19 décembre 2012

Les Saints et les Animaux, d'Henri Bourgeois

Les Saints et les Animaux
d'Henri Bourgeois

Les belles histoires, souvent oubliées, du secours providentiel et miraculeux des animaux dans la vie des saints : La perdrix de Saint Jean l’évangéliste. Saint Patrice, son faon et sa biche apprivoisés. Saint Benoît nourrissant un corbeau. Le petit poisson de Saint Corentin. Le chien de Saint Roch…

Un ouvrage qui nous rappelle combien il est nécessaire de respecter toute la création. Une invitation à la douceur et à l'amour bienveillant envers tous ces animaux qui vivent autour de nous. Que serait la vie sur terre sans eux ?

Environ 120 histoires qui émerveilleront les petits comme les grands.

Les Saints et les Animaux, Henri Bourgeois, Editions Bénédictines, 2008, 228 pages

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Bénédictines
- Des Saints et des bêtes, de Françoise Bouchard
- L'église et l'animal, d'Eric Baratay
- Les animaux, nos humbles frères, de Jean Gaillard
- Horizon de lumière, du Père Jean Martin
- L'âme des animaux, de Jean Prieur
- Requiem pour un nouveau monde, de Maud Fauvel

Un extrait du livre
La perdrix apprivoisée de Saint Jean l’évangéliste
par Henri Bourgeois, prêtre


La première des légendes sur les animaux que nous offre l’ère chrétienne, est celle de Saint Jean l’évangéliste, et il va sans dire qu’elle est tout en faveur de la bonté et des égards que nous devons à nos frères inférieurs. Le disciple bien-aimé, demeuré le modèle par excellence de la douceur, était tout naturellement désigné pour être le premier protecteur des créatures du bon Dieu.

Un jour que le saint rentrait d’une de ses longues courses apostoliques, il rencontra sur son chemin une perdrix blessée. La pauvre petite bête, à moitié morte de froid, traînait péniblement l’aile et semblait implorer la pitié de l’apôtre. Un indifférent eût passé sans prendre garde à l’infortunée. Combien même, plus cruels encore, se fussent empressés de profiter de cette aubaine pour achever l’oiseau et lui faire prendre le chemin de la cuisine ! Saint Jean, lui, n’était ni indifférent, ni cruel : touché de compassion, il prit doucement la petite blessée, la mit dans son sein, la réchauffa et l’emporta chez lui, où, après avoir pansé de son mieux ses blessures, il lui donna à manger.

La perdrix, bientôt guérie, devint tout de suite apprivoisée et se prit d’une grande affection pour son sauveur. Saint Jean, de son côté, aimait beaucoup sa petite compagne. Lorsqu’il rentrait de ses courses, la perdrix s’empressait de venir au-devant de lui et le comblait de caresses, que le saint lui rendait à son tour. C’était avec sa perdrix que le doux apôtre, lorsqu’il avait bien travaillé, bien prié, aimait à prendre ses récréations, lui donnant à manger dans sa main et prenant plaisir à la voir voleter autour de lui. Lorsqu’elle mourut, il la pleura, et ce fut pendant longtemps un grand chagrin pour lui de ne plus trouver à ses côtés la mignonne petite bête à laquelle il s’était attaché.

La tradition ne nous a point conservé d’autre souvenir des relations entre Saint Jean l’évangéliste et les animaux, mais ce touchant exemple nous permet de supposer que, s’il avait sa petite préférée, le disciple bien-aimé devait être également bon et affectueux pour tous les autres animaux. On aime à se le figurer, de longs siècles avant François d’Assise, apprivoisant, caressant et réunissant autour de lui les petites bêtes de la création, et mettant en pratique les paroles de son divin Maître, auquel il avait entendu dire que le bon Dieu a soin de pourvoir lui-même à la nourriture des petits oiseaux !

Quoi qu’il en soit, sachons tirer un enseignement pratique de l’histoire de la petite perdrix du bon Saint Jean. Au lieu d’imiter ces orgueilleux et ces cruels, qui traitent de fausse sensiblerie l’affection pour les bêtes et accablent ces dernières de mauvais traitements, apprenons, à l’exemple du grand apôtre, qu’on peut parfaitement allier la charité envers le prochain, laquelle passe avant tout, bien entendu, avec certains égards pour les animaux, qui sont des créatures du bon Dieu, destinées par lui à être nos auxiliaires, mais nullement nos victimes. Certes, personne ne serait tenté d’accuser Saint Jean d’avoir manqué aux devoirs de la charité envers ses semblables, lui qui fut l’apôtre de la charité par excellence ! Et cependant cet apôtre de la charité aimait et caressait sa petite perdrix ! Bien avant la Société protectrice des animaux et M. de Grammont, il avait compris que les habitudes de cruauté envers les bêtes sont une mauvaise préparation aux devoirs de charité envers le prochain, et il avait proclamé et mis en pratique à l’avance ce beau précepte de Montaigne "que nous debvons la justice aux hommes et la grâce et la bénignité aux aultres créatures"

Un extrait de la note du Département Fonds ancien
Relations entre les saints et les animaux

L’ouvrage d’Henri Bourgeois intitulé "Les saints et les animaux" (Editions de la Taillanderie, 1987) montre bien, dans sa préface, comment les relations des saints avec les animaux sont liés au merveilleux chrétien. Celui-ci a été mis en place au Moyen-Age à travers des hagiographies ou des légendes populaires dont on trouvera un bon exemple dans la "Légende dorée" de Jacques de Voragine.

On ne peut citer tous les saints, mais en voici quelques exemples :
- la perdrix apprivoisée par Saint Jean l’évangéliste
- Saint Paul, nourri par un corbeau dans le désert
- Saint Antoine, guérissant une truie
- Saint Blaise, soignant et guérissant les bêtes féroces
- Saint Gérasime et son fidèle lion Jourdain
- Saint Martin et les oiseaux (le martin-pêcheur)
- Saint Benoit, nourrissant un corbeau
- Saint Isidore et les oiseaux
- Saint Gilles, protégeant une biche
- les saints "bergers" et leurs moutons (Solange, Thorette et Germaine)
- Saint Hubert et Saint Eustache, convertis par l’apparition d’un cerf
- Saint Antoine de Padoue, prêchant aux poissons
- Saint Norbert, protecteur des loups
- l’âne obéissant de Saint François de Paule
- Saint François de Sales, demandant la grâce d’un chevreuil
- Saint Roch et son chien qui le soigne et lui apporte du pain
- le lièvre servant de guide à la bienheureuse Oringa
- Saint Joseph de Copertino, protégeant et sauvant les lièvres
- Benoit Cottolengo et ses serins
etc.

Il s’agit souvent de protection mutuelle, soit les saints protègent, soignent, ou guérissent des animaux (divers), soit les animaux se mettent au service des saints (aide, nourriture et… conversion). Vous trouverez bien d’autres cas de relations de saints avec les animaux, ainsi que les légendes ou anecdotes, qui s'y rattachent dans l'ouvrage ci-dessus (qui est en fait la réédition d’un ouvrage paru en 1898 chez Desclée de Brouwer) consultable à la Bibliothèque municipale de Lyon sous la cote [K18396]. ../..

18 décembre 2012

Des Saints et des bêtes, de Françoise Bouchard

Des Saints et des bêtes
Merveilleuses histoires vraies d'animaux
de Françoise Bouchard
illustrations de Catherine Carré

La chatte de Sainte Claire avait des talents de couturière : qu'un morceau d'étoffe traîne à terre et elle le rapportait délicatement à sa maîtresse. François-Xavier pleurait son précieux crucifix emporté par les flots tumultueux de la mer : un crabe-sauveteur le lui ramène, serré entre ses pinces. Au désert, deux lions croque-morts accourent tout rugissants et crinière au vent... mais les fauves se font caressants comme des agneaux auprès de Saint Antoine... Et ce n'est pas tout ! Venez voir encore le loup laboureur attelé à la charrue de Saint Hervé, et l'ours de Saint Florent devenu berger, et la truite de François revenue à la vie... Que d'histoires merveilleuses ! Amis de Dieu, amis des hommes, les saints sont aussi de grands amis des bêtes : à fourrures, à écailles, à becs, à griffes, à nageoires ou à plumes, elles ont su leur rendre cette amitié de mille et une manières délicates et fort surprenantes. Ouvrez ce livre charmant et entrez dans l'enchantement du Paradis terrestre, comme au temps où l'homme et l'animal vivaient en parfaite harmonie.

Des Saints et des bêtes, Françoise Bouchard, Illustrations : Catherine Carré, Editions Résiac, 1996, 96 pages

Au sommaire

- La chatte de Sainte Claire
- Saint François-Xavier et le crabe
- La mule ressuscitée par Saint Gérard Majella
- Les moineaux de Sainte Thècle de Maurienne
- Saint Pavage et le serpent
- Saint Roch de Montpellier et son chien
- Saint Florent et l'ours devenu berger
- Sainte Marthe et la Tarasque
- La colombe de Saint Front
- Les oiseaux de Saint Isidore

Pour en savoir plus

- L'église et l'animal, d'Eric Baratay
- Les animaux, nos humbles frères, de Jean Gaillard
- Horizon de lumière, du Père Jean Martin
- L'âme des animaux, de Jean Prieur
- Requiem pour un nouveau monde, de Maud Fauvel

Saint François-Xavier et le crabe
par Françoise Bouchard

Saint-François Xavier était missionnaire. Pour aller évangéliser les Indes, il navigua pendant de longs mois, à travers les océans, avec quelques compagnons. Au cours d’un voyage, s’éleva une tempête si violente, que les marins eux-mêmes en furent effrayés :
“On va couler !” “Sauve qui peut !”
“Mon Dieu, ayez pitié de nous”.
Leurs cris de détresse étaient couverts par le tumulte des flots. C’est alors que le saint tira de sa soutane un petit crucifix qu’il portait toujours sur son coeur. Et s’étant baissé au bord du navire, il le plongea dans la mer en furie, mais le vénérable objet lui échappa de la main et fut emporté par une lame. A cet instant, la tempête s’apaisa.
“Mais c’est un saint, dirent les marins, il nous a sauvés !”
“Si j’étais un saint, leur répondit-il, j’aurais tenu plus précautionneusement ma croix et je l’aurais encore ! Je suis un pauvre malheureux ! Jamais je ne me consolerai de cette perte !”.
Après ces émotions, la nuit tomba sur une mer calmée, et tous prirent un peu de repos. Au petit matin, le bateau aborda dans une 11e. Ayant mis pied à terre, le groupe de missionnaires longea la grève en direction du bourg, pour rencontrer les indigènes. Personne ne parlait. Le visage de François exprimait une profonde tristesse. II répétait souvent : “Mon Dieu, que je suis malheureux ! Que je suis malheureux !”
Soudain, le silence fut rompu par un bruit étrange. Tous se retournèrent.
Que virent-ils ?...
Dans la mer tout près de la rive, un énorme crabe portait entre ses pinces, le crucifix que le saint avait laissé tomber la veille au fond de l’eau. Le tourteau avança sur le sable, vint droit à lui, et s’arrêta à ses pieds. Saint François se mit à genoux, saisit avec empressement l’objet si cher à son coeur qu’il embrassa respectueusement, et bénit l’animal qui s’en retourna à la mer.
“Mes frères, dit-il, prions ensemble le Seigneur d’avoir accompli un miracle si incroyable !”.
Et les voix des prêtres se mêlèrent au bruit des flots.

17 décembre 2012

L'église et l'animal, d'Eric Baratay

L'église et l'animal
France, XVIIe-XXe siècle
d'Eric Baratay

Le pape Jean-Paul II appelait récemment au respect des animaux. Or la prise en compte de la nature et notamment du monde animal est un phénomène récent. Le discours de l'Eglise catholique permet de retracer cette évolution des mentalités et des comportements, et d'en construire une histoire.

Il s'avère que la transformation des sensibilités, depuis un XVIIe siècle encore empreint des conceptions médiévales, fut marquée par de brusques évolutions, des glissements insensibles, des permanences et des reflux. On peut en effet discerner quatre manières successives d'appréhender l'animal. D'abord considéré comme proche de l'homme et missionnaire de Dieu (1600-1670), ensuite ravalé au rang de machine, puis rejeté hors du domaine religieux (1670-1830), il est en partie réhabilité (1830-1940) avant de faire l'objet d'approches contradictoires (1940-1990). Derrière ces pulsations se dessinent deux tendances profondes. La première, qui court depuis la fin du XVIIe siècle, désacralise l'animal et contribue à la rupture entre l'homme et la nature. La seconde, du XIXe siècle à nos jours, se caractérise au contraire par une valorisation croissante de cette nature et du monde animal.

Cette histoire permet une lecture nouvelle des phénomènes religieux (la Réforme catholique du XVIIe siècle représente la contribution cléricale au mouvement naissant de libération vis-à-vis des contingences naturelles), tout en révélant les évolutions des sensibilités à propos de la relation à Dieu, de la place de l'homme dans la création et de sa compréhension des autres.

Voici un ouvrage novateur, et d'une grande actualité.

L'église et l'animal, France, XVIIe-XXe siècle, Eric Baratay, Editions du Cerf, 1996, 386 pages

A propos de l'auteur

Eric Baratay, professeur à l'université de Lyon, est spécialiste de l'histoire des relations hommes-animaux. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment : "La Corrida" (PUF, 1995), "Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident, XVIe-XXe siècle" (La Découverte, 1998), "La société des animaux : De la Révolution à la Libération" (La Martinière, 2008), repris sous le titre "Bêtes de somme : Des animaux au service des hommes" (Seuil, 2011), "L'Eglise et l’Animal, France, XVIIe-XXe siècle" (Cerf, 1996), "Et l’homme créa l’animal : Histoire d’une condition" (Odile Jacob, 2003), "L’Animal en politique" (codirection, L’Harmattan, 2003).

Pour en savoir plus

- Le site des Editions du Cerf
- L'article : Zoologie et Eglise catholique dans la France du XVIIIe siècle (1670-1840) : une science au service de Dieu, d'Eric Baratay (pdf, 25 pages)
- L'article : La souffrance animale, face masquée de la protection aux XIXe-XXe siècles, d'Eric Baratay (pdf, 20 pages)
- La société des animaux, d'Eric Baratay
- Le point de vue animal, d'Eric Baratay
- Théologie animale, d'Andrew Linzey
- Les animaux, nos humbles frères, de Jean Gaillard
- Horizon de lumière, du Père Jean Martin
- L'âme des animaux, de Jean Prieur
- Requiem pour un nouveau monde, de Maud Fauvel

La note de lecture de Claude Prudhomme
Source

L'ouvrage reprend l'essentiel de la thèse soutenue par Éric Baratay à Lyon en 1990. Il s'impose d'emblée par l'originalité du propos et une ambition qui tend à devenir exceptionnelle dans le cadre de la nouvelle thèse. Il s'agit en effet de suivre dans un temps long l'évolution des discours tenus en France par l'Église catholique, ou plus exactement par la communauté des clercs. Mobilisant les ressources de la littérature cléricale sous toutes ses formes - écrits doctrinaux, catéchismes, ouvrages édifiants, spiritualité ou statuts synodaux -, l'auteur nous entraîne dans un voyage au cœur de l'histoire des sensibilités et des comportements tels que les restituent les sources imprimées. Conscient d'écarter ainsi la voix des plus modestes et du plus grand nombre, il s'efforce de corriger l'inévitable déséquilibre par des incursions régulières dans l'iconographie des églises et des ouvrages religieux pour saisir une réalité plus quotidienne et mesurer l'efficacité du discours.

La recherche ainsi délimitée aboutit à un vaste panorama critique qui se défend d'être une histoire de la naissance du sentiment moderne. Refusant d'entrée cette vision positiviste, Éric Baratay préfère parler d'évolutions complexes faites de flux et de reflux. Il dégage quatre grandes périodes "aux frontières mouvantes". La première (v.1600-v.1670) présente l'animal comme un intermédiaire entre l'homme et Dieu. Proche mais différent de l'homme, l'animal a une place stable et bien définie dans la création. Tour à tour créature faite pour l'homme, ce qui justifie de le tuer, trace et signe de Dieu, et la symbolique animale est omniprésente, ou encore modèle et exemple pour l'homme, et l'animal est appelé à la rescousse pour fonder les démonstrations morales et alimenter les controverses théologiques.

Avec la seconde période (v.1670-v.1830), un regard nouveau s'impose qui marque une rupture dans laquelle l'auteur voit pour l'essentiel l'influence de la Réforme catholique et des théories cartésiennes. L'animal est désormais dévalorisé et la frontière avec l'humanité devient fossé. Réduit à l'état de machine, incapable de sentir et de ressentir quoi que ce soit, a fortiori d'accéder à une forme de connaissance, l'animal perd son rôle d'exemplum et se voit expulsé hors du domaine réservé au sacré. Diffusé par la société cléricale urbaine soucieuse d'imposer une nouvelle rationalité, ce modèle n'a cependant pas triomphé partout et des résistances sont perceptibles tant au sein du clergé que des fidèles, en particulier dans les provinces les plus attachées à la défense de leurs traditions face aux innovations.

La troisième partie souligne dès son titre que cette histoire n'a rien de linéaire. On assiste en effet, entre 1830 et 1940, à une véritable réhabilitation de l'animal. Il retrouve sa place sur l'échelle des créatures, et l'immense majorité des sources s'accorde pour lui reconnaître une âme. Mais le débat scientifique autour du transformisme ou de l'évolutionnisme bouleverse la vision ancienne de la nature. L'animal ne peut plus être seulement pensé comme familier. Il se révèle aussi un parent, puis un ancêtre. Écartelé entre la vision héritée de la période précédente et cette volonté de réintégrer l'animal dans la création divine, le clergé se divise ou négocie des compromis. Le recours au langage symbolique évite de se prononcer dans le débat scientifique qui rapproche l'animal de l'homme mais en sapant les représentations bibliques de la création. Une minorité de clercs va jusqu'à prôner une version catholique de la zoophilie, mais la majorité joue habilement des rituels pour maintenir une distance entre l'homme et l'animal.

C'est cette distinction entre un modèle dominant et sa contestation qui serait la caractéristique, depuis 1940, de la quatrième période. Le détachement de la nature contribue selon Éric Baratay à faire sortir l'animal de la religion au profit d'un anthropocentrisme renforcé. Par ailleurs le débat autour de l'animal vérifie l'éclatement des discours. Face à une doctrine sociale qui privilégie la relation horizontale entre les hommes, des laïcs s'efforcent de construire une théologie de l'animal fondée sur le respect de la vie et la communauté de destin. Et le vent de l'écologie, surtout puissant dans le monde protestant, souffle aussi sur le discours pontifical qui associe désormais la recherche de la paix avec Dieu à celle de la paix avec toute la création (1990).

Parvenu au terme de la démonstration, le lecteur ne peut qu'admirer la capacité d'Éric Baratay à embrasser de vastes horizons et à dégager des lignes de force qui donnent une incontestable cohérence à la masse des faits observés. Il est aussi mieux à même de percevoir de nouvelles dimensions dans cette recomposition du religieux que les sociologues ont mis en évidence. Le rapport de l'homme à tous les êtres vivants est bien en train de se modifier, obligeant l'Église catholique à adapter son discours et, par exemple, à réactiver la tradition franciscaine à l'image de Jean-Paul II. Faut-il pour autant suivre l'auteur dans toutes ses interprétations ? Ce n'est pas la prétention d'une telle étude. Mais si l'argumentation convainc d'une manière inégale, si les liens établis appellent souvent à discussion (ainsi sur l'action de la Réforme catholique ou de la doctrine sociale pour imposer un anthropocentrisme qui évacue l'animal), cet ouvrage est véritablement novateur par les champs qu'il ouvre à l'histoire religieuse du catholicisme. Il s'achève sur une interrogation forte autour du nouveau rapport qui s'établit dans nos sociétés industrielles entre l'homme et l'animal. L'hypothèse selon laquelle le développement de la zoophilie s'inscrit dans un mouvement pluri-séculaire de reconnaissance de l'autre, mouvement qui caractériserait la société occidentale depuis les Lumières, nous paraît optimiste et céder à un positivisme que l'auteur récuse par ailleurs avec des arguments convaincants. Il reste que cette thèse montre clairement comment l'interprétation doit pénétrer à l'intérieur d'une logique interne, qui est d'abord commandée ici par la croyance en un Dieu créateur et incarné, mais aussi replacer en permanence le discours religieux dans un environnement social qui tend à éloigner l'homme de la nature, et dans un débat scientifique qui modèle la vision du monde créé.

16 décembre 2012

La société des animaux, d'Eric Baratay

La société des animaux
De la Révolution à la Libération
d'Eric Baratay

Un album inattendu sur les relations entre les hommes et les animaux.

De la fin du XVIIIe siècle aux années 1950, le nombre d’animaux dans les villes et campagnes de France augmente de façon considérable : les chevaux tirent les calèches ou travaillent à la mine, les vaches sont traites dans les rues, les concours agricoles fleurissent, la consommation de viande et de lait se banalise et l’élevage s’intensifie. C’est alors toute une civilisation qui se met à l’heure des bêtes, vivant au plus près du monde animal adapté aux nouveaux besoins des hommes.

Eric Baratay, spécialiste de l’histoire des animaux, signe ici un ouvrage original, illustré par une iconographie passionnante, qui retrace cet aspect méconnu de nos rapports avec les bêtes.

La société des animaux : De la Révolution à la Libération, Eric Baratay, Editions de la Martinière, 2008, 192 pages

A propos de l'auteur

Eric Baratay, professeur à l'université de Lyon, est spécialiste de l'histoire des relations hommes-animaux. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment : "La Corrida" (PUF, 1995), "Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident, XVIe-XXe siècle" (La Découverte, 1998), "La société des animaux : De la Révolution à la Libération" (La Martinière, 2008), repris sous le titre "Bêtes de somme : Des animaux au service des hommes" (Seuil, 2011), "L'Eglise et l’Animal, France, XVIIe-XXe siècle" (Cerf, 1996), "Et l’homme créa l’animal : Histoire d’une condition" (Odile Jacob, 2003), "L’Animal en politique" (codirection, L’Harmattan, 2003).

Au sommaire

Préface
L’apogée d’une présence
1. Un foisonnement d’animaux
L’enrôlement d’un prolétaire
- La mobilisation des bestiaux
- L’essor des transports attelés
- Le temps des équipages
- L’appel au chien, travailleur fidèle
- Des chevaux aux chiens : tous au front !
- Des bêtes sacrifiées
La réquisition d’un fournisseur
- Lait et viande se démocratisent
- Encore plus de laine, de fourrure et de cuir
- Des dépouilles à recycler
Une mobilisation pour divertir
- L’essor des ménageries exotiques
- Du chien au coq : le goût des combats
- L’introduction de la corrida
- La folie de l’équitation
- A plume ou à poil ? L’essor du compagnon
2. L’adaptation aux désirs
L’invention des races modernes
- Des notables contre « la routine »
- Du croisement à la sélection interne
- Comices, concours et écoles agricoles
- Du pur-sang au charolais : des animaux transformés
La fabrication de machines
- Toujours plus grand, toujours plus lourd, toujours plus productif
- Soigner et nourrir, mais pas trop
- L’invention de l’élevage industriel
3. Un nouveau paysage
Le bétail aux champs !
- Le crépuscule des parcours
- Un blanc manteau d’étables
- Le triomphe des prés
Des sabots pleins les rues
- L’incessant défilé des troupeaux
- De l’étal à la tannerie : l’exhibition des cadavres
- Naissance de l’embouteillage
Une vie parmi les bêtes
- L’intime promiscuité
- Odeurs, cris et bruits
- Nouvel espace, nouveau temps
4. Le chamboulement social
Se distinguer par l’animal
- La gloire de posséder
- Le besoin de parader
- Le plaisir du portrait
L’éclatement des attitudes
- Une violence quotidienne
- L’attention à l’animal familier
- L’humanisation du compagnon
Des conflits pleins les pattes
- Passions d’élevage
- Querelles urbaines
- Combats protectionnistes
Conclusion
De la civilisation des bêtes
aux bêtes des familles (1950-2008)
- Quand le moteur remplace la bête
- L’éloignement du bétail
- Un nouveau cheptel : l’animal de compagnie
Annexes
- Cahier des caricatures
- Citations
- Bibliographie récente
- Crédits photographiques
- Remerciements

Pour en savoir plus

- Le site des Editions de la Martinière (avec un aperçu des photos intérieures)
- La note de lecture de la LFDA
- Le point de vue animal, d'Eric Baratay
- Les animaux ont une histoire, de Robert Delort
- Livre en ligne : Nos cruautés envers les animaux, au détriment de l'hygiène, de la fortune publique et de la morale, du Dr Henry Blatin (1867)

Un aperçu du livre
Pour voir ces images en grand format,
visitez le site des Editions de la Martinière







D'autres extraits
Source




La société des animaux : De la Révolution à la Libération, a été repris sous le titre
Bêtes de somme : Des animaux au service des hommes
Editions du Seuil, 2011, 144 pages

15 décembre 2012

Le point de vue animal, d'Eric Baratay

Le point de vue animal
Une autre version de l'histoire
d'Eric Baratay

Le chien est le meilleur ami de l'homme mais l'homme est-il son meilleur ami ? Rien n'est moins sûr, si l'on en juge par les traitements parfois infligés et, dans un autre domaine, la place médiocre que l'histoire et la philosophie réservent habituellement aux animaux.

A travers l'exemple des taureaux de corrida, des chevaux de mine ou encore des vaches laitières, Eric Baratay cherche à rendre la parole, ou à défaut leur histoire, aux animaux. Les constituer en sujets, voire acteurs de l'histoire, tel est le défi à relever.

Renouvelant l'étude traditionnelle de leurs représentations, il propose une histoire des cultures animales qui ne soit plus anthropocentrée. Il s'agit désormais en effet de se pencher sur la construction du sujet animal, de prendre au sérieux "l'expérience vécue", notamment la souffrance et la violence qu'il subit, mais aussi la connivence et la complicité qui peuvent le lier à l'homme.

C'est afin de mieux rendre compte de l'histoire globale du sujet animal que l'auteur retrace alors l'incessante adaptation des espèces et des individus aux conditions naturelles et humaines.

Se fondant sur l'éthologie, la biologie, la zoologie et la psychologie, il parvient à démontrer que l'étude de ce sujet autonome se situe au croisement des sciences naturelles et humaines, passage obligé pour l'historien s'il désire "entrevoir d'autres mondes que le sien".

Le point de vue animal : Une autre version de l'histoire, Eric Baratay, Editions du Seuil, 2012, 400 pages

A propos de l'auteur

Eric Baratay, professeur à l'université de Lyon, est spécialiste de l'histoire des relations hommes-animaux. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment : "La Corrida" (PUF, 1995), "Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident, XVIe-XXe siècle" (La Découverte, 1998), "La société des animaux : De la Révolution à la Libération" (La Martinière, 2008), repris sous le titre "Bêtes de somme : Des animaux au service des hommes" (Seuil, 2011), "L'Eglise et l’Animal, France, XVIIe-XXe siècle" (Cerf, 1996), "Et l’homme créa l’animal : Histoire d’une condition" (Odile Jacob, 2003), "L’Animal en politique" (codirection, L’Harmattan, 2003).

Au sommaire

Elargir l'histoire humaine
Première partie : Ecrire une histoire décentrée
1. Les succès de l'histoire humaine des animaux
2. La méfiance envers l'histoire animale
3. Le choix d'histoires vécues
- Productrices de l'essor agricole : les vaches laitières
- Ouvriers de la révolution industrielle : les chevaux de mine et d'omnibus
- Enrôlés dans les guerres : les animaux dans les tranchées
- Membres de la famille moderne : les chiens de compagnie
- Faire-valoir du développement des loisirs : les taureaux de corrida
4. Faire l'histoire d'un autre
- L'animal acteur
- Une notion élargie de l'histoire
- L'autre de l'homme
- Lire les sources autrement
- S'emparer des sciences de la nature
- Mener une histoire expérimentale
Deuxième partie : D'incessantes métamorphoses
5. A la recherche des bons caractères
6. L'uniformisation par les races
7. La variation des allures
Troisième partie : Des vies de prolétaires
8. Travaux de force
- Adaptation ou refus
- Des efforts surchevalins
- Collaboration et résistance
- Une vie rassurante ou éprouvante
- De l'usure à la réforme
9. Fabrication à la chaîne
- Une conversion forcée
- La spécialisation à la ferme
- L'enfermement en ville
- O.S. en atelier
Quatrième partie : Le fardeau des violences
10. Des souffre-douleur
11. Des objets pressurés
12. D'autres chairs à canon
- Le massacre des otages
- L'usure des chiens
- L'hécatombe des chevaux
13. Des jouets de spectacle
- Le stress des arènes
- Le choc des piques et des banderilles
- L'épuisement à la cape
- Mort dans l'après-midi
Cinquième partie : La chaleur des connivences
14. Complicités individuelles
15. Charités bien ordonnées
16. Douceurs familiales
- D'autres chiens au XIXe siècle
- ... et d'autres vies
- Presque tous compagnons depuis le milieu du XXe siècle
- Un confort croissant
- Une plus forte relation
- Du chien adolescent...
- ... au chien âgé
Sixième partie : Retour à l'homme
17. Une histoire commune de chair, d'émotions, d' "échanges"
- Survivre au front avec les bêtes
- Quand le compagnon s'en va
18. Débats et conflits
19. Adaptations, transformations
20. Reconnaissance et repentance
21. L'entrelacement hommes-animaux
Reconnaître un sujet à part entière
Bibliographie

Pour en savoir plus

- Les éditions du Seuil
- Ce lien pour feuilleter le livre
- Ce lien pour lire les 22 premières pages
- Livre en ligne : Nos cruautés envers les animaux, au détriment de l'hygiène, de la fortune publique et de la morale, du Dr Henry Blatin (1867)
- Les animaux ont une histoire, de Robert Delort
- Histoire humaine des animaux de l'Antiquité à nos jours, de Janick Auberger et Peter Keating
- Les animaux de l'Histoire, de Valérie de Lore
- Les animaux-soldats, de Martin Monestier
- Les animaux célèbres, de Martin Monestier
- En vidéo : Les animaux de l'Empire Romain
- En vidéo : Les animaux de l'Egypte ancienne

L'introduction du livre

L'Histoire, celle bâtie par les sociétés humaines, est toujours racontée comme une aventure qui ne concerne que l'homme. Pourtant, les animaux ont participé et participent encore abondamment à de grands événements ou à de lents phénomènes de civilisation, qu'ils soient chevaux et chiens de guerre, équidés voués à servir dans les transports, bétail attaché à la production, animaux de compagnie, faire-valoir dans les loisirs, du cheval de course au taureau de corrida, etc.

Leurs manières de vivre, de sentir, de réagir à cette Histoire sont quelquefois effleurées, jamais étudiées comme telles. Même la récente Histoire des animaux, que les historiens édifient depuis plus de vingt ans, se focalise sur les représentations, les dires, les gestes des hommes sur les bêtes, leurs répercussions sociales, mais guère sur les vécus animaux : elle édifie ainsi une Histoire humaine des animaux, non une Histoire animale. Comme s'il n'y avait d'Histoire intéressante que celle de l'homme, c'est-à-dire de soi. Comme s'il existait en nous une difficulté à s'intéresser au vécu d'êtres vivants qu'on met à contribution, mais qu'on traite en objets ou en scories de l'Histoire sans plus s'en soucier.

Or le versant animal de l'Histoire est lui aussi épique, contrasté, tourmenté, souvent violent, parfois apaisé, quelquefois comique. Il est fait de chair et de sang, de sensations et d'émotions, de peur, de douleur et de plaisir, de violences subies et de connivences. Il rejaillit directement sur les hommes, au point de structurer de plus en plus l'Histoire humaine. Ainsi, loin de s'avérer anecdotique et secondaire, il mérite amplement l'attention des historiens soucieux d'une Histoire multiple.

Il faut donc arracher l'Histoire à une vision anthropocentrée, regarder ces comparses de l'homme, ces autres vivants que sont les bêtes, passer de leur côté, regarder de leur point de vue en retournant les interrogations, en cherchant des documents plus prolixes ou en lisant les autres autrement, en décentrant le récit. On pourra alors montrer comment les bêtes ont vécu et ressenti les phénomènes historiques dans lesquels elles ont été entraînées, comment elles ont réagi et même forcé les hommes à changer d'attitude.

Evoquer cet autre versant de l'Histoire sert à réévaluer un véritable acteur, souvent majeur, trop longtemps occulté, à comprendre du coup nombre d'attitudes humaines (protestations, conflits, adaptations...) qu'on ne perçoit pas ou qu'on n'analyse pas correctement sans cela, à répondre enfin à une demande croissante du public qui, des journalistes aux auditeurs en passant par les lecteurs ou les assistants aux conférences, soulève maintenant sans cesse la question de l'expérience vécue des bêtes. Et il revient aux historiens de leur répondre.

14 décembre 2012

Les animaux ont une histoire, de Robert Delort

Les animaux ont une histoire
de Robert Delort

Zoologie historique, c'est à dire une histoire des espèces prises comme point central de repère, d'éclairage et d'analyse pour évoquer leurs relations avec les hommes mais aussi leurs évolutions biologiques, comportementales, géographiques, de même que leurs relations avec les autres espèces animales, en montrant les interactions entre les divers intervenants d'un milieu, les capacités d'initiative et d'adaptation de l'espèce étudiée et les influences sur les autres espèces, dont les hommes.

Pendant un bon milliard d'années, les bêtes se sont passées des humains. En revanche, dès son apparition sur Terre, l'homme n'a jamais pu vivre sans les bêtes, dont il fut d'abord la victime, du pou au fauve qui l'attaquaient. Les événements connurent les retournements que l'on sait, avec des excès dont s'alarment les écologistes. Les animaux ont donc une histoire qui leur est propre, à laquelle s'ajoute une histoire malgré, contre et avec les hommes. Elle touche non seulement à la zoologie, mais encore à tous les domaines de nos civilisations, à toutes les connaissances - des plus empiriques à l'aventure spatiale qui traîne derrière elle chiens, souris et abeilles. Elle concerne les sciences exactes comme les textes sacrés, la littérature, les contes seigneuriaux, les traités de chasse et de pêche, les livres de cuisine, les manuels vétérinaires, l'histoire de l'art, le folklore, la publicité, la bande dessinée, et jusqu'à notre langage le plus courant qui fourmille de références animalières.

Les animaux ont une histoire, Robert Delort, Editions du Seuil, 1993, 503 pages

L'avis de Gaëtane Guillo

Ils sont tout à la fois "nos pères, nos frères, nos enfants, nos dieux, nos maîtres, nos esclaves". Les relations entre les animaux et les hommes, qu'elles prennent la forme du parasitisme, de la prédation ou de la domestication ont toujours été très étroites. L'auteur les aborde à partir de sources très variées, archéologiques et écrites. Il ne s'en tient cependant pas à cette seule approche classique mais étudie les animaux pour eux-mêmes : ceux qui au fil des millénaires sont apparus, ont disparu, ceux qui se sont modifiés. Il évoque plus précisément le cas du chat, de l'abeille, du criquet, du moustique dont il fait une étude monographique et diachronique.

A travers cette oeuvre très originale qui se présente en 4 parties (Pour une histoire des animaux - Les invertébrés - Les vertébrés sauvages - Les vertébrés domestiques), Robert Delort plaide pour une histoire qui ne soit pas exclusivement anthropocentrique mais qui prenne pour objet tous les phénomènes évolutifs de la vie. A lire cet ouvrage, on conçoit tout l'intérêt d'élargir le champ de la discipline.

Au sommaire

Partie I - Pour une histoire des animaux
Les animaux des siècles passés - Leur connaissance et leur étude
1. Les méthodes d'archéozoologie ou de paléontologie
2. Les témoignages humains : écrits et documents d'archives
3. Les textes didactiques : zoohistoire et histoire de la zoologie
4. L'émail des récits et le message des textes
5. Images et imaginaire
Histoire des animaux et histoire des hommes
1. Les animaux avant l'homme ou sans l'homme
2. La bête et l'homme. Prédation et parasitisme
3. L'exploitation des animaux
4. Surveiller, apprivoiser ou domestiquer
5. L'homme et l'animal
Partie II - Les invertébrés : Des protozoaires aux céphalopodes
- Le moustique
- Le criquet
- L'abeille
Partie III - Les vertébrés sauvages
- De la lamproie au gorille
- Le hareng
- Le loup
- L'éléphant
Partie IV - Les vertébrés domestiques
- La domestication : volaille, ovins, bovins
- Le lapin
- Le chat
- Le chien
Annexes :
- Chronologie des glaciations et changements climatiques
- Bibliographie
- Index

Pour en savoir plus

- La note de lecture de Catherine Millet
- Histoire humaine des animaux de l'Antiquité à nos jours, de Janick Auberger et Peter Keating
- Les animaux de l'Histoire, de Valérie de Lore
- Les animaux qui ont une histoire, de Michel de Decker
- Animalement vôtre : Procès d'animaux, Histoires d'hommes, de Chantal Knecht
- Qui sont les animaux ? Sous la direction de Jean Birnbaum

Entretien avec Robert Delort
Médiéviste et historien des relations entre l’homme et l’animal
Source : Le site Transboréal

Tous les enfants aiment les animaux ; le jeune Robert Delort ne faisait pas exception ; seulement, devenu adulte, il a transformé cette affection en domaine d’étude historique. Des animaux, depuis l’insecte jusqu’au mastodonte, il connaît toute l’histoire, passée et présente, liée ou non à celle des hommes. Pourtant, c’est en tant que germaniste qu’il quitte son lycée de Toulouse pour entrer à l’École normale supérieure. Un goût pour les langues qui ne se démentira pas : en sus de l’allemand, qu’il étudie pendant un an à Hambourg, il sait, outre le latin et le grec, le russe et l’italien. Polyglotte, Robert Delort est animé par des désirs de voyage, qu’il assouvit d’abord pendant son service militaire comme officier de marine, puis lors de son séjour à l’École française de Rome, enfin au long de sa carrière universitaire, comme professeur invité aux quatre coins du monde : Canada, Russie, Allemagne, Belgique, Suisse, Tunisie… Après une thèse à l’École pratique des hautes études en 1960, c’est à la Sorbonne qu’il soutient en 1975 sa thèse d’État, sur le commerce des fourrures au Moyen Âge. Il débute sa carrière de spécialiste d’histoire médiévale comme assistant dans la vieille institution du Quartier latin, et la poursuit comme professeur aux universités de Paris VIII puis de Genève. L’originalité du regard que ce chaleureux père de six enfants porte sur le règne animal vient de ce que l’historien s’enrichit en lui du scientifique – agrégé d’histoire, il est aussi titulaire d’une licence de sciences –, ce qui lui permet de se situer à la croisée de plusieurs disciplines. C’est aussi ce qui rend sa pensée aussi riche que séduisante, qui combine anecdotes, concepts, histoire des représentations et connaissance du vivant.

Pourquoi, en tant qu’historien, s’intéresser à l’« histoire des animaux » ? Quelle est la nature de cette histoire ?

Je désirerais préciser la définition de l’histoire qui n’est plus exactement celle qu’Aristote entendait, quand il traitait de l’« histoire des animaux ». L’histoire est certes une recherche, mais qui concerne les objets ou les phénomènes variant dans le temps. L’objet de cette recherche peut être, pour bien des historiens, seulement l’homme, mais pour d’autres, l’univers, la terre, les planètes… Il y a une histoire du climat, des océans, des plantes, et elle commence bien avant l’apparition de l’homme sur la terre. Dans ces conditions, pourquoi ne pas s’intéresser à l’histoire des animaux et de leur devenir dans l’espace dont ils font partie, dans leur environnement propre et, également, dans notre environnement, pour l’excellente raison que toute histoire est écrite par des hommes pour être exposée à d’autres hommes et que c’est à partir de ses connaissances que l’esprit humain conçoit une telle recherche, y déploie ses qualités intellectuelles et y met en évidence ses intérêts généraux ou particuliers. Peu d’animaux semblent avoir conscience de leur propre histoire (au sens humain du terme) sur plus d’une génération, malgré quelques indices que l’on peut repérer chez les éléphants, les loups, les cétacés, etc. dans les contacts qu’ils ont entre eux. De toute manière, seul l’homme peut tenter de la formuler.
La zoohistoire se concentre donc sur le devenir des animaux dans le temps et l’espace tels que les hommes les définissent, et elle se fonde sur les documents laissés à leur sagacité : vestiges corporels, momies, ossements, poils, griffes, dents, coquilles, graisse et tout ce qui est accessible à l’étude de l’ADN mitochondrial ou autre. Il y a également les restes de repas, les traces laissées dans la terre, sur des arbres ou des parois, les gîtes ou les antres plus ou moins aménagés ou les habitats construits (nids, fourmilières, termitières), sans compter les espèces encore vivantes comme les fameux cœlacanthes, voire les crocodiles ou les nautiles, fossiles vivants. Aucune de ces études n’est possible sans l’aide de la zoologie et de ses connaissances ou méthodes contemporaines, qui peuvent permettre d’atteindre une partie de l’histoire d’un animal à partir de son état actuel mais aussi à partir des restes retrouvés (archéozoologie). L’histoire de la zoologie retrace comment les hommes, au cours des siècles passés, ont précisé les modes d’approche de la nature de ces animaux et ont établi les rapports de l’homme avec eux, depuis les premières civilisations, avant même l’Égypte, la Mésopotamie, les pays de l’Indus ou de l’Extrême-Orient… Cette histoire de la zoologie est donc un des nombreux chapitres de la zoohistoire. Et il ne faudrait pas oublier que c’est la zoologie qui a établi dans les sociétés occidentales le primat de l’histoire avec Lamarck, Darwin, Haeckel. Au demeurant, l’histoire des animaux présente un intérêt considérable dans la mesure où elle permet de mieux aborder, d’élargir, d’expliquer en partie celle de la « bête humaine » dans toutes ses manifestations, du développement de sa pensée jusqu’aux modifications, parfois fondamentales, de ce qu’Edward Suess a appelé « la face de la terre ».

Y a-t-il des espèces sur lesquelles les hommes n’ont pas eu d’influence pendant des siècles ?

L’homme n’a eu aucune influence et n’a aucune influence directe sur l’immense majorité des espèces, dont il ignore encore peut-être la plupart, si on évoque les seuls insectes ou micro-organismes. On a encore découvert, il y a peu, dans les profondeurs abyssales, à côté des sources de chaleur, une faune dont on ne pouvait avoir l’idée, qu’on peut très difficilement étudier, et sur laquelle nous n’avons encore aucune influence. Tous les animaux ont un « environnement » propre, bien perçu et défini par les savants du XIXe siècle, Carlisle, Spencer et Haeckel (1866) : ce que les Français appelaient le « milieu ». Or, en perturbant son propre milieu, l’homme a influencé celui de la plupart des autres espèces. Par ailleurs, en attaquant, voire en détruisant certaines espèces qu’il estimait prédatrices, il a sauvegardé, parfois fait proliférer, d’autres proies : le recul des loups, des lynx ou des coyotes avantage le gibier, cerfs ou sangliers ; les rapaces ou les vipères enrayent l’expansion des rats ; l’abus des antibiotiques favorise des souches résistantes ou d’autres micro-organismes. Les déchets de la « civilisation » permettent, autour des eaux usées ou des égouts, l’expansion de mouches, de moustiques ou de rats, vecteurs de graves maladies. Il est enfin des espèces prolifiques que la prédation humaine n’a, pendant longtemps, nullement inquiétées, par exemple, jusqu’à la fin du XIXe siècle, morue ou hareng.

De quelle manière l’histoire des animaux influe-t-elle sur celle des hommes ? Quel animal a le plus changé le cours de l’histoire humaine ?

Les animaux qui modifient leur environnement peuvent modifier celui des hommes ; on a même envisagé l’augmentation de l’effet de serre par les émissions de méthane des termitières ! Les lapins qui pullulaient en Australie affamaient les troupeaux et mettaient les éleveurs (et tous les marsupiaux) en grande difficulté. Les cycles d’abondance des lièvres canadiens favorisaient les lynx, et donc trappeurs et marchands de fourrures. Aujourd’hui encore, la grégarisation des criquets et leur envol à des centaines ou des milliers de kilomètres de là fait descendre du ciel misère et désolation, tandis que les luttes obscures entre différentes espèces de vers de terre ont permis à l’Occident de garder le lombric qui, en retournant et « azotant » (nitrifiant) le sol, a longtemps contribué à renouveler la fécondité des champs et donc leur productivité. L’animal qui a le plus influencé et influence encore l’histoire humaine est selon moi le protozoaire de la malaria (plasmode du paludisme), qui a moissonné et moissonne les hommes par millions, bien plus que le récent virus du SIDA. La plupart des grandes maladies nous ont été apportées et transmises par des animaux (zoonoses) : le SIDA lui-même viendrait des singes mangabey, la variole et la tuberculose des bovins, la peste des rongeurs, la grippe des porcs et des oiseaux…
En ce qui concerne les animaux domestiques ou familiers, j’avoue longuement hésiter entre le chien, non seulement pour son aide matérielle mais aussi pour son influence sociale et le désamorçage de comportements asociaux, le mouton, qui donne des produits vifs (laine, lait) et des produits morts (viande, cuir, corne…), le cheval qui a permis la diffusion rapide des guerriers, certes, mais aussi de nombreuses influences plus pacifiques et fécondes, comme celle des langues et techniques indo-européennes depuis l’Ukraine, la roue, le fer, les premiers sérums. Mais je crois, s’il faut vraiment faire un choix, que, pour l’Occident, c’est le bœuf qui a le plus profondément servi les hommes, par son travail au moins autant que par ses produits vifs ou morts.

Quelle est la place des relations de voyage dans la connaissance des animaux ? Et dans la constitution d’un bestiaire fantastique ?

Les récits de voyage permettent de décrire au moins sommairement les animaux qui étonnent, que le voyageur n’est pas habitué à voir ou qu’il connaît, mais dont il n’a pas remarqué telle ou telle particularité. Bien entendu, cela dépend du voyageur lui-même ou de ses compagnons, ainsi que des questionnements de son époque : Hérodote, Marco Polo ou Alexandre de Humboldt sont plus curieux que Benjamin de Tudèle, Rabban Çauma ou Christophe Colomb, mais ceux qui ont composé leur récit décrivent généralement tout ce qu’ils ont vu ou cru voir et qu’ils pensent intéressant pour leurs lecteurs ou auditeurs.
Un bestiaire fantastique existe déjà dans l’imaginaire du voyageur, apporté par sa culture ou ses croyances, mais le voyageur mettra du temps à faire la différence entre le réel et l’imaginaire qu’il pense enraciné dans la réalité, et ses récits contribueront à alimenter l’imaginaire de ses lecteurs par l’énoncé de « merveilles » qui peuvent avoir un noyau de vérité ; la taille de l’œuf de l’æpyornis de Madagascar peut accréditer partiellement l’existence du fabuleux oiseau Roc. Si l’on considère l’autre côté, le voyageur ou l’étranger vu par les autochtones, il est encore plus suggestif : quels sont par exemple, dans les mythes mettant en scène des animaux, ces monstres écailleux, à longue queue, sortis de la mer, croquant des cailloux et crachant du feu, sinon, aux Philippines, les Espagnols dans les écailles de leur cuirasse ou de leur cotte, avec leur longue épée, mastiquant le dur biscuit de mer et fumant le tabac indien ? Combien d’autres interprétations aussi fantastiques de réalités inattendues ?

Les différentes civilisations et époques attachent-elles les mêmes vertus, les mêmes symboles aux animaux ?

Les vertus diffèrent évidemment selon les civilisations. Le mot vertu signale en latin le courage guerrier ; chez les Indo-Européens, le combat peut être magnifié, et donc le loup ou l’ours ; d’autres civilisations prônent la sagesse ou respectent pureté et douceur, donc l’éléphant ou l’agneau blanc. Les symboles varient également suivant les époques, pour une même bête et dans la même civilisation, en fonction de l’utilité de la bête elle-même. Le chat arrivé à Rome depuis l’Égypte où il détruisait scorpions, serpents et rats avait bonne réputation ; mais le monde germanique de la forêt connaît son cousin germain, le chat sauvage, rebelle, ennemi du gibier, redoutable ; le syncrétisme chrétien fait du chat un animal diabolique, et la cohabitation en démontre la sexualité, la lubricité que désire refouler ou encadrer la nouvelle religion. Le chien, dont la situation est ambiguë dans les pays au sud et à l’est de la Méditerranée où il dévore les morts, les charognes et les immondices, est en revanche prisé par les chasseurs ou guerriers de la forêt indo-européenne, de la Perse à l’extrême Occident.

Quelle place et quelle fonction les grandes religions ont-elles accordées et accordent-elles à l’animal ?

Les religions du Livre (juifs, chrétiens et musulmans) font figurer les animaux, dans la vie quotidienne ou les écrits religieux, en fonction de leur place dans la société humaine de référence. Le loup qui dévore les moutons – les ouailles – et parfois le bon pasteur lui-même est diabolisé, le chat rapproché de la femme pécheresse… Aucune de ces bêtes n’est divinisée (la colombe, le pélican ou l’agneau mystique se bornent à évoquer le Saint-Esprit ou le Christ sans ambiguïté) ni sanctifiée, car à part l’exceptionnel saint lévrier Guinefort, les animaux ne font que figurer auprès des saints : lion de saint Marc, taureau de saint Mathieu, aigle de saint Jean, chien « roquet » de saint Roch, ours de saint Gall. Dans la vie courante, certains animaux peuvent attirer des caresses, comme la chatte de Mahomet, ou cristalliser des affections, comme chez saint François d’Assise. Mais dans les religions qui croient à la métempsycose ou dans celles qui divinisent les forces de la nature, la situation d’animaux mythiques correspondant à leurs homologues terrestres est courante : on connaît des dieux éléphant ou ours. L’ancienne Égypte a particulièrement honoré les animaux et nous en a laissé des preuves multiples, non seulement dans des textes ou dans l’iconographie des dieux faucon Horus, chacal-chien Anubis, chatte-lionne Bastet, vache Hathor, mais encore en momifiant des millions d’animaux, mammifères ou poissons, ou en évoquant souvent le scarabée sacré.

En quoi l’onomastique, aussi bien la toponymie que la patronymie, est-elle souvent liée aux animaux ?

Dans leurs lentes découverte puis colonisation de l’espace environnant, les populations occidentales prenaient des repères auxquels elles donnaient un nom qu’adoptaient leur entourage, puis leurs descendants. Ces toponymes sont ainsi des oronymes (noms de montagnes), des hydronymes (de cours d’eau) ou des rappels de lieux hantés par des végétaux ou animaux particuliers. Des montagnes s’appellent encore Bärenhaupt ou Tête de l’ours, le mont Beuvray ou la rivière Bièvre évoquent le castor, Chanteloube ou Vallorcine parlent du loup ou de l’ours, les Verpillières ou bien les Connilières signalent des renards ou des lapins… On ne peut d’ailleurs savoir si c’est la fréquence de la population animale à tel endroit ou au contraire une apparition exceptionnelle qui aurait fait choisir tel ou tel animal. Pour Besançon, peut-être un unique bison, et pour Berne un ours que la légende considéra comme providentiel ; on imaginera plus tard le petit ours de Berlin (Bärlein).
Des hommes ont également pris des noms d’animaux dont ils espéraient avoir les qualités ou dont leurs voisins reconnaissaient l’aspect ou les défauts : Léon, Eberhard, Bernhard, Wolfgang se rattachent aux lion, sanglier, ours, loup et Swanahild à la douceur d’un cygne tandis qu’Asinus Pollio ou Marcus Porcius Cato se rapprochent d’animaux domestiques dont le plus noble, le cheval, rappelle qu’il est aimé des Philippe ; le roi de la forêt celtique est Arthur, l’ours, et maint chrétien se rattache à la mignonne Ursule (petite ourse) ou au saint Loup. De cette abondante anthroponymie, on passe à une série de toponymes (par exemple Arthenay, domaine d’un dénommé Arthos, l’ours) et à des patronymes, adoptés par des familles qui aiment se rattacher à des bêtes courageuses et nobles : non seulement des ours (Orsini, Juvénal des Ursins) ou des loups (Hariulf), mais aussi des chiens invincibles (les Scaliger, Mastino et Cangrande). Les Mérovingiens descendraient d’un monstre marin, les Goths ou les rois de Danemark d’ours et les rois jutes d’Angleterre de chevaux prestigieux, Horsa et Hingist… Ces ascendances animales posent le problème du totémisme, bien exposé pour les Amérindiens ou les peuples de Sibérie, moins évident en Occident.

Propos recueillis par : Julie Boch
Texte extrait du livre : Le Bestiaire du voyageur, Chemins d’étoiles n° 13
En savoir davantage sur : Robert Delort et Julie Boch

12 décembre 2012

Histoire humaine des animaux de l'Antiquité à nos jours, de Janick Auberger et Peter Keating

Histoire humaine des animaux
de l'Antiquité à nos jours
de Janick Auberger
et Peter Keating

L'animal a pu se passer de l'homme pendant presque toute l'histoire de la vie sur la Terre, mais l'inverse est impossible. L'histoire de l'homme est aussi celle des bêtes, et les rapports qui les unissent sont très contrastés, l'homme pouvant être à la fois et tour à tour la victime et le bourreau de ceux qu'on a pu appeler parfois "nos frères inférieurs" (François d'Assise).

Ce livre essaie de faire le point sur les liens qui unissent l'homme et l'animal depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. Sans prétendre à l'exhaustivité, il cherche surtout à varier les points de vue et à multiplier les regards que l'homme a pu poser sur les animaux, essentiellement dans nos sociétés occidentales tant du point de vue des pratiques que du point de vue de la représentation.

A la suite de leur domestication et dans d'autres cas de leur apprivoisement, les religions ont conditionné largement leur place dans notre monde. Confortés ensuite par les opinions des philosophes et scientifiques depuis la plus haute Antiquité, les hommes ont utilisé les animaux, manipulé leurs espèces pour les rendre plus profitables, ils les ont aimés et craints, massacrés et adulés tout en modifiant leur regard au fur et à mesure que l'air du temps changeait.

Ce sont ces variations que nous essayons d'examiner, tout en constatant que par-delà les contradictions qui voient l'homme s'interroger sur l'animal tout en l'exploitant sans vergogne, l'imaginaire humain a toujours accordé la plus grande importance aux bêtes : l'art en témoigne largement depuis les grottes préhistoriques. Cette omniprésence de l'animal ne saurait faire oublier la question à ce jour encore sans réponse : qu'est-ce qu'un animal ? Peut-être le saura-t-on si l'on sait un jour ce qu'est un homme...

Histoire humaine des animaux de l'Antiquité à nos jours, Janick Auberger, Peter Keating, Editions Ellipses, 2009, 288 pages

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Ellipses
- Un extrait du livre (document pdf de 8 pages, texte et photos)

Au sommaire

Introduction
Chapitre 1. Sacrés ou sacrifiés, adorés ou ostracisés :
Les animaux dans les grandes religions
1. La Préhistoire
2. Le Néolithique
3. Les Empires du Proche-Orient et leurs religions polythéistes
4. Israël
5. Les Grecs
6. Le Christianisme
7. L’Islam
8. L’Inde
Chapitre 2. La parole qui manque ?
L’animal des philosophes et des scientifiques
1. L’Antiquité : sans Logos, point de salut
2. Stoïciens, Epicuriens et Cyniques : un animal infirme
3. Des voix dissidentes
4. Les penseurs chrétiens : l’anthropocentrisme triomphant
5. Le Moyen Age : l’animal vecteur de Dieu ou du Diable ?
6. Une rupture radicale : l’animal-machine de Descartes
7. L’âme des bêtes au temps des Lumières
8. L’évolution fait-elle évoluer l’image de l’animal ?
9. Darwin : l’âme, une étape de l’évolution ?
10. Un changement de point de vue
11. La solution ?
Chapitre 3. La domestication des animaux humains et non humains
1. Sens et portée de la domestication des animaux
2. Origines de l’être humain parmi les animaux
3. Domestication des plantes, des animaux et des humains
4. Qu’est-ce qui a été domestiqué et comment ?
5. Conséquences sanitaires
6. Conséquences indirectes de la domestication
Chapitre 4. Du pré au laboratoire :
La manipulation des animaux depuis le Moyen Age
1. Une deuxième vague de transformation des animaux
2. La consommation de viande
3. L’industrialisation de l’agriculture
4. Les croisements sélectifs
5. Les technologies de reproduction
6. Les poissons et insectes
7. Les animaux de laboratoire
Chapitre 5. Ces animaux qu'on ne mange pas
1. Les animaux familiers
2. La transformation des attitudes concernant les animaux de compagnie
3. Les collections d’animaux : les ménageries, les cirques, les parades et les jeux, les zoos
4. Les ménageries au Moyen Age
5. La montée de l’histoire naturelle et ses premiers musées
6. Les zoos humains
7. Quel avenir pour les zoos ?
Chapitre 6. L’animal dans l'imaginaire :
Une projection inévitable ?
1. Bêtes mythiques
2. Bêtes réelles
3. Y a-t-il un animal postmoderne ?
4. L’animal de fiction en littérature et au cinéma
Conclusion
1. L’Homme, les animaux et la fin de l’Histoire
2. Les animaux privés d’humanité
3. Les humains parmi les animaux
Bibliographie
Légendes, figures

La note de lecture de Christine Chaume
Comportementaliste canin et félin, massothérapeute et zoothérapeute
Cliquez sur les liens pour découvrir
son site
Résolument chiens et chats et son blog

Je viens d’achever un document passionnant qui retrace le statut des animaux à travers les siècles et que je conseille à tous ceux qui veulent connaitre l’évolution (qui va parfois en régressant) des rapports de l’homme avec les animaux :

Histoire humaine des animaux de l’Antiquité à nos jours de Janick Auberger, Paris : Ellipses, 2009.

Une phrase du livre pour résumer le sujet ” L’animal a pu se passer de l’homme pendant presque toute l’histoire de la vie sur Terre, mais l’inverse est impossible.”

Au fil des chapitres assez courts, on découvre comment l’animal a été perçu : utile, inutile voire nuisible, bête de somme, de compagnie, ami adoré ou victime de cruauté, perception influencée par les courants de pensées, les philosophes, les religions.

On y retrouve par exemple l’amour et le respect de nombreux peuples de l’antiquité pour les animaux avec les cimetières animaliers qui existaient bien avant les nôtres et on s’aperçoit que la plupart du temps “leur statut” dans la société est lié à l’évolution des textes religieux : ainsi les plus anciens textes prônaient le respect et l’amour de l’animal et – plus encore inacceptable, imaginez ! – que ceux-ci devaient être considérés comme des créatures égales à l’homme. Or au fur et à mesure, et notamment au siècle de l’Humanisme, centré sur l’homme et donc sa supériorité, les textes sacrés ont été interprétés et déformés selon le bon vouloir des religieux pour aboutir à des inepties comme les massacres de chats noirs au Moyen-âge ou les interrogatoires-tortures (véridiques !) de cochons. De même, pour le Coran avec la fête de l’Aïd relativement récente et qui ne demande pas un sacrifice réel de mouton selon un rite d’abattage établi par les hommes mais un partage de nourriture qui dans d’autres pays musulmans se pratique avec des galettes ou autre etc…

Seuls les philosophes du 18ème, opposés à l’intégrisme catholique, ont introduit le respect animal mais à petites doses, puis au 19ème des écrivains comme Zola, Hugo se sont arrêtés sur la souffrance animale.

Et on pourrait se demander à quand un Pape, un Rabbin ou un Iman qui prône le traitement respectueux de l’animal, qui demande qu’on le considère comme une créature de Dieu à protéger ? Mais c’est un autre sujet… et pas la solution à la misère animale que notre société en régression induit !
Un extrait du livre
que vous pouvez également consulter sur le site des Editions Ellipses

10 décembre 2012

Le zoo des philosophes, d'Armelle Le Bras-Chopard

Le zoo des philosophes
De la bestialisation à l'exclusion
d'Armelle Le Bras-Chopard

L'objet de ce livre est de montrer comment le débat sur les différences entre l'homme et l'animal (1ère partie) et les caractères anthropomorphisés attribués à certaines espèces animales (2ème partie) ont pour but de renvoyer à l'animalité, présentée sous la forme péjorative de la bestialité, à des distinctions sexuelles raciales, ethniques, religieuses ou sociales (3ème partie).

En Occident, auquel nous nous cantonnerons, le discours religieux, philosophique, scientifique... n'a en effet rien de neutre. Le constat des différences entre l'homme et l'animal sert à prouver la supériorité de l'homme sur la bête et à justifier la domination de l'un, le sujet, sur l'autre, réduit à l'état d'objet. L'intention est claire dans les thèses dualistes qui posent une coupure radicale entre les essences humaine et animale et trouvent leur expression culminante dans la théorie de l'animal-machine de Descartes. Mais elle transpire aussi dans les thèses monistes qui, si elles affirment une continuité entre les deux ordres (continuité des espèces dans l'Antiquité, transformisme de Lamark puis évolutionnisme de Darwin...) et rejettent le principe d'une différence de nature, établissent une différence de degrés et posent l'homme au sommet de la hiérarchie. Si la controverse a de tout temps été très vive sur cette question de la nature de l'animal parce qu'elle renvoie à celle de la nature de l'homme, elle est ranimée ces dernières années, en particulier par les écologistes et les défenseurs des droits des animaux qui dénoncent cette façon anthropocentriste de définir l'animal par rapport au référent humain et ce droit à la domination qui en découle pour l'homme.

Le propos ne consiste pas ici à prendre partie dans ce débat qui suscite aujourd'hui une abondante littérature visant à réhabiliter l'animal, mais à comprendre comment le discours sur l'animal, s'il sert d'abord à légitimer les rapports jugés iniques entre l'homme et l'animal, n'est en fait qu'un détour pour introduire des discriminations à l'intérieur de l'humanité.

Le zoo des philosophes, Armelle Le Bras-Chopard, Editions Pocket, 2002, 390 pages

Une autre présentation du livre

Comment l'affirmation de la suprématie de l'homme sur l'animal, dans l'idéologie occidentale, a-t-elle servi à légitimer d'autres dominations et discriminations à l'intérieur de l'humanité ? Telle est l'interrogation soulevée par cet ouvrage. L'auteur ne présente pas une dénonciation de type écologique des traitements iniques infligés à nos "frères inférieurs", mais l'analyse du processus qui conduit à extraire de l'humanité des êtres humains et à les traiter comme des bêtes. Cette opération de "bestialisation" provoque la "diabolisation" "d'espèces" entières de populations : les femmes, les Barbares, le peuple, l'autre... Certains propos, pudiquement oubliés, des plus grands penseurs pourraient prêter à sourire s'ils n'avaient préparé ou accompagné des pratiques d'exclusion parfois meurtrières.

Qu'est-ce qu'un animal ? On peut répondre à cette question en zoologue. On peut aussi interroger les représentations culturelles de l'animalité et la manière dont elles ont contribué à définir l'humanité. L'animal est en effet pour l'homme un proche dans l'aventure biologique de la vie, un être familier qui partage son quotidien et son imaginaire, et en même temps un étranger, un autre qui effraie, qui menace, qu'il faut dominer, dresser, tuer. Si l'humain a bien voulu s'avouer animal, ce fut toujours au nom d'une animalité supérieure, dépassant la condition ordinaire des bêtes. Comme s'il était nécessaire, pour que l'homme se sente homme, qu'il dégrade l'animal et aille jusqu'à en faire une sorte d'envers inquiétant de lui-même. De l'animal au monstre, la différence n'est que de degrés. Est-ce un hasard si la plupart des pratiques et des discours de discrimination, à l'intérieur même de l'espèce humaine, ont consisté à bestialiser celles et ceux qu'il s'agissait d'éliminer, de dominer ou d'exploiter ?

C'est la relation très ambivalente de l'homme à l'animal qu'explore Armelle Le Bras-Chopard. Où l'on apprend que, nonobstant l'amour qu'on leur porte, c'est la haine qui domine notre rapport aux bêtes.

A propos de l'auteur

Armelle Le Bras-Chopard, professeur agrégée de science politique, est depuis 2000 chargée de mission pour l'égalité des chances femmes/hommes dans l'enseignement supérieur au ministère de l'Education nationale. Elle a publié plusieurs ouvrages dont 'La Guerre : Théories et idéologies' (Montchrestien), 'Les femmes et la politique' (L'Harmattan) et 'Le zoo des philosophes' (Plon) qui a remporté le prix Médicis du meilleur essai en 2000.

Au sommaire

Qu'est-ce qu'un animal ? Un non-humain
Ou comment la bête est définie par ce qu'elle n'a pas
- La tête haute
- La main leste
- Le corps politique
Quels animaux dans le zoo ?
Les animaux domestiques
- Les bêtes sauvages
- Les monstres
Quelles espèces humaines envoyées au zoo ?
Les femmes, molles ébauches

- Les Barbares
- Le peuple dans tous ses états
- Tous des dieux ?

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Plon
- Un éternel Treblinka, de Charles Patterson
- Ethique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
- Philosophie animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Hicham-Stéphane Afeïssa
- Animaux et philosophes, de Lucien Malson
- Animalement vôtre : Procès d'animaux, Histoires d'hommes, de Chantal Knecht

La note de lecture d'Emma Le Clair
du site Zone littéraire

A l'heure où à hue et à dia les journaux de France s'égaient d'une expression colorée, chasse à l'homme, le retour d'Armelle Le Bras-Chopard sur les rapports que le genre humain entretient avec ses proches étrangers, les animaux, possède une cinglante acuité. Sa thèse : sans l'idée que nous avons appris à nous faire des bêtes, nous ne pourrions pas penser à l'identique la cruauté, la ségrégation, l'exclusion.

De là, par les voies de la réflexion théologique, philosophique et politique, une étude qui en dernier ressort apparaît sémiotique et morale. Il s'agit de penser le cheminement historique d'une contamination du langage et de l'esprit humain par des idées et des images qui associent à l'animal, cette figure première de l'altérité, une culpabilité, une infériorité et finalement une nullité ontologique. En particulier sont examinées plusieurs théories formulées par de grands auteurs de l'Antiquité classique, de la religion chrétienne ou du XVIIeme siècle. D'un bout à l'autre de cet essai, la bestialisation de l'animal par la représentation humaine est envisagée comme la perle séminale d'où coule le flot des barbaries et des injustices.

Par son souci de souligner l'imbrication naturelle des sciences de l'homme et des paroles faciles qui peuplent nos sentences, Armelle Le Bras-Chopard installe en quelque sorte la bibliothèque dans la rue, et semble recourir au dictionnaire comme d'autres hèlent un taxi ou cherchent un arrêt de bus : en toute simplicité et en toute liberté - d'où le prix Médicis de l'essai 2000 -, pour répondre ici et maintenant à un besoin réel.

Cette humaine haine de l'animal, Armelle Le Bras-Chopard s'attache à l'ouvrir comme une poupée russe, pour mettre à jour sous elle une solide peur du corps, ce corps dont l'animal serait l'expression pure, puisqu'il est réputé vide de pensées. Un faisceau de raisons convergentes amène alors par extension le regard de l'universitaire à se porter sur un autre vis-à-vis de l'homme : la Femme. Faut-il alors qu'il nous en souvienne ? Chaque homme descend d'une femme !

Un demi-siècle après le cri du Castor cher à Jean-Paul Sartre, une femme donc affirme et prouve qu'on ne naît pas animal : on le devient. Où nous finirons peut-être, un jour, tous, par comprendre pourquoi les femmes, jusqu'aux très belles parmi les plus belles, consacrent tant d'énergie à plaider la cause des animaux, à refuser tout net que ceux-ci soient enveloppés d'un mâle et souverain mépris.

Emma Le Clair

Le zoo des philosophes, Armelle Le Bras-Chopard,
Editions Plon, 2000, 396 pages

08 décembre 2012

Les droits des animaux, de Tom Regan

Les droits des animaux
de Tom Regan
traduction d'Enrique Utria

Les animaux ont des droits. C’est la thèse que défend Tom Regan dans cette oeuvre fondatrice, contribution majeure à la réflexion morale contemporaine. Loin d’être sans pensée, comme l’affirmait Descartes, les animaux que nous mangeons, chassons ou livrons aux expériences scientifiques sont conscients du monde. Leur esprit est empreint de croyances et de désirs, de souvenirs et d’attentes. Ce sont, à ce titre, des êtres dotés d’une valeur morale propre, indépendamment de l’utilité qu’ils peuvent avoir pour nous. Ce n’est pas simplement par compassion pour leur souffrance, mais par égard pour leur valeur que nous devons les traiter avec respect. La théorie de Regan est la formulation philosophique la plus élaborée et la plus radicale d’une éthique des droits des animaux. Elle pose une exigence de cohérence : si nous refusons l’exploitation des hommes, il nous faut également dénoncer l’exploitation des animaux non humains. L’abolition de l’élevage, de la chasse et de l’expérimentation est requise par la justice.

Les droits des animaux, Tom Regan, Traduction d'Enrique Utria, Editions Hermann, 2013, 752 pages

A propos de l'auteur

Tom Regan est professeur émérite de philosophie morale à la North Carolina State University à Raleigh (Etats-Unis). Il est le plus influent théoricien des droits des animaux.

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Hermann
- Le site de Tom Regan
- Ethique animale : une seule solution - l'abolition ?
- Le fondement moral du végétarisme (traduit par Valéry Giroux et Enrique Utria)
- Pour les droits des animaux (traduit par Eric Moreau)
- La philosophie des droits des animaux (traduit par David Olivier et Françoise Blanchon)
- Interview de Tom Regan (par Karin Karcher, David Olivier et Léo Vidal)
- La complexité de la conscience animale (traduit par David Olivier)
- Droits des animaux - Théories d'un mouvement, d'Enrique Utria
- La raison des plus forts, de Pierre Jouventin, David Chauvet et Enrique Utria

06 décembre 2012

La libération animale, de Peter Singer

La libération animale
de Peter Singer
Préface de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

Petit up de cette note
pour signaler la réédition de ce livre

Les animaux souffrent. Comme nous. Ils doivent donc être considérés autrement. Ce livre a déclenché le débat contemporain en éthique animale et changé notre regard sur les animaux. Depuis sa parution en 1975, il est devenu un classique incontournable, traduit dans une vingtaine de langues et vendu à près d'un million d'exemplaires.

Notre attitude à l'égard des animaux est-elle correcte d'un point de vue éthique ? Faut-il étendre aux "bêtes sauvages'" la protection juridique (relative) que nous accordons aux animaux de compagnie ? L'évaluation morale de la souffrance des êtres vivants soulève de vraies questions philosophiques. Aux Etats-Unis et en Allemagne, comme dans le reste du monde anglo-saxon, le livre de Peter Singer n'a cessé de susciter analyses et débats passionnés. Au centre de tous les colloques universitaires sur le droit des êtres non humains, il est aussi la référence obligée du "Mouvement de la libération animale".

La libération animale, Peter Singer, Préface de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Traduit de l'Anglais (Etats-Unis) par Louise Rousselle, Editions Payot, 2012, 480 pages

A propos de l'auteur

Peter Singer, philosophe australien, est professeur de bioéthique à l'université Princeton (Etats-Unis). Time Magazine l'a présenté comme le plus influent des philosophes actuels.

Au sommaire

Présentation du livre par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
Préface inédite de l’auteur à la présente édition de poche
Préface à l’édition de 1990
Préface à l’édition de 1975
Ch.1. Tous les animaux sont égaux
Ch.2. Outils de recherche
Ch.3. Du côté de la ferme usine
Ch.4. Devenir végétariens
Ch.5. La domination de l’homme
Ch.6. Le spécisme aujourd’hui
Notes
Bibliographie sélective
Remerciements

Pour en savoir plus

- Le site des Editions Payot
- Comment vivre avec les animaux ? de Peter Singer
- L'égalité animale expliquée aux humains, de Peter Singer
- Le projet grands singes, sous la direction de Paola Cavalieri et Peter Singer
- Ethique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
- L'éthique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
- Anthologie d'éthique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
- Philosophie animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Hicham-Stéphane Afeïssa

L'avis d'une lectrice
Source

Pour les animaux, pour l'homme, pour la vie

L'approche philosophique n'est pas toujours évidente pour le profane, mais le message est clair: l'animal ne devrait pas être notre chose, et en l'exploitant nous générons une souffrance inacceptable, intolérable.
Entre autres sujets, le plaidoyer pour le végétarisme est limpide: si nous cessons d'utiliser les ressources naturelles de notre planète pour l'élevage des animaux, la nourriture sera suffisante pour toute la population mondiale.
À lire, pour ne plus se mettre la tête dans le sable, ouvrir les yeux sur la vraie souffrance animale et nos devoirs envers nos "frères animaux".

Couverture des Editions Grasset, 1993