20 novembre 2011

Sans les animaux, le monde ne serait pas humain, de Karine Lou Matignon

Sans les animaux,
le monde ne serait pas humain
de Karine Lou Matignon
préface de Boris Cyrulnik

Mise à jour : Ajout du sommaire et des extraits

De notre ancêtre chasseur au scientifique d'aujourd'hui en passant par le chamane qui était en relation magique avec le maître-esprit des animaux, communiquer avec les bêtes est un vieux rêve de l'humanité. Mais existe-t-il un langage commun à l'homme et à l'animal ? Est-il possible par exemple que le chant des oiseaux nous aide à mieux comprendre le monde ? A travers leurs propres expériences, des chercheurs, des artistes, des aventuriers tentent dans cet ouvrage de redéfinir la place de l'homme en franchissant ce fossé qui nous a séparés de l'animal. Ils nous invitent, avec l'auteur, à découvrir les mille manières dont on peut communiquer avec les bêtes et nous montrent comment, grâce à leur enseignement, mieux comprendre notre propre condition. Et si le fait de retrouver cette sensibilité et cette curiosité d'enfant à l'égard de l'animal, loin de nous détourner de l'humain, nous en rapprochait ?

Sans les animaux, le monde ne serait pas humain, Karine Lou Matignon, préface de Boris Cyrulnik, Editions Albin Michel, 2000, 344 pages

A propos des auteurs

Karine Lou Matignon est journaliste (Le Nouvel Observateur, Nouvelles Clés). Elle a écrit de nombreux articles et reportages sur les animaux, et est notamment l'auteur de "La plus belle histoire des animaux", publié au Seuil en collaboration avec Boris Cyrulnik, Pascal Picq et Jean-Pierre Digard.

Boris Cyrulnik, neurologue, psychiatre, psychanalyste, est l'un des fondateurs de l'éthologie humaine. Il est notamment l'auteur des "Nourritures affectives" et de "Un merveilleux malheur".

Au sommaire

Préface de Boris Cyrulnik
Prologue
I. Empreintes animales
Introduction
1. L'homme qui écoute les oiseaux : François-Bernard Mâche
2. Les rythmes du monde : Michel André
3. Jouer de la musique comme un tigre : Yehudi Menuhin
4. Le quêteur de loups : Claude Seignolle
5. Chamane : Roberte Hamayon
6. Du totem de l'éléphant : Jacqueline Roumeguère
7. Cet autre de l'homme : Pascal Picq
II. L'échange
Introduction
1. Liaisons dangereuses : Michel Chanton
2. L'homme qui nous réconcilie avec les animaux : Boris Cyrulnik
3. Le chien, lien social : Joël Dehasse
4. L'enfant d'eau : Jonathan et Christiane de Sèze
5. Le monde du "dauphin merveilleux" : Véronique Servais
6. L'enfant et l'animal : Hubert Montagner
7. Quand les animaux réapprennent aux enfants à aimer : Samuel Ross
III. La femme sauvage
Introduction
1. L'allaitement des animaux par les femmes : Jacqueline Milliet
2. La femme-renarde : Arlette Chosson
3. Chevaux de sel : Michèle Le Braz
4. Rencontre avec une louve : Hélène Grimaud
5. Sur la terre des singes : Alliette Jamart
6. Libération delphinienne : Véronica Duport
IV . Les centaures
Introduction
1. Le poète et son coursier : Bartabas
2. Un petit cheval dans la tête : Jean-Louis Gouraud
3. Conversation cavalière : Dominique Giniaux
4. Du cristal pur sur un fil d'argent : Jean-Paul Gallorini
V. Les conspirateurs silencieux
Introduction
1. L'envolée sauvage : Christian Moullec
2. Le coureur des bois : Lynn Rogers
3. L'éveil du chimpanzé : Olivier Marchal
4. Capter nos racines : François Bell
5. Magie Féline : Matto H. Barfuss
6. L'homme aux chiens à tête de loup : Nicolas Vanier
7. Le meneur de loups : Werner Freund
8. L'âme des montagnes
Epilogue
Notes
Bibliographie
Adresses utiles

Pour en savoir plus

- D'autres livres de Karine Lou Matignon
- D'autres livres de Boris Cyrulnik
- Le singe est-il le frère de l'homme ? de Pascal Picq
- Chiens hors du commun, de Joël Dehasse
- Chats hors du commun, de Joël Dehasse
- L'enfant et l'animal, d'Hubert Montagner
- Variations sauvages, d'Hélène Grimaud
- L'âge de l'empathie, de Frans de Waal

Quelques extraits

Prologue

P23 ../.. "En tant que biologiste spécialisé dans la recherche sur le comportement des chimpanzés, j'ai moi-même rencontré de fortes résistances lorsque j'ai proposé le terme de 'réconciliation' pour décrire les retrouvailles amicales entre deux individus qui étaient précédemment des adversaires, explique le primatologue Frans De Waal. Plus d'une fois on m'a demandé si le terme de réconciliation n'était pas exagérément anthropomorphique. Or les termes liés à l'agression, à la violence et à la compétition n'ont jamais posé le moindre problème ; mais on aurait voulu que j'emploie une terminologie parfaitement neutre pour évoquer les rapports affectueux manifestés par deux chimpanzés après une phase de querelle. Une réconciliation scellée par un baiser aurait dû être décrite comme une 'interaction post-agoniste, avec contact bucco-buccal'. Recourir à des termes différents pour désigner les comportements de l'homme et des animaux conduit souvent à voiler des ressemblances fondamentales." ../..

Les rythmes du monde : Michel André

P53 Etudier l'animal hors de son territoire est un non-sens

Le dossier n'est pas neuf. D'autres hommes tels que Jim Nolman ou Paul Spong pour ne citer que les plus médiatiques et les plus originaux se sont lancés dans cette recherche, d'abord portés par l'enthousiasme naïf des précurseurs puis avec la ferme conviction d'entrer en interaction avec les cétacés pour étudier leurs moeurs et leurs comportements. Musiciens de formation tous les deux, ils ont été amenés par des biais différents à jouer du jazz, du reggae, du rock et autres rythmes avec des orques et des baleines en milieu sauvage. A chacune de ces occasions, les animaux ont été comme captivés au point de s'engager avec eux dans une sorte de récréation musicale. Sur le fond, rien d'étonnant. On sait aujourd'hui à quel point ces animaux dotés d'une excellente mémoire auditive sont capables de jouer avec les sons au point d'imiter un signal électronique, un chant d'oiseau, la respiration d'un homme et même le bruit d'un lave-linge ! ../..

Cet autre de l'homme : Pascal Picq

P89 ../.. Le fait que les chimpanzés possèdent des structures similaires aux nôtres est d'une importance considérable. Ce sont des potentialités héritées d'un ancêtre commun qui expliquent cette incroyable capacité à apprendre le langage humain, à l'utiliser et à le transmettre. Les observateurs montrent bien que les singes qui se sont laissé enseigner par l'homme adaptent et réutilisent ensuite ce langage spontanément au sein de leur groupe sans avoir recours à des sollicitations humaines. Si ces expériences pouvaient se poursuivre dans le temps, l'intelligence des chimpanzés serait peut-être à même de créer une intelligence collective avec ses propres cultures. Cela a sans doute commencé ainsi avec Homo habilis, il y a deux millions et demi d'années. ../.. [NDLR. Les singes transmettent aussi spontanément ce langage à leurs petits, sans intervention humaine.]

Liaisons dangereuses : Michel Chanton

P104 ../.. "Les phéromones, du grec pherein hormân, qui signifie 'transporteur d'excitation', sont une production hormonale dirigée vers l'extérieur. Ce sont les signaux les plus répandus dans le règne animal et les plus anciens aussi : les organismes primitifs comme les protozoaires échangent leurs informations par ce moyen. Donc, l'émission inconsciente de celles-ci renseigne le chien sur notre humeur. Si notre nez est tapissé de cinq millions de cellules olfactives sur une surface de muqueuse ne dépassant 4cm2, celui du chien en possède 44 fois plus pour 150cm2. Pour compléter la reconnaissance et l'analyse des molécules olfactives, l'animal possède aussi un outil supplémentaire, régressé chez l'homme dès les premiers mois de la vie foetale : l'organe voméro-nasal. Situé à l'avant du palais, ce capteur transmet au cerveau - où les cellules consacrées à leur reconnaissance sont quarante fois plus nombreuses que chez l'homme - des informations gustatives et olfactives. Un atout qui permet au chien de pouvoir distinguer un homme d'un autre, de repérer à plusieurs kilomètres les phéromones dégagées par une femelle en chaleur ou encore de retrouver des cadavres immergés à plusieurs dizaines de mètres de profondeur, de reconnaître tous les objets qui ont été touchés par une femme se trouvant dans la seconde période de ses règles, le moment clé où son organisme fabrique de la progestérone. Il est aussi capable d'identifier la peur ou la nervosité qui envahit un être vivant, homme ou animal." Des chiens ont également révélé des comportements d'inquiétude dans l'heure qui précède les crises convulsives de leur propriétaire épileptique. Est-ce dû à l'embrasement des cellules cérébrales de leur maître, à une odeur particulière ? Sans que l'on sache expliquer pourquoi, d'autres ont détecté des arrêts respiratoires chez des nourrissons, des tumeurs cutanées cancéreuses, l'hypoglycémie de leurs maîtres diabétiques. ../..

L'envolée sauvage : Christian Moullec

P250-P251 ../.. Au terme de multiples virées aériennes, d'atterrissages héroïques tant pour Christian à bord de sa machine que pour les jeunes oies qui ne savent pas encore se poser, c'est enfin le grand vol d'essai.
Nous sommes en septembre. Il est dix-huit heures. Sur le terrain herbeux, le vent fait frémir doucement les ailes de l'engin. Autour de lui, douze oies nonettes impatientes. C'est l'heure. Christian décolle, s'élève, la troupe suit, se place en formation. "A 1800m d'altitude, l'escadrille était formidable de régularité, les oiseaux se relayant parfois en tête de formation dans une brève illusion d'anarchie. Je volais à 55km/h, un jeu pour mes petites nonnettes qui peuvent voler à 80km/h pendant plus de quatre heures. Chaque nuit, tout l'équipage se reposait à terre. Je me posais le premier tandis que les oies tournaient encore un peu pour inscrire géographiquement les lieux dans leur mémoire."
Ensemble, ils traversent la France depuis le Cantal jusqu'en Grande Brière, au bord de l'estuaire de la Loire, une zone où hivernent des oies bernaches cravants proches des nonnettes. Une distance de 650km en huit jours en guise de test avant les futures migrations. "On ne peut pas voler avec les mêmes oiseaux plus d'un an. Avec Loulou, une femelle au tempérament volontaire et dominant, j'ai volé deux années. Elle était le plus souvent en tête et dans de nombreuses situations m'a évité le pire. Un jour, les oiseaux ne voulaient pas prendre d'altitude. J'ai été obligé de voler bas pour ne pas les perdre. A cette altitude, en ULM, le danger est particulièrement grand. Et là, j'ai vu Loulou qui était à l'arrière passer devant le groupe et remonter tout le monde, accrochée à ma machine. C'était fabuleux." Parvenu à destination, Christian laissent les oiseaux sur place. Au printemps prochain, ils retourneront seuls dans le Cantal. C'est la coutume chez les oies : revenir pour se reproduire là où elles ont appris à voler. Pourtant les compagnons de route de Christian ne pointeront jamais le bout de leurs ailes. "Capturées en Vendée, elles ont été débaguées et éjointées pour décorer le plan d'eau d'une commune. Le sacrifice de mes oiseaux doit servir à dénoncer certaines carences. La beauté, la magie de la nature méritent que des initiatives, même privées ou même utopiques, voient le jour pour interpeller, pour bouleverser les laxismes souvent responsables de gâchis stupides dans le domaine de l'environnement entre autres."

P252-P253 (fin du chapitre) ../.. Deux ans plus tard, il s'embarque en compagnie de sa femme et de trente oies naines (une espèce en voie de disparition) dans un voyage de 1400km, dont plus de la moitié au-dessus de la mer Baltique, qui les mène de la Suède en Allemagne. Le voyage dure cinq semaines. Les oiseaux ont été élevés de la même manière que les autres à une différence près : afin que les oiseaux ne s'habituent pas à la forme humaine et ne risquent pas de se laisser approcher, le couple Moullec s'est affublé d'une grande cape beige. D'autre part, l'entraînement au vol n'a pu s'effectuer qu'en Suède, pendant deux mois, condition essentielle pour qu'elles mémorisent la réserve suédoise.
Au terme d'une série d'écueils et de vive émotion, telle la rencontre avec d'autres espèces de migrateurs en route vers le sud, l'arrivée réussit. "Le but est toujours le même : proposer aux oiseaux de nouvelles zones d'hivernage en toute sécurité. Les couples formés pourront ensuite faire hiverner eux-mêmes leurs descendances. Les oiseaux migrateurs en général ne connaissent pas les frontières. Alors qu'ils sont protégés partout en Europe, ils sont chassés en France en toute impunité. Une minorité d'individus de la chasse extrême dictent à nos politiques comment 'gérer' l'environnement."
Christian persiste et, tandis que la lumière tombe sur le Rhin, une autre idée émerge lentement de son esprit. Son prochain défi sera la Laponie avec plusieurs ULM et une centaine d'oies naines. Ils ne sont que quelques-uns dans le monde à voler avec les migrateurs. Aujourd'hui, un groupe de chercheurs américains s'intéressent de près à l'expérience de Christian pour les mêmes raisons : tenter de réaliser des migrations en ULM avec des espèces menacées (cygne trompette et grue blanche).
Assurément, les rêves des enfants ont ce pouvoir de faire de certains hommes des arpenteurs célestes capables de capter l'âme des oiseaux.

Couverture de l'édition 2003

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