02 février 2013

Presque humain : Voyage chez les babouins, de Shirley C. Strum

Presque humain
Voyage chez les babouins
de Shirley C. Strum
préfaces de Boris Cyrulnik
et George Schaller

Pendant dix ans, l'auteur a vécu parmi les babouins du Kenya. Son expérience lui a permis d'avancer certains démentis aux préjugés scientifiques qui ont cours sur ces animaux. Elle découvre également de stupéfiantes analogies, jusqu'ici insoupçonnées, entre leurs comportements et les nôtres.

Quand elle débarque au Kenya, en 1972, pour étudier les babouins, Shirley Strum a pour elle deux atouts maîtres : la patience et une absence totale de préjugés sur les sociétés animales.

Epiant du matin au soir Peggy, Carl, Naomi, David et les autres, parcourant avec eux la savane en tous sens, la jeune étudiante réunit peu à peu une extraordinaire somme d'observations qui démolissent une à une les belles certitudes des primatologues touchant à l'agression, à la dominance des mâles ou à la complexité des interactions sociales.

En tentant de faire admettre ces faits nouveaux, Shirley Strum aura l'occasion d'étudier de près l'agressivité du milieu scientifique, lequel finira cependant par comprendre à quel point sa vision anthropocentrique des sociétés de primates, et donc des premières sociétés humaines, était erronée.

Ce voyage chez les babouins, à la fois roman de moeurs, récit d'aventure et enquête scientifique, est aussi un voyage, lucide et passionnant, chez les humains.

Presque humain : Voyage chez les babouins, Shirley C. Strum, Préfaces : Boris Cyrulnik et George Schaller, Postface : Bruno Latour, Traduction : François Simon-Duneau, Editions Eshel, 1991, 339 pages

A propos de l'auteur

Shriley C. Strum se partage depuis plus de vingt ans entre l'université de San Diego, en Californie, où elle enseigne l'anthropologie, et le Kenya où elle étudie les sociétés de babouins.

Au sommaire

- Remerciements
- Préface à l'édition française, de Boris Cyrulnik
- Préface de George Schaller
- Note de l'auteur
1. Premier contact
2. Deux nouveaux venus
3. Peggy
4. La leçon de la savane
5. Le fond du problème
6. Mâles en herbe
7. La saga de Sherlock
8. Bo et David
9. Quelques réponses
10. Des animaux surdoués
11. De l'agression et de la compétence sociale
12. Désillusions
13. Ravages
14. Tant qu'il y aura des hommes
15. A la recherche d'un éden
16. Tout est bien qui finit bien
17. La croix et la bannière
18. Le bout du voyage
19. Liberté
- Appendice
- Bibliographie

Voir également

- Vies de singes, de Hans Kummer
- Cette page où figure une histoire de babouins, gardiens de chèvres
- Gorilles : Les survivants des Birunga, de George Schaller
- Des livres de Boris Cyrulnik

L'avis d'un lecteur

Dans ce très beau livre, Shirley Strum nous interpelle : sommes-nous, êtres humains, les seules entités "intelligentes"et "sensibles" ici-bas ? Rien n'est moins sûr si l'on suit les pérégrinations de l'éthologue.

L'auteur, dans les premières pages, évoque les raisons qui l'ont poussée à partir loin de chez elle, la Californie, vers une terre lointaine et sauvage, l'Afrique. Tout d'abord, son ambition était de mieux cerner, par l'étude des babouins, les capacités des premiers hommes. Mais, très vite, la teneur de son investissement et de sa recherche se sont transformés.

Il y a un moment clé dans ce livre afin de comprendre la petite révolution relatée, c'est le jour où Shirley Strum décide d'ouvrir la porte de sa camionnette et d'aller parmi eux... Parmi ces êtres si souvent décrits comme des animaux pulsionnels, incapables de comportements élaborés et, de plus, réputés dangereux. Shirley Strum raconte comment ce moment a, en quelque sorte, changé sa vie et changé le regard qu'elle portait (et la science éthologique en général) sur les babouins.

En allant vivre à leur côté, l'éthologue a découvert que ces petits êtres à fourrure possédaient de nombreuses qualités, mais qu'en plus ils élaboraient des relations amicales, des réseaux d'alliance par l'interaction. Bref, un peu comme nous, les babouins s'amadouent, se flattent, s'aiment et se détestent, rendent des services à ceux qui leur sont proches...

Une grande partie du livre relate les observations majeures de la vie des babouins. On découvre Peggy, la chef, qui comptera tellement pour Shirley, mais aussi Théa, Patrick, Paul, Tessa... Ils ont tous une personnalité bien à eux; bref, ils sont uniques.

Les derniers chapitres de l'ouvrage nous ouvrent au problème de la sauvegarde des animaux sauvages. En effet, Shirley va devoir lutter de toutes ses forces pour que les paysans ne tuent pas les babouins, devenus pilleurs de culture, un à un.

On sentira toute cette complexité de la préservation d'êtres non humains face aux intérêts de populations humaines souvent en difficulté. Au bout du compte Shirley trouvera une nouvelle terre d'accueil et sera allée au bout, au bout de ce qu'elle estimait être de son devoir, c'est-à-dire de sauver ceux qui l'ont si bien accueillie et aimée... Presque humain à n'en pas douter !


Ce livre est également disponible en format poche
Editions du Seuil, 1995, 340 pages

Vies de singes, de Hans Kummer

Vies de singes
Moeurs et structures sociales
des babouins hamadryas
de Hans Kummer

Peu connues, les moeurs des babouins n'en sont pas moins étonnantes. Décrivant leur existence quotidienne dans les zoos, où ils ont su recréer une vie sociale complexe et stable, les suivant en Ethiopie et en Arabie Saoudite, où ils vivent en hordes nomades, Hans Kummer montre comment l'organisation sociale des babouins, fondée sur la polygamie et le respect mutuel, leur permet de survivre dans un environnement hostile.

Vies de singes, Hans Kummer, Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni, Editions Odile Jacob, 1993, 432 pages, avec des photos en noir et blanc

A propos de l'auteur

Hans Kummer est un scientifique suisse spécialisé dans l'étude du comportement social des primates, notamment des babouins hamadryas. Il est connu pour ses travaux de terrain en Ethiopie au cours des années 1960 et 1970. Il a été professeur d'éthologie à l'Université de Zürich et président de l'Association Internationale de Primatologie.

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Odile Jacob
- Voyage chez les babouins, de Shirley C. Strum
- Cette page où figure une histoire de babouins, gardiens de chèvres

Un passage extrait de l'ouvrage :
"Le comportement de peur : une approche multidimensionnelle" de René Misslin


../.. Les comportements de soumission peuvent atteindre des degrés de raffinement surprenants. Hans Kummer de l'Université de Zürich, un des spécialistes les plus avertis du comportement social des babouins hamadryas, a étudié avec ses collègues, sur le terrain, en Ethiopie, le comportement des mâles qui convoitent la même femelle. Il faut savoir que ces singes vivent en harem, un mâle dominant possédant plusieurs femelles qu'il garde jalousement. Ce qui a frappé les chercheurs, c'est la réserve que manifestent les autres mâles à l'égard de ces femelles, alors même qu'il leur serait possible de les ravir par la force. En isolant un jour dans un enclos un couple constitué et en y lâchant un autre mâle, les chercheurs ont observé que le mâle possédant n'avait même pas à émettre de comportements de menace pour inhiber les prétentions du rival. Celui-ci adopta spontanément un comportement d'évitement tout à fait remarquable. Il s'asseyait seul dans un coin de l'enclos, le dos tourné au couple, évitant ostensiblement de regarder en direction de ses congénères, soit qu'il baissait la tête, soit qu'il levait les yeux vers le ciel. Il pouvait aussi regarder en direction des bosquets comme s'il guettait un prédateur qui visiblement n'existait pas. Voici la conclusion de Hans Kummer : "La vue du couple avait donc des effets plus profonds que nous ne l'avions imaginé : elle ne bloquait pas seulement le comportement agressif des rivaux, mais tout leur comportement social envers le couple. Aucun rival n'adressait jamais un geste à la femelle, même quand celle-ci se présentait, ce qui arrivait rarement. Et quand le possédant s'approchait, le rival se détournait la plupart du temps et attendait, immobile, jusqu'à ce que l'autre s'éloigne de nouveau. En se grattant, en faisant des gestes circulaires en quantité démesurée, en soignant son propre pelage, le rival trahissait le conflit entre une motivation sociale extrêmement forte et l'inhibition presque complète qui lui interdisait toute relation avec le couple." A l'évidence, on est là en présence de robustes mécanismes régulateurs des conflits sociaux qui limitent, de façon adaptative, les rencontres agressives entre les rivaux mâles et préservent la cohésion du harem et de sa progéniture : la coopération entre mâles est un élément de survie indispensable compte tenu des conditions environnementales dures dans lesquelles vivent les babouins hamadryas. Chose remarquable, il arrive au babouin possédant de manifester à l'égard des rivaux inhibés des comportements apaisants, leur présentant en guise de salutation amicale, son arrière-train en forme de masque rouge. Les chercheurs ont un jour observé un vieux mâle possédant particulièrement attentif qui passait lentement la main à quelques centimètres au-dessus de la peau du rival comme s'il voulait le soigner. ../..

Un extrait du livre
Source

La sociobiologie traite du comportement social au sein de l'espèce, l'écologie du comportement se penche sur le comportement des animaux envers la nourriture, les parasites et les prédateurs. Les deux disciplines utilisent cependant le même mode de pensée. En tant que sociobiologiste, on se demande quelles possibilités ou "stratégies" de comportement pourraient être ouvertes à l'animal dans telle ou telle situation importante de son existence. Une femelle, par exemple, peut avoir le choix entre un mâle fort, mais qui a déjà une femelle, et un mâle plus faible, mais encore célibataire. On réfléchit alors aux possibilités alternatives de comportement dont disposent, dans cette situation, la femelle elle-même, chacun des mâles et, dans le premier cas, la rivale. Chacune des deux possibilités aura des conséquences pour la femelle qui doit faire le choix. Avec le mâle plus puissant, elle aura accès à de meilleurs lieux de nourriture, mais elle sera exposée aux manifestations d'hostilité de la première épouse. Si celle-ci est de rang supérieur à la femelle elle-même, le choix du mâle le plus fort pourrait apporter plus d'inconvénients que d'avantages. On évalue alors cet ensemble de données, que l'on appelle les coûts et les profits, de la manière la plus réaliste possible, pour chacune des deux options : on les mesure aux effets qu'ils produisent sur le nombre de petits de la femelle - que l'on désigne aussi par le terme de "fitness". (...) On peut tester ces réflexions et ces prévisions sur des animaux dont le comportement n'est pas trop complexe. On reconnaît sans difficulté dans cette perspective la pensée économique des coûts et des profits qui caractérise notre époque - ce qui doit éveiller notre scepticisme. Les biologistes se sont-ils contentés de garder sur le nez les lunettes qu'ils portaient de toute façon en tant que produits de leur culture ? (...) Sans doute les modèles sociobiologiques, comme tous les modèles, simplifient-ils tellement la réalité qu'ils ne sont pratiquement plus utilisables pour les animaux complexes ; et dans le cas des animaux à longue vie, il n'est pratiquement pas possible de mesurer concrètement les effets d'une stratégie sur le nombre d'enfants engendrés au cours de l'existence.



01 février 2013

Le nouveau-né, de Chanee

Le nouveau-né
de Chanee

Un soir de décembre, Aurélien Brulé, dit Chanee, assiste à la naissance de son fils. Après douze ans en Indonésie, à cet instant, il doute de son choix : celui de faire naître son enfant à Bornéo. Une hémorragie est en train de tuer Prada, son épouse. L’auteur, passionné depuis sa plus tendre enfance par les gibbons et leur sauvegarde, parle aujourd’hui sur un ton nouveau de son combat. A travers des anecdotes parfois drôles, dramatiques et violentes, Chanee raconte sa vie entre la forêt, le tout-Paris et la quête de ses rêves d’enfant. De son expédition, seul pendant un mois dans la jungle, à sa rencontre avec Yann-Arthus Bertrand à Bornéo, il raconte son engagement. Des détails de sa nuit de noce, à ses aventures avec des animaux insolites, il décrit les valeurs qui guident sa vie. Lorsqu’il parle de la crémation d’un nouveau-né humain ou de ses réponses à Michel Denisot du "Grand Journal", et de l’attaque contre sa famille, l’auteur conte des scènes qu’il a peine à croire. "Le nouveau-né" est un portrait honnête de son initiative pour sauver les gibbons. Ce soir de décembre, parce qu’il risque de perdre sa femme et son fils, il se livre.

Le nouveau-né, Chanee, Editions Les Presses du Midi, 2011, 143 pages

A propos de l'auteur

Chanee, né en 1979, a grandi dans le Var. Passionné par les singes, dès l'âge de, 12 ans, il passe ses mercredis à observer les gibbons dans un zoo. A 16 ans, il publie un livre qui suscite l'intérêt des journalistes. Un article tombe dans les mains de la comédienne Muriel Robin qui décide de le soutenir. Il part en 1997 en Thaïlande pour 3 mois où il découvre les gibbons sauvages. Après un court retour en France, les terribles incendies qui détruisent l'Indonésie à cette époque le poussent à partir à Bornéo. Il y est installé depuis, où il a fondé sa famille. Il a créé le plus grand programme de sauvegarde des gibbons. Il emploie plus de 50 personnes, veille sur près de 250 gibbons et travaille à la protection de réserves, en partenariat avec les populations. Il a aussi créé une radio FM destinée aux jeunes : la radio Kalaweit.

Pour en savoir plus

- Les éditions Les Presses du Midi
- L'association Kalaweit fondée par Chanee en 1997, dont l'objectif est la sauvegarde des gibbons et de leur habitat en Indonésie
- Ses vidéos (reportages, sauvetages...)
- Bornéo : Au nom de la vie, d'Aurélien Brulé
- Vocation nature, de Chanee et Muriel Robin
- Ces forêts qu'on assassine, d'Emmanuelle Grundmann
- Le documentaire : Green, de Patrick Rouxel






30 janvier 2013

Le requiem des primates, de Nathalie Schwarz-Revol

Le requiem des primates
de Nathalie Schwarz-Revol
Témoignage

Pour la nouvelle année 2009, Nathalie a pris sa résolution. A 49 ans, cette femme mariée, mère de famille décide de vivre son rêve : partir en Afrique s'occuper d'animaux sauvages. La voilà devant l'occasion de se redécouvrir et de s'accomplir. Après avoir contacté au Congo-Brazzaville, une ONG s'occupant de chimpanzés, elle se lance dans l'aventure qui va peut-être donner un sens nouveau à son existence. Ce récit documenté et engagé nous interroge sur la relation que nous entretenons avec les autres espèces vivantes.

Entre le Congo et la France, la Normandie et la capitale, la jungle africaine et les musées parisiens, l'auteur nous plonge, oscillant sans cesse entre humour et gravité, dans l'univers passionnant des grands singes. Mais au travers de cette saisissante ode à la nature, c'est à un voyage à la redécouverte de l'humanité qu'elle nous convie.

[Les droits d'auteur seront reversés intégralement à Ikamapérou. Ikamapérou est une association française installée en Amazonie péruvienne depuis 1997. Cette association oeuvre en partenariat avec les populations locales pour la protection des habitats naturels et des primates menacés, comme les singes laineux et les singes araignées. Un programme de réintroduction en milieu sauvage est en cours.]

Le requiem des primates, Nathalie Schwarz-Revol, Editions Publibook, 2011, 200 pages

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Publibook
- Ce lien où vous pourrez feuilleter le livre
- Le site de l'association Ikamaperu
- Ma vie avec les chimpanzés, de Jane Goodall
- Le cri de l'espoir, de Jane Goodall
- L'école des chimpanzés, de Roger Fouts et Stephen Tukel Mills
- Nim, le chimpanzé qui croyait être un enfant
- Le documentaire Le projet Nim, réalisé par James Marsh
- Gorilles dans la brume, de Dian Fossey
- Bons baisers des bonobos, de Vanessa Woods

Au sommaire

- Bête à bon dieu
- Bonne année !
- Preuve d'amour
- Isaac Newton
- Le petit prince et la cantatrice
- Voyage
- Rat des villes, rat des champs
- La mort comme loisir
- Renoir, la fourrure et les médias
- Le temps qui passe
- Bienvenue en enfer !
- Un soir au musée
- Secrets de famille
- L'homme de ma vie
- Mon héros
- La reine africaine
- American stories
- Terre d'or
- Jeudi 11 février 2010 : le fantôme de l'opéra

Quelques photos extraites du livre



28 janvier 2013

Bons baisers des bonobos, de Vanessa Woods

Bons baisers des bonobos
Les aventures d'une primatologue au Congo
de Vanessa Woods

Imaginez un de vos cousins qui, en guise de bonjour, tend le sexe à la place de la main, organise des parties fines avec les voisins et laisse aux femmes la gestion des affaires du monde. Ce cousin n'est pas tout seul, il y en a toute une tribu : celle des bonobos, les primates les plus menacés et les plus affectueux qui soient. Une espèce aussi proche du chimpanzé par les gènes qu'éloignée de lui par les moeurs, et qui partage 98,7% de notre ADN. Mais d'eux on sait fort peu de chose.

L'été 2005, Vanessa Woods pose ses bagages dans un Congo dévasté par la guerre. Son fiancé, le primatologue Brian Hare, l'a parachutée dans un sanctuaire de bonobos, persuadé qu'il trouvera chez eux la réponse à la question qui l'obsède : en quoi consiste notre humanité ?

Vanessa et Brian vont vivre au milieu de ces primates pas comme les autres, les observer : pourquoi les bonobos sont-ils enclins à coopérer ? Pourquoi ont-ils recours au sexe pour atténuer leurs angoisses et régler leurs conflits quand les chimpanzés forment des sociétés dominées par les mâles, où la contrainte sexuelle, l'infanticide et les razzias sont monnaie courante ? Pourquoi un bébé bonobo hurle-t-il de terreur devant un hérisson en plastique rouge quand un bébé chimpanzé se l'approprie dare-dare ?

Il se trouve que les bonobos boudent les tests sauf s'ils sont menés par une femme... Et l'on assiste à la naissance d'une vocation : peu à peu, Vanessa la dilettante se mue en chercheuse passionnée. D'une plume espiègle et gouailleuse, elle nous raconte les amours d'Isiro "la danseuse" et de Mikeno "le penseur", les frotti-frotta de deux femelles qu'excite l'odeur de pomme verte, la dinguerie de Kikongo, qui secoue la tête à s'en décrocher le cerveau comme le batteur du Muppet Show, bondit en l'air, pieds joints, comme Gene Kelly, ou encore la mort déchirante du petit Bolombe. Et nous découvrons que. dans ce pays meurtri, l'homme et l'animal ont en commun un courage et une volonté de survivre extraordinaires.

Bons baisers des bonobos, Vanessa Woods, Traduction : Laurence Decréau, Editions Flammarion, 2011, 355 pages, avec plusieurs photos en couleurs

A propos de l'auteur

Vanessa Woods est chercheuse en primatologie à l'université Duke (Etats-Unis), membre du Groupe de recherche en psychologie des hominoïdés (Institut Max-Planck). Elle est également journaliste pour Discovery Channel, et a publié des articles dans BBC Wildlife, New Scientist, Travel Africa. En 2003, elle a remporté l'Australasian Science Award for Journalism.

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Flammarion
- Le site officiel de Vanessa Woods
- Sa page Youtube (nombreuses vidéos)
- Le documentaire Bonobos, réalisé par Alain Tixier
- Une tendresse sauvage, de Claudine André
- Lola ya bonobo, de Claudine André et Christine d'Hauthuille
- Bonobos : Le bonheur d'être singe, de Frans de Waal et Frans Lanting
- Le singe en nous, de Frans de Waal
- La maison des singes, de Sara Gruen

L'avis d'un lecteur
Source

Cherchez l'erreur

Une journaliste de trente ans raconte comment sa rencontre avec les bonobos a fait évoluer son regard sur le monde.

On peut trouver plusieurs bonnes raisons pour se lancer dans un livre, mais si ce qui vous intéresse avant tout est le style ou la façon dont l'auteur structure son récit, ne comptez pas sur Vanessa Woods, qui écrit plus ou moins comme ça lui vient, sautant du coq à l'âne, avec de temps en temps des blagues dignes d'une série télévisée. Il n'y a pas non plus énormément d'émotion, ni de suspense. Au bout du compte, si ce livre mérite l'attention, c'est surtout parce qu'il parvient à troubler notre vision de l'humanité. On a beau respecter les animaux, les insectes, les plantes et le vivant en général, nous, hommes, dominons à ce point le monde que nous ne pensons pas plus à notre supériorité qu'à l'action de respirer. Or, ce sont cette certitude et les droits qui en découlent, que ce livre ébranle.

Bonobos, chimpanzés et humains, qui ont un ancêtre commun, partagent plus de 98% de leur patrimoine génétique. Curieusement, les bonobos, présents uniquement au Congo, demeurent moins étudiés que les chimpanzés, alors qu'ils diffèrent radicalement, notamment dans les rapports sociaux : par exemple, un chimpanzé mis en présence d'un étranger tentera de le mettre en pièces, tandis qu'un bonobo ira plutôt lui caresser les organes génitaux, ce qui est quand même plus sympathique. Manque de bol, il semble que nous soyons plus chimpanzés que bonobos, hippies mis à part, alors comme d'habitude, ce sont les plus gentils qui prennent, et au sanctuaire Lola Ya Bonobo, on recueille de petits singes orphelins (leur maman tuée et mangée par des braconniers), aux doigts mutilés (à cause de leurs fameuses propriétés magiques), bref, complètement traumatisés.

Très instructif, agrémenté de plusieurs photographies, le livre de Vanessa Woods aborde aussi l'histoire du Congo, des guerres civiles, avec ses horreurs habituelles, d'une violence à vomir, mais surtout il nous parle de l'humanité des bonobos, d'autant plus évidente qu'elle côtoie la sauvagerie de leurs cousins.



27 janvier 2013

La maison des singes, de Sara Gruen

La maison des singes
de Sara Gruen

Roman

Sam, Bonzi, Lola, Mbongo, Jelani et Makena ne sont pas des singes ordinaires. D’une intelligence très proche de celle des humains, ils sont capables d’amour et peuvent communiquer en langage des signes. Ces six bonobos font l’objet d’études très poussées dans un laboratoire de Kansas City, dirigé par Isabel Duncan, une jeune chercheuse qui nourrit plus d’affinités pour les animaux que pour les êtres humains. Mais lorsque, à la suite d’une explosion, les grands singes se retrouvent en liberté, objets des plus basses convoitises, Isabel est prête à tout pour les sauver. Même à se compromettre avec un séduisant journaliste, un végétalien aux cheveux verts et une star du cinéma à la retraite…

Depuis toujours, Sara Gruen se passionne pour la condition animale. Son nouveau roman s’appuie sur de solides recherches : elle a étudié le langage des signes pour communiquer avec les bonobos du Great Ape Trust de Des Moines dans l’Iowa et passé plusieurs mois en leur compagnie. Ce roman,.tour à tour drôle et émouvant, est aussi palpitant qu’un thriller. Sara gruen est également l'auteur de "La leçon d’équitation", "Parcours sans faute", et "De l’eau pour les éléphants", best-seller international.

La maison des singes, Sara Gruen, Traduction : Valérie Malfoy, Editions Albin Michel, 2011, 368 pages

Pour en savoir plus

- Le site officiel de Sara Gruen
- Le site des éditions Albin Michel
- D'autres romans
- D'autres livres sur les bonobos
- Le blog Libr'Animo qui présente une sélection commentée de livres jeunesse s'intéressant aux relations humain/animal

L'avis de Libr'Animo
Cliquez sur ce lien pour découvrir son blog

Dans son laboratoire, la jeune chercheuse Isabel Duncan se passionne pour l'étude des facultés d'apprentissage des bonobos. Entre elle et eux se sont tissés des liens très fort. Cependant, des activistes de la condition animale critiquent par d'incessantes manifestations aux portes de l'établissement le bien-fondé de son travail. Lorsqu’Isabel, victime d'un attentat qui détruit le laboratoire et cause la disparition des singes, se retrouve à l'hôpital, leur responsabilité ne fait pas de doute. Deux journalistes, aux méthodes bien différentes, sont envoyés par leur rédaction pour rendre compte de ce drame. Bientôt, les singes font leur réapparition dans une émission de télé réalité. L'un des journalistes, John, en s'impliquant personnellement dans cette affaire, découvre finalement les véritables motivations du principal collaborateur, et fiancé, d'Isabel et les dessous d'un scandaleux trafic d'animaux. Le meneur des dangereux activistes, pour sa part, se révèle bien moins caricatural et beaucoup plus sensé que les apparences ne le laissaient croire. Finalement, Isabel pourra rétablir une relation de confiance avec ses amis bonobos dans un sanctuaire, entourée d'êtres humains sincères et réellement dévoués. On peut imaginer que l'adaptation des singes à la vie sauvage aurait été rendue impossible par leur intégration un environnement façonné par l'homme.

Sara Gruen, connue surtout pour son livre adapté au cinéma "De l'eau pour les éléphants" consacre son travail d'écrivain à la cause animale. "La maison des singes", mené sur un rythme soutenu, est une lecture facile et motivante. Les bonobos, souvent décrits comme les plus proches cousins de l'homme, aptes à l'acquisition d'une forme de langage, nous interrogent sur la nature de la barrière que les hommes établissent entre eux et les autres animaux.

Le sujet du livre évoquera sans doute à certains l'engagement de certaines primatologues, dont la célèbre Jane Goodall.

Sara Gruen, Kanzi et Panbanisha


Trailer


Sculpture/modelage d'un bonobo, inspiré du livre

26 janvier 2013

La montagne aux gorilles, d'Alain Surget

La montagne aux gorilles
d'Alain Surget

Roman junior

Une grande aventure

L'histoire se passe en Afrique, en République démocratique du Congo. Madé, jeune réfugiée Tutsi, découvre un trafic de mains de gorilles destinées à servir de cendriers. Elle sympathise avec Thomas Jones et devient ses yeux et ses oreilles. Une nuit passée chez les Pygmées, une marche éprouvante dans la forêt, une attaque de gorilles... pas si simple de poursuivre des trafiquants !

Un dossier animalier

Habitat, caractéristiques physiques, comportement, intelligence, nourriture, reproduction, point sur la situation des gorilles... des informations claires et concises pour découvrir la vie des gorilles.

La montagne aux gorilles, Alain Surget, Editions Calligram, 2011, 64 pages

A propos de l'auteur

Professeur d’histoire, à présent retraité, Alain Surget a une passion pour certaines périodes historiques comme l’Egypte antique, la Rome antique et le Moyen Age .Il aime également mettre en scène les animaux et les pirates. Il est l'auteur de nombreux ouvrages (romans, poésie, théâtre). Ses livres traduisent les rapports entre le monde moderne et les grandes forces ancestrales, la vengeance, le destin, les luttes des classes et de races, et surtout la lutte de l'homme avec la nature et la solitude.

25 janvier 2013

Mémoires de la jungle, de Tristan Garcia

Mémoires de la jungle
de Tristan Garcia

Roman

Le narrateur de ce roman, Doogie, est un jeune chimpanzé (Pan troglodytes troglodytes). Le sol du continent africain, dévasté par des guerres, des famines et une vague de pollution chimique, a été laissé expérimentalement en jachère. Partout ailleurs, l'espèce humaine s'est retranchée dans les villes et à l'intérieur de vastes stations orbitales. Un immense zoo près du lac Victoria accueille scientifiques et étudiants afin d'observer la faune préservée... C'est là que Doogie a été élevé, dans une famille de chercheurs, en compagnie de deux enfants : Donald et sa soeur, la bien-aimée Janet. Tout autour, à perte de vue, la jungle de jadis a repris ses droits.

Singe génial et attachant, Doogie a appris à parler - à l'aide du langage des signes, d'écrans tactiles et de lexigrammes - un dialecte baroque et rapiécé. Son récit commence alors que Doogie revient d'un long voyage en orbite. Après le naufrage de son vaisseau sur un rivage désertique de la côte africaine, le singe civilisé se retrouve seul, perdu dans la jungle. Pour rejoindre Janet et son foyer d'enfance, il devra affronter le monde sauvage, et se dépouiller peu à peu de sa "fidélité à l'humain", quitte à redevenir un animal...

Mémoires de la jungle, Tristan Garcia, Editions Gallimard, 2010, 368 pages

A propos de l'auteur

Découvert en 2008, Tristan Garcia est l'auteur d'un premier roman remarqué intitulé "La meilleure part des hommes". Refusé par cinq éditeurs mais accepté par les éditions Gallimard en 2008, il dessine dans ce roman une époque qu'il n'a pas connue mais qui le fascine : les années 1980, le sida et la naissance de l'activisme associatif. Il reçoit le prix de Flore à l'unanimité. Comme il aime les contre-pieds, son deuxième roman, "Mémoires de la jungle" fait parler un singe. Il puise son inspiration aussi bien dans les séries télé (sur lesquelles il est incollable) que dans le cinéma et la littérature américaine contemporaine. Ancien Normalien, Tristan Garcia est l'auteur d'une thèse en philosophie sur le thème de la représentation. Il est aussi l'auteur d'un essai sur la condition animale. En 2012, il s'essaie à la nouvelle avec "En l'absence de classement final", recueil sur un théme où on ne l'attendait pas non plus, le sport.

Pour en savoir plus

- Le site des éditions Gallimard
- Des avis de lecteurs

L'avis d'un lecteur
Source

Histoire d'un pauvre Pan troglodytes troglodytes deux fois

Vous aimez les langues vivantes ? Tant mieux ! Car il va vous falloir apprendre celle que Tristan Garcia a inventée pour raconter l'histoire de Doogie, un chimpanzé élevé dans une famille de chercheurs.
Inventer un langage n'est pas banal. Que le narrateur soit un singe l'est encore moins.
L'exploit dans tout ça, est que l'on en ressort bouleversé. Les plus sensibles auront de l'eau dans les yeux, quant aux autres, ils iront boire un coup pour oublier.

Ce livre est également disponible en format poche
Editions Folio, 2011, 384 pages


Une présentation audio du livre

24 janvier 2013

Le livre noir de l'agriculture, d'Isabelle Saporta

Le livre noir de l'agriculture
Comment on assassine nos paysans,
notre santé et l'environnement

d'Isabelle Saporta

Petit up de cette note pour signaler
la sortie de ce livre en format poche

Vous souvenez-vous des Shadoks, ces étranges oiseaux qui passaient leur vie à pomper, pomper, pomper et à inventer des machines toujours plus absurdes ? Les Shadoks, aujourd’hui, c’est nous, ou plutôt notre agriculture. Malgré son coût prohibitif, celle-ci ne respecte ni le pacte social qui la lie aux paysans, ni le pacte environnemental qui la lie aux générations futures, ni même le pacte de santé publique qui la lie à chacun de nous. Les ressources d’eau sont gaspillées, polluées. Nous recevons chaque jour dans nos assiettes notre dose de pesticides et autres résidus médicamenteux. L’agriculteur ne s’en sort plus, et il est injustement voué aux gémonies, lui qui n’est que le bouc émissaire d’un système qu’il subit. La confiance est rompue.

Pendant deux ans, Isabelle Saporta a parcouru les campagnes françaises. Dans cette enquête, elle met au jour l’absurdité du système, en le remontant de la fourche à la fourchette, du cours d’eau pollué aux cancers environnementaux provoqués par les pesticides, des animaux trop traités à l’antibiorésistance.

La conclusion semble s’imposer : puisque notre agriculture pose plus de problèmes qu’elle n’en résout, il est urgent de changer de cap et de revenir à davantage de raison. Mais si tout le monde s’accorde sur le constat d’échec, aucun responsable politique ne veut prendre le risque de s’attaquer aux fondements de l’agriculture intensive.

Loin de se contenter de brosser un tableau alarmiste, Isabelle Saporta avance des solutions simples. Pour les trouver, il suffit de savoir écouter ceux qui connaissaient le monde avant son délire productiviste. Ceux qui, aujourd’hui, travaillent d’arrache-pied à remettre les champs dans les sillons du bon sens paysan.

Le livre noir de l'agriculture, Isabelle Saporta, Editions Fayard, 2011, 252 pages

A propos de l'auteur

Isabelle Saporta est journaliste. Elle a longtemps préparé les émissions de Jean-Pierre Coffe sur France Inter. Elle est l’auteur de documentaires, dont Manger peut-il nuire à notre santé ? et collabore à Marianne.

Pour en savoir plus

- Des avis de lecteurs
- Manger peut-il nuire à la santé ? réalisé par Isabelle Saporta
- Ces animaux malades de l'homme, volet de l'émission Temps Présent
- Pesticides, de Fabrice Nicolino et François Veillerette
- Notre poison quotidien, réalisé par Marie-Monique Robin
- Le monde selon Monsanto, réalisé par Marie-Monique Robin

Au secours, notre agriculture est devenue folle !
Productivisme. Abus de pesticides, élevage intensif, irrigation mal gérée,
Isabelle Saporta dénonce ce système absurde.

Un article d'Audrey Levy, du site Le Point

Si Candide voyageait sur nos terres, il serait saisi d'effroi. Il chercherait les champs aux couleurs bigarrées, fleuris de colza, sorgho et autres petits pois, les veaux, vaches, cochons qui s'ébrouent sur la paille et gambadent en plein air, les boulangers qui pétrissent le pain... Il aurait beau chercher, il ne trouverait pas. Car, dans le monde de l'élevage intensif, les porcs, gavés aux hormones et aux antibiotiques et confinés sur caillebotis, dépriment dans leurs déjections ; les tomates sous perfusion chimique transpirent, onze mois sur douze, dans des usines à gaz ; les pommes de terre industrielles, parfaitement calibrées et dopées aux anti-germanitifs, sont stockées dans des frigos énergivores ; les champs de maïs, arrosés aux aides européennes, à l'irrigation intensive et aux pesticides interdits, prolifèrent comme des champignons. La liste est longue, le constat édifiant. "Notre agriculture coûte cher, le budget de la PAC atteint 57 milliards d'euros en 2010, soit 44 % du budget de l'Union ; elle est gourmande en pesticides, pollue nos cours d'eau, sacrifie les paysans et propose au consommateur des produits médiocres. Bref, la facture sociale, environnementale et en santé publique est astronomique", dénonce Isabelle Saporta, auteur du "Livre noir de l'agriculture", qui paraît cette semaine chez Fayard (1). Pendant deux ans, cette journaliste a sillonné la France, frappé à la porte des agriculteurs, des éleveurs, des industriels et des ingénieurs agronomes. "Je voulais mettre au jour les rouages qui nous ont poussés, tels des Shadoks, à faire toujours le mauvais choix en matière d'agriculture ou d'élevage." La faute aux paysans ? "Non. Ils ne sont que les boucs émissaires d'un système qu'ils subissent en première ligne." Isabelle Saporta verrait plutôt du côté des politiques et du productivisme à outrance. Mais il n'y a pas de fatalité. "Il suffirait souvent de revenir aux méthodes, pleines de bon sens, des anciens." En France, des petits agriculteurs ont relancé, ici, la culture du lin et du lupin, là, les vergers biologiques, créateurs d'emplois. Seulement voilà, "aucun responsable politique ne se risquerait à changer un système qui sert les intérêts des plus forts". Comprenez les industriels, les grandes coopératives, les laboratoires pharmaceutiques et la grande distribution. Alors, que faire ? "Consommateurs, révoltez-vous !"

Des extraits du livre

Attila le maïs

En France, les surfaces de maïs ont été multipliées par dix en soixante ans, passant de 300.000 hectares en 1939 à 3,15 millions d'hectares aujourd'hui. Et bien entendu les rendements ne cessent de croître eux aussi. En trente ans, ils ont doublé. La France produit chaque année 16 millions de tonnes de maïs. Et, cocorico, l'Hexagone est non seulement le premier pays producteur européen, mais surtout le premier exportateur de maïs en Europe. (...) Grâce au génie génétique de l'Inra, on a mis au point un maïs hybride (...) capable de pousser dans toute la France. (...) Le Conseil d'Etat est formel : si la culture du maïs est de loin la plus rentable, c'est parce qu'elle a été encouragée par le maintien partiel des aides à l'irrigation. Que font les pouvoirs publics en cas de sécheresse ? Le Fonds national de garantie des calamités agricoles (FNGCA) verse de l'argent aux agriculteurs sinistrés. En 2005, la somme s'élevait à près de 238 millions d'euros. En 2003, durant la sécheresse, elle a atteint 582 millions d'euros... quand les primes à l'irrigation étaient, cette même année, de 148 millions d'euros. On verse de l'argent pour irriguer, ce qui entraîne des restrictions d'eau, puis on paie pour aider les agriculteurs durant la sécheresse. (...) Le maïs n'est pas bon pour les quantités d'eau consommées, mais il n'est pas bon non plus pour la qualité de l'eau. La dernier rapport de la cellule d'orientation régionale pour la protection des eaux contre les pesticides en Bretagne énonce, dans un inventaire à la Prévert, la longue liste des herbicides versés sur le maïs et retrouvés dans l'eau : diméthénamide, acétochlore, métolachlore et, plus curieux, alachlore et atrazine, pourtant tous deux interdits.

Patate chimique

Pour maintenir le rendement, toutes les patates doivent être arrachées le même jour. La seule solution : l'herbicide. Même pour les Rolls des pommes de terre, les jolies primeurs. Pourquoi ? Le défanage chimique, on fait ça pour endurcir la peau de la pomme de terre primeur. Qui du coup va supporter d'être lavée. (...) On est donc obligé de défaner chimiquement les pommes de terre parce que le consommateur, notamment parisien, n'achètera pas de patates qui ne soient parfaitement lavées et rutilantes. Absurde. D'autant que la patate lavée se conserve bien moins longtemps que sa consoeur terreuse.

La tomate de Kafka

Chaleur, humidité, pas assez de soleil, ça fait peu pousser les tomates à contre-saison et en Bretagne, mais ça fait également pousser les champignons... C'est ainsi qu'on réussit l'exploit de créer des maladies dont ne souffre presque jamais la tomate quand elle est cultivée en pleine terre et en saison. Qu'à cela ne tienne (...) Pour pouvoir cultiver des tomates en hiver, sous des serres surchauffées, et éviter des champignons, on va gaver les plantes d'azote, qui pollue pourtant déjà largement nos nappes phréatiques. (...) Que répondent les sélectionneurs quand des scientifiques leur apportent la preuve que des tomates cultivées sous serre en hiver n'ont plus aucun intérêt nutritionnel ? Qu'il faudrait revenir à la raison et faire pousser les fruits en saison ? Non, ce serait trop simple. La conclusion des industriels est claire : il faut de toute urgence trouver une tomate enrichie avec tous les éléments qu'elle aura perdus en étant cultivée à contre-saison ! Bref, la solution vient de la super-tomate super-enrichie en vitamine C et en lycopène.

Une vie de cochon

Trois mois, trois semaines et trois jours plus tard, les porcelets naissent. Tous le même jour ? Oui, par le miracle des injections d'oestrogènes. Ainsi que des piqûres d'ocytocine grâce auxquelles les contractions et les montées de lait se déclenchent comme par magie. Pour ne pas freiner la cadence, on leur donne une bonne dose de spasmolytique et de vasoconstricteur. Mais cela ne dispense pas de la fouille. Car, désormais, les portées comptent 18 à 19 porcelets. (...) 19 porcelets? Mais une truie n'a que 10 tétines ! Bienheureusement, le génie génétique est passé par là, et la femelle en aligne fièrement entre 14 et 16... (...) Pour s'assurer que les précieuses tétines ne s'infectent pas, on donne préventivement aux truies une bonne dose d'antibiotiques et d'anti-inflammatoires. Pas de temps à perdre avec des mammites (inflammations des mamelles).

De l'azote pour faire du blé

Le blé meunier est rémunéré à sa teneur en protéines. Du coup, pour qu'il pousse vite et surtout pour qu'il soit bien chargé en protéines, les agriculteurs chargent la mule avec de l'azote (...). Problème : quand on répand trop d'azote au pied du plant de blé, il verse, tombe par terre, car la tige, trop haute, ne supporte pas la charge de grains, et la récolte en pâtit. Mais que faire alors ? Réduire les doses d'azote, peut-être ? Mauvaise idée : cela risquerait de diminuer les rendements et les teneurs en protéines. Heureusement, l'imagination fertile des fabricants de produits phytosanitaires a trouvé la solution. Les raccourcisseurs : des produits chimiques qui fonctionnent comme des hormones et rendent le plant de blé nain. En gros, on peut asperger le plant de blé d'azote puisque, grâce au miracle des raccourcisseurs, il ne grandira pas.

Le pot belge

Le cocktail détonant, le pot belge des animaux d'élevage hors sol, c'est un mélange de maïs, riche en énergie, et de soja, riche en protéines. Rien de tel pour faire grandir les bêtes dans des espaces réduits à la vitesse de l'éclair. (...) On a fait couler, à tort, beaucoup d'encre sur les pets des vaches. En réalité, le problème résiderait plutôt dans les rots de ces ruminants, qui contribueraient, l'air de rien, à 18 % des émissions de gaz à effet de serre. Il faut dire qu'à force de lui faire ingurgiter du maïs fermenté, la pauvre bête pète et rote comme un soudard.

Ce livre est maintenant disponible en format poche
Editions J'ai Lu, janvier 2013


Vidéos

L'émission "C à dire !" avec Isabelle Saporta


Isabelle Saporta chez Ruquier pour "On n'est pas couché" (en 2 parties)



Isabelle Saporta : "Le scandale de la viande de cheval au centre d'un système pourri"


No steak, d'Aymeric Caron

No steak
d'Aymeric Caron

Bientôt, nous ne mangerons plus de viande. Nous cesserons définitivement de tuer des êtres vivants - 60 milliards d’animaux chaque année - pour nous nourrir.

D’abord parce que notre planète nous l’ordonne : en 2050 nous serons près de 10 milliards, et nos ressources en terres et en eau seront insuffisantes pour que le régime carné continue à progresser.

Mais au-delà des raisons économiques et écologiques, le passage au végétarisme va faire partie d’une nouvelle phase de notre évolution. La science nous prouve en effet un peu plus chaque jour que, contrairement à ce que nous avons longtemps prétendu, les animaux que nous exploitons sont des êtres sensibles, intelligents et sociaux. Dès lors, avons-nous encore le droit de les manger ? Le développement de l’éthique animale nous oblige aujourd’hui à reconsidérer nos devoirs vis-à-vis des autres espèces.

Aymeric Caron a mené l’enquête pour décrire, avec verve et humour, tous les aspects de notre étrange rapport à la viande. Pourquoi les chats et les chiens ont-ils un palace qui leur est dédié au Canada alors qu’en Chine ils peuvent finir au fond d’une casserole ? Pourquoi avons-nous choisi de manger en priorité des cochons, des poulets et des boeufs ? Comment ces animaux de consommation sont-ils produits ? Pourquoi Bill Clinton, Carl Lewis et Bryan Adams ont-ils décidé d’arrêter la viande ? Les végétariens vivent-ils vraiment plus longtemps que les carnivores ? Comment peut-on remplacer les protéines animales ?

Lui-même végétarien depuis plus de vingt ans, Aymeric Caron nous fait partager son expérience. Se gardant de tout prosélytisme et refusant les catéchismes de tout bord, il nous explique de manière limpide pourquoi, un jour, la viande disparaîtra.

No steak, Aymeric Caron, Editions Fayard, janvier 2013, 360 pages

A propos de l'auteur

Aymeric Caron est journaliste. Il a été grand reporter, a travaillé à Canal + et Europe 1. Depuis septembre 2012, il fait partie de l’équipe d’On n’est pas couché, animée par Laurent Ruquier sur France 2.

Pour en savoir plus

- Le site d'Aymeric Caron
- Le site des Editions Fayard
- L'excellent documentaire : Ces animaux malades de l'homme
- Ces bêtes qu'on abat, de Jean-Luc Daub
- Bidoche, de Fabrice Nicolino
- Halal à tous les étals, de Michel Turin
- Le cochon qui chantait à la lune, de Jeffrey Moussaieff Masson
- Le site de l'association L214
- Vegan, pour un monde meilleur

Au sommaire

- Avant-propos : L'angoissante tristesse du végétarien
- Le Rien et le Lien : Infos pratiques pour la route
- Combien de végétariens dans le monde ?
Raison n°1 : Parce que la viande détruit la planète
- Deux végétariens dans les airs
- Le Québec et les animaux
- Les nouveaux mangeurs de viande
- La viande contribue à la faim dans le monde
- Viande, calories et déforestation
- 1 kilo de viande = une année de douche
- La viande accentue le réchauffement climatique
Raison n°2 : Parce que nous sommes incohérents avec les animaux
- Menus plaisirs pour chiens et chats
- Chiens et chats sans plaisir au menu
- Phobies et folies
- Salma l'entomophage
- Amours vaches, chiennes ou cochonnes : tout et son contraire
- Tout ce qui a quatre pieds, sauf les tables
- Aimer l'agneau ou les agneaux ?
- Domestique ? De compagnie ? Apprivoisé ?
- La gueule du maître
- Nos premiers amis sont des animaux
Raison n°3 : Parce que l'on n'assume pas la mort de l'animal que l'on mange
- Pas de mort à table
- Une page de pub
- La production industrielle remplace l'élevage
- Comment vivent les animaux que l'on mange ?
- Comment meurent les animaux que l'on mange ?
- Meurtre à distance
- Le jour où j'ai arrêté de manger de la viande
Raison n°4 : Parce que l'amour de la viande est culturel, pas naturel
- Végétariophobie : le racisme de l'assiette
- L'homme est-il programmé pour manger de la viande ?
- Des recettes qui divisent le monde
- Le camembert, le tofu et les oeufs qui puent
- Le goût et le dégoût
- Je remplis ma panse donc je suis
- On ne mange pas seulement pour se nourrir
- L'attachement symbolique à la viande
- La France, bonne élève de l'éducation à la viande
- La viande, un gouffre financier pour le contribuable
- Le ski, la fourrure et les Amérindiens
- L'homme aurait-il dû rester cannibale ?
- Antibiotiques, bactéries, farines animales, etc.
Raison n°5 : Parce que nous n'avons pas besoin de viande pour vivre
- Végétarisme, sport et sexe
- Moins je mange de viande, plus je vis vieux
- La viande tue deux fois
- Plus de protéines dans le soja que dans la viande
- Anne-Marie Roy, diététicienne sans viande
- Fabriquer de la viande... sans animaux
- Le plaisir de manger végétarien
Raison n°6 : Parce que les animaux que nous mangeons nous ressemblent
- "Ce n'est que des bêtes"
- L'illusion du propre de l'homme
- Le vernis de la culture pour cacher notre animalité
- Empathie
- Mettre les poules sur un divan
- L'animal est une personne intelligente
- Pourquoi l'homme a inventé l'animal
- Douleur et souffrance
- Les animaux que nous mangeons sont-ils moins sensibles que les autres ?
Raison n°7 : Parce que la morale nous commande d'arrêter la viande
- "La viande est un meurtre"
- Maltraiter un animal est (parfois) illégal
- L'animal, un bien auquel on fait du mal
- JBJV, le spécialiste français de l'éthique animale
-. Quel genre de philosophe êtes-vous ?
- Peter Singer, Tom Regan, Gary Francione
- Quels droits pour les animaux ?
- Défendre les animaux ou les hommes ?
- Mon éthique personnelle ?
- L'émergence du mouvement végan : de Bill Clinton à James Cameron
- Les végés étaient fermés de l'intérieur
Raison n°8 : Parce que le végétarisme est moderne depuis des millénaires
- Les Indiens Jaïns et Bishnoïs, peuples végétariens
- Le cheval de Nietzsche, le chien de Kundera et celui de Schopenhauer
- Adam et Eve étaient pourtant végétariens
- "Cela crie mais cela ne sent pas !" : l'héritage de Descartes
- Michel Onfray, intellectuellement végétarien
- Le théorème sans viande de Pythagore
- De Plutarque à Hubert Reeves : vingt siècles de végétarisme
- Conclusion
- Remerciements
- Notes

Un extrait du chapitre :
Le jour où j'ai arrêté de manger de la viande

../.. Nous sommes tous plus ou moins des saints Thomas qui ne croyons que ce que nous voyons. L'image sert à croire, mais elle sert surtout à comprendre. Il a fallu que la télévision nationale canadienne Radio-Canada, en 1964, diffuse des images très dures pour que la chasse au phoque soulève l'indignation. On y voyait un chasseur dépecer un bébé phoque, celui-ci étant encore vivant tandis que le couteau le transperçait et l'ouvrait de part en part.
Moi-même, je suis définitivement devenu végétarien un soir, aux alentours de minuit, en regardant des images. J'avais 21 ans et j'étais étudiant en école de journalisme. Le processus qui allait faire de moi un végétarien était déjà enclenché depuis longtemps, et ma consommation de viande avait déjà largement diminué. Au début de l'adolescence, j'avais décrété que je ne mangerais plus de viande d'animal jeune. Il me paraissait inutilement cruel de supprimer une vie à peine commencée au prétexte que le goût de la viande en est meilleur. J'ai donc cessé de manger de l'agneau et du veau.
Quelques années plus tard, je prolongeais mon raisonnement : pourquoi ôter la vie à des animaux de petite taille, dont la chair ne peut nourrir que très peu d'estomacs humains ? Quitte à tuer un être sensible pour satisfaire notre appétit, faisons au moins en sorte que ce sacrifice soit utile à un maximum de personnes, comme c'est le cas quand on exécute un boeuf ou un porc ! Je décidai alors de supprimer de mon alimentation les plus petites espèces, tels les lapins ou les oiseaux. J'en vins logiquement à bannir aussi de mes achats les morceaux de poulet. Je n'étais pourtant pas encore tout à fait tranquille. J'avais pleinement conscience du contenu réel de mon assiette et la viande me plaisait de moins en moins. Son goût et sa substance me devenaient presque désagréables. Le sang s'écoulant du bout de chair réchauffé à la poêle commençait à m'indisposer. J'étais par ailleurs de moins en moins à l'aise avec mes propres contradictions : alors que j'emmenais mes chiens chez le vétérinaire au moindre bobo, je fermais les yeux sur la souffrance des animaux d'élevage que je consentais encore à consommer. Mes proches, pour lesquels le végétarisme s'apparentait à cette époque à une secte étrange, me rassuraient en affirmant que les abattoirs n'en étaient plus au temps où l'on massacrait les animaux à la massue. Ils soutenaient que les bêtes étaient aujourd'hui tuées sans douleur. Et, sans chercher beaucoup plus loin, par facilité sans doute, j'acceptais de les croire. Cette assurance d'une "mort paisible" me permettait d'endormir quelque peu ma conscience.
Et puis, une nuit, je suis tombé sur un reportage dans le journal de France 2. Une vidéo tournée clandestinement dans un abattoir. Elle montrait comment les animaux sont traités lorsqu'ils sortent des camions qui les amènent à la mort. On y voyait entre autres une vache vivante suspendue par une patte au moyen de je ne sais plus quel engin, puis lâchée violemment sur le sol quelques mètres plus bas. Elle agonisait ensuite, secouée de spasmes. Une autre, visiblement blessée, ne pouvait pas se tenir debout et était frappée avec un bâton par un salopard en blouse. D'autres scènes similaires témoignaient des souffrances infligées à des bêtes apeurées quelques instants avant leur mort. C'était donc cela, nos abattoirs exemplaires ? C'était cela, la fin de vie des animaux d'élevage ? Mais alors, le reste de leur existence devait être à l'avenant !
Alors que l'écoeurement me gagnait devant ma télé, me revint aussi en tête l'image de ces camions régulièrement croisés sur l'autoroute, remplis de cochons entassés, cherchant un peu d'air à travers les grilles de leur cage roulante. Ces chargements qui m'avaient toujours indisposé, et dont je tentais immédiatement de chasser le souvenir après les avoir dépassés.
Beaucoup d'omnivores deviennent végétariens après avoir été confrontés à une réalité qu'ils découvrent dans un document vidéo. Ces preuves par l'image ont longtemps circulé dans les seuls milieux associatifs, mais Internet permet aujourd'hui davoir un accès facile à des centaines de films qui témoignent de la vérité de l'exploitation animale. Il est de plus en plus difficile d'affirmer : "Je ne pouvais pas le savoir." Aujourd'hui, deux ou trois clics suffisent.
Ce jour-là, devant ma télévision, à cet instant précis, je décidai que plus jamais je ne mangerais de viande. Et si j'avais su plus tôt, si j'avais vu plus tot, j'aurais arrêté plus tôt. Mais, comme un cancer qui nous ronge ou une femme qui nous trompe, a-t-on vraiment envie de savoir ? A-t-on envie de dire adieu à une tranquillité certes illusoire, mais confortable ? (fin du chapitre)

D'autres extraits
Source

Une vie de poule

Pratiquement chaque être humain sur terre a une poule pondeuse qui travaille pour lui, puisque au total on en dénombre 5 milliards (...) La France utilise 46 millions de poules pondeuses par an. Près de 80% d'entre elles sont élevées de manière industrielle, en batterie. Ces poules pondeuses vivent entassées à plusieurs dans ces cages alignées à l'intérieur de hangars qui contiennent jusqu'à 100.000 oiseaux. Dans sa cage de batterie, chaque poule européenne disposait jusqu'en 2012 d'un espace correspondant à une feuille A4 (550cm2). Désormais, elle bénéficie officiellement d'un espace supplémentaire équivalant à... un Post-it ! (...) Les poules vivent dans des conditions de stress et de détresse psychologique et physique qui génèrent de la violence, et même du cannibalisme (...) A cause de cela, il est fréquent qu'on leur coupe le bec (sans anesthésie, bien sûr) avec une lame chauffante peu de temps après leur naissance, ce qui, outre la souffrance immédiate, occasionne une excroissance qui les handicape ensuite pour manger.

Les poules vivent dans le noir (les hangars n'ont pas de fenêtres), mais des lumières électriques sont allumées régulièrement pour stimuler artificiellement la ponte, ce qui permet d'obtenir environ 300 oeufs en une année, soit deux fois plus que les races d'il y a cinquante ans. (...) Au bout d'un an, la poule finit comme bouillon cube, viande pour chiens et chats ou dans des raviolis.

Une industrie sous perfusion

Le marché de la viande tient largement grâce aux subventions. Subventions de l'Europe en premier lieu. L'association L214, qui lutte en France contre les souffrances infligées aux animaux d'élevage, révèle que le montant des aides de l'Union européenne aux productions animales s'élevait en 2009 à plus de 3 milliards d'euros. (...) L'Europe subventionne aussi les campagnes de promotion de la viande : ainsi, en 2008, le Centre d'information des viandes a décroché une aide de près de 900.000 euros sur trois ans. Et puis il y a les subventions nationales. Toujours selon L214, en 2008, la filière cunicole (les élevages de lapins) a bénéficié de 1 million d'euros. En 2009, les producteurs laitiers se sont vu attribuer une aide exceptionnelle de 15.000 euros par exploitation. (...) Selon l'OCDE, la pollution des eaux aux nitrates et aux pesticides coûte entre 1 et 1,5 milliard d'euros à la France chaque année. Payés par le contribuable.

Vive le steak de soja !

Pas de viande = pas de protéines. Voilà une idée reçue qu'il faut démentir une bonne fois pour toutes. D'ailleurs, l'aliment qui fournit le plus de protéines n'est pas d'origine animale : il s'agit du soja. Il en contient environ 40%, soit deux fois plus que la viande (de 15 à 20%). D'autres légumineuses sont des sources importantes de protéines : les haricots secs, les lentilles et les pois chiches (autour de 20%), ou encore l'arachide (près de 30%). En ce qui concerne les céréales, on compte entre 10 et 15% de protéines dans le riz, le blé, l'orge, le millet, le seigle, le sarrasin, l'avoine, le quinoa, le maïs, le Kamut et l'épeautre. On en trouve environ 25% dans le germe de blé (...) Les graines oléagineuses telles que les graines de lin, de sésame, de tournesol et de pavot contiennent environ 20% de protéines. Les épinards, les brocolis ou les algues sont également particulièrement riches en protéines. (...) Dernier argument des ardents défenseurs de la viande : la vitamine B12, qui sert à la formation des globules rouges dans le sang, ne se trouve quasiment pas dans les plantes. Serait-ce enfin la preuve qu'on ne peut se passer de viande ? Eh bien, non. Car la B12 est présente dans le lait et dans les oeufs.

Le mythe de la mort douce

Depuis 1964, la loi française oblige à étourdir les animaux de boucherie avant la saignée, et ce pour deux raisons : réduire la douleur de l'animal au moment de la mise à mort et assurer la sécurité du personnel. L'étourdissement se pratique soit à l'aide d'un matador (un pistolet qui perfore le crâne jusqu'à la cervelle), soit par électronarcose (la tête est plongée dans un bac rempli d'un électrolyte - c'est la méthode utilisée pour les volailles), soit par administration d'une décharge électrique derrière la tête, soit par gazage.

L'étourdissement doit garantir que l'animal est inconscient lorsqu'il est tué. Mais, dans les faits, les choses ne se passent pas toujours ainsi. (...) Fréquemment, le courant utilisé pour l'étourdissement par décharge électrique n'est pas suffisamment fort, ou les pinces sont mal placées sur la tête de l'animal. Il faut donc recommencer l'opération, ce qui occasionne une douleur supplémentaire. Pour l'électronarcose, les volailles sont suspendues par les pattes afin que leur tête soit plongée dans un bain électrifié. Mais, souvent, l'animal relève la tête, échappant à l'anesthésie, ou bien se débat au moment où il est accroché par les pattes : ses ailes touchent alors l'eau électrisée, ce qui lui vaut une violente décharge électrique, sans l'endormir pour autant. Parfois encore, le temps entre l'étourdissement et l'égorgement est trop long et l'animal reprend conscience. L'étourdissement n'est donc pas une garantie de mort tranquille.

"Pourquoi on ne mangera plus de viande"
Entretien avec Aymeric Caron
Propos recueillis par Alexandre Le Drollec
Source

Aymeric Caron publie “No Steak” (Fayard). Le chroniqueur de "On n’est pas couché", lui-même végétarien, prédit l’avènement du végétarisme universel dans un futur proche.

Ecrire "No Steak" semble vous avoir libéré d’un poids.

Ce n’est pas un coming out mais, oui, j’avais des choses à dire sur ce que j’éprouve depuis vingt ans que je suis végétarien. J’ai souvent dû faire face à des sarcasmes à cause de ce régime alimentaire qui, aux yeux de beaucoup, paraît bien particulier. Pendant des années, je n’ai pas souhaité me justifier. Mais quand on est végétarien, on doit forcément expliquer pourquoi. Aujourd’hui, j’en parle très librement.

Comment êtes-vous devenu végétarien ?

Ca s’est fait sur une dizaine d’années. J’ai d’abord réalisé que l’homme avait un problème dans ses rapports avec les animaux : précautionneux avec les animaux de compagnie, tout l’inverse avec les autres. J’ai un temps été bercé par l’illusion que les animaux mangés étaient bien traités. Mais un jour, j’ai vu un reportage sur la réalité des abattoirs. J’ai basculé "dans l’autre monde".

“Le végétarien est chiant”, écrivez-vous. Vous êtes chiant ?

Oui, le végétarien est chiant. Il ennuie tout le monde. Il est celui qui, à table, quand il est invité, créé un problème. Le végétarien est aussi celui qui remet en cause les certitudes des autres. Il force le non-végétarien à s’interroger. Donc il est chiant. Et puis si on ne mange pas de viande, c’est qu’on n’aime pas les plaisirs de la chair. Le végétarien est morne, triste, chiant.

“L’animal est une personne intelligente”, écrivez-vous. C’est une conviction ?

Je m’appuie sur des travaux de scientifiques qui ont étudié le comportement des éléphants, des dauphins ou des rats. Ce sont des faits. Je fais là mon métier de journaliste. Quand j’ai couvert les conflits en Irak ou en Afghanistan, de la même manière, je m’appuyais sur des faits. Ce ne sont pas des convictions sorties de nulle part.

Vous vous défendez de tout prosélytisme. Le parti pris est pourtant là.

J’apporte des informations. Maintenant, le livre s’appelle “No Steak”. Donc, évidemment, le parti pris est d’expliquer pourquoi on ne mangera plus de viande et pourquoi je suis partisan du fait qu’on n’en mange plus. Je l’assume. Ce serait hypocrite de dire le contraire.

Vous avez été grand reporter : en Irak, au Kosovo, en Afghanistan. Le terrain ne vous manque pas ?

Ce sont des terrains qui abiment. On est toujours dans l’intranquillité. Une intranquillité liée à l’endroit d’où l’on revient, et à l’endroit où on va partir. Aujourd’hui, j’ai gagné en sérénité.

Vous avez rejoint “On n’est pas couché” en septembre. Comment vivez-vous votre nouvelle médiatisation ?

Je n’y pense pas vraiment, même si j’ai bien conscience que cette émission a changé quelque chose dans ma vie. Ca a été une chance. “On n’est pas couché” est l’un des rares espaces de liberté pour les journalistes, et pour la pensée en général. On y est moins formatés et plus libres que dans d’autres émissions dites plus journalistiques.

Ca a été facile de trouver le ton juste ?

Je suis arrivé dans une émission qui obéit à une mécanique que tout le monde connait. Natacha Polony avait déjà ses marques, pas moi. J’ai dû essayer de trouver ma place. Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre l’émission de l’intérieur. Donc oui, il y a eu des choses à régler et des ajustements à trouver. Au niveau de la rythmique, de la tonalité et du bon moment pour intervenir.

Quels sont vos projets ?

Faire de "No Steak" un documentaire. Avec une équipe, on travaille d’ores et déjà sur un synopsis.

Avec la sortie du livre, le chroniqueur va désormais être chroniqué ?

Et c’est bien normal. Je suis très heureux d’être chroniqué, d’être critiqué même. A partir du moment où mon rôle consiste à proposer une lecture critique du travail des autres, il est tout à fait normal que mon travail soit, lui aussi, soumis au feu des critiques. Je suis prêt à jouer le jeu à 100%. Ca va peut-être permettre à certaines personnes de se défouler. Qu’elles ne s’en privent pas surtout !