères, nos enfants, nos dieux, nos maîtres, nos esclaves". Les relations entre les animaux et les hommes, qu'elles prennent la forme du parasitisme, de la prédation ou de la domestication ont toujours été très étroites. L'auteur les aborde à partir de sources très variées, archéologiques et écrites. Il ne s'en tient cependant pas à cette seule approche classique mais étudie les animaux pour eux-mêmes : ceux qui au fil des millénaires sont apparus, ont disparu, ceux qui se sont modifiés. Il évoque plus précisément le cas du chat, de l'abeille, du criquet, du moustique dont il fait une étude monographique et diachronique.

A travers cette oeuvre très originale qui se présente en 4 parties (Pour une histoire des animaux - Les invertébrés - Les vertébrés sauvages - Les vertébrés domestiques), Robert Delort plaide pour une histoire qui ne soit pas exclusivement anthropocentrique mais qui prenne pour objet tous les phénomènes évolutifs de la vie. A lire cet ouvrage, on conçoit tout l'intérêt d'élargir le champ de la discipline.

Au sommaire

Partie I - Pour une histoire des animaux
Les animaux des siècles passés - Leur connaissance et leur étude
1. Les méthodes d'archéozoologie ou de paléontologie
2. Les témoignages humains : écrits et documents d'archives
3. Les textes didactiques : zoohistoire et histoire de la zoologie
4. L'émail des récits et le message des textes
5. Images et imaginaire
Histoire des animaux et histoire des hommes
1. Les animaux avant l'homme ou sans l'homme
2. La bête et l'homme. Prédation et parasitisme
3. L'exploitation des animaux
4. Surveiller, apprivoiser ou domestiquer
5. L'homme et l'animal
Partie II - Les invertébrés : Des protozoaires aux céphalopodes
- Le moustique
- Le criquet
- L'abeille
Partie III - Les vertébrés sauvages
- De la lamproie au gorille
- Le hareng
- Le loup
- L'éléphant
Partie IV - Les vertébrés domestiques
- La domestication : volaille, ovins, bovins
- Le lapin
- Le chat
- Le chien
Annexes :
- Chronologie des glaciations et changements climatiques
- Bibliographie
- Index

Pour en savoir plus

- La note de lecture de Catherine Millet
- Histoire humaine des animaux de l'Antiquité à nos jours, de Janick Auberger et Peter Keating
- Les animaux de l'Histoire, de Valérie de Lore
- Les animaux qui ont une histoire, de Michel de Decker
- Animalement vôtre : Procès d'animaux, Histoires d'hommes, de Chantal Knecht
- Qui sont les animaux ? Sous la direction de Jean Birnbaum

Entretien avec Robert Delort
Médiéviste et historien des relations entre l’homme et l’animal
Source : Le site Transboréal

Tous les enfants aiment les animaux ; le jeune Robert Delort ne faisait pas exception ; seulement, devenu adulte, il a transformé cette affection en domaine d’étude historique. Des animaux, depuis l’insecte jusqu’au mastodonte, il connaît toute l’histoire, passée et présente, liée ou non à celle des hommes. Pourtant, c’est en tant que germaniste qu’il quitte son lycée de Toulouse pour entrer à l’École normale supérieure. Un goût pour les langues qui ne se démentira pas : en sus de l’allemand, qu’il étudie pendant un an à Hambourg, il sait, outre le latin et le grec, le russe et l’italien. Polyglotte, Robert Delort est animé par des désirs de voyage, qu’il assouvit d’abord pendant son service militaire comme officier de marine, puis lors de son séjour à l’École française de Rome, enfin au long de sa carrière universitaire, comme professeur invité aux quatre coins du monde : Canada, Russie, Allemagne, Belgique, Suisse, Tunisie… Après une thèse à l’École pratique des hautes études en 1960, c’est à la Sorbonne qu’il soutient en 1975 sa thèse d’État, sur le commerce des fourrures au Moyen Âge. Il débute sa carrière de spécialiste d’histoire médiévale comme assistant dans la vieille institution du Quartier latin, et la poursuit comme professeur aux universités de Paris VIII puis de Genève. L’originalité du regard que ce chaleureux père de six enfants porte sur le règne animal vient de ce que l’historien s’enrichit en lui du scientifique – agrégé d’histoire, il est aussi titulaire d’une licence de sciences –, ce qui lui permet de se situer à la croisée de plusieurs disciplines. C’est aussi ce qui rend sa pensée aussi riche que séduisante, qui combine anecdotes, concepts, histoire des représentations et connaissance du vivant.

Pourquoi, en tant qu’historien, s’intéresser à l’« histoire des animaux » ? Quelle est la nature de cette histoire ?

Je désirerais préciser la définition de l’histoire qui n’est plus exactement celle qu’Aristote entendait, quand il traitait de l’« histoire des animaux ». L’histoire est certes une recherche, mais qui concerne les objets ou les phénomènes variant dans le temps. L’objet de cette recherche peut être, pour bien des historiens, seulement l’homme, mais pour d’autres, l’univers, la terre, les planètes… Il y a une histoire du climat, des océans, des plantes, et elle commence bien avant l’apparition de l’homme sur la terre. Dans ces conditions, pourquoi ne pas s’intéresser à l’histoire des animaux et de leur devenir dans l’espace dont ils font partie, dans leur environnement propre et, également, dans notre environnement, pour l’excellente raison que toute histoire est écrite par des hommes pour être exposée à d’autres hommes et que c’est à partir de ses connaissances que l’esprit humain conçoit une telle recherche, y déploie ses qualités intellectuelles et y met en évidence ses intérêts généraux ou particuliers. Peu d’animaux semblent avoir conscience de leur propre histoire (au sens humain du terme) sur plus d’une génération, malgré quelques indices que l’on peut repérer chez les éléphants, les loups, les cétacés, etc. dans les contacts qu’ils ont entre eux. De toute manière, seul l’homme peut tenter de la formuler.
La zoohistoire se concentre donc sur le devenir des animaux dans le temps et l’espace tels que les hommes les définissent, et elle se fonde sur les documents laissés à leur sagacité : vestiges corporels, momies, ossements, poils, griffes, dents, coquilles, graisse et tout ce qui est accessible à l’étude de l’ADN mitochondrial ou autre. Il y a également les restes de repas, les traces laissées dans la terre, sur des arbres ou des parois, les gîtes ou les antres plus ou moins aménagés ou les habitats construits (nids, fourmilières, termitières), sans compter les espèces encore vivantes comme les fameux cœlacanthes, voire les crocodiles ou les nautiles, fossiles vivants. Aucune de ces études n’est possible sans l’aide de la zoologie et de ses connaissances ou méthodes contemporaines, qui peuvent permettre d’atteindre une partie de l’histoire d’un animal à partir de son état actuel mais aussi à partir des restes retrouvés (archéozoologie). L’histoire de la zoologie retrace comment les hommes, au cours des siècles passés, ont précisé les modes d’approche de la nature de ces animaux et ont établi les rapports de l’homme avec eux, depuis les premières civilisations, avant même l’Égypte, la Mésopotamie, les pays de l’Indus ou de l’Extrême-Orient… Cette histoire de la zoologie est donc un des nombreux chapitres de la zoohistoire. Et il ne faudrait pas oublier que c’est la zoologie qui a établi dans les sociétés occidentales le primat de l’histoire avec Lamarck, Darwin, Haeckel. Au demeurant, l’histoire des animaux présente un intérêt considérable dans la mesure où elle permet de mieux aborder, d’élargir, d’expliquer en partie celle de la « bête humaine » dans toutes ses manifestations, du développement de sa pensée jusqu’aux modifications, parfois fondamentales, de ce qu’Edward Suess a appelé « la face de la terre ».

Y a-t-il des espèces sur lesquelles les hommes n’ont pas eu d’influence pendant des siècles ?

L’homme n’a eu aucune influence et n’a aucune influence directe sur l’immense majorité des espèces, dont il ignore encore peut-être la plupart, si on évoque les seuls insectes ou micro-organismes. On a encore découvert, il y a peu, dans les profondeurs abyssales, à côté des sources de chaleur, une faune dont on ne pouvait avoir l’idée, qu’on peut très difficilement étudier, et sur laquelle nous n’avons encore aucune influence. Tous les animaux ont un « environnement » propre, bien perçu et défini par les savants du XIXe siècle, Carlisle, Spencer et Haeckel (1866) : ce que les Français appelaient le « milieu ». Or, en perturbant son propre milieu, l’homme a influencé celui de la plupart des autres espèces. Par ailleurs, en attaquant, voire en détruisant certaines espèces qu’il estimait prédatrices, il a sauvegardé, parfois fait proliférer, d’autres proies : le recul des loups, des lynx ou des coyotes avantage le gibier, cerfs ou sangliers ; les rapaces ou les vipères enrayent l’expansion des rats ; l’abus des antibiotiques favorise des souches résistantes ou d’autres micro-organismes. Les déchets de la « civilisation » permettent, autour des eaux usées ou des égouts, l’expansion de mouches, de moustiques ou de rats, vecteurs de graves maladies. Il est enfin des espèces prolifiques que la prédation humaine n’a, pendant longtemps, nullement inquiétées, par exemple, jusqu’à la fin du XIXe siècle, morue ou hareng.

De quelle manière l’histoire des animaux influe-t-elle sur celle des hommes ? Quel animal a le plus changé le cours de l’histoire humaine ?

Les animaux qui modifient leur environnement peuvent modifier celui des hommes ; on a même envisagé l’augmentation de l’effet de serre par les émissions de méthane des termitières ! Les lapins qui pullulaient en Australie affamaient les troupeaux et mettaient les éleveurs (et tous les marsupiaux) en grande difficulté. Les cycles d’abondance des lièvres canadiens favorisaient les lynx, et donc trappeurs et marchands de fourrures. Aujourd’hui encore, la grégarisation des criquets et leur envol à des centaines ou des milliers de kilomètres de là fait descendre du ciel misère et désolation, tandis que les luttes obscures entre différentes espèces de vers de terre ont permis à l’Occident de garder le lombric qui, en retournant et « azotant » (nitrifiant) le sol, a longtemps contribué à renouveler la fécondité des champs et donc leur productivité. L’animal qui a le plus influencé et influence encore l’histoire humaine est selon moi le protozoaire de la malaria (plasmode du paludisme), qui a moissonné et moissonne les hommes par millions, bien plus que le récent virus du SIDA. La plupart des grandes maladies nous ont été apportées et transmises par des animaux (zoonoses) : le SIDA lui-même viendrait des singes mangabey, la variole et la tuberculose des bovins, la peste des rongeurs, la grippe des porcs et des oiseaux…
En ce qui concerne les animaux domestiques ou familiers, j’avoue longuement hésiter entre le chien, non seulement pour son aide matérielle mais aussi pour son influence sociale et le désamorçage de comportements asociaux, le mouton, qui donne des produits vifs (laine, lait) et des produits morts (viande, cuir, corne…), le cheval qui a permis la diffusion rapide des guerriers, certes, mais aussi de nombreuses influences plus pacifiques et fécondes, comme celle des langues et techniques indo-européennes depuis l’Ukraine, la roue, le fer, les premiers sérums. Mais je crois, s’il faut vraiment faire un choix, que, pour l’Occident, c’est le bœuf qui a le plus profondément servi les hommes, par son travail au moins autant que par ses produits vifs ou morts.

Quelle est la place des relations de voyage dans la connaissance des animaux ? Et dans la constitution d’un bestiaire fantastique ?

Les récits de voyage permettent de décrire au moins sommairement les animaux qui étonnent, que le voyageur n’est pas habitué à voir ou qu’il connaît, mais dont il n’a pas remarqué telle ou telle particularité. Bien entendu, cela dépend du voyageur lui-même ou de ses compagnons, ainsi que des questionnements de son époque : Hérodote, Marco Polo ou Alexandre de Humboldt sont plus curieux que Benjamin de Tudèle, Rabban Çauma ou Christophe Colomb, mais ceux qui ont composé leur récit décrivent généralement tout ce qu’ils ont vu ou cru voir et qu’ils pensent intéressant pour leurs lecteurs ou auditeurs.
Un bestiaire fantastique existe déjà dans l’imaginaire du voyageur, apporté par sa culture ou ses croyances, mais le voyageur mettra du temps à faire la différence entre le réel et l’imaginaire qu’il pense enraciné dans la réalité, et ses récits contribueront à alimenter l’imaginaire de ses lecteurs par l’énoncé de « merveilles » qui peuvent avoir un noyau de vérité ; la taille de l’œuf de l’æpyornis de Madagascar peut accréditer partiellement l’existence du fabuleux oiseau Roc. Si l’on considère l’autre côté, le voyageur ou l’étranger vu par les autochtones, il est encore plus suggestif : quels sont par exemple, dans les mythes mettant en scène des animaux, ces monstres écailleux, à longue queue, sortis de la mer, croquant des cailloux et crachant du feu, sinon, aux Philippines, les Espagnols dans les écailles de leur cuirasse ou de leur cotte, avec leur longue épée, mastiquant le dur biscuit de mer et fumant le tabac indien ? Combien d’autres interprétations aussi fantastiques de réalités inattendues ?

Les différentes civilisations et époques attachent-elles les mêmes vertus, les mêmes symboles aux animaux ?

Les vertus diffèrent évidemment selon les civilisations. Le mot vertu signale en latin le courage guerrier ; chez les Indo-Européens, le combat peut être magnifié, et donc le loup ou l’ours ; d’autres civilisations prônent la sagesse ou respectent pureté et douceur, donc l’éléphant ou l’agneau blanc. Les symboles varient également suivant les époques, pour une même bête et dans la même civilisation, en fonction de l’utilité de la bête elle-même. Le chat arrivé à Rome depuis l’Égypte où il détruisait scorpions, serpents et rats avait bonne réputation ; mais le monde germanique de la forêt connaît son cousin germain, le chat sauvage, rebelle, ennemi du gibier, redoutable ; le syncrétisme chrétien fait du chat un animal diabolique, et la cohabitation en démontre la sexualité, la lubricité que désire refouler ou encadrer la nouvelle religion. Le chien, dont la situation est ambiguë dans les pays au sud et à l’est de la Méditerranée où il dévore les morts, les charognes et les immondices, est en revanche prisé par les chasseurs ou guerriers de la forêt indo-européenne, de la Perse à l’extrême Occident.

Quelle place et quelle fonction les grandes religions ont-elles accordées et accordent-elles à l’animal ?

Les religions du Livre (juifs, chrétiens et musulmans) font figurer les animaux, dans la vie quotidienne ou les écrits religieux, en fonction de leur place dans la société humaine de référence. Le loup qui dévore les moutons – les ouailles – et parfois le bon pasteur lui-même est diabolisé, le chat rapproché de la femme pécheresse… Aucune de ces bêtes n’est divinisée (la colombe, le pélican ou l’agneau mystique se bornent à évoquer le Saint-Esprit ou le Christ sans ambiguïté) ni sanctifiée, car à part l’exceptionnel saint lévrier Guinefort, les animaux ne font que figurer auprès des saints : lion de saint Marc, taureau de saint Mathieu, aigle de saint Jean, chien « roquet » de saint Roch, ours de saint Gall. Dans la vie courante, certains animaux peuvent attirer des caresses, comme la chatte de Mahomet, ou cristalliser des affections, comme chez saint François d’Assise. Mais dans les religions qui croient à la métempsycose ou dans celles qui divinisent les forces de la nature, la situation d’animaux mythiques correspondant à leurs homologues terrestres est courante : on connaît des dieux éléphant ou ours. L’ancienne Égypte a particulièrement honoré les animaux et nous en a laissé des preuves multiples, non seulement dans des textes ou dans l’iconographie des dieux faucon Horus, chacal-chien Anubis, chatte-lionne Bastet, vache Hathor, mais encore en momifiant des millions d’animaux, mammifères ou poissons, ou en évoquant souvent le scarabée sacré.

En quoi l’onomastique, aussi bien la toponymie que la patronymie, est-elle souvent liée aux animaux ?

Dans leurs lentes découverte puis colonisation de l’espace environnant, les populations occidentales prenaient des repères auxquels elles donnaient un nom qu’adoptaient leur entourage, puis leurs descendants. Ces toponymes sont ainsi des oronymes (noms de montagnes), des hydronymes (de cours d’eau) ou des rappels de lieux hantés par des végétaux ou animaux particuliers. Des montagnes s’appellent encore Bärenhaupt ou Tête de l’ours, le mont Beuvray ou la rivière Bièvre évoquent le castor, Chanteloube ou Vallorcine parlent du loup ou de l’ours, les Verpillières ou bien les Connilières signalent des renards ou des lapins… On ne peut d’ailleurs savoir si c’est la fréquence de la population animale à tel endroit ou au contraire une apparition exceptionnelle qui aurait fait choisir tel ou tel animal. Pour Besançon, peut-être un unique bison, et pour Berne un ours que la légende considéra comme providentiel ; on imaginera plus tard le petit ours de Berlin (Bärlein).
Des hommes ont également pris des noms d’animaux dont ils espéraient avoir les qualités ou dont leurs voisins reconnaissaient l’aspect ou les défauts : Léon, Eberhard, Bernhard, Wolfgang se rattachent aux lion, sanglier, ours, loup et Swanahild à la douceur d’un cygne tandis qu’Asinus Pollio ou Marcus Porcius Cato se rapprochent d’animaux domestiques dont le plus noble, le cheval, rappelle qu’il est aimé des Philippe ; le roi de la forêt celtique est Arthur, l’ours, et maint chrétien se rattache à la mignonne Ursule (petite ourse) ou au saint Loup. De cette abondante anthroponymie, on passe à une série de toponymes (par exemple Arthenay, domaine d’un dénommé Arthos, l’ours) et à des patronymes, adoptés par des familles qui aiment se rattacher à des bêtes courageuses et nobles : non seulement des ours (Orsini, Juvénal des Ursins) ou des loups (Hariulf), mais aussi des chiens invincibles (les Scaliger, Mastino et Cangrande). Les Mérovingiens descendraient d’un monstre marin, les Goths ou les rois de Danemark d’ours et les rois jutes d’Angleterre de chevaux prestigieux, Horsa et Hingist… Ces ascendances animales posent le problème du totémisme, bien exposé pour les Amérindiens ou les peuples de Sibérie, moins évident en Occident.

Propos recueillis par : Julie Boch
Texte extrait du livre : Le Bestiaire du voyageur, Chemins d’étoiles n° 13
En savoir davantage sur : Robert Delort et Julie Boch

12 décembre 2012

Histoire humaine des animaux de l'Antiquité à nos jours, de Janick Auberger et Peter Keating

Histoire humaine des animaux
de l'Antiquité à nos jours
de Janick Auberger
et Peter Keating

L'animal a pu se passer de l'homme pendant presque toute l'histoire de la vie sur la Terre, mais l'inverse est impossible. L'histoire de l'homme est aussi celle des bêtes, et les rapports qui les unissent sont très contrastés, l'homme pouvant être à la fois et tour à tour la victime et le bourreau de ceux qu'on a pu appeler parfois "nos frères inférieurs" (François d'Assise).

Ce livre essaie de faire le point sur les liens qui unissent l'homme et l'animal depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. Sans prétendre à l'exhaustivité, il cherche surtout à varier les points de vue et à multiplier les regards que l'homme a pu poser sur les animaux, essentiellement dans nos sociétés occidentales tant du point de vue des pratiques que du point de vue de la représentation.

A la suite de leur domestication et dans d'autres cas de leur apprivoisement, les religions ont conditionné largement leur place dans notre monde. Confortés ensuite par les opinions des philosophes et scientifiques depuis la plus haute Antiquité, les hommes ont utilisé les animaux, manipulé leurs espèces pour les rendre plus profitables, ils les ont aimés et craints, massacrés et adulés tout en modifiant leur regard au fur et à mesure que l'air du temps changeait.

Ce sont ces variations que nous essayons d'examiner, tout en constatant que par-delà les contradictions qui voient l'homme s'interroger sur l'animal tout en l'exploitant sans vergogne, l'imaginaire humain a toujours accordé la plus grande importance aux bêtes : l'art en témoigne largement depuis les grottes préhistoriques. Cette omniprésence de l'animal ne saurait faire oublier la question à ce jour encore sans réponse : qu'est-ce qu'un animal ? Peut-être le saura-t-on si l'on sait un jour ce qu'est un homme...

Histoire humaine des animaux de l'Antiquité à nos jours, Janick Auberger, Peter Keating, Editions Ellipses, 2009, 288 pages

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Ellipses
- Un extrait du livre (document pdf de 8 pages, texte et photos)

Au sommaire

Introduction
Chapitre 1. Sacrés ou sacrifiés, adorés ou ostracisés :
Les animaux dans les grandes religions
1. La Préhistoire
2. Le Néolithique
3. Les Empires du Proche-Orient et leurs religions polythéistes
4. Israël
5. Les Grecs
6. Le Christianisme
7. L’Islam
8. L’Inde
Chapitre 2. La parole qui manque ?
L’animal des philosophes et des scientifiques
1. L’Antiquité : sans Logos, point de salut
2. Stoïciens, Epicuriens et Cyniques : un animal infirme
3. Des voix dissidentes
4. Les penseurs chrétiens : l’anthropocentrisme triomphant
5. Le Moyen Age : l’animal vecteur de Dieu ou du Diable ?
6. Une rupture radicale : l’animal-machine de Descartes
7. L’âme des bêtes au temps des Lumières
8. L’évolution fait-elle évoluer l’image de l’animal ?
9. Darwin : l’âme, une étape de l’évolution ?
10. Un changement de point de vue
11. La solution ?
Chapitre 3. La domestication des animaux humains et non humains
1. Sens et portée de la domestication des animaux
2. Origines de l’être humain parmi les animaux
3. Domestication des plantes, des animaux et des humains
4. Qu’est-ce qui a été domestiqué et comment ?
5. Conséquences sanitaires
6. Conséquences indirectes de la domestication
Chapitre 4. Du pré au laboratoire :
La manipulation des animaux depuis le Moyen Age
1. Une deuxième vague de transformation des animaux
2. La consommation de viande
3. L’industrialisation de l’agriculture
4. Les croisements sélectifs
5. Les technologies de reproduction
6. Les poissons et insectes
7. Les animaux de laboratoire
Chapitre 5. Ces animaux qu'on ne mange pas
1. Les animaux familiers
2. La transformation des attitudes concernant les animaux de compagnie
3. Les collections d’animaux : les ménageries, les cirques, les parades et les jeux, les zoos
4. Les ménageries au Moyen Age
5. La montée de l’histoire naturelle et ses premiers musées
6. Les zoos humains
7. Quel avenir pour les zoos ?
Chapitre 6. L’animal dans l'imaginaire :
Une projection inévitable ?
1. Bêtes mythiques
2. Bêtes réelles
3. Y a-t-il un animal postmoderne ?
4. L’animal de fiction en littérature et au cinéma
Conclusion
1. L’Homme, les animaux et la fin de l’Histoire
2. Les animaux privés d’humanité
3. Les humains parmi les animaux
Bibliographie
Légendes, figures

La note de lecture de Christine Chaume
Comportementaliste canin et félin, massothérapeute et zoothérapeute
Cliquez sur les liens pour découvrir
son site
Résolument chiens et chats et son blog

Je viens d’achever un document passionnant qui retrace le statut des animaux à travers les siècles et que je conseille à tous ceux qui veulent connaitre l’évolution (qui va parfois en régressant) des rapports de l’homme avec les animaux :

Histoire humaine des animaux de l’Antiquité à nos jours de Janick Auberger, Paris : Ellipses, 2009.

Une phrase du livre pour résumer le sujet ” L’animal a pu se passer de l’homme pendant presque toute l’histoire de la vie sur Terre, mais l’inverse est impossible.”

Au fil des chapitres assez courts, on découvre comment l’animal a été perçu : utile, inutile voire nuisible, bête de somme, de compagnie, ami adoré ou victime de cruauté, perception influencée par les courants de pensées, les philosophes, les religions.

On y retrouve par exemple l’amour et le respect de nombreux peuples de l’antiquité pour les animaux avec les cimetières animaliers qui existaient bien avant les nôtres et on s’aperçoit que la plupart du temps “leur statut” dans la société est lié à l’évolution des textes religieux : ainsi les plus anciens textes prônaient le respect et l’amour de l’animal et – plus encore inacceptable, imaginez ! – que ceux-ci devaient être considérés comme des créatures égales à l’homme. Or au fur et à mesure, et notamment au siècle de l’Humanisme, centré sur l’homme et donc sa supériorité, les textes sacrés ont été interprétés et déformés selon le bon vouloir des religieux pour aboutir à des inepties comme les massacres de chats noirs au Moyen-âge ou les interrogatoires-tortures (véridiques !) de cochons. De même, pour le Coran avec la fête de l’Aïd relativement récente et qui ne demande pas un sacrifice réel de mouton selon un rite d’abattage établi par les hommes mais un partage de nourriture qui dans d’autres pays musulmans se pratique avec des galettes ou autre etc…

Seuls les philosophes du 18ème, opposés à l’intégrisme catholique, ont introduit le respect animal mais à petites doses, puis au 19ème des écrivains comme Zola, Hugo se sont arrêtés sur la souffrance animale.

Et on pourrait se demander à quand un Pape, un Rabbin ou un Iman qui prône le traitement respectueux de l’animal, qui demande qu’on le considère comme une créature de Dieu à protéger ? Mais c’est un autre sujet… et pas la solution à la misère animale que notre société en régression induit !
Un extrait du livre
que vous pouvez également consulter sur le site des Editions Ellipses

10 décembre 2012

Le zoo des philosophes, d'Armelle Le Bras-Chopard

Le zoo des philosophes
De la bestialisation à l'exclusion
d'Armelle Le Bras-Chopard

L'objet de ce livre est de montrer comment le débat sur les différences entre l'homme et l'animal (1ère partie) et les caractères anthropomorphisés attribués à certaines espèces animales (2ème partie) ont pour but de renvoyer à l'animalité, présentée sous la forme péjorative de la bestialité, à des distinctions sexuelles raciales, ethniques, religieuses ou sociales (3ème partie).

En Occident, auquel nous nous cantonnerons, le discours religieux, philosophique, scientifique... n'a en effet rien de neutre. Le constat des différences entre l'homme et l'animal sert à prouver la supériorité de l'homme sur la bête et à justifier la domination de l'un, le sujet, sur l'autre, réduit à l'état d'objet. L'intention est claire dans les thèses dualistes qui posent une coupure radicale entre les essences humaine et animale et trouvent leur expression culminante dans la théorie de l'animal-machine de Descartes. Mais elle transpire aussi dans les thèses monistes qui, si elles affirment une continuité entre les deux ordres (continuité des espèces dans l'Antiquité, transformisme de Lamark puis évolutionnisme de Darwin...) et rejettent le principe d'une différence de nature, établissent une différence de degrés et posent l'homme au sommet de la hiérarchie. Si la controverse a de tout temps été très vive sur cette question de la nature de l'animal parce qu'elle renvoie à celle de la nature de l'homme, elle est ranimée ces dernières années, en particulier par les écologistes et les défenseurs des droits des animaux qui dénoncent cette façon anthropocentriste de définir l'animal par rapport au référent humain et ce droit à la domination qui en découle pour l'homme.

Le propos ne consiste pas ici à prendre partie dans ce débat qui suscite aujourd'hui une abondante littérature visant à réhabiliter l'animal, mais à comprendre comment le discours sur l'animal, s'il sert d'abord à légitimer les rapports jugés iniques entre l'homme et l'animal, n'est en fait qu'un détour pour introduire des discriminations à l'intérieur de l'humanité.

Le zoo des philosophes, Armelle Le Bras-Chopard, Editions Pocket, 2002, 390 pages

Une autre présentation du livre

Comment l'affirmation de la suprématie de l'homme sur l'animal, dans l'idéologie occidentale, a-t-elle servi à légitimer d'autres dominations et discriminations à l'intérieur de l'humanité ? Telle est l'interrogation soulevée par cet ouvrage. L'auteur ne présente pas une dénonciation de type écologique des traitements iniques infligés à nos "frères inférieurs", mais l'analyse du processus qui conduit à extraire de l'humanité des êtres humains et à les traiter comme des bêtes. Cette opération de "bestialisation" provoque la "diabolisation" "d'espèces" entières de populations : les femmes, les Barbares, le peuple, l'autre... Certains propos, pudiquement oubliés, des plus grands penseurs pourraient prêter à sourire s'ils n'avaient préparé ou accompagné des pratiques d'exclusion parfois meurtrières.

Qu'est-ce qu'un animal ? On peut répondre à cette question en zoologue. On peut aussi interroger les représentations culturelles de l'animalité et la manière dont elles ont contribué à définir l'humanité. L'animal est en effet pour l'homme un proche dans l'aventure biologique de la vie, un être familier qui partage son quotidien et son imaginaire, et en même temps un étranger, un autre qui effraie, qui menace, qu'il faut dominer, dresser, tuer. Si l'humain a bien voulu s'avouer animal, ce fut toujours au nom d'une animalité supérieure, dépassant la condition ordinaire des bêtes. Comme s'il était nécessaire, pour que l'homme se sente homme, qu'il dégrade l'animal et aille jusqu'à en faire une sorte d'envers inquiétant de lui-même. De l'animal au monstre, la différence n'est que de degrés. Est-ce un hasard si la plupart des pratiques et des discours de discrimination, à l'intérieur même de l'espèce humaine, ont consisté à bestialiser celles et ceux qu'il s'agissait d'éliminer, de dominer ou d'exploiter ?

C'est la relation très ambivalente de l'homme à l'animal qu'explore Armelle Le Bras-Chopard. Où l'on apprend que, nonobstant l'amour qu'on leur porte, c'est la haine qui domine notre rapport aux bêtes.

A propos de l'auteur

Armelle Le Bras-Chopard, professeur agrégée de science politique, est depuis 2000 chargée de mission pour l'égalité des chances femmes/hommes dans l'enseignement supérieur au ministère de l'Education nationale. Elle a publié plusieurs ouvrages dont 'La Guerre : Théories et idéologies' (Montchrestien), 'Les femmes et la politique' (L'Harmattan) et 'Le zoo des philosophes' (Plon) qui a remporté le prix Médicis du meilleur essai en 2000.

Au sommaire

Qu'est-ce qu'un animal ? Un non-humain
Ou comment la bête est définie par ce qu'elle n'a pas
- La tête haute
- La main leste
- Le corps politique
Quels animaux dans le zoo ?
Les animaux domestiques
- Les bêtes sauvages
- Les monstres
Quelles espèces humaines envoyées au zoo ?
Les femmes, molles ébauches

- Les Barbares
- Le peuple dans tous ses états
- Tous des dieux ?

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Plon
- Un éternel Treblinka, de Charles Patterson
- Ethique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
- Philosophie animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Hicham-Stéphane Afeïssa
- Animaux et philosophes, de Lucien Malson
- Animalement vôtre : Procès d'animaux, Histoires d'hommes, de Chantal Knecht

La note de lecture d'Emma Le Clair
du site Zone littéraire

A l'heure où à hue et à dia les journaux de France s'égaient d'une expression colorée, chasse à l'homme, le retour d'Armelle Le Bras-Chopard sur les rapports que le genre humain entretient avec ses proches étrangers, les animaux, possède une cinglante acuité. Sa thèse : sans l'idée que nous avons appris à nous faire des bêtes, nous ne pourrions pas penser à l'identique la cruauté, la ségrégation, l'exclusion.

De là, par les voies de la réflexion théologique, philosophique et politique, une étude qui en dernier ressort apparaît sémiotique et morale. Il s'agit de penser le cheminement historique d'une contamination du langage et de l'esprit humain par des idées et des images qui associent à l'animal, cette figure première de l'altérité, une culpabilité, une infériorité et finalement une nullité ontologique. En particulier sont examinées plusieurs théories formulées par de grands auteurs de l'Antiquité classique, de la religion chrétienne ou du XVIIeme siècle. D'un bout à l'autre de cet essai, la bestialisation de l'animal par la représentation humaine est envisagée comme la perle séminale d'où coule le flot des barbaries et des injustices.

Par son souci de souligner l'imbrication naturelle des sciences de l'homme et des paroles faciles qui peuplent nos sentences, Armelle Le Bras-Chopard installe en quelque sorte la bibliothèque dans la rue, et semble recourir au dictionnaire comme d'autres hèlent un taxi ou cherchent un arrêt de bus : en toute simplicité et en toute liberté - d'où le prix Médicis de l'essai 2000 -, pour répondre ici et maintenant à un besoin réel.

Cette humaine haine de l'animal, Armelle Le Bras-Chopard s'attache à l'ouvrir comme une poupée russe, pour mettre à jour sous elle une solide peur du corps, ce corps dont l'animal serait l'expression pure, puisqu'il est réputé vide de pensées. Un faisceau de raisons convergentes amène alors par extension le regard de l'universitaire à se porter sur un autre vis-à-vis de l'homme : la Femme. Faut-il alors qu'il nous en souvienne ? Chaque homme descend d'une femme !

Un demi-siècle après le cri du Castor cher à Jean-Paul Sartre, une femme donc affirme et prouve qu'on ne naît pas animal : on le devient. Où nous finirons peut-être, un jour, tous, par comprendre pourquoi les femmes, jusqu'aux très belles parmi les plus belles, consacrent tant d'énergie à plaider la cause des animaux, à refuser tout net que ceux-ci soient enveloppés d'un mâle et souverain mépris.

Emma Le Clair

Le zoo des philosophes, Armelle Le Bras-Chopard,
Editions Plon, 2000, 396 pages

08 décembre 2012

Les droits des animaux, de Tom Regan

Les droits des animaux
de Tom Regan
traduction d'Enrique Utria

Les animaux ont des droits. C’est la thèse que défend Tom Regan dans cette oeuvre fondatrice, contribution majeure à la réflexion morale contemporaine. Loin d’être sans pensée, comme l’affirmait Descartes, les animaux que nous mangeons, chassons ou livrons aux expériences scientifiques sont conscients du monde. Leur esprit est empreint de croyances et de désirs, de souvenirs et d’attentes. Ce sont, à ce titre, des êtres dotés d’une valeur morale propre, indépendamment de l’utilité qu’ils peuvent avoir pour nous. Ce n’est pas simplement par compassion pour leur souffrance, mais par égard pour leur valeur que nous devons les traiter avec respect. La théorie de Regan est la formulation philosophique la plus élaborée et la plus radicale d’une éthique des droits des animaux. Elle pose une exigence de cohérence : si nous refusons l’exploitation des hommes, il nous faut également dénoncer l’exploitation des animaux non humains. L’abolition de l’élevage, de la chasse et de l’expérimentation est requise par la justice.

Les droits des animaux, Tom Regan, Traduction d'Enrique Utria, Editions Hermann, 2013, 752 pages

A propos de l'auteur

Tom Regan est professeur émérite de philosophie morale à la North Carolina State University à Raleigh (Etats-Unis). Il est le plus influent théoricien des droits des animaux.

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Hermann
- Le site de Tom Regan
- Ethique animale : une seule solution - l'abolition ?
- Le fondement moral du végétarisme (traduit par Valéry Giroux et Enrique Utria)
- Pour les droits des animaux (traduit par Eric Moreau)
- La philosophie des droits des animaux (traduit par David Olivier et Françoise Blanchon)
- Interview de Tom Regan (par Karin Karcher, David Olivier et Léo Vidal)
- La complexité de la conscience animale (traduit par David Olivier)
- Droits des animaux - Théories d'un mouvement, d'Enrique Utria
- La raison des plus forts, de Pierre Jouventin, David Chauvet et Enrique Utria

06 décembre 2012

La libération animale, de Peter Singer

La libération animale
de Peter Singer
Préface de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

Petit up de cette note
pour signaler la réédition de ce livre

Les animaux souffrent. Comme nous. Ils doivent donc être considérés autrement. Ce livre a déclenché le débat contemporain en éthique animale et changé notre regard sur les animaux. Depuis sa parution en 1975, il est devenu un classique incontournable, traduit dans une vingtaine de langues et vendu à près d'un million d'exemplaires.

Notre attitude à l'égard des animaux est-elle correcte d'un point de vue éthique ? Faut-il étendre aux "bêtes sauvages'" la protection juridique (relative) que nous accordons aux animaux de compagnie ? L'évaluation morale de la souffrance des êtres vivants soulève de vraies questions philosophiques. Aux Etats-Unis et en Allemagne, comme dans le reste du monde anglo-saxon, le livre de Peter Singer n'a cessé de susciter analyses et débats passionnés. Au centre de tous les colloques universitaires sur le droit des êtres non humains, il est aussi la référence obligée du "Mouvement de la libération animale".

La libération animale, Peter Singer, Préface de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Traduit de l'Anglais (Etats-Unis) par Louise Rousselle, Editions Payot, 2012, 480 pages

A propos de l'auteur

Peter Singer, philosophe australien, est professeur de bioéthique à l'université Princeton (Etats-Unis). Time Magazine l'a présenté comme le plus influent des philosophes actuels.

Au sommaire

Présentation du livre par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
Préface inédite de l’auteur à la présente édition de poche
Préface à l’édition de 1990
Préface à l’édition de 1975
Ch.1. Tous les animaux sont égaux
Ch.2. Outils de recherche
Ch.3. Du côté de la ferme usine
Ch.4. Devenir végétariens
Ch.5. La domination de l’homme
Ch.6. Le spécisme aujourd’hui
Notes
Bibliographie sélective
Remerciements

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Payot
- Comment vivre avec les animaux ? de Peter Singer
- L'égalité animale expliquée aux humains, de Peter Singer
- Le projet grands singes, sous la direction de Paola Cavalieri et Peter Singer
- Ethique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
- L'éthique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
- Anthologie d'éthique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
- Philosophie animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Hicham-Stéphane Afeïssa

L'avis d'une lectrice
Source

Pour les animaux, pour l'homme, pour la vie

L'approche philosophique n'est pas toujours évidente pour le profane, mais le message est clair: l'animal ne devrait pas être notre chose, et en l'exploitant nous générons une souffrance inacceptable, intolérable.
Entre autres sujets, le plaidoyer pour le végétarisme est limpide: si nous cessons d'utiliser les ressources naturelles de notre planète pour l'élevage des animaux, la nourriture sera suffisante pour toute la population mondiale.
À lire, pour ne plus se mettre la tête dans le sable, ouvrir les yeux sur la vraie souffrance animale et nos devoirs envers nos "frères animaux".

Couverture des Editions Grasset, 1993

04 décembre 2012

Des animaux et des bêtes, de Bebb

Des animaux et des bêtes
de Bebb

Bande dessinée

Ils m'ont attaché à un arbre et ils sont partis !

Ils ne reviennent pas et ça m'inquiète beaucoup, c'est ma famille !

Il leur est arrivé quelque chose, c'est O-BLI-GE !!

Alors je me suis détaché et je suis parti à leur recherche, à leur secours !

Mais j'ai rencontré d'autres humains qui m'ont mis en cage, qui me font faire des choses que je ne comprends pas !

Puis j'ai rencontré toutes sortes d'animaux qui eux aussi ont rencontré des hommes qui leur font faire des choses qui n'ont aucun sens, qui font mal, qui nous rendent triste et malheureux.

Ma famille me manque, eux étaient gentils, ils me nourrissaient, me donnaient de la tendresse et jouaient avec moi !

Où sont-ils ?

-

"Le manque de respect, la cruauté dont nous faisons preuve envers ces animaux à qui nous devons tout m'a toujours révolté.

La bd humoristique est un moyen beaucoup plus "doux" pour informer les gens sur ce que subissent les animaux par rapport aux vidéos ou photos terribles qui peuvent en rebuter bon nombre car certains d'entre nous, les humains, sont des êtres sensibles."


Des animaux et des bêtes, de Bebb, Editions Les points sur les i, 2012, 48 pages

A propos de l'auteur

Né en 1961, à l'adolescence, il recopie des planches du journal Spirou et découvre là une passion. Il dessine assidûment jusqu'à ses 25 ans. Il part ensuite à l'aventure en Côte d'ivoire. Après quelques mésaventures, il se retrouve dans les rues d'Abidjan sans un sou et sans billet retour ! Grâce au dessin et à un imprimeur Suisse pour lequel il réalise le plan de cette capitale en dessin humoristique, il arrive à se payer un billet retour pour la France ! Puis il se met à dessiner et il est édité aux Editions Soleil, pour les deux tomes d'une BD hautement culturelle, tout est dans le titre : "Mouchakaka" !. Prix du public au festival de dessins humoristiques et de presse de Vialas en 2011. Il contribue, en 2012, avec le collectif des Moutons Noirs, à une BD satirique dénonçant l'inceste et la pédocriminalité : "Rien vu, rien entendu" aux Editions Les points sur les i.

Pour en savoir plus

- Le site des éditions Les points sur les i
- Le blog de l'auteur : Les mouches de Bebb
Ou bien, chez le même éditeur
- Militer permet de..., de Sandrine Delorme
- Le cri de la carotte, de Sandrine Delorme

02 décembre 2012

La Révolte des animaux, de Frédéric Deparis

La Révolte des animaux
Gaïa : 2e cycle
de Frédéric Deparis

Roman

15 août 2100 : dans le parc de Yellowstone aux Etats-Unis, un camp de touristes est sauvagement attaqué et massacré par une horde de grizzlis et d’ours bruns. Le même mois, lors de son vol inaugural, l’Airbus A420 percute un nuage d’oiseaux qui s’engouffrent volontairement dans son réacteur et provoquent le crash de l’avion. Un peu plus tard, en Sibérie orientale, un couple de vieillards meurt, victime de l’incroyable assaut de millions d’insectes rampants. Au siège des Nations Unies, les représentants du monde entier sont forcés de reconnaître ce fait pourtant invraisemblable : les animaux se révoltent…

Deuxième cycle de Gaïa, 'La Révolte des animaux' est un plaidoyer pour inciter les hommes à reconsidérer leurs rapports avec le monde animal, dont l’existence est aujourd’hui menacée par les activités et l’expansion humaines. Grâce à cette fiction au réalisme brutal, Frédéric Deparis montre également combien l’homme serait fragile face à un telle rébellion, et ce malgré sa technique et son savoir. Une fois le livre refermé, vous ne badinerez plus dans les champs avec la même désinvolture...

La Révolte des animaux, Frédéric Deparis, Editions Publibook, 2012, disponible en version papier, PDF ou eBook, 180 pages

Pour en savoir plus

- Cette page où vous pourrez feuilleter le livre
- Ce PDF pour découvrir les deux premiers chapitres
- Le site des éditions Publibook

30 novembre 2012

Le dernier orang-outan, de Valérie Dayre

Le dernier orang-outan
de Valérie Dayre

Nouvelle

Gaëtan est un enfant chéri de ses parents, enfin était parce que depuis qu’un chaume orangé lui pousse sur le corps, qu’il ne dit plus un mot, ses parents sont tourneboulés. Experts de tout poil, médecin, ingénieur sont convoqués… Pas d’explication… Et incroyable, Gaétan est bientôt le dernier survivant des orangs-outans, attention précieux ! Farfelue, délicate et implacable à la fois, cette histoire troublera, irritera, ne laissera pas indifférent.

Le dernier orang-outan, Valérie Dayre, Editions Thierry Magnier, 2011, 48 pages

A propos de l'auteur

Valérie Dayre est tra­duc­trice et auteur d’une quinzaine de romans et albums pour la jeu­nesse. Ses jeunes per­son­nages affrontent sou­vent des ques­tions plus que sérieuses : la soli­tude (Tes petits cama­rades, Thierry Magnier, 2008), la cruauté (Les nouveaux mal­heurs de Sophie, L’école des loi­sirs, 2001) ou encore la mort (Miranda s’en va, L’école des loi­sirs, 2000). Dans Le dernier orang-outan, le jeune Gaëtan com­mence à se trans­for­mer en singe, au déses­poir de sa famille qui l’envoie dépé­rir au zoo. Conte sur­réa­liste ou fable phi­lo­sophique, ce très court texte met en scène la détresse du jeune enfant-singe dans un monde ver­sa­tile et, au fond, indifférent.

Pour en savoir plus

- Les éditions Thierry Magnier
- Un extrait de ce petit livre

A voir également, cette excellente sélection de livres sur le thème des animaux, pour les enfants et les ados

- Pour les 3-6 ans
- Pour les 6-9 ans
- Pour les 9-12 ans
- Pour les 12-15 ans

L'avis du site Ricochet

Gaëtan prononce un jour ces mots prémonitoires et définitifs : "Je suis le dernier orang-outan". Et Gaëtan le garçon devient Pati-Pato, l’orang-outan. Sa transformation est progressive, ses parents s’inquiètent, les scientifiques s’émeuvent. Personne ne comprend ce qui arrive, ne peut expliquer le pourquoi et le comment. Gaëtan le garçon est tout d’abord soigné à l’hôpital et scruté comme un monstre de foire ; Pati-Pato, le singe, est envoyé au Muséum, enfermé dans une cage triste et sombre. Bientôt Pati-Pato dépérit et, curieusement, les orang-outans de la planète meurent les uns après les autres, sans que l’on comprenne pourquoi. La prédiction de Gaëtan se réalise. Il ne reste plus sur terre qu’un seul singe, mal en point…

Cette fable insolite, parfois dérangeante, et très bien écrite, donne à réfléchir. Quelles relations entretenons-nous face aux étrangetés de la nature, à ce que l’on ne peut pas expliquer ? Aux animaux qui peuplent notre planète ? Comment expliquer la disparition progressive de certaines espèces ? Quelle est notre part de responsabilité ? Ne nous intéressons-nous à ces animaux que lorsqu’ils sont menacés ? A lire et à méditer.